ETUDE CRITIQUE DES SOURCES LXXXV
a été compilée sur les renseignements de ceux qui ont accompagné presque toujours le B. François ; tout ce qu'ils ont pu savoir d'une façon certaine et tout ce qui est prouvé j a été soigneusement inséré. ^ » Il eût été difficile d'être plus précis. On voit avec quelle persévérance Bonaventure poursuivait sa lutte contre les groupes extrêmes. Cette constitution nous explique la disparition presque complète des manuscrits de Celano et des Trois Compagnons, alors que dans certaines collections ceux de la légende de Bonaventure se comptent à peine.
Comme on le voit, Bonaventure avait voulu écrire une sorte de biographie officielle ou canonique; il n'y réussit que trop. La plupart des récits que nous connaissons déjà ont passé dans son recueil, mais non sans souffirir parfois des déformations profondes. On ne saurait s'étonner de le voir glisser, avec plus de discrétion que Celano dans la Première Vie, sur la jeunesse de François, mais on
i. Mltem prœeipit Générale oapitulum per obedientiam quod
omnes legendœ de B, Francisco olim faetœ deleantur et uhi in^
veniri poterant extra ordinem ipsas fraires êtudeant amovere,
cum illa legenda quœ faeta est per Creneralem sU compilata prout
ip<e habuit ab ore illorum qui cum B. Francisco quasi semper
fuerunt et cuncta certitudinaliter sciverint et probata ihi sint
posita diligentern. Ce précieux texte a été retrouvé et publié par
le P. Rinaldi dans sa préface au texte de Gelano : Seraphici Viri
Francisci vitœ duœ, p. XI. Wadding semble en avoir eu connais-
sance, du moins indirectement, car il dit : t Utramque Historiam^
longiorem et breviorem^ obtulit (Bonaventtêra) triennio post in
comittis Pisanis patribus OrdiniSf quas reverenter cum gratiarum
actione^ snpressis allia (jaibiisque Leireiidls, admls«nmt9.
Ad ann. 1260 n» 18. Gf. Ehrle, Zeitschrip fur kath. TheoL^ t. VII
(1883) p. 396. — • Communicaverat sanctus Franciscus plurima
iociis suis et fratribus antiquis, que oblivioni tradita sunty tum
quia que scripta erant in legenda prima, nova édita a fratre.
Boncojentura deleta et destructa sunt^ ipso Jubente. tum quia. • •
Chronica tribut, Archiv, t. Il, p. 256.
regrette de le voir ornementer et matérialiser quelquesuns des plus jolis traits des légendes antérieures.
Il ne lui suffit pas que François ait entendu parler le crucifix de Saint-Damien ; il s'arrête pour bien marquer qu'il l'entendit corporeis auribus et qu'il n'y avait personne dans la chapelle à ce moment ! Le frère Monaldo au chapitre d'Arles voit apparaître saint François eorporeU octdis. Il abrège souvent ses prédécesseurS| mais ce n'est pas pour lui une règle invariable. Arrivé au récit des stigmates, il lui consacre de longues pages i, raconte une sorte de consultation faite par François pour savoir s'il pouvait les cacher et ajoute plusieurs miracles dûs à ces plaies sacrées ; plus loin il y revient encore pour montrer un certain Jérôme^ chevalier d'Assise, voulant toucher de ses mains les clous miraculeux K Par contre il est d'une discrétion significative dès qu'il s'agit des compagnons du Saint. Il ne nomme que trois des onze premiers disciples', et ne mentionne pas plus les frères Léon, Ange, Rufin, Masseo, que leur adversaire, frère Ëlie.
Quant aux récits que nous trouvons pour la première fois dans ce recueil, ils ne font guère regretter les sources inconnues qui auront été au service du fameux Docteur; il semble que la guérison de Morico ramené à la santé par quelques boulettes de pain trempées dans l'huile de la lampe qui brûlait devant l'autel de la Vierge*, n'a guère d'importance pour la vie de François, pas plus que l'histoire de cette brebis donnée à Jacqueline de Settesoli, éveillant sa maîtresse pour lui rappeler