CHAPITRE I
Mission (te saint Vinçenl dans la Barbarie rt les pays musulmans, — Mission de saint y incent à Madagascar.
II y avoit une contrée sur la terre qiii , depuis de longues années , avoit fixé l’attention et ^ éveillé 'la sollicitude de saint Vincent. Nous avons vu que cet homme pieux avoit été saisi par des corsaires , et amené sur les rivages de la Barbarie. Il avoit connu par sa propre expérience les souffrances auxquelles les esclaves sont soumis; il voyoit en eux , comme il' le dit lui-raéme , une image véritable des misères humaines et de cet esclavage du démon pour lequel Dieu s’est engendré en son Christ. Au milieu do ces distractions charitables il n’avoit jamais oublié cette pensée. Il u’avoit point encore do crédit sur le conseil de Louis XIII quo déjh il avoit obtenu , en 1642 , que des missions seroient dirigées vers les côtes de la Barbarie, pour l’assistance corporelle et spirituelle des pauvres captifs. Loyis XIII lui donna dix milia livres destinées à ce noble emploi. Il existe dans le Levant des institutions protectrices sous la
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nom de consulat : les consuls ont obtenu , par les ancienncs^conv'eulions avec la Porte, des privilèges Irès-èlendus, et une j>iridiclion indii»* peudanlo de la police musulmane; non-seiilomeiit ces magistrats proléj^ooient le commerce, mais ils recevoient* alors 1 ordre exprès du roi do secôurir tous ceux qui , pour cause de religion', ou pour tout autre' motif, parcouroient les contrées barbares. Saint. Vincent comprit bientôt que c’éloit ü eux qu’il falloit s’adresser, «ün d’obtenir une protection quelconque pour les malheureux esclaves. Une mission reçut l’ordre do se diriger vers les Ktats barbaresques , et de SC placer sous la juridiction polititjue du consul. La peste de i6/i<S ravageoit Tunis et les campagnes; elle ne put arrêter les missionnaires; ils parcouroient ces lieux sauvages : la plupart des esclaves chrétiens fnrent atteints do cO déplorable fléau ; celle tr iste situalibn n’empÔchoit pas le dévouement de ces missionnaires, «[ui bravoient la mort pour porter la parole de Dieu au milieu de ce troupeau allligé. « II tn’est impossible , écrivoit le chef et le directeur de cette mission, de' vous dii'c quels sont les gémisSlrmeus et les pleurs de ces pauvres esélavcs , do tous les marchands et du consul lui-même , et combien do consolations nou.s recevons de leur part ; les Turcs eux-mêmes viennent no'iiâ'visiler.elnous oflVenl leurs secours et leurs services. Ivnfln, Monsieur, je vois évidemment qu’il fait bon servir fidèlement Dieu , puisque dans la tribulation il suscite ses ennemis mêmes pour secourir et assister scs pauvres serviteurs. Notis sommes afiligés de la T;nerre , de la pcslo et do la famine, cl avec ceïa nous sommes sans ar-
tienlr rtlais^ pour ro qni regarde noire courage ii cât IrèS'bon , Dieu merci; nous ne craignons non plus la peste que s’il n’y en avoit point : la joie que nous avons de lu santé do notre bon prieur ndus a rendus forts comino les lions de nos déserts. » Voici ce que répondoit saint V in- CLMit il de si touchantes paroles, et les exhortations qu’il donnoit à chacun des missioniiairc.s lorsqu’il se dirigeoit vers ces contrées éloignées :
« L’âine de votre entreprise est Tinlention do ^ pure gloire de Dieu; l’état continuel d’hutniliaiion inténeuro cl la soumission du jugement et delà volonté au prêtre de la mission qui vous sera donné pour conseil : Jésus-Christ est le souverain Seigneur ; ayez toujours celte pensée dans vos prédications; je vous exhorte d’honorer d’une manière particulière ce saint mystère, afin qu’il plaise à Dieu de vous coudmre et assislerdanfi cet emploi, auquel sa providence vous a destiné. »
