‹ Vie de s. Vincent de PaulChapitre 12 sur 28 · SS · texte numérisé non relu

SS

dans l’Evangile. Lorsque le mandcmènLtrtvIà pencissFon ont été publiés , on prclre doit fair*(r l’ouverture de la mission un jour de fête oU do . dimanche, et il annonce à ses paroissiens .In, ‘ venoe prochaine des missionnaires , il exhorleî' d’abord les fidèles à la patience et à atio henO€ ' confession. Après vêpres , il fait encore tin mon qui appelle à la pénitence les brebis égarées; après l’arrivée des missionnaires , les exercice® commencent : ils doivent consister principalement è faire le catéchisme, è entendre les confessions , à préparer les réconciliations de ceux qni sorti en quelque iirrmilié on discorde , k visiter et consoler les malades , imposer des corrections fraternelles an.x pécheurs impénitent , remédier autant qu’il se neut anx abus des dfésordres publics , sans oublier les œuvres de mv;-. séricorde et de charité particulière que la reli-^i, gion impose aux chrétiens. • “

Comme c’est aux hommes de l.a campaigi^ que s’adressent ces exerciècs , les missionnaires doivent monter en chaire dès le grand matin , •* afin qne le paysan paisse les entendre sam se détourner de ses travaux; ils doivent aussi prêcher le soir, dans le même objet et pouratleirk- (ïre le ^ême but. Le sujet des prédications doit comprendre tous les textes propres à frapper le* imaginations et à convaincre les cœurs; ainsi la ' rïçrnrère fin de rbomme , les tristes suites des inimitiés et des haines , la patience et le bon usage des afflictions et de la pauvreté , la vie admirable de Notre Seigneur , ses vertus et se* bonnes œuvres : vodà les tableaux quclcmis^ sionnaire doit présenter sans cesse à l’esprîl de son iradiloire. -Quand H fait qoelque pteusô

lecture , il doit priocipalemenl expliquer les mystères et les vérités du cliristianisme, se mettant, par le petit catéchisme, ù la portée des intelligences peu éclairées , et dans le grand catéchisme , s’élevant jusqu’aux adorables mystères de la foK

Lorsque la mission touche à sa fin , des processions solennelles, des exhortations et des actions de grâce doivent se mêler à tous les exercices de la piété. SaintVincent impose encore l’obltgà’tion d’établir des conférences 'tic charité, composées de femmes et de lUIes, pour l’assistance corporelle cl spirituelle des pauvres. Lemissionnaire doit aussi visiter les malades et leur rendre les derniers services de la religion et de l’humanité : enfin la vie d’un missionnaire doit être la vie d’un Chartreux b la maison et celle d’un apô- Irebla campagne; et plus il travaillera soigneusement h sa perfection intérieure, plusses travaux seront fructueux pour le bien spirituel des autres.

Des prédications aussi bien réglées , un ordre aussi admirable dans les exercices de piété , devoit produire d’immenses résultats ; et puisque , suivant la maxime de l’Evangile , on reconnolt l’arbre par les fruits , on ne sauroit mieux faire connoltrel’excellence etrulilité des missions qu’en rapportant les efiets salutaires qu’elles ont produits et les grands biens qu’elles ont occasioués dans toute l’Église. Disons d’abord 'quelques mots sur les résultats des missions en général , qui doivent leur existence b Vincent de Paul; nous suivrons ensuite l’histoire de chaque mission en particulier.

Qui poiirroit raconter la grandeur et l’élendae des biens que ces missions ont procurés à la

