‹ Vie de s. François d'AssiseChapitre 204 sur 257 · V. plus haut la critique des sources p. CXXIV · texte numérisé non relu

V. plus haut la critique des sources p. CXXIV

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jusqu'après la prise de Damiette (5 novembre i2l9). Cette fois les chrétiens étaient yictorieux, mais le cœur de Vhomme évangéliqt^ saigna peut-être plus de cette victoire que de la défaite du 29 août. L'épouvantable spectacle de la ville que les vainqueurs trouvèrent remplie de monceaux de cadavres, les querelles pour le partage du butin, la vente des malheureux qui n'avaient pas succombé à la peste ^, toutes ces scènes de terreur, de cruauté, de convoitise, lui causèrent une horreur profonde. La bête humaine était lâchée, la voix de Tapôtre ne pouvait pas plus se faire entendre au milieu de ces clameurs de fauves, que celle d'un sauveteur sur un océan déferlé.

Il partit pour la Syrie ^ et les Saints^Lieux. Combien n'aimerait-on pas pouvoir le suivre dans ce pèlerinage, l'accompagner par la pensée en Judée et en Galilée, à Belhléhem, à Nazareth, à Gethsémané. Que lui dit l'étable où naquit le fils de Marie, l'atelier où il travailla, le bois d'olivier où il s'immola ? Hélas ! les documents nous abandonnent tout à coup complètement. Parti de Damiette fort peu de jours après la fin du siège (5 novembre 1219), il aurait pu aisément se trouver à Bethléhem pour Noël. Mais nous ne savons

. 1. Tout cela est raconté longuement dans la lettre de Jacques de Vilry.

2. GLl hom qui comença Tordre des Frères Menors, si ot nom frère François ... vint en l'ost de Damîate, e i fist moult de bien, et demora tant que la ville fut prise. Il vit le mal et le péché qui comença à croistre entre les gens de l'ost, si li desplot, par quoi il s'en parti, e fu une pièce en Surie, et puis s'en râla en son païs. » Historiens des Croisades, t. II. VEst de Eracles Empereur, liv. XXXII, chap. XV. Cf. Sanuto : Sécréta fid. eruc.y lib. III, p. XI, cap. 8 dans Bongirs.

rien, absolument rien, sinon que son séjour se prolongea plus longtemps qu'on ne s'y attendait.

Des frères qui avaient assisté à la Portioncule, au chapitre général de 1220 (Pentecôte, 17 mai) eurent le temps de venir en Syrie et d'y trouver encore François^ ; ils ne purent guère y arriver que vers la fin de juin. Qu'avait-il fait pendant ces huit mois? Pourquoi n'était-il pas allé présider le chapitre? Avait-il été malade^? S'était-il attardé à quelque mission? Les renseignements que nous avons sont trop peu de chose pour qu'on ose hasarder même de simples conjectures.

Angelo Glareno raconte que le Soudan d'Egypte, touché par ses prédications, ordonna que lui et tous ses frères auraient libre accès au Saint-Sépulcre, sans avoir à verser aucun tribut^.

Barthélémy de Pise^ de son côté, dit incidemment que François étant allé prêcher à Antioche et dans les environs, les Bénédictins de l'abbaye de la Montagne- Noire ^, à huit milles de cette ville, se firent en bloc recevoir dans rOrdre, et rendirent leurs propriétés au Patriarche.

On voit que ces deux indications sont bien pauvres, bien isolées. Encore la seconde ne doit-elle être acceptée que sous bénéfice d'inventaire. Par contre, nous avons

i. Jord. chron. 11-14.

2. L'épisode des murmures de fr.. Léonard raconté plus loin^ donne quelque probabilité à cette hypothèse.

3. Trihul, Man. Laur. 9 b. Cf. 10 b. : Sepulcro Bomini visitato festinat ad Chrisiianorum t errant.

4. Sur ce monastère voir une lettre ad familiares de Jacques de Vitry, écrite en 1216 et publiée en 1847 par le baron Jules de S. Génois au t. XIII des Mémoires de l'Académie royale des sciences et des beaux-arts de Bruxelles (1849). Confarm, 106 b 2 ; 114 a 2 ; Spec. 184.

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des renseignemeots détaillés sur ce qui se passait en Italie durant rabsencë de François. La chronique de Trère Jourdain, récemment retrouvée et publiée, jette tout le jour désirable sur le complot tramé précisément par ceux qu'il avait chargés de le remplacer à la Portioncule ; et cela, sinon de connivence avec Rome et le cardinal protecteur, du moins sans leur opposition. Ces péripéties avaient bien été racontées par Angelo Glareno, mais l'émotion non déguisée que respirent tous ses écrits et leur manque de précision, suffisaient à les faire tenir en quarantaine par les critiques avisés. Gomment penser que, du vivant même de saint François, les vicaires qu'il avait institués, profitaient de Son éloignement pour bouleverser son œuvre? Comment le pape, qui durant cette période fut en séjour à Rieti, puis à Viterbe, comment Hugolin qui était encore plus près, à Pérouse, n'auraient-ils pas imposé silence aux agitateurs *?

Aujourd'hui que tous ces faits reparaissent non plus dans un récit oratoire et passionné, mais datés, brefs, précis, tranchants, avec des allures de notes prises au jour le jour, il faut bien se rendre à l'évidence.

Y a-t-il lieu de condamner bruyamment Hugolin et le pape? Je ne le crois pas: ils jouèrent un rôle qui n'est pas à leur honneur, mais leurs intentions étaient évidemment excellentes. Si le fameux aphorisme que la fin justifie les moyens est criminel quand on examine sa propre conduite, il est le premier devoir quand on juge celle des autres : voici donc ces événements.

Dès le 25 juillet, un mois environ après le départ de

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