‹ Vie de s. François d'AssiseChapitre 205 sur 257 · A. SS. p · texte numérisé non relu

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François pour la Syrie, Hugolin qui était à Pérouse» octroyait aux Glarisses de Montiœlli (Florence) , Sienne, Pérouse et Lucques, ce que son ami avait si obstinément refusé pour les Frères, la règle bénédictine^.

En même temps, saint Dominique, revenu d'Espagne plein d'une ardeur nouvelle à la suite de sa retraite dans la grotte de Ségovie, et décidé à adopter pour son Ordre la règle de la pauvreté, était vivement encouragé dans cette voie «t comblé de faveurs 2. Honorius III voyait en lui Thomme providentiel du moment, le réformateur de l'état monastique ; aussi eut-il pour lui des prévenances inouïes, et alla par exemple jusqu'à lui adjoindre un groupe de moines appartenant à d'autres ordres, qui étaient destinés à être comme ses lieutenants dans les tournées de prédications qu'il croirait devoir entreprendre, et à faire sous sa direction l'apprentissage de la prédication populaire ^.

Qu'Hugolin ait été l'inspirateur de tout cela, les bulles sont là pour en témoigner. Diriger les. deux ordres nouveaux est si bien alors sa pensée dominante qu'il élit domicile en conséquence et qu'on le retrouve sans cesse à Pérouse, c'est-à-dire à trois lieues de la Portioncule, ou à Bologne, le boulevard des Dominicains.

Il devient évident maintenant que si la fraternité instituée par François fut véritablement le fruit de ses

1. Y. Bulle. Sacrosancta du 9 déc. 1219, cf. celles da 19 sept. 1222: Sbaralea I, p. 3; 11 ss. ; Potthast 6179, 6879 a. b. c.

2. Y. Potthast 6155, 6177, 6184, 6199, 6214, 6217, 6218, 6220, 6246. Yoir aussi Chartularium Universitatis Par.^ t. I, p. 487.

S. Bulle Quia qui seminant du 12 mai 1220. RipoUi Bull. Prœd.^ 1. 1, p. 10 (Potthast 6249).

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enlrailles, la chair de sa chair, TOrdre des Frères Prêcheurs éi^ane de la papauté, et que saint Dominique! n'en est guère que le père putatif. Ce caractère a été; exprimé d*un mot par un des annalistes contemporains ' les plus autorisés, Burchard d'Ursperg (f 1226). a Le pape, dit-il, tn^/t^ua et confirma TOrdredes Prêcheurs^. 3> François, s'acheminànt vers l'Orient, avait pris pour compagnon spécial un frère que nous n'avons pas encore rencontré, Pierre de Catane ou dei Cattani. Était-il originaire de la ville de Catane? Rien ne l'indique d'une façon précise. Il semble plus probable qu'il ait appartenu à la noble famille dei Cattani bien connue déjà à François, et dont Orlando, comte de Chiusi en Casentin, qui lui avait donné l'Âlverne, était un des membres. Quoi qu'il en soit, on ne peut le confondre avec le frère Pierre qui prit Tbabit dès avril 1209, en même temps que Bernard de Quintavalle, et qui mourut peu de temps après. La tradition, en faisant de ces deux hommes un seul et même personnage, n'y était pas amenée seulement

1. Mon. Germ. hist. Script., t. 23, p. 376. Ce passage est d'une importance extrême, car il résume en quelques lignes la politique ecclésiastique d*Honorius III. Après avoir parlé des périls dont les Humiliaii menaçaient TËglise, Burchard ajoute : Quœ volens corri^ gère dominus papa ordinem Predicatorum instituit et confira mavit» Or, ces Humiliati étaient un Ordre approuvé, mais Burchard, en les mettant au rang des hérétiques à côté des Pauvres de Lyon, exprimait d'un mot les sentiments de la papauté à leur égard ; elle avait pour eux une invincible répugnance et ne voulant pas les frapper directement, elle cherchait à créer un dérivatif. On suivit vis-à-vis des Frères Mineurs une tactique semblable, avec le surplus de précautions qu'inspirait la sainteté du fondateur et le prodigieux succès de l'Ordre. Tout cela devint inutile lorsqu'on 1221 frère Élie devint vicaire de François, et surtout lorsqu'après la mort de celui-ci, il eut toute la liberté nécessaire pour diriger l'Ordre suivant les vues d'Hugolin devenu Grégoire IX.

par la similitude des noms, mais aussi par le penchant bien naturel d'augmenter le prestige de celui qui, de. 1220 — 1221, devait jouer un grand rôle dans la direction de rOrdre ^.

Lors de son départ pour l'Orient, François avait laissé deux vicaires pour le remplacer, les frères Matthieu de Narni et Grégoire de Naples. Le premier était spécialement chargé de rester à la Portioncule^ pour admettre les postulants^. Grégoire de Naples devait au contraire parcourir l'Italie, pour consoler les Frères^.