religion el aux bonnes mœurs î combieu de personnes quiéloient dans une criiiiinolie ignorance des clioses de leur salut ont clé connue subitement instruites des vérités ebrétiennes 1 combien d’autres qui lauguissoicnl dans le péché , en ont été tout à coup retirées par une • heureuse contrition ! combien do sacrilèges qui se commetloicul en la réception indigne des sad'cmens ont été réparés ! combien descaudales ont disparu! combien d’inimitiés el de haines déracinées el d’usures bannies ! la religion et la vertu paroissant tout è coup là où on en avoil perdu jusqu’à l’idée ! les bonnes mœurs rétablies, cl tout pacte avec l’impiété brisé par un sincère retour aux lois de l’Eglise! Les voilà, ces apôtres du Seigneur, parcourant le monde pour ])rêcher sa parole 1 Dès l’année iG55, Toul voit paroîlreel s’établir une congrégation de missionnaires; Richelieu jouit de leur présence en i638, Luçon en 1 C 37 , Troyes en iG58, Annecy en i64o,Crécy en )G4i, Marseille en 1645 , Cahors celle même année. Lorsque Sedan fut réunie à la France , le rci Louis XIII y fonda une mission ; elle s’établit à Monlmirail en iG44» ^ Saintes celle même annéc^, ainsi qu’au Mans et à Sainl-Godens; c’est en iG5i qu’elle paroilà Monlauban et à Agen ; en iG58 à .Metz et à Narbonne, cl plus lard à Amiens el à Noyou. Ce n’est point encore tout; le zèle des missionnaires ne se restreint point à la France el à leur patrie; Tunis voit ces '' successeurs des apôtres : dès l’année iG4â, ils parcourent les déserts, pour porter quelques consolations aux malheureux esclaves ; d’autres bravent les flots, dans le dessein de convertir

les sauvages haLilans do Madagascar; les catholiques d’Irlaude reçoivent une mission en 1G45 : Gcues et presque toute la surface de Kllalie se peuplent de missionnaires. Parl’ordre de saint Vincent, ils parcoureut la Pologue, pleine de Juifs, et les lies Hébrides , par delà toutes les mers : il n’est pas un coin de la terre que saint Vincent ne veuille faire exj)lorer par le zèle ardent des missiounaires, et lorsque la mort ferma sa paupière , nouveau Xavier, il pensoit h diriger ses missions vers l’Indc et à convertir les fanatiques disciples de Brama.

’CHAPITRli: H.

Jlisloire déLailUe des missions de saint Vincent en France. — M issions en Italie et dans aie de Corse.

Suivons maiolenaut en détail quelques-unes des missions que nous venons d’indiquer.

diocèse de Paris fixa d’abord l’attention de Vincent de Paul : trois missions s’adressèrent à la campagne, les succès en furent admirables. Il y avoit une étrange division entre la plupart des curés et leurs paroissiens; quelques-uns de. ces ministres des autels refusoient les sacrcraens à leurs ouailles, et la plupart des fidèles ne vouloient point recevoir les sacremens de la main do leurs curés. Cette triste division éloit ainsi un sujet de scandale pour les fidèles et de moquerie pour les hérétiques. L’archevêque dcr ;

manda une mission , et vint trouver Vincent do ' j

Digliized by Googte

Paul , pour solliciter auprès de lui l’enrhi* désf plus saints d’entre les prêtres de la congrégation ■: les prédications furent suivies; l’éloquence des ministres du Seigneur triompha des inimitiés;'* •tous les habitnns, hommes et femmes, se reh— dirent avec assiduité auîcqîrédications des missionnaires : les restitutions furent abondantes, le scandale cessa , des vases d’or et ornèrent les autels ; la ruine menaçoît les ^îses, ils les relevèrent à leurs frais ; lés discoraefc des familles s’apaisèrent , tous les pauvres malades furent visités et secourus; enfin chaque' habitant fit sa confession générale et prit la résolution de vivre chrétiennement. ' ' ”

En 1634, les missionnaires se dirigèrent vers le diocèse de Saintes. « Nous sommes, écrivoit à ce sujet l’un d’eux , nous sommes à la fin do notre mission qui a duré sept semaines ; vingt hérétiques ont abjuré leurs erreurs ; plusieurs autres vouloient aussi se convertir, mais le respect humain les retenoit encore. L’un de ces convertis étoit un vieillard , lequel on avoit exhorté plusieurs fois inutilement ; nous eûmes la pensée de recourir à la sainte "Vierge et de la xtipplirr d’employer ses intercessions pour obtenir la conversion de ce pauvre hérétique.