. L’œuvre des missionnaires dans la Barbarie , est infiniment di'ficilo : quelle que soit la protection des consuls , il faut s’exposer à njillc périls , h mille outrages ; df’iine part les missionnaires doivent veiller au rachat des captifs; iis parcourent h col eftet les campagnes brûlantes, visitent au fond du désert les habitations isolées des chefs mustilinans , s’^lnformenl des malheu- . reuses victimes que contient heur sérail , et des misérables chrétiens qui , trempés de sueur , cultivent un'sol stérile et une terre tu feu. Lorsque le rachat élo^ impossible les mission* naîVes de suint Vincent dévoient leur porter jusque dans le désert les consolations de la foi ti lés espérances de la liberté; au péril de leur
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léte ils rappellent aux renégats la foi antique' qu’ils ont violée, et ils administrent les sacremens aux fidèles: ils prêchent, ils instruisent, ils en- durent , ils se consument , comme l’a dit un . saint prêtre, pour cette Eglise souffrante, comnae Jésus-Christ a souffert pour l'Eglise universelle. Mais toutes ces tribulations n’étoient rien encore comparativement aux persécutions sanglantes qui do temps en temps poursuivoient les esclaves chrétiens. A de courts intervalFes le glaive ne frappoit plus ; mais souvent àuss^ une fureur barbare s’emparoit des tyrans de Tunis et d’Alger , et la mission étoit exposée à toutes les fureurs d’un despotisme capricieux; ello’avoit part alors au calice de Jésus-Christ , selon l’expression de saint Vincent lui -même. Jamais persécution no fut plus rude que celle de 1 655 : le dey d’Alger avoit rompu toute relation .'ivec la cour de France, dont le pavillon et les Hottes ne pouvoient point encore couvrir les maU ^ heureux chrétiens du Levant; plusieurs missionnaires furent mis à mort ; les esclaves quiétoient soupçonnés de christianisme furent soumis aux plus affreux tourmens. Au milieu de la communauté de Saint-Lazare , saint Vincent raconta les tragiques aventures d’un jeune esclave chrétien : cet esclave se nommoit Pierre Bourgoin ; il étoit né dans l’ilc de'Malte : on avoit dessein de l’envoyer à Constantinople; jeune encore, il avoit apostasié publiquement , et il fut touché dans la suite d’un si grand repentir , qu’il déclara qu’il ne Irouvoit d’autre moyen de SC laver de sa faute que le martyre ; il cotnmonça donc à parler ouvertement de la Religion de Jésus-Christ , à l’exalter au-dessus de
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toute autre en même temps qu’il s’élevoil contre l’impie croyance de Mahomet. Toutefois, continue saint Vincent , ce pauvre garçon n’osort point encore avouer sa conversion en présence des infidèles ; il dissimuloit ses opinions. Enfin , brisant toutes les craintes , il va chez le pacha: «Tu m’as séduit , lui dit-il, en me faisant renoncer à ma religion qui est la bonne et la véritable, en me faisant passer h la tienne qui est fausse; or, je te déclare que je suis chrétien , et pour te montrer que j’abjure de bon cœur ta croyance et ta religion impies , je foule aux pieds le turban que tu m’as donné. En disant ces mots , il jette ce turban en signe de mépris , puis il ajoute ; « Je sais que tu rne feras mourir, mais que m’importe quand je suis prêt à souffrir toute sorte de tourmens pour Jésus - Christ , mon sauveur ! » En effet , le pacha , dont le fanatisme s’irritoil h chaque parole , le condamna aussitôt à être brûlé tout vif : alors on le dépouille, on lui met une chaîne au cou, on charge ses épaules d’un immense poteau auquel il doit être attaché; mais il marche fièrement au supplice , et durant une route pénible , il ne cesse de s’écrier : Vive Jésus 1 triomphe pour jamais la foi catholique ! il n’y en a point d’autre dans laquelle on piiiss;^se sauver. Lorsqite ses compagnons l’interrogeoient , il répondoit avec fermeté sans orgueil : « Quoique j’approclve de la mort , je sens néanmoins quebpie chose dans mon cœur qui me dit que Dieu me fera la grâce de souffrir le supplice qu’on me prépare; Notre Seigneu” lui-même a appréhendé la mort et néanmoins il a enduré volontairement de plus grandes douleurs que celles qu’on me fera souf-
’frir; j’espère donc en sa force et eu sa boulé. » Le malheureux fut attaché à un poteau, et, selon l’expression de saint Vincent, il rendit bientôt entre les mains de Dieu son âme , pure Cf mine l’or qui a passé par le creuset.
