‹ Vie de s. François d'AssiseChapitre 215 sur 257 · Gel. 3, 86; Bon. 78; Spec. 27 b · texte numérisé non relu

Gel. 3, 86; Bon. 78; Spec. 27 b

2. V. K. Eubel : Die Bischôfe, Cardinale und Pâpste, aus dem Minoritenorden bis 1305. In-8% 1889.

François el Dominique se séparèrent pour ne plus revoir. Le Maître des Frères Prêcheurs se mit peu de temps après en route pour Bologne où il succomba le 6 août suivant, et François regagna la Portioncule où Pierre de Gatane venait de mourir (10 mars 1221). Il le remplaça à la tôle de TOrdre par frère Élie. Hugolin n'était sans doute pas étranger à ce choix.

Empêché par ses fonctions de légat, il ne put se rendre au chapitre de la Pentecôte (30 mai 1221} ^. Il y fut remplacé par le cardinal Reynerio^, qui vint accompagné par plusieurs évêques et par des moines de divers ordres *. Il s'y trouva environ trois mille frères, mais Tempressement des gens des environs à apporter des provisions fut si grand, qu'après sept jours de session, il fallut en rester encore deux, pour consommer tout ce qui avait été donné. Les séances furent présidées par frère Élie, aux pieds duquel était assis François qui le tirait par la tunique quand il avait quelque chose à faire dire aux frères.

Frère Jourdain de Giano, qui était au nombre d^ assistants^ nous a gardé le souvenir de tous ces détails et du départ d'un groupe de frères pour l'Allemagne. Ils furent placés sous la direction de Gésaire de Spire, dont la mission réussit au delà de toute attente. Dixhuit mois après, lorsqu'il revint en Italie, dévoré du désir de revoir saint François, les villes de Wurzbourg,

i. Il était dans l'Italie du Nord. V. BegistH: Doc. 17-28.

2. Reynerius , cardinal-diacre du titre de S. M. in Gosmedin, évêque de Viterbe (Cf. Innocent III, Opéra, éd. Migne,!, col GGXIII) 1 Gel. 125. Il avait été nommé le 3 août 1220 recteur du duché de Spolète. Potthast 6319.

3. Jord. 16. La présence de Dominique à un chapitre précédent avait donc été toute naturelle.

MayeDce, Worms, Spire, Strasbourg, Cologne, Salzbourg, Ratisbonne étaient devenues des centres franciscains, d'où les idées nouvelles rayonnaient sur toute TÂllemagne méridionale.

C'est aussi à Tannée 1221 que Ton rattache d'ordinaire la fondation du Tiers Ordre ou troisième Ordre, appelé d'ordinaire Fraternité de la Pénitence dans les plus anciens documents; mais on a vu plus haut que cette date est beaucoup trop récente, ou plutôt qu'il n'y a pas à fixer de date, car ce qu'on a appelé plus tard, d'une manière tout arbitraire, le troisième Ordre, est évidemment contemporain du premier ^.

François et ses compagnons ont voulu être les apôtres de leur temps, mais pas plus que les apôtres de Jésus, ils n'ont souhaité que tous les hommes entrassent dans leur association, forcément un peu restreinte, et qui, suivant la parole évangélique, devait être le levain du reste de l'humanité. En conséquence, leur vie était la vie apostolique suivie au pied de la lettre.

i. Cette manière de* voir concorde de tout point avec le témoignage de 1 GeL 36 et 37 qui montre le Tiers Ordre naissant tout naturellement de l'enthousiasme qu'excitèrent les prédications de François, de suite après le retour de Rome (1210) ; (Cf. Auctor vit. sec, : A. SS., p. 593 b). Riendans les autres documents ne le contredit, tout au contraire. V. 3 Soc. G0« Cf. Anon, Perus,: A. SS., p. 600; Bon 25 ; 46. Cf. A. SS., p. 631-634. La première bulle qui concerne les Frères de la Pénitence (sans les nommer) est du 16 déc. 1221, Significatum est. Si elle les vise réellement, comme le pense Sbaralea, et tous ceux qui s'en sont occupés jusqu'à M. MûUer inclusivement, — mais ce qui pourrait, semble-t-il, être contesté, — c'est que dès 1221 , ils en auraient appelé au pape contre les podestats de Faenza et des cités voisines. Ceci suppose évidemment une association qui n'est pas nce de la veille. Sbaralea, Bull, fr., I, p. 8; Horoy, t. IV, col. 49; Polthast 6736.

mais ridéal qu'ils prêchaient était la vie évangélique^ que Jésus avait annoncée.