Nous allâmes à celte^intention noüs prosterner devant l’autel , et réciter les litanies. A peine les avions-nous achevées, que voilà notre vieil lawi qui revient h nous , avouant hautement qu’il recottnoll la vérité , et qu’il veut abjurer ion hérésie^, ce que nous Inl finies faifèT et , •près une confession générale , nous le reçûmes à la sainte Communion ; il nous pria instamment de le recommander aux prières de tous

les catholiques. «Dans la ville de Niort, ces mêmes missionnaires tombèrent dans un tel état d’êpuiscrnenl , qu’ils no purent continuer leurs exercices. L’évêque de Saintes écrivit h ce sujet une lettre louchante à saint Vincent : a J’ai fait venir, dil-it , vos missionnaqes en , cette ville pour s’y reposer; car, certes, il y a six mois qu’ils travaillent nvec uimj telle assiduité, que je m’étonne qu’ils aient pu fournir une telle carrière. J’ai passé toute la Pentecôte avec vos missionnaires; ils travaillent avec un merveilleux zèle , mais aussi avec une grande consolation; car Dieu bénit leurs travaux, et les conversions sont nombreuses. »

La mission qui se dirigea en i635 vers les diocèses de Mende et de Sainl-Flour , offroit d’immenses diflicultés. Mende est située dans les Cévenues; l’hérésie s’étoit introduite au milieu de celte peuplade simple , et il éloit important que des apôtres du catholicisme y fissent entendre la voix de la vérité. Ou élevoit alors à Ro^ie de jeunes ecclésiastiques dans la connoissance des.. langues hébraïque et syriaque, afin de traduire la Bible , de ces idiomes primitifs. Saint Vincent jugea que la science pourvoit être mieux employée dans les disputes théologiques avec Içs hérétiques, et il les pria de venir l’accompagner dans sa mission aux Cévennes. « No vous arrêtez pas, leur disoit-il., à la proposition qu’on vous a faite de travailler à une version de la Bible; je sais Lieu qu’elle serviroil pocc satisfaire à la curiosité de quelques-uns, mais non pas, certes, comme je le crois, au salut des âmes du pauvre peuple , au- «jucl la Providence de Dieu a eu dessein de

\tous employer; il vous doit suiïire que, par la grâce de Dieu, vous ayez employé trois ou quatre ans à connoître l’hébreu , pour que vous vous hâtiez de soutenir la cause du Fils do Dieu en sa langue originaire et pour confondre ses ennemis en ce royaume. Représentez-vous qu’il y a des milliers d’hommes qui vous tendent les mains et qui vous disent : Hélas ! votïs avez été choisis de Dieu pour contribuer à notre salut : ayezdcnc pitié de nous, et tendeznous la main pour nous tirer du mauvais état oh nous sommes. Je suis extrêmement pressé d’aller travailler et mourir dans les Cévennes ; venez donc travailler avec nous dans ces montagnes. »

Ces jeunes ecclésiastiques suivirent les salutaires avis de saint Vincent. Il existe encore une lettre curieuse de l’évêque diocésain jSur cette mission : « J’ai reçu , dit-il , trente ou quarante huguenots h l’abjuration , et laissé une " multitude d’autres en état de renoncer bientôt à leur erreur : nous avons fait la mission avec toute solennité et un profit incroyable; et comme ces biens viennent dé Dieu , je ne puis employer personne qui s’en acquitte mieux que ces bons prêtres de monsieur Vincent » . A Saint-Flour, mêmes prédications, mêmes résultats, et rcconnoissance infinie pour ces serviteurs de Dieu : plus de deux mille confessions générales signalèrent cette mission. « Nous étions accablés du peuple qui y abondoit de sept ou huit lieues de pays, nonobstant la rigueur du froid et l’incom-modité du lieu qui est un vrai désert.

Ces bonnes gens apportoient leurs provisions pour trois ou quatre jours; et, se retirant dans

les granges, on les enlendoîL conférer cnseiublc • de ce qu’ils avoicnl ouï à la prédication et au catéchisme; les paysans et leurs femmes faisoient eux-mêmes la mission dans leurs familles; au milieu des champs, on entendoit les bergers et les laboureurs célébrer les commandernens de Dieu ; la noblesse elle-même venoit entendre le langage simple, mais persuasif, des missionnaires, et trois gentilshommes huguenots firent une complète abjuration. »

Une mission plus délicate et plus dilTicile encore fut celle de Marseille et de la Provence.

