Admonitio V, Cf. Conform, 141 a
Rapprocher les Constitutiones aniiquœ {Spéculum, Morin, III, fo 195 b-206) de la Règle. Dès les premiers chapitres la contradiction saute aux yeux : Ordinamua quod nullus redpiatur in ordine nostro nisi sit talis clericus qui sit competenter instructus in grammatica vel logica; aut nisi sit talis laicus de cujus ingressu esset valde celebris et edificatio in populo et in clero. Nous voilà certes bien loin de l'esprit de celui qui avait dit : Et quicumque venerit amicus vel aduersarius fur vel latro bénigne redpiatur. Règle de 1221, cap. VII. Voir aussi TExposition de la Règle de Bonaventure. Spéculum Morin, III, fo 21-40.
2. Sur l'attitude de François vis-à-vis de la science. Voir TribuL Laur. 14b ; Spec. 184a ; 2 CeL 3, 8; 48; 100; 116; 119; 120-124. Le chapitre Bon. 152 n'exprime naturellement que les vues de Bonaventure. Voir surtout Règle de 1221, cap. XVII; de 1223 cap. X.
3. Spec. 7 b : Fecit Franciscus regulam quam papa Honorius confirmavit cum bulla, de qua régula multa fuerunt extracta per ministros contra voluntatem b, Francisci, Cf. 2 Gel. 3, 136.
32i VIB DE s. FRANÇOIS
François, doDt il nous a lui-même coaservé le souvenir^.
Elles eurent pour résultat la Règle de 1223. Il se forma bientôt autour de Torigine de ce document toute une poussée de récits merveilleux qu'il serait oiseux d'examiner par le menu ; ce qu'il faut en retenir, c'est le souvenir qu'ils gardent des luttes soutenues par François contre les ministres pour le maintien de son idéal.
Avant d'aller à Rome demander l'approbation définitive, il s'était longuement recueilli dans la solitude de Monte-Colombo, près de Rieti. Cette colline fut bientôt représentée comme un nouveau Sinai, et les disciples dépeignirent leur maître recevant là-haut, des mains de Jésus même, un autre Décalogue^.
Ângelo Clareno, un des narrateurs les plus complaisants de ces traditions, se charge lui-même d'en indiquer le peu de valeur : il nous montre Honorius III modifiant au dernier moment un passage essentiel du projet^. J'ai déjà caractérisé assez exactement cette Règle pour n'avoir plus besoin d'y revenir ici.
Elle fut approuvée le 25 novembre i223^. Plusieurs souvenirs semblent devoir être rattachés à ce dernier voyage de François à Rome. Un jour, le cardinal Hugolin, dont il avait accepté l'hospitalité, fut bien étonné, ainsi que ses convives, en s'apercevant de son absence
1. BuUe Quo elongati du 28 sept. 1230 : Sbaralea, 1. 1, p. 56.
2. Bon. 55 et 56; [3 Soc 62] ; Spec. 76; 124 a; Tribul. Laur, 17 b-19 b; Ubcrtin, Arbor V. 5; Conform. 88 a 2.
3. TribuU, Laur. 19 a; Archiv, t. III, p. 601. Cf. A. SS., p. 638 e.
4. Potthast 7108. L*œuvre de cette bulle fut complétée p .r celle du 18 déc. 1223 (L'original du Sacro^Convento porte Datum Laterani XV Kal. jan.), Fratrum Minorum: Potthast 712\
au moment où l'on se mettait à table, mais ils le virent bientôt arriver, chargé d*une provision de morceaux de pain bis qu'il distribua tout joyeux à la noble assistance. Son hôte, un peu confus, ayant essayé de lui faire quelques reproches après le repas, François lui expliqua qu'il ne devait pas oublier pour un somptueux festin le pain de l'aumône dont il se nourrissait tous les jours, et qu'il voulait aussi montrer à ses frères, que la table la plus riche ne vaut pas, pour les pauvres spirituels, cette table du Seigneur ^.
On a vu que, durant les premières années, les Frères Mineurs avaient l'habitude de gagner leur vie en s*engageant comme domestiques. Quelques-uns avaient continué, mais en bien petit nombre. Peu à peu, de ce côté aussi, tout s'était transformé. Sous couleur de servir, les frères entraient chez les plus hauts personnages de la cour pontificale et devenaient leurs hommes de confiance: au lieu d'être soumis à tous, comme dit la Règle de 1221, ils étaient au-dessus de tous.
Perdant complètement de vue la vie apostolique, ils devenaient des courtisans d'un genre spécial ; leur caractère, moitié ecclésiastique, moitié laïque^ les rendait capables de remplir une foule de missions délicates, et de jouer un rôle dans les intrigues variées pour lesquelles ont toujours semblé vivre la plupart des prélats romains^. Pour protester, François n'avait qu'une arme, son exemple.
c Un jour, raconte le Spéculum, le B. François vint à Rome pour voir Tévêque d'Ostie (Hugolin), et après
i. 2 Gel. 3, 19 ; Bon. 95; Spee. 18 b. ; Conform. 171 a 1.
2. 2 Cel, 3, 61 et 62. Cf. EccL 6 le souvenir de Rod. de Rosa.
être resté quelque temps chez lui, il rendit aussi visite au cardinal Léon qui avait pour lui une grande dévotion.
