‹ Vie de s. François d'AssiseChapitre 208 sur 257 · Wadding, ann. 1220, no 9. Gf. Â. SS., p · texte numérisé non relu

Wadding, ann. 1220, no 9. Gf. Â. SS., p

dont la croupe se dresse gigantesque» dominant tout rhorizon.

On a vu conobien François avait besoin de repos ; nul doute qu'il n aspirât aussi au recueillement, afin de bien arrêter d'avance sa ligne de conduite au milieu des tristes conjonctures qui avaient provoqué son retour^.

Cependant le désir de lui procurer un repos bien nécessaire, n'était pour Hugolin qu'un but accessoire. Le moment d'agir avec vigueur lui paraissait venu. On peut se figurer aisément ses réponses aux plaintes de François : Ne l'avait-on pas engagé avec insistance à profiter des conseils du passé, de l'expérience de ces fondateurs d'ordres qui n'ont pas été seulement des saints, mais d'habiles conducteurs d'hommes ; Hugolin lui-même n'était-il pas son meilleur ami, son défenseurné, et n'avait-il pas dd cependant renoncer à celte influence à laquelle son amour pour les frères, sa position dans l'Église et son grand âge lui donnaient cependant tant de titres ? Mais non^ il avait fallu le laisser exposer inutilement ses disciples à tous les dangers, dans des missions aussi périlleuses que sans résultats ; et tout celapourquoi ? Pour le plus futile des points d'honneur, parce que les Frères Mineurs ne voulaient pas avoir le plus petit privilège. Ils n'étaient pas hérétiques, mais ils troublaient l'Église autant que des hérétiques. Que de fois ne lui avait-on pas rappelé qu'une grande association a besoin, pour subsister, de règlements précis et détaillés? Tout cela avait été peine perdue ! Certes, son humilité ne faisait de doute pour personne, mais pourquoi ne pas la manifester, non

1. Sur ce séjour V. les autorités indiquées par lea A. SS., p. 847.

seulement dans le yêtement et la manière de vivre, mais dans tous ses actes? Il croyait obéir à Dieu en défendant son inspiration, mais TÉglise ne parle-t-elle pas au nom de Dieu ? les paroles de ses représentants ne sont-elles pas la parole de Jésus se perpétuant sur la terre? il voulait être un homme évangélique, un homme apostolique, mais le meilleur moyen d*y parvenir, n'était-ce pas d'obéir au pontife romain ? au successeur de Pierre ? — Par un excès de condescendance, on l'avait laissé faire, et le résultat était la plus triste des leçons. Mais la situation n'était pas désespérée, il était temps encore d'y apporter remède ; pour cela il n'avait qu'à aller se jeter aux pieds du pontife, implorer sa bénédiction, ses lumières et ses conseils.

De pareils reproches entremêlés des effusions d'amour et d'admiration de ce prélat, qui eut à un degré inouï le pathétique don des larmes, devaient jeter un trouble profond dans le cœur délicat de François.

Sa conscience lui rendait bon témoignage, mais modeste comme le sont les esprits supérieurs, il n'était pas loin de penser qu'il avait eu bien des torts.

Ce serait peut-être ici le lieu de rechercher le secret de l'amitié de ces deux hommes, qui reste si étrange par certains côtés. Gomment put- elle durer sans ombre ^jusqu'à la mort de saint François, alors que nous trouvons toujours Hugolin comme inspirateur du groupe qui compromet l'idéal franciscain ? La réponse à cette question est impossible. Le même problème se pose pour frère Élie, sans qu'on aperçoive davantage une réponse satisfaisante. Les hommes qui ont le cœur très aimant ne sauraient avoir l'intelligence tout à fait claire. Souvent ils se sentent fascinés par ceux qui sont

se

le plus différents d'euK-mèmeSy et dans la poitrioe desquels ils ne sentent pas ces faiblesses féminines, ces rêves bizarres, cette pitié presque maladive des êtres et des choses, cette soif mystique de la douleur qui est à la fois leur bonheur et leur tourment.

Le séjour aux Camaldules se prolongea jusqu'à la mi-septembre, et se termina à la satisfaction du cardinal. François était décidé à aller tout droit trouver le pape, alors en séjour à Orvieto, et à lui demander Hugolin comme protecteur officiel destiné à diriger l'Ordre.

Un rêve qu'il avait fait jadis lui revenait en mémoire: il avait vu une petite poule noire, qui malgré ses efforts ne pouvait abriter sous ses ailes toute sa couvée. La pauvre poule, c'était lui; les poussins c'étaient les frères. Ce songe était une indication providentielle lui ordonnant de leur chercher une mère, sous les ailes de laquelle tous trouveraient place, et qui les défendrait contre les oiseaux de proie. Il le crut du moins ^.

Il se rendit à Orvieto, sans passer par Assise où il aurait été obligé de prendre des mesures quelconques à l'égard des fauteurs de trouble, tandis qu'il devait s'en remettre purement et simplement au pape.

Sa profonde humilité jointe au sentiment de culpabilité qu'Hugolin avait éveillé en lui, suffit-elle à expliquer son attitude devant le pape, ou faut-il croire qu'il eut le vague sentiment d'abdiquer? Qui sait si sa conscience ne lui murmurait pas déjà un reproche et ne lui

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