L<‘S travaux des missionnaires s’adressèrent aux ha bilans de la campagne et aux forçats des galères. La mission des galères commença en 1G43 . pa»' la permission de l’évêque de Marseille , qui étoit alors J. B. Gault qui mourut -en odeur de sainteté. Voici ce que ce vertueux prélat écrivoit à madame la duchesse d' Aiguillon , tante do M. de Richelieu, général des galères : « Il n’y a pas bien long-temps que ces messieurs de la mission sont arrivés pour travailler dans les galères : le fruit a surpassé aîr» solument l’attente que l’on avnit conçue; il est vrai que l’on a trouvé d’abord des esprits ignorans et endurcis dans leurs péchés, et qui no vouloient point ouïr parler des choses de Dieu , tant leur misérable condition les aigrissoit-; mais peu b peu , la grâce de Dieu , par l’entremise des missionnaires ,a tellement amolli leur cœur, qu’ils témoignent à présent autant de coulrilinn qu’ils avoient auparavant fait paroîl 4 ’e d’opiniâtreté. Vous seriez étonnée , ma- / dame , si, vous saviez le nom de ceux qui ont j)assé trois , quatre . cinq , dix années , sans se

confesser, et qui n’en vouloient rien faire , tant qu’ils demcureroient dans leur captivité ; mais enfin Notre Seigneur s’est rendu le maître de ces âmes, et en a chassé Satan. Je ne vous dirai pas combien de bénédictions ces pauvres forçats nous donnent j je cherche les moyen»

de les maintenir dans ces bonnes dispositions , et je m’en vais de ce pas donner l’absolution à quatre hérétiques qui sont convertis dans les galères. >11 nous reste deux autres lettres des missionnaires employés à celte œuvre divine : < Le travail est grand , disent-ils ; mais ce qui nous aide beaucoup à le supporter, c’est le changement notable qu’on remarque en' ces pauvres forçats. Hier, je catéchisai sept Turcs de diverses galères ; Dieu veuille bénir cette entreprise ! On autre Turc a été baptisé , et trente hérétiques ont fait leur abjuration. Dans l’église cathédrale, neuf Turcs se sont convertis â la foi , en présence de toute la ville de Marseille : les rues se Irouvoient toutes couvertes de peuple. Aujourd’hui, deux infidèles sont encore .venus me trouver, pour me dire qu’ils veulent être chrétiens. Nous continuons à leur faira.Le catéchisme en italien , deux fois par jour, pour les consolider et affermir tant que nous pouvons : autrement ils pourioient être tentés de retourner au mahométisme. >

• Les guerres civiles du royaume avoîent rendue très-impo'ttante et très-délicate la prédication évangélique dans les villes de Sedan et ^ de Relhel ; les protestans étoienl nombreux dans ces cités , et la politique ne pcrraetloit fvis ces prédications hardbset tout â fait indépendantes qu’un saint zèle inspire. Cependant,

en 1643, le roi permit qu’une mission fût dirigée vers la ville de Sedan, e Les hérétiques , disoit un de ces missionnaires , continuent d’assister 5 ces prédications, desquelles ils se louent fort ; et pour les catholiques , il faut travailler avec eux comme on feroit des gens tout nouveaux , car depuis quatre ou cinq ans , on n’a parlé dans cette ville que de controverses et très-peu des pratiques et des exercices de religion et de piété. Il s’en est trouvé plusieurs qui avouoient franchement qu’ils n’avoient pas cru néeessaire de confesser tous leurs péchés. Les mêmes abus se commettoient dans l’usage de la sainte communion , de manière qu’il falloit les instruire des premiers principes de la foi. 11 est vrai que notre prédication a eu de bons résultats , et cela doit nous consoler des peines ot soins que nous avons pris pour le salut de leurs âmes. »

La Bretagne fut évangélisée en iGSy : les missionnaires visitèrent Saint-Malo, Moron , Morlaix. Plus de dix mille personnes se con fessèrent ; on assistoit avec une ardeur sainte è toutes les prédications. « Dans la mission de Saint-Malo , écrit un de ces pieux ouvriers de l’Evangile , il se trouvoit des serviteurs et des servantes qui abandonnoient leurs gages pour assister aux instructions publiques ; des mères se soumettoient à tous les soins domestiques, afin de laisser à leurs filles le temps nécessaire pour assister aux sermons. Le jour Quinquagésime , il y eut une foule si grande de peuple et si extraordinaire, que l’on fut obligé de donner la communion jusqu’à sept heures du soir. Un grand nombre de cabarets se sontfer-

