CHAPITRE XLV
M. VINCENT s'est TOUJOURS FORTEMENT OPPOSÉ AUX NOUVELLES ERREURS nu JANSÉNISME.
Les saints ont toiu'ours eu à grand honneur de demeurer dans une humble dépendance, non-seulement des ordre» de la volonté de Dieu, mais aussi des conduites de son Église; à laquelle ils ont fait professioa de soumettre leur liberté par une exacte obéissaice aux lois qu'elle I^ur prescrit, et même leur raison, en donnant une entière créance aux vérités qu'elle leur enseigne, et captivant ainsi leur ente&dejttent pour honorer Jésus qui est le souverain chef- Tous ceux qui ont connu M. Vincent ont pu r^narquer qu'entre tpQtes les vertus, il a particulièrement e^oellé en- cette sowissiOB et
- JJ57 H d^^^adaiitceji regard d^rÉçlis^; et que loniQu'elIe ^y^t pyrlé^ sojl( pour établir quelque loi, ou pour définir quelque Térité,.ou condjiixiner quelque erreur, il n'avait point de langue pour répliquer, ni d'esprit pour raisonner à rencontre; mais seulement des oreilles pour écouter, et un cœur pour se soumettre sincèrement et parfaitement à tout ce qui lui .était prescrit ou proposé de cette part.
C'est ce qu'il a saintement pratiqué^ lorsque les nouvelles erreurs du jansénisme commencèrent de paraîtra, et encore plus lorsqu'elles eurent été condamnées par les constitutions des souverains pontifes.
£t premièrement dès lors que le livre de Jansé.ntus, intitulé Aug^stinusy fut mis en lumière, et que la nouveauté de ses opinions eut commencé d'exciter diverses contentions parmi les docteurs, ce fidèle seryiteur de Dieu se souvenait de l'avertissement que le saint Apôtre a donné, de ne pas croire toutes sortes d'esprits , mais d'éprouver les esprit^ s'ils sont de Dieu ,. se tint sur ses garde$ pour ne se laisser surprendre à cette nouveauté : et ce qui l'y obligeait davantage, était la coQuaiis^nce très-fomilière qu'il avait.de l'un des premiers auteurs de la secte du jansénisme, dont l'esprit et la conduite lui donnaient juste sujet de le tenir fort suspect, comme jl sera plus particulièrement déclaré zvL second livre.
Mai^ quand M. Vincent eut vai cette nouvelle doctrine foudroyée par Jes anathèmes de l'Eglise^ et les constitutions des souverains pontifies Innocent X et Alexandre VII qui Ja condamnaient^ reçues et publiée^ p2ir l'autorité des prélat^, alors il crut que non^seulement il était obligé de se soumettre à ce jugement du Saint-Siège apostolique, mais encore qu'il devait faire une profession ouverte de cette soumission, mettant sous les pieds tous les respect^ humains, et toutes les raisons de la pru- 4ence politique qui eussent pu l'en détourner ; et se déclarant entièreméat pcrnosé tant aux erreurs condamnées, qu'à tous les pernicieux: desseins de ceux qui voulaient s'obstiner à les soutenir.
C'est çe^u'il a fait avec autant de vigqeur et de courage, que de prudence et 4e modération ; ne dissiçaulant point qusund il faUait pacr 1er, et ne .parlant toulei^is qu'autant qu'il Je jugeait nécessaire ;so\t ^our confirmer ceux qui acquiesçaient ^u jugement de l'Église, soîjt pour redresser et affermir ceux qui chancelaient et étaient en péril d^ tomber, pu enfi^ pour rendre 4!onst£immeut le lémolgi^age qu'il devait à la vérité. Mais quoiqu'il ait toujc|urs fait paraître un très-grand zèlç pçur^utenir les constitutions des souverains pontifes , jet pour s'oppo- .ser à tout ce que quelques esprits mal intentionnés s'efforçaient de faire pour en éluder l'exécution, il a bien su néanmoins faire la d^tinetion des personnes, d'avec l'erreur; détestant l'erreur, et gardant toujours
en son cœur une vraie et sincère cbarité pour les personnes, dont il ne parlait qu'avec grande retenue , et plutôt par esprit de compassion que par aucun mouvement d'indignation'. Il a même employé divers moyens, et fait plusieurs efforts charitables quand les occasions s'en sont présentées, pour les porter à se réconcilier à l'Église; jusque là, qu'après la publication de la constitution du pape Innocent X, il les alla rechercher, et rendre visite à quelques uns d'entre eux au Port-Royal, pour les convier avec honneur, et les obliger doucement à se réunir : ce qui toutefois n'eut pas Feffet qu'il désirait.
Il a surtout veillé avec m soin particulier afin que ceux de sa G)m* pagnie fussent exempts non-seulement de ces erreurs condamnées, mais aussi du moindre soupçon d'y adhérer en quelque manière que ce fût; et s'il en apercevait quelqu'un qui ne marchât pas dans cette humble et sincère soumission qu'il voulait que tous les siens rendissent aux constitutions du Saint-Siège apostolique, il l'obligeait de se retirer de sa Compagnie.