Les deux vicaires commencèrent aussitôt à tout bouleverser. On ne s'explique pas comment des hommes encore sous l'impression de leur première ferveur pour une règle qu'ils avaient promis d'observer dans la plénitude de leur liberté,' auraient pu songer à innover, s'ils n'avaient été poussés et soutenus eu haut lieu.

Mitiger le vœu de pauvreté, multiplier les obser-

1. 1 Gel. 25; Cf. A. SS., p. 581 ; Pierre de GaUne avait le titre

de docteur es lois, Jord. 11, ce qui ne cadre absolument pas avec

ce qui est raconté de fr. Pierre, 3 Soc. 28 et 29. Cf. Bon. 28 et 29.

Spec. 5 b. ; Fior 2 ; Conform. 47 ; 52 b 2. Petrus vir litteratus

erat et nobilia, Jord. 12.

2. Nous ne savons rien d'autre sur lui sinon qu'il eut après sa mort le don des miracles. Jord. 11 ; Conform, 62 a 1.

3. Ce n'était pas un bomme ordinaire; orateur et administrateur remarquable (Eccl. 6), il fut ministre de France dès avant 1224, et rétait encore en 1240, grâce au zèle avec lequel il avait adopté les idées de frère Élie. Il était neveu de Grégoire IX, ce qui ne laisse pas de jeter un jour sur les menées qui vont être racontées; après avoir été emporté par la disgrâce d'Éiie, et condamné à la prison perpétuelle, il devint sur la fin de sa vie évêque de Bayeux. Je note pour les fureteurs qu'à la Nationale de Paris se trouve le manuscrit de deux de ses sermons. L'auteur n'y étant indiqué que comme fr. Gr. min. on ne savait jusqu'ici de qui il s'agissait. Ces sermons ont été prêches à Paris, le Jeudi et le Samedi saint. Ms. nouv. acq. lat. 338 fo« 148 v», 159.

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vaDces, tels furent les deux points sur lesquels se porta tout leur effort.

En apparence, c'était là bien peu de chose, en réalité c'était beaucoup, car c*était une première tentative de l'esprit ancien contre l'esprit nouveau. Celait l'effort d'hommes faisant de la religion, inconsciemment, je veux le croire, une affaire d'observances et de rite, au lieu d'y voir, comme saint François, la conquête de cette liberté qui nous affranchit de tout et de tous, et qui décide chaque âme à obéir à ce je ne sais quoi de divin et de mystérieux, qu'adorent les fleurs des champs, que bénissent les oiseaux du ciel, que loue la symphonie des astres et que Jésus de Nazareth appelait: Abba c'est-à-dire Père.

La première Règle était excessivement simple en ce qui concernait les jeûnes. Les frères devaient faire maigre le mercredi et le vendredi ; ils pouvaient ajouter, mais seulement sur une autorisation spéciale de François, le maigre du lundi et du samedi. Les vicaires et leurs adhérents compliquèrent cela d'une façon étonnante. Au chapitre général célébré en l'absence de François (17 mai 1220), ils décidèrent 1^ qu'en temps de gras, les frères ne chercheraient pas à se procurer de viande, mais que si on leur en offrait spontanément, ils la mangeraient; 2^ que tous jeûneraient le lundi, outre le mercredi et le samedi; â^ que le lundi et le samedi, on s'abstiendrait de laitage, à moins que par hasard les fidèles ne vinssent à en donner^.

Ces tentatives témoignent aussi d'un effort pour imiter les anciens ordres, qui n'allait pas sans le vague espoir

1 Jord. 11. Cf. Spec. 34 b ; Fior. 4; Conform. 184 a 1.

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de se substituer à eux* Frère Jourdain ne nous a conservé que cette décision du chapitre de 1220, mais les expressions dont il se sert montrent assez qu'elle fut loin d'être la seule, et que les mécontents avaient voulu, tout comme les chapitres de Citeaux ou du Mont-Cassin, édicter de véritables constitutions.

Ces modifications de la Règle ue passèrent cependant pas sans provoquer Tindignation d'une partie du chapitre : un frère lai s'en fit le messager ému, et partit pour l'Orient supplier François de revenir au plus tôt prendre les mesures réclamées par les circonstances.

Il y avait eu aussi d'autres causes de trouble: Frère Philippe, zélateur des Glarisses, s'était hâté de leur faire octroyer par Hugolin les privilèges dont il a été déjà question K

Un certain frère Jean de Gonpello^ avait réuni un grand nombre de lépreux des deux sexes, et écrit une règle pour fonder avec eux un ordre nouveau. Il s'était ensuite présenté, avec un cortège de ces malheureux, au souverain pontife, pour obtenir son approbation.

Bien d'autres tristes symptômes s'étaient manifestée

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