‹ Vie de s. François d'AssiseChapitre 227 sur 257 · CHAPITRE XVIII Le cantique du soleil · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII Le cantique du soleil

(Automne 1224 — automne 1225.)

Le lendemain de la Saint-Michel (30 septembre i22/(), François quitta TAlverne pour se diriger vers la Portioncule. Il était trop épuisé pour songer à faire le trajet à pied ; aussi le comte Orlando avait-il mis un cheval à sa disposition.

On devine l'émotion du Stigmatisé disant adieu à la montagne sur laquelle s'était déroulé le drame d'amour et de douleur qui avait consommé l'union de son être tout entier avec le Crucifié.

Amor, amor, Gesu desideroso,

Amor voglio morire.

Te abrazando

Amor dolce Gesu meo sposo,

Amor^ amor, la morte te domando^

Amor, amor, Gesu si pietoso

Tu me te dai in te transformato

Pensa ch'io vo spasmando

Non so 0 io me sia

Gesu speranza mia

Ormai va^ dormi in amore.

3i2 VIE DB s. FRANÇOIS

Ainsi chantait Jacopone de Todi dans Tivresse des mêmes ardeurs^:

S'il faut en croire un document qui vient d'être publié, frère Masseo, un de ceux qui restèrent à l'Alverne, aurait consigné par écrit les souvenirs de cette journée ^.

On se mit en route de bon matin. François, après avoir fait ses recommandations aux frères, avait eu un regard et une parole pour tout et pour tous; pour les rochers, pour les fleurs, pour les arbres, pour le frère faucon, un privilégié qui eut toujours rautorisation d'entrer dans sa cellule et qui, chaque matin, était venu, dès les premières lueurs de l'aurore, lui rappeler l'heure de l'office *.

Puis la petite troupe prit le sentier de Monte-Acuto. Arrivé au col d'où l'on peut jeter un dernier regard sur l'Alverne, François descendit de sa monture et s'agenouillant par terre, tourné vers lui: a Adieu, dit-il, montagne de Dieu, montagne sainte, nions coagulatus, mons pinguis, mons in quo bene placitum est Deo habitare; adieu, mont Alverne, que Dieu te bénisse, le Père, le Fils et le Saint-Esprit, reste en paix, jamais plus nous ne nous reverrons. »

1. Trente-sixième et dernière strophe du cantiqae Amor de caritade Perche trChai si feritol qu'on trouve dans les recueils des œuvres de saint François.

% Par l'abbé Amoni, à la suite de son édition des Fioretti, Rome, 1 vol in 12, 1889 p. 390—392 : On ne peut que regretter, une fois de plus, le silence de cet éditeur sur le manuscrit d'où il a tiré ces charmantes pages. Certaines Indications semblent s'opposer à ce que l'auteur l'ait écrit avant la seconde moitié du treizième siècle ; d'autre part on ne voit pas le but qu'aurait poursuivi un faussaire. Une pièce apocryphe se décèle toujours par quelque thèse intéressée, or ici le récit est d'une enfantine simplicité.

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