Outre cela, sa vigilance, aussi bien que sa charité, s'est encore étendue sur les autres parties de l'Eglise qu'il voyait avoir quelque besoin d'être secourues, et prémunies contre la contagion de ces nouvelles erreurs : et comme il reconnut que ceux qui s'obstinaient à les soutenir, s'efforçaient par divers artifices de les répandre dans les monastères et communautés de filles, comme plus faciles à être surprises et trompées par quelque fausse apparence de bien , dont les faux prophètes (suivant l'avertissement que Jésus-Christ nous en donne dans l'Évangile ) ont toujours accoutumé de colorer et déguiser leurs plus pernicieux sentiments; il employa aussi tous les moyens dont il se put aviser pour empêcher que ces loups revêtus de peaux de brebis ne fissent aucun dégât dans cette illustre portion du bercail de Jésus- Christ, et même qu'ils n'y eussent aucun accès, surtout dans les monastères que Dieu avait particulièrement confiés à sa conduite.
Il usait de la même précaution et circonspection pour empêcher qu'il ne se fît aucune surprise dans le conseil des affaires ecclésiastiques, et qu'on ne mît dans les charges et dignités de l'Église ceux qui se trouveraient infectés de cette doctrine condamnée, ou qu'on aurait juste sujet de tenir suspects.
Enfin son zèle pour la conservation de l'union de l'Église et pour la défense de la doctrine orthodoxe , l'obligea de s'employer en diverses occasions envers plusieurs prélats de ce royaume, soit pour les exhorter et encourager à s'opposer aux entreprises des ennemis de la vérité , soit pour leur donner divers avis afin qu'ils se donnassent de garde de leurs
" Vert jaslitia çomfiWBioBem habet, non dcdigna&iem. Gregor. |Ioni« 34 in Etang.
sitrprises. Nous rapporterons au second lirre ditersesIleUres qa*û kof a écrites , dans lesquelles on verra comme oe grand serviteur de Dieu savait fort bien foire un juste tempérament du respect qu'il devait à leur dignité, et des charitables offices qu'il désirait rendre à leurs personnes : l'humilité , la discrétion, la prudence et la charité accompagnant toujours aussi bien ses paroles que ses actions.
Mais comme toute l'industrie et tous les effiarts de la créature ont fort peu d'effet, s'ils ne sont soutenus et forliiiés par une assistance d'en haut, il mettait son principal appui sur la confiance qu'il avait en la boi^té de Dieu , lui offrant pour ce sujet des prières continuelles, et cou* viant un chacun de faire de même, afin qu'il lui plût regarder son Église d'un œil de miséricorde et ne pas permellre que l'esprit d'erreur et de mensonge fit un plus grand ravage parmi les fidèles. Il disait que les meilleures armes qu'il fallait employer pour combattre les erreurs, étaient l'oraison et la fidélité à pratiquer les vertus contraires aux vices plus apparents et plus ordinaires de ceux qui s'opiniâtraieut à les soutenir; qu'il fallait opposer une profonde humilité et soumission d'esprit à cet orgueil et présomption qu'ils avaient de leur propre suffisance, un amour de l'abjection et du mépris à toutes ces vaines louanges qu'ils recherchaient et qu'ils se donnaient les uns aux autres, une grande droiture et simplicité de cœur à tous les artifices, déguisements, falsifications et impostures qu'ils employaient pour couvrir leurs erreurs et en cacher la difformité^ enfin une ardente charité qui ne pût être éteinte par toutes les eaux malignes des contradictions, médisances et calomnies que l'esprit de mensonge emploie ordinairement pour opprimer et et suffiDquer la vérité.
On lui a aussi souvent ouï dire et répéter en gémissant, qu'il y avait grand sujet de craindre que la corruption des mœurs et les dérèglements qui se voient en ce royaume dans la vie ordinaire des chrétiens , si opposée aux maximes de l'Évangile de Jésus-Christ, n'eussent été la cause de la plaie que la Religion recevait de cette nouvelle hérésie; et que si nous ne tâchions de nous amender et d'apaiser Dieu justement irrité contre nous , il fallait appréhender l'effet d'une semblable menace à celle qu'il avait faite aux Juifs dans l'Évangile : Que le royaume de Dieu ne nous fût Oté pour être transféré en d'autres nations qui en feraient meilleur usage ; que nous devions trembler de frayeur voyant devant nos yeux des royaumes autrefois si florissants en religion et en piété, comme TAnçleterre , le Danemarck , la Suède et la plus grande partie de l'Allemagne, que Dieu, par un juste jugement, avait laissé tomber dans l'hérésie ; que le malheur de nos voisins nous devait rendre sages -, et que la foi élwt w don 4« pi^u qui nous avait été acquis par le mérite du
fsmi «t d^ltf iMrt ieJëM^atehtj ff MRKîf te fenir NeH ]^éi9iei« Rapporter Qiv grâffè^din p6ur la eonserver.
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