CHAPITRE XVI
IL EST CHOISI PAR LE BIENHEUREUX FRANÇOIS DE SALES , ÉVÉQUE DE GENÈVE, ET PAR LA RÉVÉRENDE MERE DE GHANTAL, POUR ÊTRE LE PREMIER PÈBE SPIRITUEL ET SUPÉRIEUR DES RELIGIEUSES DE LA VISITATION DE SAINTE-MARIE A PARIS.
Il y avait déjà quelques années que Dieu avait fait éclore le saint ordre des religieuses de la Visitation, comme une nouvelle fleur qui commençait dès lors à répandre une odeur de suavité dans le jardin de l'É- «lise. C'était le bienheureux François de Sales, évêque de Genève, duquel Dieu s'était servi pour donner la vie et la première culture à cette mystique plante ; à quoi il s'était appliqué avec tous les soins que sa charité incomparable lui avait pu suggérer. La Révérende Mère de Chantai, dont la mémoire est en bénédiction , avait été envoyée à Paris -par son bienheureux Père pour y fonder un monastère de ce saint ordre; et elle y travaUla avec tant de zèle et de prudence, que nonobstant toutes les oppositions, contradictions et persécutions qui lui furent fsiîtes, les murs de cette petite Jérusalem et de cette demeure de paix s'élevèrent avec un i^vorable succès. Plusieurs âmes désireuses de leur salut et de leur perfection venaient s'y rendre , et y chercher un abri assuré contrôles vanités et les tentations du monde : l'humilité, la modestie, la douceur , la patience , l'obéissance, la charité et toutes les autres vertus de ces nouvelles épouses de Jésus-Christ, donnaient une merveilleuse édification à tous ceux qui les connaissaient ou qui en entendaient parler. Il était question de trouver un Père spirituel et un supérieur propre pour cette religieuse communauté , c'est*à-dire un ange visible qui
— sien fût le s^rdieD, et qui par sa charité, par sa prudente conduite et par sa vigilance et BdéUté conservât le premier esprit que Jésus-Christ leur avait donné, par le ministère de leur saint instituteur, et qui leur rendit les assistances nécessaires , pour marcher de vertu en vertu et foire progrès dans le chemin de la perfection.
Mais si ce saint prélat a dit dans sa Philotée , et Ta dit avec très* grande raison, parlant d'un directeur pour une personne partieulière, qu'il le fallait choisir entre dix mille, et qu'il s* en trouverait moins qui on ne saurait dire qui fussent capables de cet office : que peuton penser de la difficulté qu'il y avait de rencontrer un vrai père spirituel et un digne supérieur de cette sainte congrégation, qui allait s'augmentant tous les jours en nombre aussi bien qu'en vertu , et dont la conduite requérait d'autant plus de grâce et de lutdière en celui qui en serait chargé, que la vie religieuse est plus sublime, la perfection plus importante, et son déchet plus pernicieux à TÉglise? C'est pour cela qu'enb*e les qualités que ce bienheureux instituteur désirait en celui auquel on pût confier cette charge, outre celles qui lui sont communes avec les autres directeurs particuliers, il demande qu'il soit homme de grande vertu et de grande charité, à quoi il joint la doctrine et l'expérience; ce qui signifie , en un mot, qu'il feut un homme consommé en toutes sortes de vertus, et parfait en un si haut point, qu'il soit capable de perfectionner les âmes que Dieu appelle à la plus haute perfection.
Étant donc question de trouver un tel homme, ce n'est pas un petit témoignage de Texcellente vertu et des autres grandes qualités d'esprit de M. Vincent, qu'entre tant de personnages signalés en doctrine et en piété, qui vivaient alors, le bienheureux François de Sales qui avait un don tout singulier du discernement des esprits , et la très-digne Mère de Chantai qui avait un esprit grandement éclairé, aient jugé que M. Vincent fût le plus digne et le plus capable de cet emploi, auquel Us pussent confier ce qui leur était le plus cher et le plus préei^x ea ce monde. Il y avait alors dans Paris plusieurs ecclésiastiques savants, vertueux et plus âgés que M. Vincent : il y avait des pasteurs très-sages et très-vigQants dans les paroisses, des docteurs insignes en pieté dans les maisons de Sorbonne, de Navarre et autres delà célèbre Université de cette première ville du royaume, outre plusieurs particuliers qui s'appliquaient avec grand fruit à la direction des &mes$ et néanmoins, ce bienheureux prélat, après y avoir longtemps pensé devant Dieu, et persévéré longtemps en prières pour ce sujet, avec cette très-sage et vertueuse supérieure, jugea qu'il ne pouvait faire un choix plus avantageux pour une charge si importante ^ que de la pers<mne de Vincent de Paul,
dftfis lequel il trouvait toutes tes qualités qu'il pWTftit iémet pour m preoiier et très-digne père spirituel et supérieur de eette chère eoiifrégatioB oaissante.
Certes , si ce qu'a dit un aaei^ est Téritable, fue c'est une gMuiéê louange d'être estimé et loué par unepersonnB qui deUe-tnéme eH U^s-diffie de louange ' ; et que l'excellence et la vettu de eebitqui rend ce témoignage dC estime , contribue grandement àfhùknewr et à l'avanie^ de celui auquel il est rendu * ; il faut aTOiiÉr que M. Vincent ne pouvait pas alors recevoir^ un plus signalé téenrisnage de sa vertu et de son mérite : et on a depuis connu, par TelFet 9 que ce saint évéque ne s'était pas trompé en son jugement.
M. Yincent ayant depuis ee temp^là toujours très^dignement %nteé cette charge, sous l'autorité et par la oommissi<m de M» le eardtnal de fietz, alors évéque de Paris , et de ses successeurs , nous verfensau troisième livre la conduite que ce sage supérieur a teni^ à l'égnd des maisons de ce saint ordre qui ont été établies à Paris , et qui en ont pro* duit plusieurs autres en divers lieux, et la bénédiction que Dieu a don->> née à son gouvernement, quia duré trente-huit ans, et jusqu'à la fin de sa vie, quelques efforts qu'il ait pu faire de temps en temps pour im être déchargé, à cause de ses autres grandes occupations \ et d'aîUeurl n'estimant pas que cet emploi M propre et convenable à l'institut des missionnaires , qui doivent s'appliquer, par préférence, au sertioe et à l'instruction des pauvres, particulièrement de lacampagnei et vaquer! d'autres semblables œuvres de charité qui se trouve^ les plus abandonnées.