CHAPITRE XVII
IL EST POUHVU B£ LA PRINGIPAUtA DU GOLLÉGSl »1S BONÈ^Eff PàNTS , BffSUITE DE QUOI SE FIT LA PREMIÈRE FONDATION tR LA «OHC^RÉGATION DE LA MISSION.
Madame la générale des galères, comme il a été déjà dît, ayant reconnu la nécessité et les fruits des missions , avait conçu depuis plusieurs années le pieux dessein de faire une fondation, pour l'entretien et subsistance de quelques bons prêtres ou religieux, qui allassent de temps en temps exercer cet office de charité dans ses terres ; et le désir de voir ce dessein accompli , allait tous les jours s'augmentant en fon cœur; de sorte que renouvelant chaque année son testament, par le-
* Magna laus, laudari à latidato Tiro, Cicero^ Hb. ^. EpUi, là.
* Aù}MK laadum digoiUli honor liudanlii. Mamirtin, in ^««l«^yr« Julian,
quel elle destinât saie mille lîTres pour eette t)onne œuvre, dte eu recommanda aussi rexécution à M. Vincent, lequel de sa part cherchait de tous côtés les moyens et l'occasion propres pour mettre en exéenti<m le dessein de cette vertueuse dame. Il en parla plusieurs fois aux supérieurs de diverses communautés, et employa toute son industrie pour leur persuader d'accepter cette fondation ; ce qu'il ne put pourtant obt^ir, n'ayant trouvé aucun supérieur qui voulût y engager sa communauté ; chacun ayant ses raisons particulières, pour lesquelles H jugeait ne le devoir pas feire : mais la principale était que Dieu réservait cet ouvrage à M. Vincent ; et comme sa providence dispose suavement toutes choses pour parvenir à ses fins , il employa le concours des causes secondes les plus propres pour le ftiire réussir et pour y engager son fldèle^rviteur. Voici de quelle £içon.
Madame la générale sachant le reftis que disaient les communautés religieuses y et d'ailleurs voyant plusieurs docteurs et autres vertueux ecâésiastiques qui se joignaient ordinairement à M. Vincent pour travailler aux missions , elle jugea que s'il y avait une maison dans Paris , qui fût destinée pourceux qui voudraient continuer ces missions^ quelques-uns d'entre eux pourraient s'y retirer, et y vivre ensemble en qudque forme de communauté, en laquelle d'autres prêtres étant depuis reçus, cette bonne œuvre pourrait ainsi se perpétuer, et sa fondation avoir un effet tel qu'elle le désirait. Elle en parla à M. son mari , qui non-seulement approuva sa pensée, mais aussi voulut se rendre fendatimr conjointement avec elle, et tous deux communiquèrent leur dessein à M. Jean*Francois de Gondy, leur frère, successeur de M. le cardinal de Retz au gouvernement de l'église de Paris, dont il fut le premier archevêque, lequel approuva grandement leur zèle ; et considérant que son diocèse pourrait en recevoir beaucoup d'avantages, il voulut aussi y contribuer, en desttaiant le collège des Bons-Enfants qui était à sa disposition, pour le logement de ces prêtres* Après avoir confiéré ensemble de ce qu'il leur semblait être le plus expédient pour faire réussir un si grand bira , Us se résolurent d'en parler tous trois à M. Vincent , pour couper chemin à toutes les excuses que son humilité pourrait alléguer, et l'obliger plus efficacement de se conformer à leurs sentiments; ce qui réussit selon leur intention, le singulier respect que M. Vincent portait à ces trois personnes lui ayant fiit donner les mains à tout ce qu'ils désiraient de lui, il consentit à la proposition qu'ils lui firent , premièrement de recevoir la principauté de ce collège avec la direction des prêtres qui s^y retireraient avec lui, et des missions auxquelles ils s'ai^iqueraient; secondement, d'accepter la fondation au nom deidits prêtres; et &x troisiènie lieu» de choisir lui*
mêrue ceux qu'il trouverait propres et disposés pour ee pieiix dessein.
La cbose étant aiusi résolue, elle lut ensuite exécutée, et peu de jours après, c*est-à-dire le premier jour de mars 1624, Tarchevèque lui fit expédier les provisions de la principauté du collège des Bons- Enfants.
Et le 17 avril de Tannée suivante M. le général des galères et madame sa femme passèrent le contrât de fondation , qui fut par leur ordre, et suivant leur intention , conçu en des termes dignes de leur piété.
