‹ Vie de s. François d'AssiseChapitre 5 sur 257 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

la religion de la révélation personnelley sans loi dogmatique ni cérémonielle, n'a triomphé qu'à la condition d'être vaincu et de laisser confisquer ses paroles d'esprit et de yie par une Église essentiellement dogmatique et sacerdotale.

De même le mouvement franciscain fat à ToriginC; sinon la protestation de la conscience chrétienne contre le monachisme, du moins la reconnaissance d'un idéal singulièrement plus élevé que celui du clergé d'alors. Qu'on se représente en effet l'Italie du commencement du treizième siècle avec ses divisions, la guerre à l'état permanent, les campagnes dépeuplées, l'impossibilité de travailler les champs, sinon dans le faible rayon que les garnisons des villes pouvaient protéger; toutes ces cités, de la plu8 grande à la plus petite, passant le temps à guetter leurs voisines pour saisir le moment favorable et les saccager; les sièges se terminant par des atrocités inouïes, et après tout cela, la famine bientôt suivie de la peste pour achever l'œuvre de destruction.

Qu'on se représente maintenant les riches abbayes bénédictines, véritables forteresses bâties sur des sommets, d'où elles avaient l'air de commander toutes les plaines environnantes. Leur prospérité n'a rien d'étonnant. Protégées par leur inviolabilité, elles étaient dans ces temps de désordres et de violence l'unique refuge des âmes pacifiques et des cœurs faibles^. Les moines étaient

1. Les plus riches monastères de France sont du douzième siècle, ou ont été agrandis alors : Arles, S. Gilles, S. Semin, Gluny, Vézelay, Brioude, Issoire, Paray-le-Monial. Il en fut de môme en Italie.

Jusqu'en Tan 1000, 1108 monastères avaient été fondés en France. Le onzième siècle en vit naître 326 et le douzième 702. Les couvents du mont Athos, dans leur état actuel, nous donnent une idée très exacte de ce qu'étaient les grands monastères d!Europe à la fin du douzième siècle.

en grande majorité les déserteurs des combats de la Yie^ qui^ pour des motifs n'ayant rien de religieux, allaient se réfugier derrière les seules murailles solides à cette époque.

Qu'on les néglige si l'on veut, qu'on oublie la démoralisation et Tignorance du bas clergé, la simonie et les vices des prélats, la vulgarité et l'avarice des moines, pour ne juger l'Église du treizième siècle que sur ceux de ses enfants qui lui font le plus honneur, ce sont les anachorètes qui devant les guerres et les vices s'enfuient au désert, et ne s'arrêtent que lorsqu'ils sont bien sûrs qu'aucun bruit de la terre ne viendra interrompre leur méditation. Parfois ils entraînent avec eux dans les solitudes de Clairvaux, de la Chartreuse, de Vallombreuse, des Camaldules, des centaines d'imitateurs; mais alors même qu'ils sont une foule, ils sont seuls, car ils sont morts au monde et à leurs frères. Chaque cellule est un désert au seuil duquel ils s'écrient :

0 beata solitude 0 scia béatitude.

Le livre de l'Imitation est le tableau de cette vie du cloître dans ce qu'elle a de plus pur.

Mais cet abstentionisme, est-il vraiment chrétien ?

Non, répondit saint François. A son tour il voulut faire comme Jésus, et l'on peut dire que sa vie est une Imitation du Christ singulièrement plus vraie que celle de Thomas à Kempis.

Jésus est bien allé au désert, mais uniquement pour retrouver dans la prière et la communion avec le Père céleste les inspirations et les forces nécessaires pour continuer la lutte contre le mal. Bien loin de fuir les foules, il allait à leur rencontre pour les éclairer, les consoler et les convertir.

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