BON PASTEUR
Quoique M. Vincent fut bien résolu de se donner parfaitement à Dieii et de lui rendre tous les services qu'il pourrait , dans Tétat ecclésiastique, cet accident néanmoins qui lui arriva lui servit comme d'un nouvel aiguillon, et le bon usage qu'il en fit attira sur lui de nouvelles grâces, qui le portèrent encore plus fortement à Texécution de ses bonnes résolutions. Et voyant que cette demeure où il avait été obligé de se retirer à son arrivée dans Paris, parmi des personnes laïques, était peu convenable au désir que Dieu lui avait inspiré de se mettre dans une vie vraiment ecclésiastique, il se résolut de s'en retirer; et la bonne estime que sa vertu lui avait acquise lui fit trouver accès chez les Révérends Pères de l'Oratoire, qui le reçurent en leur maison, non pas pour être agrégé à leur sainte Compagnie , ayant lui-même déclaré depuis qu'il n'avait jamais eu cette intention, mais pour se mettre un peu à l'abri des engagements du monde , et pour mieux connaître les desseins de Dieu sur lui, et se disposer à les suivre; et sachant bien que nous sommes aveugles en notre propre conduite, et que le plus assuré moyen pour ne se point détourner des voies de Dieu, est d'avoir quelque ange visible qui nous conduise, c'est-à-dire quelque sage et ver« tueux directeur qui nous aide par ses bons avis, il crut ne pouvoir faire un meilleur choix que de celui même qui conduisait avec tant de sagesse
et 4^ bcp^dictipq cette saiute (^omp^saif 4e I Qr^toire , oui ^t^it djm% le Réyérend Père de BéruUe , comme nous 4Ton$ dit» dont l^i mémoire e$t en odeur de saiateté. ]VI. Vincent donc lui ayant ouvert son cœur, ce grand serviteur de Dieu > qui ^vait un esprit des plusi éclairés de ce siècle, reconnut incontinent que Dieu rappelait à de grandes choses; et Toa dit même qu'il prévit dès lors et qu'il lui cléiilara que Dieu voulait se servir de lui PQur lui reRdre un si0n£ilé service dan$ son Église, et pour ^embl^r \ cet eflel uitp nouvelle communauté de bpi^s prêtres qui y travailleraient avec fruit et bénédiction-
Il demeura environ deux ans e^ cette retraite, et pendant ce temps- Jà le Bévéren4 Père Bourgoing» qui était pour lor^ curé de Clichy, ayant eu dessein de quitter cette cure pour eptrer en la congrégation de VOratoire, dopt il a été depuis très-digne supérieur général, le Révérend Père de BéruUe porta M. Yiqcept à accepter la résignation qui lui fut Mte de cette cure, pour commencer par ce lieu-là à travailler en la vigne de Seigneur. Â quoi M. Vincent aquiesça par esprit d'obéissance , étant bien aise? en rendant ce service à Dieu, d'avoir quelque occasion de s'humilier, et de préférer la condition d'un simple curé de village, aux autres, plus avantageuses et plus honorables, dont il pouvait se prëvaiojr, ayant même été, deuj; ou trois ans auparavant, nommé par le roi, sur la recommandation qui lui en avait été faite par le cardinal d'Ossat, à r^bbaye de Saint-Léonard de Chaume» au diocèse de Maillezais, à présent de la Rochelle -, et I21 reine Marguerite, sur le récit qu'on lui avait feit de ses vertus, l'ayant pris environ ce temps-là [Jour son aumônier ordinaire, et fait mettre en cette qualité sur l'état de sa maison. Mais cet humble serviteur de Dieu renonça de bon cœur à tous ces avantages, et choisit plutôt, à l'exemple du prophète, d'être abject en ]a maison du Seigneur, que d'h^iter dans les tabernacles des pécheurs '•
Ayant donc pris possession de la cure de Clichy, et se voyant pasfeur de ce troupeau que la providence de Dieu lui avajt confié, il se proposa de s'acquitter fidèlement et soigneusement de tous les devoirs d'une telle charj^e y et suivant ce cpii est prescrit par les saints canons , et par? ticulièrement par le dernier concile géaéral , il s'étudia comme un vrai pasteur, premièrement, à bien connaître ses ouailles, puis à leur donner une salutaire pâture pour leurs âmes^ denpandant à Dieu, par ses sa-r crifices , les grâces qui leur étaient nécessaires, leur distribuant le pain de la parole divine dans ses prônes et dans ses catéchismes, leur ouvrant la ibntaine des grâces dans l'administration des sacrements , et enfin se donnant lui-même en toutes les manières qu'il pouvait, pour leur procu*
' !EUgi abjecUf «Me in 4omo P«i mei , fsagip qalm bAj>H(ir« in lal»9r9««ilMf p^lttorum. PiaU 85.
