‹ Vie de s. François d'AssiseChapitre 255 sur 257 · II. Le pardon du 2 août, dit indulgence · texte numérisé non relu

II. Le pardon du 2 août, dit indulgence

de la Portioncule'.

Cette question pourrait être négligée : elle n'a, somme toute, aucune attache directe avec l'histoire de saint François.

1. Le document le plus important est le manuscrit 344 des archives du Sacro- Gonvento à Assise. Liber indulgentiœ S. Mariœ de Angelis sive de Portiunculaj in quo lihro ego fr. Franeiscus Bartholi de Assistoposui quidquid potui solUcile invenire in legendis antiquia et novis b. Francieci et in aliis dictis sociorum ejus de loco eodem et commendatione ipsius loci et quidquid verita-fis et certitudinis potui invenire de sacra indulgeniia prefcUi loci, qucmodo scilicet fuit impetrata et data b. Francisco de miraculis ipsius indulgentiœ, quœ ipsam déclarant certam et veram. Bartholi vivait dans la première moitié du XIV« siècle.

Son ouvrage est encore inédit mais le R. P. Léon Patrem M. O. en prépare la publication. Le nom de ce savant religieux donne toute garantie pour Texactitude de ce difûcile travail ; en attendant, on trouvera une description détaillée et de longs extraits dans les Miscellanea (t. II 1887). La storia del perdono, di Franceseo de Bartholi par Don Michèle Faloci Pulignani p. 149^153. (Cf. Archiv, 1. 1 p. 486). Voir aussi dans les Miscellanea (t. 1, 1886 p. 15), une notice bibliographique contenant rénumération détaillée de cinquante-huit ouvrages (Cf. Ibid, p. 48 et 145).

La légende elle-même se trouve dans le Spéculum 69 b-83 a et les Conformités 151 b-157 a. Dans ces deux recueils elle se trouve encore péniblement enchâssée et ne fait pas corps avec le reste de Tœuvre. Dans le dernier, Barthélémy de Pise a poussé l'exactitude jusqu'à copier bout à bout tous les documents qu'il avait sons les yeux, et comme ceux-ci proviennent d'époques différentes, il nous donne ainsi plusieurs phases du développement de la tradition. L'ouvrage le plus complet est celui du P. Grouwel Récollet : Ht>-

Cependant elle occupe une trop large place dans ses biographies modernes, pour qu'il ne faille pas en dire quelques mots: on raconte que François était une nuit en prière à la Portioncule, à la fin de juillet 1216, lorsque Jésus et la Vierge lui apparurent avec un cortège d'anges. Il s'enha.rdit jusqu'à solliciter un privilège inouï, celui de l'indulgence plénière de tous les péchés, pour tous les fidèles qui, confessés et contrits, visiteraient la chapelle. Jésus l'accorda, sur la prière de sa mère, à la seule condition que le pape son vicaire la ratifierait.

Le lendemain François accompagné de Masseo partait pour Pérouse et obtenait d'Honorius III l'indulgence demandée, mais seulement pour la journée du 2 août.

Tel est en quelques lignes le résumé de cette légende qui est entourée d'une foule de détails merveilleux.

La question de la nature et de la valeur des indul-

loria critica 8. Indulgentiœ B, Mariœ Ângelorum vulgo de Portiuncula . . . contra Libellas aliquos anonymos ac famosos nuper ediloif. Anvers 1726, 1 vol. in-8o de 510 pages.

Le BoUandiste Suysken en fait aussi une longue étude (A. SS., p. 870-910), ainsi que le P. Candide Ghalippe Récollet, Vie de saint François d'Assise, 3 vol. in-S^. Paris, 1874 (La première édition est de 1720), t. III, p. 190-327.

On trouvera dans ces quelques ouvrages ce qui a été dit dans tous les autres. Les nombreux écrits dirigés contre Tlndulgence sont tantôt des amas de grossièretés, tantôt des traités de dogmatique, je me dispense donc d'en grossir ces pages. Les principaux sont indiqués par Grouwels et Ghalippe.

Parmi les contemporains le R. P. Barnabe d'Alsace : P or tiuncula oder Geschichte Unserer lieben Frau von den Engeln (Rixheim, un vol. in-8o. 1884), représente la tradition de l'Ordre, et M. Tabbé Le Monnier {Histoire de saint François, 2 vol. in-8», Paris, 1889), l'opinion catholique moyenne des cercles non franciscains.

Le meilleur résumé est celui du P. Panûlo da Magliano dans sa Sforia compendiosa» Il a été complété et amélioré dans la traduction allemande : Geschichte des h. Franciscus und der Franzis^ kaner iXbersetzt und bearbeitel von Fr. Quintianus MûUer, t. I, Munich ,1883, p. 233-259.

gences n'a rien à faire ici. La seule qui se pose est la •suivante : François a-t-il demandé cette indulgence ? Honorius III Ta-t-il accordée?

Même en réduisant le récit à ces simples proportions, on est amené à répondre par un non catégorique.

