Gel. 2, 2 ; Bon. 154 et 155 ; Cf. A. SS., p
s. DOMINrQUE ET S. FRANÇOIS 261.
changement de vie, ceux d'entre eux qui étaient sincères et venus là avec de généreuses illusions, étaient pour ainsi dire prédestinés à entrer dans la pacifique armée des Frères Mineurs. François devait conquérir dans cette mission les collaborateurs qui assureraient le succès de son œuvre dans les pays du nord de l'Europe. Notre compatriote Jacques de Vitry, dans une lettre adressée quelques jours après à des amis, raconte ainsi l'impression que lui produisit François :
«Je vous annonce que Maître Reynier prieur de Saint-Michel est entré dans l'Ordre des Frères Mineurs, Ordre qui se multiplie beaucoup de tous côtés, parce qu'il imite la primitive Eglise et suit en tout la vie des apôtres. Le Maître de ces Frères s'appelle frère François; il est si aimable qu'il se fait vénérer de tous. Étant venu dans notre armée, il n'a pas craint d'aller, par' zèle pour la foi, à celle de nos ennemis. Durant de longs jours il a annoncé aux Sarrasins la parole de Dieu, mais avec peu de succès ; alors le Soudan, roi d'Egypte, lai a demandé ejx secret de supplier Dieu de lui révéler par quelque prodige quelle est la meilleure religion. Colin l'anglais, notre clerc, est entré dans le même Ordre ainsi que deux autres de nos compagnons, Michel et Dom Matthieu, auquel j'avais confié la cure de la Sainte- Chapelle. Cantor et Henri ont, fait de même et d'autres encore dont j'oublie le nom^. »
Le long et enthousiaste chapitre consacré aux Frères Mineurs par le même auteur, dans son grand ouvrage
1. Jacques de Vitry ne parle ici de François qu'incidemment, au milieu des salutations, ce qui au point de vue critique ne fait qu'augmenter la valeur de ces paroles. Voir l'étude des sources p. GXXII.
sur rOccident, est trop développé pour trouver place ici. C'est UQ tableau vivant et exact des premiers temps de rOrdre, où la prédication de François devant le Soudan est de nouveau racontée. Il fut tracé à une époque où les Frères n'avaient encore ni monastères ni églises, et où les chapitres se tenaient une ou deux fois par an ; cela nous reporte à une date antérieure à 1223 et même probablement à 1221. Nous avons donc là une contreépreuve des récits de Thomas de Celano et des Trois Compagnons, et ils y trouvent leur confirmation ponctuelle.
Pour les entrevues de François et du Soudan, il est prudent de s'en tenir à ce que racontent Jacques de Yitry et le Continuateur de Guillaume de Tyr^. Quoique celui-ci ail écrit à une époque relativement tardive (entre 1275 et 1295), il a fait œuvre d'historien, et travaillé sur des documents authentiques : or, pas plus que Jacques de Yitry, il ne connaît l'offre qu'aurait faite François, de passer à travers le feu si les prêtres de Mahomet voulaient en faire autant, et d'établir par ce prodige la supériorité du christianisme.
On a vu combien cet appel à des signes est peu dans le caractère de saint François. Peut-être ce récit, fait par Bonaventure, est-il né d'un malentendu. Le Soudan, comme un nouveau Pharaon, a pu mettre l'étrange prédicateur en demeure de prouver sa mission par des miracles. Quoi qu'il en soit^ François et son compagnon furent traités avec beaucoup d'égards, chose d'autant plus méritoire que les hostilités étaient à leur comble.
De retour au camp des Croisés, ils y demeurèrent