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prit Uo ai^e t'attHiertii de $e ¥oir mahde à trois ou quatre eeuts lieues de 80D pays; il dirait, pourqu'oi m'a-t-on envoyé si loin? que ne me retire-t-on d'ici? quoi, me veu^on abandonner? les autres sont en France bien à leur aise , et on me laisse sourir dans un pays étranger. Voilà ce que dirait un homme de chair, qui adhérerait à ses sentiments naturels , et qui n'entrerait pas dans ceux de Notre*Seigneur souffrant, en constituant son bonheur dans les souffrances. 0 que ce sien serviteur nous &it une belle le<2on pour aimer tous les états où il plaira à la divine Providence nous mettre ! Pour l'autre , voyez comme depuis si longtem][» il travaille avec une paix d'esprit et une assurance merveilleuse , sans se lasser de la longueur des travaux, ni se rebuter des incommodités , ni s'étonner des périls. Us sont tous deux indiffiérents à la mort et à la vie, et humblement résignés àceque Dieu en ordonnera. Us ne me mar* quent aucun signe d'impatience ni de murmure; au contraire, y s paraissent disposés à souffrir encore davantage. En sommes-nous là, Messieurs et mes frères? s(Mnaies-nous prêts d'endurer les peines que Dieu nous enverra , et d'étouffer les mouvements de la nature , pour ne vivre plus que de la vie de Jésus-Christ ? sommes-nous disposés d'aller en Pologne, en Barbarie, aux Indes, lui sacrifier nos satisfactions et nos vies? Si cela est, bénissons Dieu : mais si au contrahre il y en a qui craignent dé quitter leurs commodités , qui soient si tendres que de se plaindre pour la moindre chose qui leur manque , et si délicats que de vouloir changer de maisM et d'emploi , parce que l'air n'y est pas bim, que la nourriture y est pauvre , et qu'ils n'ont pas assez de liberté pour aller et venir : en un mot , Mesdeurs , si quelques-uns d'entre nous sont encore escia^ ves de la nature» adonnés aux plaisirs de leurs sens, ainsi que l'est ce misérable pécher qui vous parle, qui en l'âge de soixante et dix ans est encore tout pro&ne , qu'ils se repaient indignes de la condition apostolique oà Dieu les a appelés , et qu'ils entrent en confusion de voir leurs .frères qui l'exercent si dignement, et qu'ils soient si éloignés de leur es^t et de leur courage.
c Mais qu'ont-ils soufltert en ce pays-là? La famine? elle y est. La peste? ils l'ont eue tous deux , et Tua par deux fois. La guerre ? ils sont au milieu des armées, et ont passé par les mains des soldats ennemis. Enfin, Dieu les a éprouvés par tous les fléaux. Et nous serons ici comme des casaniers sans cœur et sans zèle ! Nous verrons les autres s'exposer aux périls pour le service de Dieu , et nous serons aussi timides comme des poules mouillées! 0 misère! 6 chétiveté ! voilà vingt mille soldats qm s'en vont à la guerre , pour y souffrir toute sorte de maux , où l'un perdra un bras, l'autre une jambe , et plusieurs la vie pour un peu de vent, et pour des espérances fort incertaines; et cependant ils n'ont au-
Digiti
eune peur, et ne laissent pas d*y eourir comme après tin trésor. Mais pour gagner le ciel , Messieurs, il n'y a presque personne qui se remue, et souvent ceux qui ont entrepris de le conquérir mènent une vie si lâche et si sensuelle, qu'elle est indigne non- seulement d'un prêtre et d'un chrétien , mais d'un homme raisonnable ; et s'il j en avait parmi nous de semblables, ce ne seraient que des^ cadavres de missionnaires. Or sus, mon Dieu ! soyez à jamais béni et glorifié des grâces quo vous faîtes à ceux qui s'abandonnent à vous ; soyez vous-même votre louange d'avoir donné à cette petite compagnie ces deux hommes de grâce.
