‹ Vie de s. François d'AssiseChapitre 69 sur 257 · V. Les norettM · texte numérisé non relu

V. Les norettM

Avec les Fioretti nous entrons définitivement dans le domaine de la légende. Ce bijou littéraire raconte la

la Règle, manifeste le travaU de la légende, mais il est bien possible qu'il Tait emprunté tel quel au travail de frère Léon. Il est à noter que Ton ne trouve dans ce document aucune allusion à l'Indulgence de la Portioncule.

1. Les manuscrits et les éditions en sont presque innombrables. M. Luigi Manzoni les a étudiés avec un soin qui fait vivement désirer qu'il continue ce difficile travail. Studi sut Fioretii : Miscellaneii888, p. 116-419, ^50-152, 162-168; 1889, 9-15, 78-84, 132-1^. Quand se trouvera-t-il quelqu'un qui voudra et pourra

CVm VIE DE s. FRANÇOIS

vie de François, de ses compagnons et de ses disciples, telle qu'elle apparaissait au commencement du quatorzième siècle à l'imagination populaire. Nous n'avons pas à nous arrêter à la valeur littéraire de ce document, une des productions les plus exquises du moyen fige religieux, mais on peut bien dire qu'au point de vue historique, il ne mérite pas l'injuste oubli oii on l'a laissé.

Le courage a manqué à la plupart des auteurs pour réviser la sentence prononcée contre lui, d'un cœur bien léger cependant, par les successeurs de Bollandus. Comment s'arrêter à une œuvre que le P. Sujsken n'avait même pas daigné lire ^ !

Ce qui donne cependant à ces récits un prix inestimable, c'est ce qu'on pourrait appeler, faute de mieux, leur atmosphère. Ils sont légendaires, transformés, exagérés, faux même si l'on veut, mais il 7 a quelque chose qu'ils nous rendent avec un coloris d'une vivacité et d'une intensité qu'on chercherait vainement ailleurs : le milieu dans lequel vécut saint François. Mieux qu'aucune autre biographie, les Fioretti nous transportent là-bas en Ombrie, et au milieu des montagnes de la Marche d'Ancône, pour nous en faire voir les ermitages, et nous mêler à la vie moitié puérile et moitié angélique, qui était celle de leurs habitants.

Il est difficile de se prononcer sur le nom de l'auteur. Son rôle se borne du reste à recueillir, dans la tradition écrite et dans la tradition orale, les fleurs de son bou-

se charger d'en faire une édition scientifique ? Celles qui ont para de notre temps dans diverses villes d'Italie sont insignifiantes au point de vue critique. Voir Mazzoni Guido : CapUoli inediti dei Fioretti di S. Francesco : dans le Propugnatore. Bologne 1888, vol. XXI, p. 396-411.

1. V. A. SS. p. 865 : t Floretum non îegi, nec curandum putavi, • Cf. 553 f. « Floretum ad manwn non habeo. »

lÉTUDE CRITIQUE DES SOURCES CIX

quet. La question de savoir sll écrivit en latin ou en italien a été fort discutée et ne paraît pas encore tranchée: ce qui est sûr^ c'est que si son œuvre est antérieure aux Conformités^; elle est de peu postérieure à la chronique des Tribulations^ car il serait étrange qu'elle ne fît aucune mention d'Ângelo Clareno, si elle avait été écrite après sa mort.

Ce livre est en effet une chronique essentiellement locale*; l'auteur a voulu dresser un monument à la gloire des Frères Mineurs de la Marche d'Ancône. Cette province ^ qui est évidemment la sienne^ «n'a-t-elle pas ressemblé au ciel resplendissant d'étoiles? Les saints frères qui l'ont habitée ont^ comme les astres du ciel, illuminé et orné l'Ordre de saint François, remplissant le monde de leurs exemples et de leurs enseignements. » Aussi en connaît-il les plus petits villages^, ayant tous à quelque distance leur monastère, bien isolé, d'ordinaire près d'un torrent, à la lisière d'un bois, et audessus de lui, vers les cimes, quelques cellules presque inaccessibles, asiles des frères encore plus épris que les autres de contemplation et de retraite ^.

1. Barthélémy de Pise les rédigea en 1385; or, certains manuscrits des Fioretti sont antérieurs. De plus, dans les récits que les Conformités empruntent aux Fioretti, on sent le travail d'abréviation de Barthélémy.

% Je ne parle ici que des cinquante-trois chapitres qui forment le vrai recueil des Fioretti.

3. La Province de la Marche d'Ancône comptait sept custodies i Ascoli, 2 Gamerino, 3 Ancône, 4 Jesi, 5 Ferme, 6 Fano, 7 Feletro. Les Fioretti mentionnent au moins six des monastères de la custodie de Ferme: Moliano 51, 53, Fallerone, 32, 51, Bruforle et Soffiano 46, 47, Massa 51, Penna 45, Ferme 41, 40, 51.

4. Â chaque page sont rappelés ces bois qui furent à l'origine la dépendance indispensable des mon..stôres franciscains : La aelva cfcVra allora allato a S. M. degli Angeli 3, 10, 15, 16 etc. La selva à^un luogo deserto del val di Spoleto (Garceri ?) 4 ; Selva di Porano 42, di Massa 51, etc.

ex VIE DE S. FaANfOIS

Les chapitres qui concernent saint François et les frères d'Ombrie ne sont là que comme une sorte d'introduction ; Égide, Masseo, Léon d'un côté, sainte Claire de l'autre, viennent témoigner que l'idéal, ila Portioncule et à Saint-Damien, avait bien été celui auquel plas tard Jacques de Massa, Pierre de Monticule, Conrad d'Offida, Jean de Penna, Jean de l'Alverne tâchaient d'atteindre.

Tandis que la plupart des autres légendes nous donnent la tradition franciscaine des grands couvents, les Fioretti sont à peu près le seul document qui nous la rende telle qu'elle se perpétuait dans les ermitages et parmi le peuple. A défaut d'une exactitude de détail, les traits qui y sont racontés contiennent en eux une vérité supérieure : le ton est juste. Voici des paroles qni n'ont jamais été prononcées, des faits qui ne sont pas arrivés, mais l'âme et le cœur des premiers Franciscains ont bien été tels qu'ils sont ici dépeints. . Les Fioretti ont cette vérité vivante que donne le pinceau. Il manque quelque chose à la physionomie du Poverello quand on oublie sa conversation avec frère Léon sur la joie parfaite , son voyage à Sienne avec Masseo, ou même la conversion du loup de Gubbio.

Il ne faudrait cependant pas exagérer le côté légendaire des Fioretti, il n'y a pas plus de deux ou trois de ces récits dont le noyau ne soit historique et facile à retrouver. Le fameux épisode du loup de Gubbio, qui est sans doute le plus merveilleux de toute la série, n'est, pour parler comme les graveurs, que le troisième état du récit des brigands de Monte-Casale i, fondu avec une légende de l'Alverne.

1. Le Spéculum 46 b, 58b, 155a, nous donne les trois états. CL Fior. 26 et 21, Conform. 119b 2.

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