Pas plus que Jésus, saint François n'a condamné la famille ou la propriété ; il a simplement vu en elles des liens dont Vapâtre^ mais Tapôtre seul, doit être dégagé.

Si bientôt des esprits maladifs ont cru interpréter sa pensée en faisant de l'union des sexes un mal, et de tout ce qui constitue l'activité physique de l'homme, une chute ; si des déséquilibrés se sont autorisés de son nom, pour échapper à tous les devoirs; si des époux se sont imposé le ridicule martyre de la virginité du lit conju- .gal, il ne faut vraiment pas l'en rendre responsable.

Ces traces d'ascétisme contre nature proviennent de l'influence des idées dualistes des Cathares, et non du poète inspiré qui a chanté la nature et sa fécondité, qui faisait aux colombes des nids, où il les invitait à se multiplier sous le regard de Dieu, et qui imposait à ses frères le travail manuel comme un devoir sacré*

Les bases de la corporation des Frères et des Sœurs de la Pénitence furent très simples: François n^apportait pas au monde une nouvelle doctrine ; la nouveauté de son message était tout entière dans son amour, dans son appel direct à la vie évangélique, à un idéal de vigueur morale, de travail et d'amour.

Il s'est naturellement bien vile trouvé des hommes qui n'ont pas compris cette vraie et simple beauté; ils sont tombés dans les pratiques et les dévotions, ont imité par le dehors la vie des cloîtres dans lesquels, pour une cause ou pour une autre, ils ne pouvaient se retirer; mais il serait injuste de se représenter d'après eux les Frères de la Pénitence.

Reçurent-ils 'une Règle de saint François? On ne

saurait le dire. Celle qui leur fut donnée^ eu 1289 par le pape Nicolas IV, est simplement la refonte et Tamalgame de toutes les règles de confréries laïques qui existaient à la fin du treizième siècle. L'attribution de ce document à saint François n'est autre chose que l'ajustement dans l'édifice nouveau de quelques pierres vénérées d'une construction ancienne. C'est une affaire de façade et d'ornementation, rien de plus.

Malgré cette absence d'une règle émanant de François lui-même, on peut voir clairement ce que devait être, dans sa pensée, cette association. L'Évangile, avec ses conseils et ses exemples, devait en être la véritable Règle. La grande nouveauté visée par le Tiers Ordre fut la concorde : cette fraternité était une union de paix, et apportait à l'Europe étonnée une nouvelle trêve de Dieu. Que le refus absolu de porter les armes ^ ait été un idéal tout chimérique et éphémère, les documents sont là pour le prouver, mais il est déjà bien beau d'avoir eu la puissance de le susciter pour quelques années.

La seconde obligation essentielle des Frères de la Pénitence semble avoir été celle de réduire le plus possible leurs besoins, et tout en conservant leur fortune.

1. Bulle Supra montem du 17 août 1289. Potthast 23044. M. Mailer a fait sur les origines de cette bulle une étude lumineuse, qui peut être considérée, dans les points essentiels, comme déûnitive {Anfânge^ p. 117-171). Par cette bulle, Nicolas IV, — ministre général des Frères Mineurs avant de devenir pape, <- chercha à attirer entre les mains de son Ordre la direction de toutes les associations laïques pieuses (Tiers Ordre de saint Dominique, des Oaudentes, des Humiliés, etc.). Il voulut aussi par là donner un essor plus grand à ces confréries qui dépendaient directement de la cour de Rome, et augmenter leur puissance en les unifiant.

2. V. Bulle Signifkatum est du 16 déc. 1221. Cf. Supra mon-^ ^«n, cap. VII.

de distribuer aux pauvres, à intervalles réguliers, la part de revenu restée disponible, après s'être contenté du strict nécessaire*.

