‹ Vie de S. Vincent de Paul, instituteur et premier supérieur général de la Congrégation de la missionChapitre 19 sur 80 · CHAPITRE XVIIl · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIIl

HADAUE LA GÉNÉRALE DES GALÈRES PASSE DE CETTE VIE A UNE MEILLEURS , ET M. VINCENT SE RETIRE AU COLLÈGE DES BONS-ENFANTS.

Comme la fondation des prêtres de la Mission était l'ouvrage que cette vertueuse dame avait le plus alSectionné , reconnaissant lesfruits qu'il pouvait produire dans l'Église , pour le salut et la sanctification d'un très-grand nombre d'àmes; aussi après que Dieu lui eut fait la grâce d'y mettre la dernière main , le voyant parfait et accompli, il lui semblait qu'elle ne pouvait plus rien désirer en cette vie, et comme une autre sainte Monique, elle pouvait bien dire en son cœur qu'elle n'avait ptais rien a faire sur la terre , Dieu ayant donné le eomble à ses plus ap* dents souhaits; et partant qu'elle ne devait plus qu'aspirer au ciel , pour y recevoir la couronne préparée aux services qu'elle avait tâché de rendre à sa divine Majesté '. Et en effet, deux mois n'étaâent pas en-

* Unam erat propter qood in hftc TîtA aliqoantalam immorari Gupiebam ; comulati&s hoc aiihi Deiis pr«ftiHt ; quid içUnr adhue hic facio ? Àugmt* lib, 9 Confesi,, eap, iO.

core éeonlés députe que ee contrat de todation eut été passé 9 ({u'elle se saitit atteinte d'une maladie, laquelle an peu de jours ayant réduit à Textrémité son corps déjà fort atténué par ses maladies précédentes, et par toutes les peines et Fatigues que son zèle et sa charité lui avaient ftitt entreprendre, en sépara enfin son àme , pour la transmettre dans un repos étemel : ee fut la Tcille de la fête de saint Jean-Baptiste de Yan^ née 1625 qu'arriva cette mort, laquelle n'a pu être que très-précieuse devant Dieu ayant été précédée d'une vie très-sainte , dont Tbistoire eAt été eapalUe de fournir de quoi remplir un juste volume, à la très-grande édification de toute la postérité ; mais comme il n'y avait que M. Vincmt qui en pût donner les meilleurs mémoires, ayant eu plus de connaissance qu'aucun autre des excellentes qualités et des rares vertus de la déftmte 9 et d'aiHeurs son humilité lui faisant toujours cacher sous le voile da silence tous les biens où il avait quelque part , cela a été la cause pour laquelle il a toujours évité de déclarer ce qu'il en savait, pour ne pas doûBtef connaissance de ce qui était de lui-même , cette sainte et vertueuse dame n'ayant presque rien fait de considérable pour le service et la gloire de Dieu, où M. Vincent n'eût grandement coopéré , et par eonséquent n'éât mérité d'avoir beaucoup de part à la louange qu'on lui en eût rendue, ce qu'il craignait le plus et qu'il fiiyait autant qu'il M était possible.

iprès qu'on eut rendu les derniers devoirs à madame la générale , et que, suivant ce qu'elle avait ordonné, son corps eut été porté au monastère des Carmélites de la rue Chapon , M. Vincent partit aussitôt pour aller ea Provence poKer cette triste nouvelle à monsieur son mari; et comme il savait bien qu'elle lui causerait une grande douleur 6t qu^mie telle séparation ne lui pourrait être que très-sensible , du premier Aerd ayant par prudence dissimulé le sujet de sa venue, il ne M parla que des grandes <d»ligatioDs qu'il avait à Dieu , pour les grâces trè^partîeulières qu'il m avait reçues , tant en sa persmne qu'en toute sa faoâllo; et de la reconnaissance qu^il kii en devait rendre , dont un des {Hrittcipau actes était de se tenir continuellement dans une parfeite dépen^toce et entière eonfdrmité à sa très-sainte volonté en toutes choses, sans aucune réserve : et ainsi l'ayant peu à peu disposé, il lui déclara enfin ce qui était arrivé ; et après avoir ^mné lieu aux premiers moovepients de b nature, S employa tout ce qêd son grand jugement et Traction du Saint-Esprit, dont il était abondamment rempli, lui purimt suggéra, pour adoucir la douleur causée par une si ftcheuse BOuveUe et pour toi aider à porter cette affliction , qui lui était trèssensible et amère, avec paix et tranquillité d'esprit : car on peut dire avec vérité, qu'entre les grâces partieuUàres que M. Vinemt avait