Ils déclarèrent en premier lieu , c que Dieu leur ayant donné depuis quelques années le désir de le faire honorer tant en leurs terres qu'autres lieux , ils avaient considéré qu'ayant plu à sa divine majesté pourvoir par sa miséricorde infinie aux nécessités spirituelles des villes , par quantité de bons docteurs et de vertueux religieux qui les prêchent et catéchisent, et qui les conservent en Tesprit de dévotion , il lîe reste que le pauvre peuple de la campagne , qui seul demeure comme abandonné ; à quoi il leur avait semblé qu'on pourrait remédier par la pieuse association de quelques ecclésiastiques, de doctrine, piété et capacité connues, qui voulussent renoncer tant aux conditions desdites villes qu'à tous bénéfices , charges et dignités de l'Église , pour, sous le bon plaisir des prélats, s'appliquer entièrement et purement au salut dudit pauvre peuple , allant de village en village , aux dépens de leur bourse commune, prêcher, instruire, exhorter, et catéchiser ces pauvres gens, et les porter à faire une confession générale de toute leur vie passée , sans en prendre aucune rétribution, en quelque sorte et manière que ce soit, afin de distribuer gratuitement les dons qu'ils auront gratuitement reçus de la main de Dieu. Et pour y parvenir, lesdits seigneur et dame en reconnaissance des biens et grâces qu'ils ont reçues et reçoivent journellement de sadite majesté divine, pour contribuer à l'ardent désir qu'elle a du salut des pauvres âmes , pour honorer le mystère de rincarnation , de la Vie et de la Mort de Jésus-Christ Notre-Seîgneur, pour l'amour de sa très-sainte Mère, et encore pour essayer d'obtenir la grâce de si bien vivre le reste de leurs jours , qu'ils puissent avec leur famille parvenir à la gloire éternelle ; et qu'à cet effet lesdits seigneur et dame ont donné et aumône la somme de quarante mille livres, qu'ils ont délivrés comptant ès-mains de M. Vincent de Paul, prêtre du diocèse d'Acqs , aux clauses et charges suivantes. C'est à savoir, que lesdits seigneur et dame ont remis et remettent au pouvoir dudit sieur de Paul , d'élire et choisir dans un an tel nombre de personnes ecclésiastiques que le revenu de la présente fondation pourra porter, dont la doctrine » piété, bonnes mœurs et intégrité de vie lui
soient connues, pour traTailier audit œuvre , sous sa direction sa vie durant ; ce que iesdits seigneur et dame entendent et veulent expressément, tant pour la confiance qu'ils ont en sa conduite , que pour Texpérience qu'il s'est acquise au fait desdites missions , ès-quelles Dieu lui a donné grande bénédiction. Nonobstant laquelle direction toutefois , lesdits seigneur et dame entendent qu'icelui sieur de Paul fasse sa résidence continuelle et actuelle en leur maison , pour continuer à eux et à leur famille l'assistance spirituelle qu'il leur a rendue depuis longues années.
c Que lesdits ecclésiastiques et autres qui désireront à présent et à l'avenir s'adonner à ce saint œuvre , s'appliqueront entièrement au soin dudit pauvre peuple de la campagne, et à cet effet s'obligeront de ne prêcher ni administrer aucun sacrement ès-villes ès-quelles il y aura arcbevêché, évéché ou présidial, sinon en cas de notable nécessité. Que lesdits ecclésiastiques vivront en commun sous l'obéissance dudit sieur de Paul , et de leurs supérieurs à l'avenir après son décès, sous le nom de Compagnie ou Congrégation des Prêtres de la Mission. Que ceux qui seront ci-après admis audit œuvre seront obligés d'avoir intention d'y servir Dieu en la manière susdite, et d'observer le règlement qui sera sur ce entre eux dressé. Qu'ils seront tenus d'aller de cinq ans en cinq ans par toutes les terres desdits seigneur et dame pour y prêcher, confesser, catéchiser et faire toutes les bonnes œuvres susdites ; et d'assister spirituellement les pauvres forçats , afin qu'ils profitent de leurs peines corporelles , et qu'en ceci ledit seigneur général satisfasse à ce en quoi il se sent aucunement obligé; charité qu'il entend être continuée à perpétuité à l'avenir auxdits forçats par lesdits ecclésiastiques , pour bonnes et justes considérations. Et enfin, que lesdits seigneur et dame demeureront conjointement fondateurs dudit œuvre , et comme tels eux et leurs hoirs et successeurs descendants de leur famille jouiront à perpétuité des droits et prérogatives concédés et accordés aux patrons par les saints canons, excepté au droit de nommer aux charges , auquel ils ont renoncé. >
Il y a quelques autres clauses dans le contrat, qui ne regardent que le bon ordre qui doit être observé par les prêtres, tant pour les intervalles des missions que pour leur propre perfection, qui eussent été trop longues à rapporter : ce qui en a été extrait ci-dessus suffira pour faire connaW tre non-seulement quelle a été la première fondation des prêtres de la Congrégation de la Mission; mais aussi combien pure et agréable à Dieu a été l'intention de leurs premiers fondateurs , lesquels y ont uniquement recherché sa plus grande gloire , et le salut des âmes qui semblaient les plus délaissées, telles que sont celles des pauvres gens de la
campagne. Et ce qui est partioulièrement digne de remarque, et qui fait voir leur grand désintéressement en cette affaire, est qu'ils n'ont point voulu imposer aucune obligation ni de messes, ni de prières pour eux , ni d'autres charges ou bonnes œuvres qui leur fussent applicables en particulier, soit pendant leur vie ou après leur mort ; afin que les prêtres de cette Congrégation étant dégagéi de ce» sortes d'obligations pussent avec plus de liberté s'appliquer aux fonctions de leur ministère, et travailler avec plus d'assiduité aux missions: ces charitables fondateurs s'étant ainsi volontairement privés de tous les soulagements spirituels qu'ils eussent pu prétendre, afin que les pauvres en fussent mieux servis et secourus, et que par ce moyen Dieu en fût plus glorifié.
Peu de temps après que ce contrat eut été passé , M. le général des galères s'en alla en Provence, et Madame demeura à Paris, tous deux grandement consolés du sacrifice qu'ils venaient d'offrir à Dieu, et fort satisfaits d'avoir assuré leur fondation, l'ayant ainsi mise entre les mains de M. Vincent, en qui ils avai^tune entière confiance , tenant pour certain qu'il se comporterait comme ce vigilant serviteur de r^vangile , qui fit profiter les talents qu'il avait reçus de son msdtre : en quoi ils n'ont pas été trompés, cette première fondation ayant si bien profité entre les mains et sous la sage et fidèle conduite de M. Vincent, qu'elle en a produit un grand nombre d'autres par la bénédiction qu'il a plu à Dieu lui donner, comme il se verra en la suite de ce livre.
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