( aS j ‘ ^ ; ...

ii'.és h la stiitc dos prédications, parce -qu© f^s missionnaires avoient annoncé qu’il éloit Lied ' diüicüe que les lavcrniers se sauvassent en donnant à toil e par excès, comme c’est la couluaro du pays'; d-aus les marchés que les payions' concluent , au lieu de donner quelque ar’geut pour boire , ils le donnent h la confrérie de la Charité que nous avons établie pour les pauvres malades du lieu. A Saint-Brieuc , les jours de carnaval se passèrent en exercices do piété’; on fit une procession solennelle le lundi ,et l’évêque porta le Saint-Sacrement, suivi d’uue l'ouïe immense ; tout le peuple y assista avec dévotion et modestie. Cette procession dura plus de deux heures , sous destorrensde plùîe, cl personne ne quitta son rang. On donna la confirtnation et laconunuHion au milieu do mclière, afin d’ins|>irer des émotions salutaires h la multitude. » La mission de Fécarop produisit aussi de grands résultats. « Votre lettre , écrit un missionnaire à saint Vincent, noue a trouvé tous occupés h notre mission , dont j’espère beaucoup de fruit. Un de nos pr^res prêche le soir admirablement ; un antre enseigne le grtind catéchisme à une heure après midi ,’e* le théologal de l’évêque do Treguier an^mnee la parole de Dieu le matin en bas breton ;'d*évèqiie lui-même prêche deux fois la semaine : les gens de ce pays sont fort étonnés , et j’espère qu’avec la grâce de Dieq tout ira Lien, f

V '^ Les pieux îmissionnairès visitèrent- la Bourgogne et la Champagne , toutes pleines des horreurs de l’invasion étrangère. Des conversioQS miraculeuses s’opérèrent dans lacatnpagnç.'

Il y a cela de malheureux dans les piicrres civiles et le fracas des invasions, qu’avec les malheurs publics , il s’introduit toujours une licence déplorable dans les mœurs doincsliqurs:, la misère, au lieu d’appeler de salutaires réflexions , amène quelquefois le désordre et l’iuconduite ; le séjour des soldats est marqué par je ne sais quelle licence que la guerre autorise rt que la discipline ne peut assez réprimer ; les missionnaires s’eflbreèrent d’arrêter ce débordement des mauvaises mœurs; leurs prédications rappelèrent à la vertu une multitude qui so plongeoit dans tous les vices ; les campagnes elles-mêmes éprouvèrent les heu-, reux résultats des prédications ; les paysans les écoulèrent avec plus d’ardeur : on admiroil l’assiduité de ces hommes qui se croyoient obligés d’assister au sermon avant d’aller labourer leurs champs ; aussi faisoit-on les instructions publiaucs dès trois heures du malin, « 11 faut que j’nvoue , disoit un missionnaire , que j’ai trouvé plus de, bénédictions dans les champs que dans les villes, et que j’y reconnois plus de marques d’une véritable et sincère pénitence, et de la première droiture et simplicité du christianisme naissant. Ces bonnes gens no se présentent jan>ais à la confession qu’en fondant en larmes; ils s’estiment toujours les. plus grands pécheurs du monde ,et sollicitent même une pénitence plus grande que celle fju’on leur ijnpose. Hier , une personne qui s’étoit corrfesséo à un autre missionnaire, le vint prier de lui imposer une plus grande peine que celle qui lui avoît été donuée , et de lui ordonner, par exemple, de jeûner trois jours la se-

maille pemlanl loule une année ; un autre / tju’ll lui imposât pour pénitence de marcher nu-pieds sur la terre pendant le temps de la gelée. Monsieur, me dit un autre , j’ai entendu à la prédication qu’il n’y avoit pas de meilleur moyen pour ne plus jurer , que de se jeter aussitôt aux genoux de ceux en présence de qui on avoit juré ; c’est ce que je viens de faire ; car aussitôt que je me suis apei*çu que j’avois juré mu foi , je me suis mis à genoux , et j’ai deiuandé miséricorde à Dieu (20). »