€ Donnons-nous à Dieu , Messieurs , pour aller par toute la terre porter son saint Évangile ; et en quelque part qu'il nous conduise, gardons-y notre poste et nos pratiques , jusqu'à ce que son bon plaisir nous en retire. Que les difficultés ne nous ébranlent pas, il y va de la gloire du Père éternel , et de Tefficacité de la parole et de la passion de son Fils. Le salut des peuples, et le nôtre propre, est un bien si grand, qu'il mérite qu'on l'emporte à quelque prix que ce soit ; et n'importe que nous mourions plus tôt , pourvu que nous mourions les armes à la main , nous en serons plus heureux , et la compagnie n'en sera pas plus pauvre; parce que sanguîs martymin semen est Christianorum. Pour un missionnaire qui aura donné sa vie par charité , la bonté de Dieu en suscitera plusieurs qui feront le bien qu'il aura laissé à iaire. Que ebacun donc se résolve de combattre le monde et ses maximes, de mortifier sa chair et ses passions , de se soumettre aux ordres de Dieu, et de se consumer dans les exercices de notre état, et dans l'accomplissement de sa volonté, en quelque part du monde qu'il lui plaira; faisons maintenant tous ensemble cette résolution , mais faisons-la dans l'esprit de Notre-Seigneur, avec une parfaite confiance qu'il nous assistera au besoin. Ne le voulez-vous pas bien , mes firères du séminaire? ne le voulezvous pas bien, mes frères les étudians? Je ne le demande pas aux prêtres, car sans doute ils y sont tous disposés. Oui, mon Dieu! nous voulons tous répondre aux desseins que vous avez sur nous. C'est ce que nous nous proposons tous en général, et chacun en particulier, moyennant votre sainte grâce : nous n'aurons plus tant d'affection, ni pour la vie, ni pour la santé, ni pour nos aises et divertissemens, ni pour un lieu ni pour un autre , ni pour aucune chose du monde qui puisse vous ennpêcher, ô bon Dieu , de nous faire cette miséricorde , laquelle nous vous demandons tous les uns pour les autres. Je ne sais , Messieurs , comment je vous ai dit tout ceci , je n'y avais pas pensé j mais j'ai été si touché de ce qu'on a dit, et d'un autre côté si consolé des grâces que Dieu a faites à nos prêtres de Pologne , que je me suis laissé aller à répandre ainsi en vos coeurs les sentiments du mien. >
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On peut oranaltre par ce discours l'esprit dMt M. Vificeiit éttit aaimé , et de quelle manière il tâchait de l'insinuer dans les autres ; comme aussi la joie qu'il ressentait lorsqu'il voyait les prêtres de sa Ciongrégation prêts et disposés de s'exposer avec courage aux dangers, et d'embrasser avec constance les souffrances et les croix, pour procurer l'avancement du service de Dieu et du salut des peuples : et entre ceuxci il avait toi^ours une tendresse particulière pour les plus affligés et les plus abandonnés, auxquels il tâchait de donner secours autant qu'il pouvait; comme il a fait , entre les autres, à l'égard de ce grand royaume de Pologne , qui était pour lors affligé de tous côtés par les guerres et ' par les maladies , et outre cela iniecté de plusieurs hérésies tant anciennes que modernes. C'est pourquoi , non content d'y avoir envoyé des ouvriers de sa compagnie, il employait encore les prières et les recommandations ardentes et fréquentes qu'il en faisait, tant dans sa maison qu'au dehors. Voici en quels termes il en parla à sa communauté de Saint-Lazare au mois d'août de Tannée 16o5 :
c La reine de Pologne qui a de grandes bontés pour notre compagnie, nous recommande par toutes ses lettres de prier Dieu pour ce pauvre royaume, qui a grand besoin d'être assisté, afin que Dieu le regarde d'un œil de pitié , étant attaqué de toutes parts* Et au mois de septembre de l'an 1656, nous nous buihilierons beaucoup devant Dieu, dit-il, de ce qu'il a voulu (si les bruits qui courent sont véritables) suspendre encore l'attente du bien que nous lui avons si souvent et si instamment demandé ; car nos péchés sans doute en sont la cause* C'est un bruit qui n'est pas certain ni encore confirmé , que non-seulement les troubles de la Pologne ne sont pas encore pacifiés ; mais que le roi , qui avait une armée de près de cent mille hommes, ayant donné une bataille, l'avait perdue. Une personne de qualité de la cour de Pologne m'aurait écrit que la reine s'en allait trouver le roi, et qu'elle n'était qu'à deux journées de l'armée. Sa lettre est du 28 juillet, et le bruit court que la bataille s'est donnée le 30 ; si cela était, la personne de la reine ne serait pas en assurance. 0 Messieurs ! ô mes frères! que nous devons bien nous confondre de ce que nos péchés ont détourné Dieu de nous accorder l'effet de nos prières ! Âffligeons-nous pour ce grand et vaste royaume, qui est si fortement attaqué, et qui s'en va perdu, si la nouvelle est véritable. Mais affligeons-nous pour l'Église qui va être perdue en ce pays-là, si le roi vient à succomber : car la religion ne s'y peut maintenir que par la conservation du roi , et TÉglise va tomber entre les mains de ses ennemis en ce royaume; le Moscovite en tient déjà plus de cent ou six-vingts lieues d'étenduei et voilà le reste en dan* Ser d'être envahi par les Suédois. 0 que cela me donne grand sujet de ' T. I, 26