Accomplir avec joie les devoirs de son état; donner aux moindres actions une inspiration sainte ; retrouver dans les iuBniment petits de rexistence, en apparence la plus banale, les parcelles d'une œuvre divine; rester pur de toute préoccupation avilissante; user des choses comme ne les possédant pas, comme les serviteurs de la parabole qui auront bientôt à rendre compte des talents qui leur ont été con6és ; fermer son cœur à la haine, et l'ouvrir tout grand aux pauvres^ aux malades, à tous les abandonnés, tels étaient les autres devoirs essentiels des Frères et des Sœurs de la Pénitence.

Pour les jeter dans cette voie royale de liberté, d'amour, de responsabilité, François faisait quelquefois appel aux terreurs de l'enfer et aux joies du paradis, mais l'amour intéressé était si peu dans sa nature, que ces considérations et d'autres du même genre occupent une place tout à fait secondaire dans les pages qui nous sont restées de lui, comme aussi dans ses biographies.

La vie évangélique, pour lui, est naturelle à l'àme. Quiconque la connaîtra, la préférera; elle n'a pas plus besoin d'être prouvée que le grand air et la lumière. Il suffit d'y conduire les prisonniers, pour leur ôter toute envie de retourner dans les cachots de l'avarice, de la haine ou de la futilité.

François et ses vrais disciples font donc la pénible ascension des grandes cimes, uniquement, mais irré-

1. La Règle du Tiers Ordre des Humiliés, qui date de 1201 contient une clause semblable. Tiraboschi, t. II, p. 132.

sistiblement poussés par la yoi\ intérieure. Le seul secours étranger qu*ils acceptent, c*est le souvenir de Jésus les précédant sur les hauteurs et revivant mystérieusement sous leurs yeux par le sacrement de rEucharistie.

La lettre à tous les chrétiens où ces idées débordent, nous est un vivant souvenir des allocutions de saint François aux Terliaires.

Pour nous représenter ces derniers sous une forme lout à fait concrète, nous pouvons recourir à la légende du B. Lucchesio dont la tradition a fait le premier Frère de la Pénitence^.

Originaire d'une petite ville de Toscane, il la quitta pour se soustraire à des haines politiques, et vint s'établir à Poggibonsi, non loin de Sienne, où il continua à faire le commerce des grains. Déjà riche, il ne lui fut pas difficile d'accaparer les blés pour les revendre en temps de disette, et réaliser d'énormes bénéûces. Mais bientôt, bouleversé par les prédications de François, il rentra en lui-même, distribua tout son superflu aux pauvres, et ne garda que sa maison avec un petit jardin et un âne.

On le vit dès lors, s'adonner à la culture de ce coin de terre, et faire de sa maison une sorte d'hôtellerie, où les pauvres et les malades affluaient ; non seulement il les accueillait, mais il allait à leur recherche jusque dans les Maremmes infectées par la malaria, et revenait

1. Dans les A. SS. Aprilis t. II, p. 600-616. Orlando de Chiusi reçut aussi Tbabit des mains de François. V. Instrumentum etc. ci-dessus p. XG. La Frateraité franciscaine, sous Tinfluence des autres tiers ordres, perdit rapidement ses caractères spécifiques. Quant à cette appellation de troisième ordre, elle a eu sûrement à Torigine un sens hiérarchique, auquel s'est superposé peu à peu un sens chronologique. Toutes ces questions deviennent singulièrement plus claires quand on les rapproche de ce qu'on sait sur les Humiliés.

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souvent avec un malade à califourchon sur les épaules^ et précédé de son âne chargé d'un fardeau semblable. Les ressources du jardin étant forcément très limitées^ lorsqu'il n'y avait plus moyen de faire autrement, Lucchesio prenait une besace et s'en allait mendier de porte en porte, mais la plupart du temps c'était inutile, car les pauvres, le voyant si laborieux et si bon, étaient plus contents des quelques maigres légumes qu'il mangeait avec eux que du plus copieux repas. Devant leur bienfaiteur si joyeux dans son dénûment, ils oubliaient leur misère, et les murmures habituels de ces malheureux se transformaient en paroles d'admiration et de reconnaissauce.

