Gel. 3, 59 ; Bon. 60; Conform. 122 b
il ne s'y fit faire ni cellule, ni maison, mais s^abrita sous un pan de rocher^. »
Il ne faudrait donc pas croire, comme on Ta fait, qu*avec le temps, François ait changé de point de vue. Quelques écrivains ecclésiastiques ont pensé que puisqu'il voulait la multiplication de son Ordre, il en a accepté par là même la transformation.
L'idée est spécieuse, mais on n*en est pas réduit à cet égard à des conjectures : à peu près tout ce qui se fait dans rOrdre depuis 1221, se fait tantôt à 1 insu de François, tantôt contre son gré. Si l'on était tenté d'en douter, on n'aurait qu'à jeter un coup d œil sur le manireste le plus solennel et aussi le plus adéquat de sa pensée, son Testament. On l'y voit délivré de toutes les suggestions qui avaient fait fléchir Texpression de ses idées, se redresser courageusement pour rappeler l'idéal primitif, et l'opposer à toutes les concessions arrachées à sa faiblesse.
Le Testament n'est pas un appendice à la Règle de 1223, il en est presque la révocation. Mais on se tromperait en y voyant la première tentative faite pour réagir. Les cinq dernières années de sa vie ne furent qu'un effort incessant pour protester par son exemple et par ses paroles.
En 1222, il adressa aux frères de Bologne une lettre remplie des plus tristes pressentiments. Dans cette ville où les Dominicains, comblés de prévenances, étaient en train de se faire une grande situation dans l'enseignement, les Frères Mineurs étaient plus tentés que par tout ailleurs d'abandonner la voie de la simplicité et de la pauvreté.
i. 2 Gel. 3, 5 ; Spec. 12 a; Conform. 169 b 2.
Les avertissements de François avaient revêtu des couleurs si sombres et si menaçantes, qu^après le fameux tremblement de terre du 23 décembre 1222, qui jeta répouvante dans toute Tltalie septentrionale, on n'hésita pas à croire qu'il avait prédit la catastrophe ^. II en avait prédit une, qui pour être toute morale n'en était pas moins horrible, et dont la vision lui arrachait les plus amères imprécations :
«Seigneur Jésus, vous avez jadis choisi vos apôtres au nombre de douze^ et si l'un d'eux vous a trahi, les autres, restant unis à vous, ont prêché le saint Évangile, remplis d'une seule et même inspiration; et voici que maintenant, vous rappelant les jours d'autrefois, vous avez suscité la Religion des Frères, afin de soutenir la foi et afin que par eux le mystère de votre Évangile s'accomplisse. Qui les remplacera si, au lieu d'accomplir leur mission et d'être pour tous de lumineux exemples, on les voit s'abandonner aux œuvres des ténèbres? Ah! que par vous^ Seigneur, et par toute la cour céleste et par moi, votre indigne serviteur, soient maudits ceux qui par leur mauvais exemple renversent et détruisent tout ce que vous avez fait au commencement^ et ce que vous ne cessez de faire par les saints frères de cet Ordre^. »
. Ce passage de Thomas de Gelano, c est-à-dire du plus modéré des biographes, montre à quel diapason de véhémence et d'indignation a pu s'élever le doux François. Malgré les efforts bien naturels, faits pour jeter un
i. Ecd. 6. V. le texte de Liebermann. Mon, Germ, hist. Script. ^ t 28, p. 663.