‹ Vie de s. François d'AssiseChapitre 254 sur 257 · Gel. 116 et 117; Bon. 219; Confoi^. 185 a · texte numérisé non relu

Gel. 116 et 117; Bon. 219; Confoi^. 185 a

qu*à Saint-Damien. Les frères oubliaient leur tristesse, en voyant les stigmates, et les habitants d'Assise manifestaient une indescriptible joie d'avoir enfin leur relique. On la déposa dans Téglise Saint-Georges ^.

Moins de deux ans après, le dimanche 26 juillet 1228, Grégoire IX venait à Assise pour présider lui-même les cérémonies de la canonisation, et poser le lendemain la première pierre de la nouvelle église dédiée au Stigmatisé.

Bâtie sous rinspiration de Grégoire IX et sous la direction de frère Élie, cette merveilleuse basilique est, elle aussi, un des documents de cette histoire, et peutêtre ai-je eu tort de le négliger.

Allez la contempler fière, riche, puissante, puis des-* cendez à la Portioncule, passez à Saint- Damien, courez aux Carceri, et vous comprendrez Tabîme qui séparait l'idéal de François, de celui du pontife qui le canonisait.

1. Aujourd'hui dans la clôture du couvent Sainte-Claire. V. Miscellanea, I, p. 44-48 une étude fort intéressante du prof. Garattoli sur la bière de saint François. Cf. Ib. p. 490.

APP'ENDIGE

Ëtude critique sur les stigmates et sur

l'indulgence du 2 août.

Une dissertation sur la possibilité des miracles serait ici déplacée : nne esquisse historique n'est pas un traité de philosophie ou de dogmatique.

Je dois cependant au lecteur quelques explications pour lui permettre de juger en connaissance de cause ma manière de voir.

Si par miracle on entend soit la suspension ou le renversement des lois de la nature, soit l'intervention de la cause première dans certains cas particuliers, je ne saurais l'admettre. Dans cette négation, les raisons physiques et logiques sont secondaires : la vraie raison — qu'on veuille bien ne pas s'étonner — est toute religieuse : le miracle est immoral. L'égalité de tous devant Dieu est un des postulats de la conscience religieuse, et le miracle, ce bon plaisir de Dieu, ne fait que rabaisser celui-ci au niveau des fantasques tyrans de la terre.

Les églises actuelles, en faisant à peu près toutes de cette notion du miracle, l'essence même de la religion et la base de toute foi positive, se rendent involontairement coupables de l'affaissement de virilité et de mora-

lité dont elles se plaignent si vivement. Si Dieu intervient ainsi d'une manière irrégulière dans les affaires des hommes, ceux-ci ne peuvent que viser à devenir des courtisans qui attendent tout de la faveur du souverain.

La question change d'aspect, si l'on appelle miracle, comme cela a lieu fort souvent, tout ce qui dépasse l'expérience courante.

Beaucoup d'apologètes se plaisent à montrer que rinouï, l'inexpliqué se rencontrent à chaque instant dans la vie. Ils ont raison, et je suis d'accord avec eux, à condition qu'ils ne remplacent pas & la fin de leur démonstration cette nouvelle notion du surnaturel par la précédente.

C'est ainsi que je suis arrivé à conclure à la réalité

es stigmates. Ils pourraient être un fait unique, sans

être plus miraculeux que tel autre phénomène, par

exemple la puissance de calcul ou la virtuosité musicale

d'un enfant prodige.

Il 7 a dans l'être humain des puissances presque indéfinies, des énergies merveilleuses; elles sommeillent engourdies chez la plupart des hommes; mais s'éveillant chez quelques-uns, elles en font les prophètes, les génies et les saints qui montrent à l'humanité sa voie.

Nous entrevoyons à peine le domaine de la pathologie mentale, tant il est vaste et encore inexploré ; les savants de demain feront peut-être, sur les confins de la psychologie et de la physiologie, des découvertes qui amèneront le bouleversement complet de nos lois et de nos mœurs.

Il reste à examiner les stigmates au point de vue purement historique. Or, si sur ce terrain les difficultés petites et grandes ne manquent pas, les témoignages

m'ont paru à la fois trop nombreux et trop précis pour ne pas entraîner la conviction.