rmies de Dieu, tmc des principales était celle de consoler les affligés, et adoucir leurs plus grandes peines et angoisses intérieures; Notre-SeLgneur Jésus-Christ lui ayant donné pour cet eflfet une spéciale commu' nicatîon de son esprit , par la vertu et Tooction duquel il pouvait dire à son imitation que l'esprit du Seigneur était sur lui, pour évangéliser les pauvres, et pour consoler les affligés et guérir les blessures de, leur cœur\ Ce que cette vertueuse dame défunte avait souvent éprouvé parmi les angoisses et peines intérieures » dans lesquelles il plaisait à Dieu l'exercer; car dans cet état de souffrance, elle ne pouvait trouver de consolation plus solide que celle qu'elle recevait de M. Vincent , en qui elle avait reconnu une si parfaite charité pour lui procurer le vrai bien de son âme , et pour attirer toutes sortes de grâces sur sa famille , qu'elle avait toujours souhaité qu'il n*en sortit point , estimant qu'il y seraic comme Farche en la maison d'Obededom , qui y attirerait abondamment les bénédictions divines : ce fut pourquoi en lui faisant un legs par son testament , pour un témoignage de sa reconnaissance , elle y ajouta c qu'elle le suppliait pour l'amour deNotre-Seigneur Jésus^Christ et de sa sainteMère, de ne vouloir jamais quitter la maison de M. le général des galères, ni après sa mort ses enfants ; et non contente de cda . elle supplie par son même testament M. le général [de vouloir retenir chez lui M. Vincent et de l'ordonner à ses enfants après lui, les priant de se souvenir de ses saintes instructions et de les suivre, connaissant bien, s'ils le font, l'utilité qu'en recevra leur âme , et la bénédiction qui en arrivera à eux et à toute la famille. »

M. Vincent toutefois n'était pas en son élément dans cette grande maison, laquelle, quoique très-bien réglée et ordonnée , l'exposait trop au grand air du monde \ ce fut pourquoi regardant plus ce que Dieu demandait de lui, que ce que cette vertueuse dame en avait désiré, et préférant l'amour souverain qu'il devait au Créateur à toutes les considération$ humaines qui semblaient l'obliger à rendre cette satisfaction et reconnaissance à la créature, il pria instamment M. le général d'agréer qu'il se retirât au collège des Bons-£nfants ; ce qu'il obtint enfin de lui , et avec sa permission étant sorti de sa maison , Il alla s'établir en cette nouvelle demeuré.

Ce fut en Tan 1626 que ce fidèle serviteur de Dieu, après avoir vogué plusieurs années surk mer orageuse du monde, aborda enfin par une conduite loute particulière de la divine Providence en cette retraite , coaune en un port assuré, pour y commencer une vie tout apostolique, et en renonçant absolument aux honneurs , aux dignités et aux autres

< SpirKuB Domini super me, etangelizare paoperibus misU me, sanare contriloa corâe, nt conMlarer omnes logemes* Un,, i$. hvLC, 4.

biens du monde, y faire une profes. ion particulière de travailler à sa propre perfection et au salut des peuples dans la pralrque des venins que Jésus-Christ a enseignées , et dont il nous a laissé l'exemple.

Ce fut en ce lieu où il jeta les premiers fondements de la Congrégation de la Mission » toute dédiée comme celle des premiers disciples de Jésus-Christ, à suivre ce grand et premier missionnaire venu du ciej , et à travailler au même ouvrage auquel il s'est employé pendant le temps de sa vie mortelle.

Or, pour mieux pénétrer dans les desseins de Dieu touchant cette nouvelle institution de la Congrégation de la Mission , il est nécessaire de bien connaître quel a été celui duquel sa providence infiniment sage en toutes ses conduites , a voulu se servir pour en être le premier instituteur ; et comment il lui a donné toutes les qualités de corps et d'esprit convenables pour bien réussir dans une entreprise si importante à sa gloire et au bien de son Eglise. Il est vrai qu'il ne sera pas aisé de représenter ce que ce grand serviteur de Dieu s'est toujours efforcé de cacber, autant qu'il lui a été possible , sous le voile d'une profonde humilité: c'est pourquoi nous n'en pouvons dire que ce que la charité oa l'obéissance l'ont obligé de produire au dehors, dont néanmoins la principale partie qui est toute intérieure et spirituelle , nous est inconnue : et partant nous en représenterons au chapitre suivant seulement un crayon, lequel , quoique fort grossier et imparfait, ne laissera pas de donner quelque lumière au lecteur, pour mieux concevoir tout ce que nous avons à lui rapporter dans la suite de cet ouvrage.

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