Il serait fastidieux de rappeler même brièvement les difficultés, contradictions, impossibilités, signalées maintes fois déjà même par des auteurs orthodoxes dans toute cette histoire ; ils ont conclu malgré cela par l'affirmative : Borna hcuùa est.

Les personnes que cela pourrait intéresser trouveront dans la note ci-dessus des indications bibliographiques détaillées sur les monuments principaux de cette discussion aujourd'hui assoupie. Je me bornerai à marquer les impossibilités contre lesquelles vient se heurter la tradition, elles sont à la fois psychologiques et historiques. Les BoUandistes avaient déjà signalé le silence des premiers biographes de François sur cette question. Aujourd'hui que les documents publiés sont en bien plus grand nombre, il est encore plus écrasant. Ni la Première ni la Seconde Vie par Thomas de Celano, ni l'auteur anonyme de la seconde vie donnée dans les Acta Sanctorum, ni même l'Anonyme de Pérouse, les Trois Compagnons ou saint Bonaventure n'en disent un seul mot.

Des travaux beaucoup plus tardifs et qui ne pèchent pas par excès de scrupules critiques ne la mentionnent pas non plus : Bernard de Besse, Jourdain de Giano, Thomas d'Eccleston, la Chronique des Tribulations, les Fioretti et même la Légende dorée.

Cette conspiration du silence de tous les auteurs du treizième siècle serait le plus grand miracle de l'histoire, si elle n'était absurde.

On a dit, pour l'expliquer, qu'on avait évité de parler

de cette indulgence pour ne pas faire tort à celle de la croisade, mais alors pourquoi le pape ordonnait-il à sept évêques de se rendre à la Portioncule pour la proclamer en son nom ?

La légende elle-même se charge de nous expliquer comment François refusa toute bulle ou toute attestation écfrite de ce privilège, mais cela admis, encore faudrait-il expliquer comment aucune indication à ce sujet n'a été conserrée dans les papiers d'Honorius III. Et les bulles adressées aux sept évêques, comment n'ont-elles pas laissé la moindre trace dans le registre de ce pontife?

D'autre jlart, comment se fait-il, si sept évêques ont promulgué officiellement l'Indulgence dès 1217, que saint François, après avoir raconté à frère Léon son entretien avec le pape, lui ait dit : « Teneas secretum hoc usqtte circa mortem tuam; quia non hàbet locutn adhuc. Quia hœc indtdgentia occuUàbitur ad tempus: sed Dominus trahet eam extra et manifestàbituru^. Conform. 153 b 2. Voilà un aveu qui n'est pas sans naïveté. Il prouve surabondamment qu'avant la mort de frère Léon (1271), personne n'avait encore parlé de ce fameux pardon.

Après cela il est inutile d'insister sur des difficultés de second ordre : comment les chapitres généraux n'auraient'-ils pas été fixés au 2 août pour permettre aux frères de gagner l'indulgence ?

Comment s'expliquer que François, après avoir reçu en 1216 ce privilège unique dans les annales de l'ÉglLse, se trouve en 1219 un inconnu pour le pape !

Il 7 a cependant encore une preuve dont la valeur l'emporte sur toutes les autres, c'est le Testament de François.

« J'interdis absolument par obéissance à tous les frères, en quelque endroit qu'ils se trouvent, de demander aucune bulle en cour de Rome, soit directement soit indi-

rectement, ni sous prétexte d'église^ de couvent, ni bous prétexte de prédications^ ni même pour leur protection personnelle. »

Avant déterminer, il nous reste à jeter un coupd'œil sur l'éclosion de cette légende.

C'est vers 1330 — 1340 qu'elle se constitue définitivement, mais elle était dans Tair depuis fort longtemps. Avec la patience de quatre Bénédictins (de la bonne époque), on arriverait sans doute à voir clair dans le fatras de documents, plus ou moins frelatés, où elle nous est arrivée^ et on eu viendrait de proche en proche, à en trouver le point de départ dans 6e songe d'un frère qui vit l'humanité entière aveuglée, venant s'agenouiller autour de la Portioncule pour recouvrer la vue^.

Il n'est pas difficile de voir en gros ce qui a provoqué la matérialisation de cette gracieuse image : on se rappelle l'attachement de François pour la chapelle où il avait entendu les paroles décisives de l'Evangile et où sainte Claire était venue à son tour inaugurer sa vie nouvelle.

Lorsque s'éleva la grande basilique d'Assise, attirant à elle privilèges et pèlerins, à la rivalité souvent mesquine qui s'établit entre elle et la Portioncule, s'ajouta une antithèse de principes et d'inspiration.

Les zélateurs de la pauvreté disaient bien haut que si le corps du Saint reposait dans la basilique, son cœur était à la Portioncule K

A force de répéter, en le grossissant, tout ce que François avait dit du petit sanctuairCi on arrivait à donner un sens précis et comme doctrinal à des effusions purement mystiques.

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