On peut écarter de prime abord le système de ceux qui ont pensé que frère Elie, par une pieuse supercherie, avait aidé leur apparition. Cette thèse pourrait se défendre, à la rigueur, si ces plaies eussent été comme on les représente aujourd'hui, ou comme chez la plupart des stigmatisées postérieures, des blessures béantes, mais tous les témoignages sont d'accord pour décrire, sauf au côté, des excroissances charnues, noirâtres, ressemblant à des têtes de clous, et sur le dessus des ïnains à des pointes de clous rabattues à coups de marteau. Il n'y eut de suintement sanguinolent qu'au côté.

D'autre part, la tromperie d'Élie obligerait à penser qu'il prit pour complices précisément les chefs du parti qui lui était opposé, Léon, Ange et Rufin. Une pareille maladresse serait bien étonnante chez un homme aussi avisé.

Enfin l'adaptation psychologique entre les circonstances extérieures et l'événement lui-même est si intime que l'invention de ce cadre serait aussi inexplicable que le fait même des stigmates. Ce qui décèle eu effet presque toujours les traits inventés ou dénaturés, c'est qu'ils. ne s'enchâssent pas dans la contexture dçs événements. Ce sont des hors-d'œuvre, des éléments purement décoratifs dont on peut changer la place à volonté.

Ici rien de semblable, Thomas de Celano est si véridique et si exact que tout en voyant dans les stigmates un miracle, il nous donne tous lés éléments nécessaires pour les expliquer d'une façon diamétralement opposée.

1^ Rôle prépondérant de la passion de Jésus dans la conscience de François dès sa conversion (1 Cel. Il5, 2 Cel. 1, 6-, 3, 29; 49; 52).

2® Son séjour .à l'Alverne 'coïncide avec un redoublement d'ardeur mystique.

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3*> Il y célèbre un carême en Thonneur de l'archange Saint Micliel.

4** La fête de T Exaltation arrive, et la vision du séraphin crucifié fond ainsi en une seule les deax images dont il était obsédé, les anges et le crucifix (1 Cel. 91— 96, 112—115).

Cette convenance parfaite entre les circonstances et le prodige même, constitue une preuve morale dont la valeur ne saurait être exagérée.

Il est temps de passer en revue les principaux témoignages.

l*" Frère Êlie 1226. Au lendemain même de la mort de François, frère Élie, en sa qualité de vicaire, adressait à tout rOrdre des lettres pour annoncer cet événement et prescrire des prières ^

Après avoir épanché sa douleur et annoncé à tous les frères la bénédiction dont François mourant Tavait chargé pour eux, il ajoute: «Je vous annonce une grande joie et un miracle tout nouveau. Jamais le

1 . Le texte en a été publié en 1620 par Spœlberch (dans son Spéculum vitœ B, Francisci. Anvers, 2 tomes in-12, t. II, p* ^^' 106), d'après Texem plaire adressé à frère Grégoire, ministre de France, et conservé alors au couvent des Récollets de Valenciennes. 11 a été reproduit par Wadding (Ann. 1226, n. 44) et les BoUandistes (p. 668 et 669).

Cette réapparition si tardive d'un document capital aurait pu donner lieu à des scrupules; ils n'ont plus de raison d'être, depuis la publication de la chronique de Jourdain de Giano qui relate l'envoi de celte lettre (Jord. 50). — L'abbé Amoni a publié aussi ce texte (à la suite de sa Legenda trium Sociorum, Rome 1880, p. 1O5-109), ^n^is suivant sa déplorable habitude, il néglige d'indiquer où il l'a puise* C'est d'autant plus regrettable qu'il donne une variante de prenuer ordre : Nam diu ante mortem au lieu de Non diu, comme le veut le texte de Spœlberch. La leçon Nam diu paraît préférable au poin^ de vue philologique.

monde n'avait vu un signe pareil; sinon dans le Fils de Dieuy qui est le Christ Dieu. Car longtemps avant sa mort, notre Frère et notre Père apparut crucifié, ayant en son corps cinq plaies qui sont vraiment les stigmates du Christ, car ses mains et ses piçds portaient comme des clous en dessus et en dessous et formant d«s' sortes de cicatrices; quant au côté, il était comme percé d'un coup de lance, et souvent il en suintait un peu de sang. »