ortindré r<téiietnent ût ee que Yoalàit signffier le pât>e (Séitieiit Vtll, qui était un saint homme, estimé non-seulement des catholiques, mais même des hérétiques; un homme de Dienet de pait, à qui ses propres ennemis donnaient des louanges. Et pour moi, ]'a! oui des Luthériens qui louaient et estimaient sa vertu. Ce saint pape donc ayant reçu deux ambassadeurs de la part de quelques princes d*Orient, où la toi commençait à se répandre, et voulant en rendre grâces à Dieu en leur présence, il Offrit à leur intention le saint sacrifice de la messe. Comme il fct à Tautel, et dans son Mémento, voilà qu'ils le virent pleurer, gémir et sangloter; ce qui les étonna grandement : de sorte qu'après qu'elle ftit achevée, ils prirent la liberté de lui demander quel sujet l'avait excité aux larmes et aux gémissements dans une action qui ne lui devait causer que de la consolation et de la Joie. Et il leur dit tout simplement , qu'il était vrai qu'il avait commencé ta messe avec grande satisfection et contentement, voyant le progrès de la religion catholique; mais que ce contentement s'était tout à coup changé en tristesse et en amertume, dans la vue des déchets et des pertes qui arrivaient tous les jours à l'Église delà part des hérétiques ; en sorte qu'il avait sujet de craindre que Dieu ne la voulût transporter ailleurs. Nous devons, Messieurs et mes frères, entrer dans ces sentiments, et appréhender que le royaume de Dieu ne nous soit ôté. C'est un malheur déplorable que celui que nous voyons devant nos yeux, six royaumes 6tés de l'Église , à savoir la Suède, le Danemarck, la NorwègeJ l'Angleterre, l'Ecosse et l'Irlande; et outre cela la Hollande, et une grande partie des Âllemagnes, et plusieurs de ses grandes villes anséatiques. 0 Sauveur! quelle perte! et après cela nous sommes encore à la veille de voir le grand royaume de Pologne perdu, si Dieu par sa miséricorde ne l'en préserve.
i II est bien vrai que le Fils de Dieu a promis qu'il serait dans son Église jusqu'à la fin des siècles; mais il n'a pas promis que cette Église serait en France, ou en Espagne, etc. Il a bien dit qu'il n'abandonnerait potet son Eglise et qu'elle demeurerait jusqu'à la consommation du monde, en quelque endroit que ce soit, mais non pas délerminément ici ou ailleurs ; et s'il y avait un pays à qui il dût la laisser, il semble qu'il n'y en avait point qui dût être préféré à la Terre-Sainte, où il est né et où fl a commenté son Eglise et opéré tant et tant de merveilles. Cependant c'est à cette terre, pour laquelle il a tant fait et où il s'est complu, qu'il a ôté premièrement son Eglise, pour la donner aux Gentils. Autrefois , aux enfants de cette même terre, il leur ôta encore son arche, permettant qu'elle fût prise par leurs ennemis les Philistins ; armant mieux être fttit, pour ainsi dire, prisonnier avec son arche, oui , lui-même prisonnier de aes ennemis, que de demeurer parmi des amfs qui ne cessaient
de roflfenser. Voîlà cotntnent Dieu s'est comporté et se comporte toiw les jours envers ùcux qui, Ibi élant redevables de tant de grâces, le pr&» voguent par toutes sortes d'offenses, comine nous Faisons, misérable^ que nous sommes. Et malheur, malheur h ce peuple & qai Dieu dit : 3ë ne veux plus de Vous, ni de vos sacrifices et offrandes ; vos dévotions Ht vos jeânes ne sauraient me plaire, je n'en ai que f^ire. Tous aveî tout souillé par vos péchés ; je vous abandonne : allez, vous n'aurez plus de part avec mol. Ah ! Messieurs, quel malheur ! Mais, 6 Sauveur ! quelle grâce ff être du nombre de ceux dont Dieu se sert pour transférer ses bénédietions et son Eglise! Voyons-le par la comparaison d'un seigneur infbrtuné qui se voit contraint par la nécessité, paf la guerre, parla peste, par l'embrasement de ses maisons, ou par la disgrâce d'un prince, de s'en aller et s*enfuir, et qui dans ce débris de toutes se$ fortunes voit des personnes qui le vi^nent assister, qui s'offrent à le servir et à transporter toirt ce qu'il a : quel contentement et quelle consolation à ce gentilhomme dans sa disgrâce ! Ah ! Messieurs et mes frères , quelle joie aura Dieu, si dans le débris de son Eglise, dans ces bouleversementil qu'ont feits les hérésies , dans les embrasements que la concupiscence met de t^os côt^» si daas cette ruine il se trouve quelques personnel qui s'offrent à lui pour transporter ailleurs, s'il faut ainsi parler, les restes de son Eglise, et d'autres pour défendre et pour garder ici ce ped qui reste ! 