f$F te«tl» Wt€8 d'^4«t«!W«8 f* dfi cq^?ftlaMpn *• Qn voyait ce cliaritjbl^Pl^tfiur , ipgQ$§9iqipe|»t qqqupé ^u service de son troupeau, visiter Ig) p^lades^ eQI}§9lër I^ â^^î^^s » soulager les pauvres, apaiser les ir)i« njiti0§» ip^t^pir la p^ix f\ {a eoqeprde dans le^ familles , reprendre ef^f ^i^i i^gqqpajept |i leqr devoir, eqeourager les bons, et se faire tout à t(}u$, |K>ur le; gagper fquç ^ J^^usrCbrist; ip^is surtout, Te^emple de ^§ vi$ $( âS S^ yprt||^ était npe prédication cpntinuelle, qui avait un tel iihU ffig ngq-s^UJen^çùt les habitants de Clicbr, «t plusieurs honiiétes ((Unîmes dç P^n? qui avfiî^pt ^çs maisons en ce lieu-là, le respectaient et le regardaient dès lors comme un saint homme, mais même les curés ^R X^^j^^^ ^PSUfefff pour lui beaucoup d*estime et de confiance ; de ^orte ^u'^$ r^^pji^iQpt sa eonversatipn {lour apprendre de lui à bien l^jrç lénp funçtiQfih ^t 9'fiequitter de tous le§ devoirs de leurs charges.
^i ^ <fè SH/eti ^1^\ été une &ii^ Qbligé de s'absenter quelque temp$ de $9 p^roi^e, pou? im petit f oy^ge dont il n'avait pu se dispenser, et son lic^ir^ lui req^^at compte jie l'état de sa paroisse » lui manda entre |litr^ Çllfl^!^^ » t Que Messieurs les curés ses voisins désiraient fort son retour; que tous les bourgeois et I^abitants le désiraient pour le mojns autant» Venez don^. Monsieur , lui ditril , venez tenir votre troupeau dans le bon cheoiin où vous l'avez mis ; car il a un grand désir de votre présence. »
Et un if»X9»t de la Faculté de Paris, religieux d'un ordre célèbre, qui Pi'échait gue^ffois çp |a paroisse de Çlicby, en a depuis rendu ce téîDpigfnage : « Je me réjouis/dit-il, qu'au pommenceipent de cet heureu^ Institut de la Mission j je confessais §ouveqt dans le petit Clfchy , celui gui a feit naître par l^s 0|pdres du Ciel cette petite fontaine qui compqence si heureusement d'f|rroser TÉglise, et qui visiblement se fait un grjpl fle^^e, mille fois plus précieux que le Nil, sur TÉgypte spiri- \wUfii^ ^'^mployai^, Iqrs^ll jetait les fondements d'un si grand , si $ami dt il s^Iytaire puyragfe , à prêcher ce bon peuple de Clichy, dont il ^tojt e||r4i mais j'^Ygue que je trouvai ces Ijonnieç gens gui univer^ellefi^t YJv^l^pt comme ^es ^nge^, et qu'à vr^i dire, j'apportai la lup[iière
tajouapigi qjie ce doc^^qr dpqne ^u trpupeau fait cpnnaitre la vigilllW et le i^é§ ^Vpafleur, et le? 3pin§ qu'il jivait pris de Hnstruire et de Ij; fi^r^CF a|i|C Yfirtpf et ^qx pjp^tiqpes d'qne vig vrairqent chrétienne.
' Cqm prœcepto dîTino çaandatum sU omnibuSi quîbas animarum cura commissa est , oiei saas'agnoscere, pro fais sacrificium offmé, vcfbique ditini prasdicalione, gacramentonim adminUtrftIioàt» ic l»paoriim onuiium operum exemplo pascere , pauperum alia-
Il trouva à son entrée en cette cure , l'église fort pauvre » tant en son édifice qu'en ses ornements, et il entreprit de la faire rebâtir tout entière, et de la fournir de tous les meubles et ornements convenables pour rbonneur et la sainteté du service divin, et il exécuta beureusementson entreprise, non pas à la vérité à ses dépens, car il était luimême pauvre, donnant tout ce qu'il avait à ceux qu'il voyait dans l'indigence, et ne se réservant rien, ni aussi aux dépens des habitants, qui n'étaient pas trop accommodés , mais par l'assistance des personnes de Paris, à qui il eut recours , et qui secondèrent volontiers ses bonnes intentions.
Il procura aussi que la confrérie du Rosaire fût établie en la même paroisse, de sorte que lorsqu'il quitta la cure, il laissa l'église rebâtie' tout à neuf, bien fournie d'ornements et en très- bon état; et outre cela, il la remit purement et simplement sans en retenir aucune pension, entre les mains d'un digne successeur nommé M. Souillard , lequel, outre les soins de la paroisse, y éleva plusieurs jeunes clercs qui lui furent adressés par M. Vincent , et les mit dans toutes les dispositions propres pour rendre un service utile à l'Eglise.