2® Frère Léon. C'est précisément l'adversaire d'Élie, qui se trouve être le témoin naturel non seulement des stigpnates, mais des circonstances de leur impression. Ce fait n'est pas sans ajouter une valeur particulière à ses récits*

On a vu plus haut (Introduction p. LXIV) le malheureux sort d'une partie de la Légende des frères Léon, Ange et Rufin. Les chapitres qui la terminent aujourd'hui (68 — 73), et dans lesquels se trouve la narration du miracle, n'en ont pas fait partie à l'origine. Ils sont un résumé ajouté postérieurement pour donner une fin à ce document. Cet appendice n'a donc aucune valeur historique, et on ne peut s'y appuyer, ni comme les auteurs ecclésiastiques pour affirmer le miracle, ni comme M. Hase pour le révoquer en doute.

Par bonheur le témoignage de frère Léon nous est parvenu malgré cela. On n'a même pas besoin d'aller le chercher dans le Spéculum, les Fioretti, les Conformités, où se rencontrent des lambeaux de son œuvre, mais on le trouve aussi dans plusieurs autres documents d'une autorité incontestable.

L'authenticité de l'autographe de saint François conservé à Assise paraît bien établie (voir Introduction p. XLII); or, il contient la note suivante de la main de

406 VIE DB s. FATANÇOIS

frère Léon : < Le B. François, deux 'ans avant sa mort, fit nn carême à l'Alyeme en l'honnenr de la B. Y. Marie, mère de Diea et de saint Michel archange depuis la fête de l'Assomption de la B. Y. M. jusqu'à 1» fête de Saint -Michel de septembre, et la main de Dieu fut sur lui par la vision et l'allocution du séraphin et l'impression des stigmates en son corps. Il fit les laudes qui sont de l'autre côté.... etc. >

D'un autre côté Eccleston (13) nous montre frère Léon se plaignant à frère Pierre de Theukesbury, ministre d'Angleterre, de ce que la légende soit trop laconique

sur les événements de TAlveme, et lui racontant la plupart des traits qui forment le nojau de la narration des Fioretti sur les stigmates. Ces souvenirs sont d'autant plus sûrs, qu'ils furent aussitôt consignés par écrit par le compagnon de Pierre de Theukesburj, frère Oarin de Sedenfeld.

Enfin Salimbene, dans sa chronique (ad ann. 1244), est amené en parlant d'Ezzelino da Bomano, à l'opposer à François ; il se rappelle tout à coup les stigmates et dit : «Jamais aucun homme sur la terre, à part lui, n'a eu les cinq plaies du Christ. Son compagnon, frère Léon^ qui était présent lorsqu'on lava son corps avant de l'ensevelir, m'a raconté qu'il ressemblait exactement à un crucifié descendu de la croix. »

3^ Thomas de Celano avant 1230. Il les décrit plus longuement que frère Élie (1 Cel. 94 et 95, 112).

Les détails j sont trop précis pour ne pas faire songer à une leçon apprise par cœur. Nulle part l'auteur ne s'j pose en témoin oculaire, et il a cependant l'air de dresser un procès-verbal.

Ces objections ne sont pas sans valeur, mais la nouveauté même du miracle dut amener les Franciscains

à le fixer en une sorte de récit canonique et comme stéréotypé.

é^ Le portrait de FinnçoiS; par Berlingbieri, daté de 1236*, conservé à Pescia (province de Lucques), montre les stigmates tels qu'ils sont décrits dans les documents qui précèdent.

5<> Grégoire IX en 1237. Bulle du 31 mars: Gonfessor Damini. (Potthast 10307. Cf. 10315). Il s'était produit un mouvement d'opinion dans certains pays contre les stigmates. Le pape invite tous les fidèles à y ajouter foi.

Deux autres bulles du même jour, adressées Tune à Tévêque d'Olmtltz, l'autre à des Dominicains, les condamnent avec vigueur parce qu'ils ont révoqué en doute les stigmates. (Potthast 10308 et 10309).

6^ Alexandre IV, dans sa bulle JBenigna operatio du 29 octobre 1255 (Potthast 16077), raconte qu'étant jadis prélat domestique du cardinal Hugolin, il connut familièrement saint François, et s'appuie sur ces relations pour sa description des stigmates.

