‹ Vie de s. François d'AssiseChapitre 4 sur 257 · INTRODUCTION IX · texte numérisé non relu

INTRODUCTION IX

les plus terribles coups. Pauvre François ! Les dernières années de sa vie furent bien tuie via dolorosa aussi pénible que celle où son maître avait plié sous le poids de la croix^ — car c'est encore une joie de mourir pour son idée^ — mais quelle amère douleur que d'assister par avance à l'apothéose de son cadavre et de voir son âme, je veux dire sa pensée, méconnue et trahie !

Si l'on recherche les origines de ses idées, on les retrouve exclusivement parmi le peuple de son temps, et c'est pour cela qu'il incarne l'âme italienne au commencement du treizième siècle, comme Dante l'incarnera cent ans plus tard.

Il était du peuple, et le peuple se reconnut en lui. H en avait la poésie et les aspirations; il en épousa les revendications, et le nom même de son institut eut d'abord un sens politique : il y avait à Assise, comme dans la plupart des villes d'Italie, les Majores et les MinareSf le popolo grosso et le popoh minuto; il se mit résolument avec les derniers. Ce côté politique de son apostola doit être bien apprécié pour comprendre son étonnant succès, et toute l'originalité du mouvement franciscain à ses débuts.

Quant à son attitude vis-à-vis de l'Église, elle fut celle de l'obéissance filiale ; cela peut paraître étrange ^ au premier abord de la part d'un prédicateur sans mandat qui venait parler au monde au nom de son inspiration personnelle et immédiate. Mais la plupart des hommes de 89 ne se croyaient-ils pas de bons et loyaux sujets de Louis XVI ?

L'Église était pour nos aYeux ce qu'est la patrie pour nous: nous pouvons vouloir renverser le gouvernement, bouleverser l'administration, changer la constitution; nous ne nous croyons pas pour cela moins bons patriotes.

De même dans ces âges de foi naïve où les croyances

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religieuses semblaient enfoncées dans la chair de l'humanité; Dante pouvait attaquer le clergé et la cour de Rome avec une violence qui n'a pas été dépassée, sans cesser de rester bon catholique. Saint François trouvait si bien que l'Église avait été infidèle à sa mission, qu'il parlait dans son symbolique langage du veuvage de sa Dame la Pauvreté, qui depuis le Christ jusqu'à lui n'avait pas trouvé d'époux. Comment aurait-il pu mieux déclarer ses projets et mieux faire deviner ses rêves ?

Ce qu'il voulait, c'était bien plus que la fondation d'un Ordre, et c'est lui faire grand tort que de restreindre ainsi sa tentative. U voulut un véritable réveil de l'Église au nom de l'idéal évangélique qu'il avait retrouvé.

Il y eut un long tressaillement à travers l'Europe, lorsqu'on entendit parler de ces Pénitents sortis d'une bourgade de l'Ombrie. On assurait qu'ils avaient sollicité un étrange privilège en cour de Rome : celui de ne rien posséder. On les voyait passer, gagnant leur vie du travail de leurs mains, n'acceptant que la nourriture corporelle strictement nécessaire de ceux auxquels ils avaient distribué à pleines mains le pain de vie. Les peuples relevèrent la tête, aspirant à pleins poumons les souffles printaniers qui apportaient déjà le parfum de fleurs nouvelles.

Il y a de par le monde une foule d'âmes capables de tous les héroïsmes i condition qu'elles aient devant elles un chef pour les conduire. Saint François fut pour elles le guide attendu, et ce qu'il y avait de meilleur alors dans l'humanité se jeta sur ses traces.

Ce mouvement qui devait aboutir à la constitution

\^' d'une famille de moines fut d'abord antimonastique,

U n'est pas rare que l'histoire ait à enregistrer de par

reilles contradictions. Le doux Galiléen qui avait prêché

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