La conversion n'avait pas tué en lui les liens de la famille: Bona Donna, sa femme, était devenue le meilleur des collaborateurs, et lorsqu'en 1260^ il la vit s'éteindre peu à peu, sa douleur fut trop forte pour être supportée: «Tu sais, chère compagne, lui dit-il au moment où elle venait de recevoir les derniers sacrements, combien nous nous sommes aimés pendant que nous servions Dieu ensemble, pourquoi ne resterionsnous pas unis pour nous en aller aux joies ineffables ? Attends-moi. Je veux recevoir, moi aussi, les sacrements et m'en aller au ciel avec toi. »

Il dit et rappela le prêtre pour être administré, puis après avoir tenu dans ses mains celles de sa compagne qui agonisait, et l'avoir réconfortée par de douces paroles, lorsqu'il vit que son âme s'était envolée, il fit sur lui le signe de la croix, s'étendit, et appelant avec amour Jésus, Marie et saint François, il s'endormit pour l'éternité.

(Aulomne 1221 — décembre 1228.)

A partir du chapitre de 1221 j révolution de rOrdre se précipite avec une rapidité contre laquelle plus rien ne devait avoir la force de réagir.

La création des ministres fit faire un pas énorme de ce côté : ceux-ci en vinrent, par la force même des choses, à avoir une résidence : lorsqu'on commande , on veut avoir ses subordonnés sous la main, savoir à chaque instant où ils sont; les Frères ne pouvaient donc continuer à se passer de couvents proprement dits. Ce changement devait en amener bien d'autres : jusque-lk on n'avait pas eu d'églises. Sans églises, les Frères n'étaient que des prédicateurs, et leur but ne pouvait être que parfaitement désintéressé, ils étaient, comme l'avait voulu François, les auxiliaires bénévoles du clergé. Avec des églises, ils devaient fatalement aspirer à y prêcher d'abord et à y attirer la foule, puis à les ériger eu quelque sorte en contre-paroisses^.

1, Tout cela s'est fait avec une prodigieuse rapidité. Les dimensions de la basilicpie d'Assise, dont les plans ont été faits dès 1228, ne permettent pas de la considérer comme une chapelle conventuelle, pas plus que Santa-Groce de Florence, San-Francesco de

312 YIB DE S. FRANÇOIS

La bulle du 22 mars 1222 ^ nous montre la papauté activant de toutes ses forces ces transformations. Le pontife accorde à frère François et auK autres frères le privilège de pouvoir célébrer dans leurs églises les saints mystères en temps d'interdit, à la condition, naturellement, de ne pas sonner les cloches, de fermer les portes, et de faire sortir au préalable les gens frappés d'excommunication.

Par une étonnante incoAséquence, la bulle elle-même porte le témoignage de son inutilité, du moins pour le moment où elle fut donnée : ce Nous vous accordons, dit-elle, de pouvoir célébrer en temps d'interdit dans vos églises, si vous venez à en avoir, i» Voilà donc une nouvelle preuve que l'Ordre n'en avait point encore en 1222; mais on n'aura pas de peine à voir précisément dans ce document une invitation pressante à changer de manière de faire et à ne pas laisser ce privilège sans objet.

Un autre document de la même époque manifeste des

Sienne ou la basilique Sant-Ântonio à Padoue, monuments commencés entre 1230 et 1240. Dès avant 1245, une partie de Tépiscopat jeta un cri d'alarme dans lequel il ne parle de rien moins que de fermer la porte des églises séculières devenues inutiles. II se plaint avec une incroyable amertume que les Frères Mineurs et Prêcheurs aient absolument supplanté le clergé paroissial. On trouve cette lettre, adressée à la fois à Frédéric II et au concile de Lyon, dans Pierre de la Vigne : Epistolœ, Bâle, 1740, 2 vol. t. 1, p. 230— 222. Il serait bien à désirer qu'on en donnât un texte critique. Voir aussi la satire, contre les deux ordres nouveaux, rimée vers 12412 par Pierre de la Vigne, et dont, malgré les exagérations possibles, la plupart des traits n'ont pas pu être inventés: £. du Mérii : Poésies pop. lat. p. 153—177 Paris, in 8«, 1847.