On doit à ce pontife plusieurs autres bulles déclarant excommuniés tous ceux qui les nieraient. Elles n'apportent à la question aucun élément nouveau.

7® Bonaventure (1260) répète dans sa légende la description de Thomas de Celano (Bon. 193. Cf. 1 Gel. 94 et 95), non sans y ajouter des traits nouveaux (Bon. 194-200 et 215-218), mais souvent si grossiers et si maladroits qu'ils éveillent invinciblement le doute (voir par exemple 201).

i. Gravé dans Saint François d* Assise. Paris, in-4o, 1885, p. 277.

408 VIE D£ s. FRANÇOIS

S"" Matthieu Paris (f 1259). Son témoignage discordant mérite à peine d'être cité pour mémoire (v. Introduction p. CXXV). Pour lui pardonner la fantaisie de ses longues pages sur saint François^ on est obligé de penser qu'il devait ses renseignements à la relation verbale de quelque pèlerin. Il fait apparaître les stigmates quinze jours avant la mort du Saint^ les montre répandant sans cesse du sang ; la blessure du côté si ouverte qu'on voyait le cœur. Le peuple accourt en foule pour jouir du spectacle, des cardinaux arrivent aussi et tous ensemble écoutent les bizarres déclarations de François {Historia major. Edition Wats, Londres. 1 vol. in-fol. 1640. p. 339-342).

On pourrait beaucoup allonger cette liste en 7 ajoutant un passage de Luc, évêque de Tuy (Lucas Tudensis) écrit en 1231 ^, où l'auteur s'appuie surtout sur la vie de Thomas de Celano et les témoignages oraux.

— Les paroles de frère Boniface témoin oculaire, au chapitre de Gênes (1254). (Eccl. 13).

— Enfin et surtout, il faudrait étudier les strophes se rapportant aux stigmates dans les proses, hymnes, séquences, composées en 1228 par le pape et plusieurs cardinaux pour l'office de saint François ; mais un pareil travail, pour être fait avec exactitude, nous entraînerait fort loin, et les autorités déjà citées suffisent sans doute sans en faire intervenir d'autres ^.

1. Bibliotheca Patrum, Lyon 1677, t. XXV, odv. Albigenses^ lib. II, cap. 11. Cf. III, 14 et 15. Reproduit dans les Â. SS., p. 652.

2. Voici pour les curieux Tindication de quelques sources : Salimbene ann. 1250, — Conform. 171 b 2, 235 a 2; Bon. 200; Wadding, ann. 1228, n» 78; A. SS., p. 800. Le manuscrit 340 du Sacro- Convento contient (f<> 55 b-56 b) quatre de ces hymnes. Cf. Archiv. h P- 485.

Les objections faites contre ces témoignages se réduisent je crois aux suivantes'^.

a) Les funérailles de François eurent lieu avec une précipitation surprenante. Mort le samedi soir^ on T enterre le dimanche matin.

b) Son corps fut enfermé dans une bière, ce qui est contraire aux habitudes italiennes.

o) Lors de la translation, le corps arraché à la foule est si bien caché dans la basilique que durant des siècles on a ignoré sa place exacte.

d) La bulle de canonisation ne fait pas mention des stigmates.

e) Ils n'ont pas été admis sans conteste, et parmi les négateurs se trouvent des évêques.

Aucun de ces arguments ne me paraat décisif : à) Au moyen âge, les funérailles ont lieu presque de suite après le décès : (Innocent III mort à Pérouse le 16 juillet 1216 est enterré le 17 ; Honorius III meurt le 18 mars 1227 et est enterré le lendemain).

b) Il est plus difficile qu'on ne croit de savoir les habitudes de TOnibrie au treizième siècle pour les funérailles. Quoi qu'il en soit, on était bien obligé de mettre le corps de François dans un cercueil. Cehii-ci se trouvant déjà canonisé par le sentiment populaire, son corps était dores et déjà une relique pour laquelle il fallait une châsse -, plus que cela, un coffrefort tel que nous le représentent les scènes secondaires du tableau de Berlinghieri. Sans ces précautions, le corps saint eût été en quelques instants réduit en lam-

1. Voir en particulier Hase, Franiv.Assisi. Leipzig, lyol. in-S», 1856. Le savant professeur ne consacre pas moins de soixante pages d'impression compacte à Fétude des stigmates, p. 142-202.