Le zèle n’a point de patrie; le chrétien doit compatir aux maux et aux erreurs du genre humain , et la sollicitude du missionnaire doit veiller sur tous les liiuix oà il peut y avoir du bien à faire. Le pape Urbain Vlll avoit demandé à saint 'Vincent de Paul un établissement de missionnaires dans le sein même de Rome; iis dévoient s’occuper à faire des prédications dans los environs do la ville sainte , aux pâtres et aux bergers de la campagne. Il faut cônnollre cette campagne stérile et malsaine qui environne ha grande capitale du monde chrétien et les mœurs sauvages de ses habitans, pour se faire une juste idée des diîTicuIlés qui s’opposoient , dans ce pays, à l’ét.nblissenienl d’une mission, Il n’y a ni bourgs, ni villages; pendant Télé , ce territoire est abandonné , à cause des maladies et du mauvais air qu’on y respire : des pâtres, eaicore couverts du vêtement des sauvages’compagnons de Uomuhis, ont conservé' quelquo chose de ces habitudes do pillage ét de dévasla- 'ion, qui formoienl le caractère des '[irchuers Piornaiiis; le plus souvent, d’accord avec les brigands qui parcourent la campagne de Rome ,

ils leur donnent asile dans leurs chmimières, et rançonnent avec eux les familles illustres et les voyageurs qui traversent leurs champs déserts.

Malgré les difiicultés d’une telle entreprise , les missionnaires de Vincent de Paul n’hésilèrcnt point à s’en charger ; ils se rendirent dans les cabines de ces pâtres, et quelquefois sous les portiques en ruine oîi la nuit ils viennent abriter leurs troupeaux; et là, iis cont mencèrenl h leur parler de T)icu , de sa majesté invisible , de sa miséricorde et des foudres de sa colère, : ils passoieiit la nuit avec ces pâtres, les catéchisoient , les rappeloient à la pénitence. Le succès fut enfin complet : on bâtit des chapelles au milieu de la campagne; la multitude s’y rendit avec joie , se soumit à la pénitence . , et k mesure que le» osurs se rapprochèrent des saintes paroles de Dieu , les mœurs farourC^ès de ces pâtres s’adoucirent , et les babitans ‘ |^e''ïlDme s’aperçurent encore une fois des im- ^lû^nses bienfaits du christianisme. Ces missions i Vétendirent jusque dans le royaume de Naples. ^^Vbfei ce qu’écrivoit un missionnaire à l’occa- '• siun de ce pèlerinage évangélique : * Nous nous sommes rendus dans un bourg composé de trois ^ milli^âmes, sur le passage de Rome à Naples : - .ïious avons' trouvé de» misères et des désordres /ëpouvantltbles ; la plupart des hommes et des • femmes ne* savoient ni le Pater ni le Credo : on vjvoH en concubinage ; les femmes publiques ^ corrompoient la jeunesse; il n’y avoit point d’humilité qui pût gagner le cœur lîe ce» genslà. Cependant quatre filles débauchées se sont converties, et l’impiété n’a plus causé de scan-

dde, laiit‘la parole de Dieu C6t edioace quand on la proche ayoc ardeur! »Cos missionnaires purccururoiit ensuile les Apennins, et perlèrent avec les véiitès de la relij;ion quelques pensées •de civilisation et de sociabililé parmi cette peu-

f dade demi-barbare. Dans le diocèse de VilerLe, es ouvriers évangéliques firent tant de mervotllcs, que ceux qui les voyoient pouvoiont dire , comme les ligypliens qui voyoient les miracles que Moïse iaisoilen présence de Püa- 'lacn : Digitvs D ci est hic.* Nous avons re- ’iriarqué une grande assiduité de peuple à nos .sermons et c.tléchistnes , écrivoh oncoru on prêtre de ces missions; les plus appareils du lieu, tant hommes que femmes, bravant tout •respect humain , no font point difiicuîlé do s’humilier devant les plus pauvres, et de leur demander pardon des fautes qu’ilsavoient commises à leur égard; les cœurs s’allcndrirent de telle sorte , que peu s*en fallut que. plusieurs hommes ne tonihassent évanouis; et ceiiû qui •prêche fut contraint d’inferrompre par, deux fois son discours et de cesser de parler, pôur arrêter le cours dos larmes et des soupirs de «e bon peuple. La prédication étant acnevée, un prêtre du pays s'avança vers le grand autel , 'oh , s’éUmt prosterné, il demanda hautement pardon de la vie scandaleuse qu’il avoil menée. Ï..C peuple fut extraordinairement louché par cet exemple , et se mil à crier tout haut : Miséricorde 1 » .