On était en hiver ; le froid, le vent, la pluie, rendaient tout voyage impossible, aussi le cardinal le priat-il de passer quelques jours dans sa maison et d'y prendre sa nourriture, comme les autres pauvres qui venaient manger chez lui «Je te donnerai, ajouta-t-il,
un bon gîte bien à l'écart, où tu pourras, si tu le veux, prier et manger.» Alors frère Ange, l'un des douze premiers disciples, qui demeurait chez le cardinal, dit à François: «Il y a près d'ici, une grande tour écartée et tranquille, tu y seras comme dans un ermitage. » François alla la voir, et elle lui plut. Alors revenant vers le cardinal : «Monseigneur, lui dit-il, il est possible que je passe quelques jours chez vous. » Celui-ci fut bien joyeux, et frère Ange alla préparer la tour pour le B. François et pour son compagnon.
Mais dès la'première nuit, quand il voulut dormir, les démons arrivèrent pour le frapper. Appelant alors son compagnon: «Frère, lui dit- il, les démons sont venus me frapper avec violence ; reste près de moi, je te prie, car j'ai peur seul ici.»
Il tremblait de tous ses membres, comme quelqu'un qui a la fièvre. Us passèrent la nuit tous les deux sans dormir : « Les démons sont chargés des châtiments de Dieu, disait François; comme un podestat envoie son bourreau pour punir le criminel, ainsi Dieu envoie les démons, qui sont en cela ses ministres.... Pourquoi me les a-t-il envoyés? En voici la raison peut-être: le cardinal a voulu être bon pour moi, et j'ai vraiment grand besoin de repos, mais les frères qui vont par le monde, souffrant de la faim et de mille tribulations, ainsi que tous les autres qui sont dans des ermitages ou dans de pauvres maisons, lorsqu'ils apprendront mon séjour chez
LES FRÈaES MINEURS ET LA SCIENCE 327
un cardinal auront un motif de murmure: «Nous endurons toutes les privations, diront-ils, tandis que lui a tout ce qu'il peut désirer; je dois pourtant leur donner
le bon exemple; là est ma vraie mission »
De grand matin, il quitta donc la tour et, ayant tout raconté au cardinal, prit congé de lui pour retourner à l'ermitage de Monte-Colombo près de Rieti : € On me croit un saint homme, lui dit-il, et voilà qu'il a fallu les démons pour me jeter hors de prison^.»
Ce récit, maigre ses couleurs étranges, montre assez combien il avait l'instinct de l'indépendance. Comparer l'hospitalité d*un cardinal à un emprisonnement! Il ne croyait pas si bien dire, et caractériser d'un mot toute l'histoire des rapports de l'Église et de son Ordre.
L'alouette n'était pas morte; malgré le froid et la bise, elle prit gaiement son vol vers le val de Rieti.
On était à la mi-décembre. Un ardent désir de célébrer au naturel les souvenirs de Noël s'était emparé de François. li s'en ouvrit à un de ses amis, le chevalier Jean de Greccio, qui se chargea de préparer le nécessaire.
Imiter Jésus a été de tout temps le centre môme de la vie chrétienne ; mais il faut être singulièrement spiritualiste pour pouvoir se contenter de l'imitation intérieure. Pour la plupart des hommes celle-ci a besoin d'être précédée et soutenue par l'imitation extérieure. C'est bien l'esprit qui vivifie; mais au pays des anges seulement, on peut dire que la chair ne sert de rien.
Pour le moyen âge, une fête religieuse était avant tout une représentation, plus ou moins fidèle, du souvenir
i. Spec. 47 b ss. ; 2 Gel. 3, 61 ; Bon. 84 et 85.
qu'elle rappelait : de là les santons de la Provence^ les processions du Palmesel^ les cénacles du Jeudi saint, les chemins de croix du Vendredi saint, le drame de la Résurrection le jourde Pâques, etlesétoupes enflammées de la Pentecôte.
François était trop italien pour ne pas aimer ces fêtes où tout ce qu'on voit parle de Dieu et de son amour.
Les populations des environs de Greccio furent donc convoquées ainsi que les frères des monastères voisins. Au soir de la vigile de Noël, on vit sur tous les sentiers les fidèles se hâter vers Termitage, des torches à la main, et faisant retentir les forêts de leurs joyeux cantiques.
Tous étaient dans la joie, François plus que personne: le chevalier avait préparé une crèche avec de la paille , et amené un bœuf et un âne qui de leur haleine semblaient vouloir réchauffer le pauvre bambine tout transi de froid. Le Saint, à cette vue, sentait des larmes de pitié inonder son visage ; il n'était plus à Greccio, son cœur était à Bethléhem.
Enfin on se mit à chanter matines, puis la messe commença où, comme diacre, François lut l'Évangile. Le simple récit de la légende sacrée, dit par une voix si douce et si ardente, touchait déjà les cœurs, mais quand il prêcha, son émotion gagna bien vite l'auditoire : sa voix avait une tendresse si indicible que les assistants oubliaient tout, eux aussi, pour revivre les sentiments des bergers de la Judée qui allèrent jadis adorer le Dieu fait homme, naissant dans une étable ^.
Au déclin du treizième siècle, l'auteur du StabatMater