il existe une lettre orij^inale de saint Vincent de Pau!, dans laquelle il explique Ions les devoirs d’un missioiuiai! c dans les contrées mnsulmanos. « Je loue Dieu , dit-il , de la bonne manière dont vous avez usé de votre mission ; vous ne devez nullement vous roidir contre les abus, quand vous voyez que de cette roideiir pourroit résulter un plus grand mal encore :
tirez ce que vous pourrez de bon des prêtres et des religieux esclaves , des marchands et dos captifs; employez des paroles douces, jamais la rigueur que dans l’extrémité; vous u’étes point resnonsables de leur saint , car Dieu ne vous a envoyés dans cC! te Icrrc barbare que pourconsoler les âmes alHigées, les encourager â souffrir et les aider de noire sainte religion. Ne heurtez pas les esprits ; ccndesccndez , autant que vous le pourrez, h l’infirmité humaine ; les esclaves ne manquent pas toujours de lumières; c’est do force et d’énergie dont le plus souvent ils sont dépourvus; je ne dis pas qu’il faut tolérer leurs désordres , mais il ne faut point non plus en précipitant la correction amener la j)crte de l’œuvre de DiCii ; ne blessez jamais les Turcs et les renégats ; vous pouvez tout perdre en les Irritant : c’est moins pour eux que vous êtes missionnaires que pour les pauvres esclaves que vous devez racheter ; le zèle n’est bon que lorsqu’il est discret; on gâte souvent les bonnes œuvres pour aller trop vile; le bien que
Dieu veut se fait presque de lui-même et sans qu’on y pense. Mon Dieu» , Monsieur , que je sunliaitc que vous modériez voire ardeur et que vous pesiez mûrement les choses au poids du sanctuaire avant que de les résoudre; soyez plutôt bâtissant qu’agissant; ainsi Dieu fera pour vous seul ce que tous les hommes ensemble pourroient faire sans lui (22). »
Depuis les vastes progrès de la navigation , la découverte de l’Amérique et du passage par le, ,Cap-dc- Bonne-Espérance , on avoit trouvé des peuplades nouvelles, avec des mœurs , des liabiludes et une religion inconnues; quel irnluense butin le zèle chrétien ne poiivoil-il pas faire^dans ces pays tout neufs pour la civilisation ! Les princes favorisèrent l’idée d’une prédication cnrélienno air milieu <ki ers conlrées .éloignées , et , il faut bien lo-dire, dans la fitveur qu'ils accordèrent h ces pèlerinages lointains, il entra, pour le moins, autant d’idées 'politiques que de .pensées religieuses; il' falloit civiliser, en eUel, ces pruplades'sauvages , et l’on ne pouvoit y réussir que partie christianisme. L’Évangile a cola, d’admirable , qu’il 'est aussi un code do morale et uu principe do sociabilité : avec Je chuislianismo , i’iiomms ^comprend mieux ses devoirs , et il a la force de jles. pratiquer , parce que ces devoirs lui son-t "commandés par le ciel. Ces contrées nouvellement découvertes étoient un vaste théâtre >pour le zèle des missionnaires; les prêtres de 'Saint-Lazare reçurent la lâche difficile d’évan- -;géliser les sauvages habitans de Madagascar, .alors connue sous le nom d’ilê de Saint-fiaufent. Celle île d’une vaste étcn liie , est peuplée
d’iilülâlres originaires de l’Afrique , comme l’indiquent leurs cheveux crépus et leur visage noir, et de mahomélans qui vini-ent s’y réfugier de la Perse dans les guerres civiles qui divisèrent les seclafeurs d’Ali. Le nombre des habitans de l’ile s’élevoit è près de quatre cent mille; avec une intelligence facile, ils étoient cependant plongés dans l’ignorance la plus complète ; leurs idées religieuses étoient vagues ; ils n’avoient ni prêtres, ni temple : iis reconnoissoient cependant un Dieu souverain dont ils limitoicnt la puissance h la sphère des cieux , et un mauvais principe auquel ils sacrifioient de» victimes. Au reste , les mœurs des habitans étoient douces , et un désir d’imitation les rendoient propres h recevoir les enseignemens de la vérité.