D’autres mi.'sionnaires sc rendoient à celle époque da^is l’ile do tlorsc; celle lie éloit une dépendance de la république de Gênes, et ce fut à la suite d’une mission prêchée à Gènes

, ( to5 )

même , que les tnissionnairrs, sur la demande des magistrats do la république , se transportèrent sur ce territoire peu connu. On a souvent parlé do la Corse , et le carc-clère de ses halilans a été l’objet de la vive curiosité do tous les voyageurs. On sait qu’avec les vices communs h tous les peuples d’Italie , les Corses poussent jusqu’à l’excès l’esprit de vengeance et de haine; il arrive souvent que, des tauiitles s’entre-tuent pour des gfiefs anciens , et des générations sc lèguent comme un hérilagc le soin de se venger. Les habitans do cotte île , marchent toujours armés ; ils craignent peu la ' mort et la donnent .sans répugnance. Quelle belle entreprise pour les missionnaires ! La première mission se fit à Campo Loro ; à la voix ries saints prédicateurs les iuirniliés se calmèrent , le pardon pénétra jusqu’au fond des cœurs les plus endurcis; on courut à la pénitence, et ces hommes farouches, instruits par ^ des voix chrétiennes, se réunirent pour soulager les malades et secourir les pauvres. Une seconde mission se dirigea vers Niolo, vallée da trois lieues de long , entourée de montagnes élevées, et au milieu dé laquelle ou ne peut parvenir qu’en grimpant comme la chèvre du pays de sommet en sommet ; ce lich él< il comme im refuge j|,our tous les bandits; lorsqu’une vengeance avoit été exercée , et que le meurtrier cherchoit un abri contre des lois sévc'res ou des inimitiés personnelles, il venoit dans ces montagnes écartées. lîiiviron deux mille habitans oceupuleiil ce vallon; on ne peut se faire une idée de la riépravalion de celte pcn]>t.ide; on ' n’y irouqiDit presque aucun vestige de la fui;

( io4 )

quelques églises, des croix de Lois éloient les seuls signes auxquels on pût reconnotlre qu’ils élüieut chrétiens ; à peine cent personnes connoissoient-elles les commandeuaens do Dieu; et , comme nous lu dit un pieux missionnaire , leur demander ce que c’est quelaTrinité, c’est comme si on leur eût parlé arabe. Les mœurs étoient aussi dissolues que la foiétoit ignorante;

. car il y a cette liaison intime entre la morale et lo christianisme que là oh la religion i’efface , les mœurs s’altèrent et se corrompent. On 50 marioit entre frères et sœurs ; les • lilles à peine nubiles étoient abandonnées à d'infâmes amours. C’est dans cet état que cette peuplade se trouvoit au moment de la prédication évangélique. La voix des missionnaires retentit dans ces montagnes. Un d’eux nous a raconté l’histoire de cette mission curieuse : « J’exhortois, dit-il , le peuple à pardonner: Dieu m’inspira alors; je prends en main le crucifix que je portois sur moi , et je leur dis : Peuple, tous ceux qui baiseront ce crucifix renonceront à leurs inimitiés ; éteavous prêts à. vous réconcilier les uns les autres ? Tous regardoient sans mot dire; personne ne venoit à moi, tant les haines étoient enracinées! Je fis semblant de me retirer; je voilai le Christ et je m’écriai : 0 Niolo 1 Niolo ! tu veux donc être maudit de Dieu I Alors voilà qi:^n curé dont le neveu avuit été tué vient se prosterner et demande à baiser le crucifix. En même temps il s’écrie: Que»on meurtrier approche, afin que je l’embrasse. Cet exemple lut suivi; on ne voyoitque larmes et que réconciliations; *ous se pardonnoient et oublioient au pied de

( io5 ) - . ^

la croix leurs tristes divi/ioijsl \Ainsi le pieux missionnaire , évangélisant au nom «le dt^us- Christ .civilisoit les contrées quMl parcouroit , et portoit des paroles de douceur et de paix dans des contrées sauvages qui n’avoicnt jus- • qu’alors respiré que la vengeumce (21).

Page 1