1. Et non du 29 comme le veut Sbaralea {BulL fr. 1. 1, n. 10; Horoy, t. IV col. 129; l'original encore aux archives d'Assise porte; Datum Anagnie ii Kalendas Aprilis pontificatus nottri anm sexto.

préoccupations analogues, mais s*exerçant d'un tout autre côté. Par la bulle Ex parte du 29 mars 1222, Honorius III chargeait conjointement les prieurs des Prêcheurs et des Mineurs de Lisbonne d'une mission singulièrement délicate : il leur donnait ses pleins pouvoirs pour agir contre Tévêque et le clergé de cette ville, qui exigeaient que les fidèles leur laissassent par testament le tiers de leurs biens, et refusaient aux ré- <;alcitrants la sépulture ecclésiastique ^.

Le fait que le pape donnait aux frères le soin de choisir eux-mêmes les mesures à prendre, prouve combien on était pressé à Rome d'oublier le but dans lequel ils avaient été créés, pour les transformer en chargés d'affaires du Saint-Siège.

11 n'est donc pas besoin de faire remarquer que la mention du nom de François, en tête de la première de 'Ces deux bulles, n'a aucune portée. On ne se représente pas le Poverello allant demander un privilège pour des circonstances qui n'existaient pas encore! On devine ici l'influence d'Hugolin^ qui avait trouvé, dans la personne d'Élie, le Frère Mineur selon son cœur.

1. Potthast 6809; Horoy, t. IV col. 129. Voir aussi la bulle Ecce venit Deus du 14 juillet 1227: L. Auvray: Registres de Grégoire IX 1). 129 Cf. 153. Polthast 8027 et 8028, 8189.

2. U avait terminé 8a mission de légat en Lombardie, vers la fin de septembre 1221 (V. son Registre. Cf. Bôhmer, Acta imp. sel. doc 951). Au printemps de 1222, on le retrouve sans cesse aux côtés du pape à Anagni, VeroH, Alatri (Potthast 6807, 6812, 6849). Le Saint- Siège avait encore alors une prédilection marquée pour les Prêcheurs : le privilège essentiellement banal de pouvoir célébrer les offices en temps d'interdit leur avait été accordé le 7 mars 1222, mais au lieu de la formule ordinaire en pareil cas, on fit une rédaction tout exprès pour eux, avec un bel éloge. Ripolli, BulU Prced.^ t. I, p. 15.

Que faisait donc François pendant ce temps? On rignore, mais l'absence même de renseignements — si nombreux pour la période qui a précédé, comme pour celle qui suit — nous dit assez qu'il quitta la Portioncule pour s'en aller dans la solitude et vivre dans ces ermitages de TOmbrie qui eurent toujours pour lui un si puissant attrait ^. Il n'est presque pas une colline de l'Italie centrale qui n'ait conservé quelque souvenir de son passage. Entre Florence et Rome, on marcherait difficilement une demi-journée dans les montagnes, sans rencontrer, sur les sommets, des cabanes portant son nom ou celui d'un de ses disciples.

Il y eut un moment où elles furent habitées et où, dans des huttes de branchages^ Égide, Masseo, Bernard, Sylvestre, Junipère, et bien d'autres dont l'histoire tait le nom, reçurent la visite de leur père spirituel venant les consoler ^.

Ils lui rendaient amour pour amour et consolatioa pour consolation. Sa pauvre âme en avait grand besoin, car dans ses longues nuits d'insomnie, il lui arrivait parfois d'entendre au fond de son cœur de bien étranges voix ; la fatigue et les regrets le gagnaient, et regardant en arrière, il se prenait à douter de lui-même, de sa Dame la Pauvreté et de tout.

Entre Chiusi et Radicofani, à une heure de marche du village de Sartiano, quelques frères avaient arrangé un abri qui leur servait d'ermitage, et préparé pour

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