beaux. Que l'on se rappelle cette fureur qui entraîna des dévotes à couper les oreilles au cadavre de sainte Elisabeth de Hongrie, et même le bout des seins! [Qttadam aures iUitis truncabant^ etiam summitatem mamUlarum ejus quidam praeddebant et pro reliquiis sibi servàbanU — Liber de dictis IV ancillarum^ Mencken, t. II, p. 2032].

c) La cérémonie de la translation avait attiré à Assise une foule innombrable. Si frère Élie a fait disparaître le corps ^, il a pu y être amené par la crainte de quelque coup de main organisé par les habitants de Pérouae, pour dérober la précieuse relique. Avec les mœurs d'alors, un pareil vol n'avait rien d'extraordinaire. Précisément les gens de Pérouse enlevèrent, quelques années plus tard, à Bastia, village dépendant d'Assise, le corps de Conrad d'Offida qui y accomplissait d'innombrables miracles. {Conform. 60 b. 1. Cf. Jord. 50). Des échauffourées du même geure eurent lieu à Padoue, à propos des reliques de saint Antoine. (Hilaire, Saint Antoine de Padoue, sa légende primitive. Montreuilsur-Mer. 1 vol. 8^ 1890. p. 30-40).

cQ La bulle de canonisation, comme le sont au reste la plupart des documents de ce genre, n'a aucune prétention historique. Dans cette rhétorique verbeuse, on appren* drait plutôt l'histoire des Philistins, de Samson, ou même de Jacob, que celle de saint François. La canonisation n'est ici qu'un prétexte saisi par le vieux pontife pour revenir à ses images favorites.

Ce silence ne signifie rien, après le témoignage si explicite donné par d'autres bulles du même pontife en

1. Plus j'y réfléchis, plus je deviens incapable d^attribuer une valeur quelconque à cet argument de la disparition du corps ; car enfin, s'il y avait eu une fraude pieuse d'Élie, il aurait au contraire étalé ce cadavre.

1237, et après la part faite aux stigmates dans les chants liturgiques composés par lui pour Toffice de saint François dès 1228.

e) Ces attaques de quelques évêques n'ont rien d'étonnant, ce sont des épisodes de la lutte du clergé séculier contre les ordres mendiants.

Au moment où ces négations se sont produites (en 1237), le récit de Thomas de Celano était officiel et répandu partout; rien de- plus &cile alors, une dizaine d'années après les é^nements, que de prouver la supercherie, s'il 7 en avait eu une, par des témoignages ; or révêque d'Olmûtz et les autres s'appuient toujours et uniquement sur des motifs dogmatiques.

Quant aux attaques des Dominicains, il est inutile de rappeler la rivalité des deux ordres ^ ; dès lors n'est-il pas étrange de voir ces protestations se produire en Silésie (!), et jamais dans l'Italie centrale où, entre autres témoins oculaires, vivait encore frère Léon (f 1271)?

Les témoignages me paraissent ainsi subsister dans leur intégrité. On les préférerait plus simples, plus courts; on voudrait qu'ils nous soient arrivés sans des détails qui éveillent tous les soupçons % mais il est bien

1. Voir par exemple 2 Gel. 3, 86, ainsi que l'encyclique de Jean de Parme et de Humbert de Romans en 1255.

2. Les suivants entre beaucoup d'autres : François se serait fait faire des braies particulièrement montantes, pour cacher la plaie du côté (Bon. 201). Au moment de l'apparition qui eut lieu durant la nuit, une si grande clarté inonda le pays que les marchands logés dans les auberges du Gàsentln sellèrent leurs bâtes et se mirent en route. Fior, III consid,

M. Hase, dans son étude, est constamment sous le poids de la mauvaise impression produite sur lui par la déplorable argumentation de Bonaventure ; il ne voit les autres témoignages qu'à travers celui-là. Je crois que s'il avait eu devant lui uniquement la première vie de Thomas de Gelano, il serait arrivé à des conclusions bien différentes.

rare qu'un témoin ne cherche pas à trop prouver ses affirmations^ et à les étayer d'arguments détestables, mais appropriés à l'auditoire vulgaire auquel ils s'adressent.

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