CeL 3, 89 ; Spec, 29 b ; Confoi*m. 176 b 1 ; Bon
Il est du reste absolument isolé. Partout ailleurs Tobéissance frauciscaiDe est Tobéissance vivante, active, joyeuse*.
Il allait jusqu'au bout dans cette voie et considérait comme saintes les révoltes dictées par la conscience. Un jour, dans les dernières années de sa vie, un frère d'Allemagne vint le voir, et après s*être longuement entretenu avec lui de la pure obéissance :
4c Je te demande une grfice, lui dit-il, c'est que, si les Frères Tenaient à ne plus vivre selon la Règle, tu me permettes de me séparer d'eux, seul ou avec quelques autres, pour Tobserver dans sa plénitude. » A ces mots, François eut une grande joie: «Sache, dit-il, que le Christ autorise aussi bien que moi ce que tu viens de demander, » et lui imposant les mains : c Tu es prêtre pour réternité, ajouta-t-il, selon Tordre de Melchisédech ! » ^
Nous avons un souvenir encore plus touchant de sa sollicitude à sauvegarder Tindépendance spirituelle de ses disciples: c'est un billet à frère Léon^. Celui-ci, très alarmé du nouvel esprit qui régnait dans l'Ordre, s'en était ouvert à son maître, et lui avait sans doute demandé à peu près la même autorisation que le frère d'Allemagne. Après un entretien oii il lui avait répondu
1. Per caritatem »piritu$ voluntarii serviant et ohediant tnvtcetn. Et hœc est vera et sancta obedientia. Reg, 1221, V.
2. Tribul. Man. Laur. 14 b ; Spec. 125 a ; Conform. 107 b 1 ; 184 bl.
3. V^adding le donne {epist. XVI) d'après Tautographe conserré dans le trésor des Conventuels de Spolète. L'authenticité de ce morceau est évidente.
de vive voix, François, pour ne laisser subsister aucune espèce de doule ou d*hésitation dans l'esprit de celui qu'il avait surnommé sa petite brebis du bon Dieu^ pecorella di DiOy lui écrivit encore :
Frère Léon; ton frère François te souhaite paix et salut.
Je te réponds ou», mon fils, comme une mère à son enfant. Ce mot résume tout ce que nous avons dit en cheminant, ainsi que tous mes conseils. Si tu as besoin de venir me trouver pour me demander conseil, je suis d'avis que tu le fasses. Quelle que soit la manière dont tu penses pouvoir plaire au Seigneur Dieu, suivre ses traces, et vivre dans la pauvreté, faites-le *, Dieu vous bénira, et je vous y autorise. Et s'il était nécessaire, pour ton âme ou pour ta consolation, que tu vinsses me voir ou si tu le désirais, mon Léon, viens.
A toi dans le Christ.
Nous voilà, certes, bien loin du cadavre de tout à Theure.
Il serait superflu de nous arrêter aux autres admonitions. Ce sont pour la plupart des réflexions inspirées par les circonstances. Les conseils sur Thumilité y reviennent, avec une fréquence qu'expliquent à la fois les préoccupations personnelles de Tauteur et la nécessité de rappeler à ses frères l'essence même de leur profession.
Le séjour de saint François à Rome, lorsqu'il alla, dans les premiers mois de 1221, présenter son projet à
1. Ge pluriel qui a étonné Wadding montre bien que frère Léon avait parlé ^u nom d'un groupe.
HugoliD, fut marqué par un nouvel effort de ce dernier pour le rapprocher de saint Dominique ^.
Le cardinal était alors à Tapogée de ses succès. Tout lui avait réussi. Sa voix n'était pas toute-puissante seulement dans lés affaires de TÉglise, mais aussi dans celles de l'Empire. Frédéric II qui avait l'air de chercher sa voie, et dans les pensées duquel germaient des rêves de réformation religieuse et le désir de mettre son pouvoir au service de la vérité, le traitait en ami, et parlait de lui avec une admiration sans bornes 2.
Dans ses réflexions sur les remèdes à apporter aux maux de la chrétienté, le cardinal en vint à penser que l'un des plus efficaces serait la substitution d'évèques pris dans les deux ordres nouveaux à l'épiscopat féodal, recruté presque toujours sur place, dans des familles où les dignités ecclésiastiques étaient, pour ainsi dire, héréditaires. De pareils évêques manquaient d'ordinaire des deux qualités essentielles d'un bon prélat, aux yeux d'Hugolin : le zèle religieux et le zèle ecclésiastique.
1. Cette date, pour de nouveaux rapports entre eux, ne parait pas pouvoir être contestée, quoiqu'elle n'ait jamais été proposée ; il 8*agit, en effet, de trouver une époque où ils aient pu se rencontrer tous les trois à Rome (2 Gel. 3, 86 ; Spec, 27 a), entre le 22 déc. 1216 (approbation des Dominicains), et le 6 août 1221 (mort de Dominique). Il ne reste que deux périodes possibles : les premiers mois de 1218 (Potthast'5739 et 5747) et l'hiver de 1220-1221. A tout autre moment, Tun des trois interlocuteurs se trouve loin de Rome.
On sait au contraire qu'Hugolin était à Rome dans l'hiver de 1220-1221 (Huiliard-Bréholles, Hist. dipl. Il, p. 48, 123, 142. .Cf. Potthast 6589). — Pour Dominique V. A. SS. Aug. t. 1, p. 503. — La date la plus tardive s'impose, car Hugolin ne pouvait offrir des prélatures aux Frères Mineurs avant leur approbation explicite (11 juin 1219) ; et cette offre n'avait de sens vis-à-vis des Dominicains qu'après l'essor déûnitif de leur Ordre.
2. Voir les lettres impériales du 10 février 1221 : Huiliard- Bréholles, t. II, p. 122-127.
Il pensait donc que les Frères Prêcheurs et les Frères Mineurs n'auraient pas seulement les vertus qui man quaient aux autres, mais qu'ils seraient entre les mains de la papauté, une hiérarchie fortement centralisée, vraiment catholique, toute dévouée aux intérêts généraux de rÉglise. Les difficultés que Ton aurait du côté des chapitres qui élisaient les évêques, ainsi que du côté du haut clergé séculier, seraient balancées par l'enthousiasme du peuple pour des pasteurs dont la pauvreté rappellerait la primitive Église.
A la fin des entreliens qu'il eut avec François et Dominique, il leur communiqua quelques-unes de ces idées, et leur demanda leur avis sur l'élévation de leurs frères aux prélatures.
Il y eut une pieuse contestation entre les deux saints pour savoir lequel répondrait le premier. Enfin Dominique dit simplement qu'il préférait voir ses compagnons rester tels qu'ils étaient. Son tour venu, François montra que le nom même de son institut rendait la chose impossible : < Si mes frères ont été appelés Minores, dit-il, ce n'est pas pour devenir Majores. Si vous voulez qu'ils fructifient dans l'Église de Dieu, laissez-les, et maintenez-les dans l'état dans lequel Dieu les a appelés. Je vous prie, mon Père, ne faites pas que leur pauvreté leur devienne un motif d'orgueil, et ne les élevez pas à des prélatures qui les porteraient à l'insolence vis-à-vis des autres^.»
La politique ecclésiastique suivie par les papes devait rendre cet avis des deux fondateurs tout à fait inutile^.