0 Sauveur î quelle joie recevez-vous de voir de tels serviteurs et une telle ferveur pour tenir bon et pour défendre ce qui vous reste ici, pendant que les autres vont pour vous acquérir de nouvelles terres! 0 Messieurs, quel sujet de joie ! vous voyez que les conquérants laissent une partie de lews troupes pouf garder ce qu'ils possèdent, et envoiefit l'autre pour acquérir de nouvelles places et étendre leur empire. (jCfSt ainsi que nous devons ftrire, maintenir ici courageusement les posses* sions de l'Eglise et les intérêts de Jésus-Christ, et avec cela travailler sans eesse i lut ftiire èe nouvelles conquêtes et à le faffre reconnaître p# les peuples le& phis éloignés. Uu auteur d'hérésie me disait ria jour i Dieu est enfin lassé des péchés de toutes ces contrées, il en est efn (Mfdre; et il veut résdumettt nous dier la tôU ^ Iif4tfêlle on s'est rendu itfdf gii«' ,^ et ne serait-ce pas, ajoutait-il, une témérité de s'dppéser sttt desseiiiè de Dieu, et de vouloir délfendre flglise, laquelle il a résolu dé perdre? Pour mef , disaH-it encore, je i^eui tnayafller à ce dessein de défrûlrie. Helas ! Messieurs, peut-être disâ^il vrai, avançant que Dieu voulait (your nos péeUés ûou^ «ter l'Eglise ; màPfs cet atfieur d'héréi^ie mentait êi ce qu'Sr disait que c'était une témérité de s'opposer à Dieu en cela ^ dé s'empfoyer pour c«8erv/r sdn Eglise et- fa défcft*0î tàf Dieu le de* mande, et il le faut faire : il ^y a point de témérité de jeûner, àé tfiM
ger » de prier pour apaiser sa colère» et de combattre jusqu'à la fin pour soutenir et défendre TEglise en tous les lieux où elle se trouve. Que si jusqu'à présent nos efforts semblent avoir été inutiles à cause de nos péchés ) au moins par Feffet qui en parait, il ne faut pas désister pour cela» mais, en nous humiliant profondément, continuer nos jeûnes, nos communions et nos oraisons avec tous les bons serviteurs de Dieu $ qui prient incessamment pour le même sujet ; et nous devons espérer qu'enfin Dieu, par sa grande miséricorde, se laissera fléchir et nous exaucera. Humilions-nous donc autant que nous pourrons, en vue de nos péchés : mais ayons confiance, et grande confiance en Dieu, qui veut que nous continuions de plus en plus à le prier pour ce pauvre royaume de Pologne si désolé , et que nous reconnaissions que tout dépend de lui et de sa grâce. »
Jusqu'ici sont les paroles de M. Vincent, qui nous font voir quelles étaient les ardeurs de son zèle , dont il voulait enflammer les cœurs des siens. Il semblait que ce fidèle serviteur de Dieu, animé d'une sainte confiance en son infinie miséricorde, voulait emporter, à quelque prix que ce fût, ce qu'il prétendait qui était la protecticm de Dieu sur le royaume de Pologne , et la conservation de la religion catholique dans le péril imminent où il la voyait. Pour cet efl^et il les portait à s'humilier et s'afiliger incessamment devant Dieu , et à lui offrir des prières, des communions et des pénitences, et cela pendant plusieurs années, et presque toutes les fois que sa communauté s'assemblait, après Toraison ou à la fin des conférences , c*est-à-dire deux ou trois fois la sœiaine, sans se lasser de répéter les mêmes choses. Et il ne se peut dire quels étaient les soupirs et les élans de son cœur vers Dieu, les mortifications qu'il pratiquait dans son particulier et les recommandations quil a faites, même au dehors, en toutes les assemblées et conférences où il se trouvait, pour obtenir de Dieu cette grâce tant désirée. Et depuis sa mort un ecclésiastique de vertua rupporté qu'un jour, dans une assemblée où ils étaient tous deux, ce grand serviteur de Dieu parla avec tant de sentiment des misères de ce pauvre royaume de Pologne , pour exciter les assistants à le recommander à Dieu dans leurs prières, qu'il tira à tous les larmes des yeux.
Enfin il a plu à Dieu exaucer ses prières, et lui donner avant sa mort la consolation d'apprendre le rétablissement du roi de Pologne dans toutes les provinces qu'il avait perdues ; les Suédois et les Moscovites ayant été chassés, ses plus redoutables ennemis abattus et contraints de rechercher la paix , et enfin rÉgUse et la religion catholique maintenue et conservée malgré tous les eflbrts de ceux qui la voulaient détruire. 0
SECTION XL