Par I es conseils et les ordres de saint Vincent , MM. Hac((uart et Gondres , prêtres de Saint-Lazare , s’embarquèrent pour l’île de Madagascar , et vinrent aborder au Fort-Dauphin , le seul des établissemens que les Français eussent alors dans cette île. Après s’être préparés leur saint ouvrage, par le jeûne et la prière , ils commencèrent à évangéliser dans le pays; ils Ironvèrent beaucoup plus de docilité parmi les nègres idolâtres que parmi les musulmans , sectateurs d’Ali. a Je suis allé , dans le moi» d’août dernier, sur les montagnes, écrivoit M. Ilacquart à saint Vincent , pour instruire tous ceux que j’y renconlrerois. Pendant U; jour, je pus prêcher dans les villages; la nuit, jerépélois, au clair de la lune, les mêmes instroclinns aux sauvages qui revenoient du Ira-va l : je fus extrêmement consolé en voyant fa
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docilité Âé ces pauvres infidèles qui témoignoient Iiautement croiq§ de tout leur cœur ce que je leur enseignois , et je disois en moUmème , la ^ larme à lœil : Qiiid profiil^t eos baptisari ? Mais craignant qu’ils ne fussent pas encore bien fondés en la foi , et qu’ils ne vinssent à al>user du baptême , je remis tout à la Providence de Dieu. Ceux ijue j’ai baptisés dans le voisinage de notre habitation , sc reconnoissent assez par les noms particuliers que les insulaires leur donnent. 11 serolt fastidieux de vouloir particulariser toutes les courses que j’ai faites , les poms des lieux et des gens auxquels j’ai annoncé Notre Seigneur Jésus-Christ, et toutes les choses qui se sont passées dans mes voyages. Je vous puis dire qu’on ne peut désirer plus de dispositions pour recevoir l’Evangile. Tous ceux qw je voyois se plaignoient de ce que les Français , depuis qu’ils trafiquoient dans ce pays , ne leur eussent pas dit un mot des vérités de la foi; ils portent une sainte envie à ceux qui avoisinent notre habitation. Je rapporterai seulement ce qui se passa au mois de novembre , en une visite que je fis dans un village éloigné d’ici , où j’avois porté une grande image du jugement dernier , au haut de laquelle étoit représenté le Paradis , et au bas l’Enfer. A mon arrivée , Je leur criois que j’étois venu , afin que leurs yeux vissent et que leurs oreilles entendissent les choses de leur salut ; et, après leur avoir expll^ qué ce qu’il falloit croire et faire pour cette fin, je leur découvris l’image et leur fis voir les demeures de l’éternité , et les pressai de choisir lé haut ou le bas , le Paradis on l’Enfer. Ces pauvres gens crioient qu’ils ne vouloient, point aller
avec !o diable , et que c’étoit avec Dieu qu’ils vooloieut demeurer ; ils se pWgnoient entre eux de ce que les lettrés de leur-sccte ne leur jiorloicnt point de Dieu , et ne les visiloienl que )>ar intérêt et pour les tromper , tandis que moi j’alloisles voir et les instruire gratuitement, n La mission de Madagascar produisit dcslruits immenses sous radministralion pieuse de M.
