‹ Vie de s. François d'AssiseChapitre 213 sur 257 · Gel · texte numérisé non relu

Gel

2. Voir ci-dessus p. XXXIX, texte dans le Firmamentum 19 ss. ; Spéculum Morin, tract. III, 214 a ss. ; Cf. Confoi^m, 137 ss.

y est si parfaitemeût le même qu*OD est tenté d'y voir des lambeaux du projet original, retranchés comme étant des longueurs, peu à leur place dans une règle.

Quoi qu'il en soit de cette hypothèse, nous retrouvons dans les Admonitions toutes les préoccupations dont rame de François était assaillie à cette heure incertaine et troublée. Quelques-uns de ces avis ressemblent à des fragments de journal intime. On Ty voit chercher, avec la naïveté de l'humilité parfaite, des raisons pour se soumettre, pour renoncer à ses idées, sans qu'il puisse y parvenir tout à fait. Il s'y répète à lui-même les exhortations qu'on lui faisait; on y sent Teffort pour comprendre et admirer le moine idéal qu'Hugolin et l'Église lui proposaient en exemple.

Le Seigneur dit dans l'Evangile: «Celui qui ne renoncera pas à tout ce qu'il possède, ne peut être mon disciple. Et celui qui aura sauvé sa vie la perdra. » On renonce à tout ce qu'on possède, et on perd sa vie quand on se remet entièrement entre les mains de son supérieur pour lui obéir.... Et quand T inférieur voit des choses qui seraient meilleures ou plus utiles pour son âme que celles que le supérieur lui ordonne, qu'il fasses Dieu le sacrifice de sa volonté. »

On pourrait croire, en lisant cela, que François va se ranger du côté de ceux pour lesquels la soumission à l'autorité ecclésiastique est l'essence même de la religion. Mais non; ici même son vrai sentiment ne parvient pas à s'effacer, il entremêle ses paroles de parenthèses et d'incidentes bien timides, mais qui révèlent le fond de sa pensée et finissent toujours par désigner la

conscience individuelle comme juge en dernier ressort*.

Tout ceci dit assez comment il faut se représenter les instants où son âme blessée. soupira après Tobéissance passive, dont la formule perinde ac cadaver, remonte paraît-il bien au delà de la Compagnie de Jésus. Ce furent les instants de défaillance où Tinspiration se taisait.

Un jour il était assis avec ses compagnons, lorsqu'il 86 mit à gémir et à dire : «Il 7 a à peine un religieux sur toute la terre qui obéisse parfaitement à son supérieur. » Ses compagnons très étonnés lui dirent : «Expliquez-nous donc, Père^ quelle est la parfaite et souveraine obéissance.» Alors comparant celui qui obéit à un cadavrC; il répondit: «Prenez un corps mort, et posezle où vous voudrez, il ne fera aucune résistance ; quand il sera à une place, il ne murmurera pas ; quand vous l'en enlèverez, il ne réclamera pas; mettez-le sur une chaire, il ne regarde pas au-dessus, mais au-dessous de lui; enveloppez-le de pourpre, il en pâlira doublement *. »

Ce soupir vers l'obéissance cadavérique témoigne de quels ravages son âme avait été désolée; c'est, dans le domaine moral, l'analogue de l'appel au néant des grandes douleurs physiques.

1. Cum facit {suhditus) voluntatem {prœlati) dummodo henefaoit vera obedientia est. Admon, III , Conform, 139 a 2. — Si vero prœlatus subdito aliquid contra animam prœcipiat licet ei non obediat tamen ipaum non dimittat. Ibid. — Nullus tenetur ad obedientiam in eo ubi committitur delictum vel peccatum^ Epist, II.

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