liourdaise , que saint Vincent de Paul envoya après la mort de M. Gondres. Je ne puis résister nu plaisir de citer encore une de ces lettres, dans laquelle les ouvriers évangéliques racontent Imu's travaux et leurs glorieux succès; elle est adressée h saint Vincent, de Madagascar même. «La plupart de ces insulaires, dit M. Bourdaise, ne demandent pas mieux que d’être baptisés; mais je veux qu’ils sachent prier Dieu auparavant ; cVst pendant ce temps-là que je Ics'éprouvc , et que j’apprends leurs véritables i.ntcnlions. Beaucoup d’entre eux m’ont dit qu’une des choses qui les retenoient de se faire baptiser , c’est qu’ils ont peur que les Français UC demeurent pas long-temps dans l’ile, et que les mahométans ne les fassent massacrer. Je ne cesse d’être accablé du momie qui vient à Imite heure pour s’instruire ; j’ai été contraint de les faire tous prier Dieu ensemble tout haut , dans l’église, à quoi ils se rangent, fort cxacteiçent. J’ai baptisé ces jours-ci cinq familles nègres , c’osl-à-dirc l’homme, la femme et les enfans; j’ai fait douze mariages entre des Fiançais et des femmes du pays , lesquelles ont été les premières qui sont venues prier Dieu. Nous avons eu toutes les peines du monde à fuirc sortir les femmes publiques : quatre nègres qui avoient
été baptisé* et mariés par M. liacquart , et éloignés de leurs Teiutnes pendant les guerres, se sont réunis à elles , sur les conseils et les commandemens do nos missionnaires; enfin, nous cherchons à rétablir les moeurs en fondanl la loi de Dieu , et à civiliser les peuples en leur enseignant notre sainte foi (aS). •
^ CfI\PITRE IV.
Rtflexions générales sur les missions. — Des
Confréries de charité pour les pampres ma- ' làdes.
Noué sommes entrés dans tous ces détails sur les missions, parce qu’à réj>oque où nous vivons , il est essentiel de mettre souvent sous les yeux d’une génération qu’on égare , les bienfaits des prédications évangéliques dans les deux mondes; c’est par une suite de faits et de preuves non interrompus qu’il faut combattre les adversalres des bonnes doctrines et prouver celle belle et grande maxime de Montesquieu , que. , (fuand on s'éloigne du. christianisme , on s'éloigne de la civilisation même. On s’élève 4|^)trc les travaux des missionnaires; mais y réüéchisscnt-ils bien , ceux-là qui combattent les prédicateurs de l’Évangile? Ont-ils bien apprécié la nature de ce sublime dévouement qui pousse incessamment quelques ministres du Seigneur au saint ministère de la prédication , au milieu des oppositions ot des résis lances?
Qu’un homme, à la vue de tout un peuple, , sous les yeux de ses parens et de ses amis, s’exposeà la mort pour sa patrie; qu’il échange quelques jours de vie contre un siècle de gloire il illustre sa famille et l’élève aux richesses et aux honneurs ; mais le missionnaire dont la vie se consume sans applaudissemens, sans avantage pour les siens, qui vit obscur, souvent, traité de fanatique , dédaigné par les superbes, et tout cela dans l’unique espoir de nous conduire à un bonheur éternel , de (juel nom fautil appeler ce sacrifice ?
L’enthousiasme divin qui anime les mission-* naires commande l’admiration et le respect.
Pourroit'On ne pas éprouver ces sentimens lorsqu’on voit ces vénérables apôtres do l’Evangile, renonçant en quelque sorte à leurs amis, h leurs parens, è leurs afiections, ^ s’exposer aox privations les plus rudes pour annoncer la morale du ciel ? Il n’y a que la religion chrétienne qui puisse déterminer celte impulsion surhumaine. Est-il un esprit droit , un homme raisonnable , et dont le suffrage ait quelque prix, qui puisse outrager les missionnaires? . \
Le succès des missionnaires révolte et humtlie les prétendus sages du siècle. 11 est dur, en effet , d’avoir pendant trente ans bouleveri|l la France pour déraciner la religion , et d’avoir perdu sa peine et son temps; il est dur pour les habiles qui se disent les régénérc^eurs de l’ordre social, de ‘n’avoir pu établir ni un gouvernement, ni une institution, ni un ordre quelconque qui se soit prolongé au-delii de quel- . ques jours. 11 est dur de voir ^'^^orans mis-
sîoimaîres échappés au martyre , pauvres, mis, insultés, calomniés, charmer, attirer le peuple avec un crucifix de bois et quelques mots de l’Evangile , mots aussi simples que l’horamedieu qui les fit entendre à la terre. Ce démenti , que reçoit l’orgueil des sectaires, est-il tolérable ? Comment soufTrir des prêtres qui rétablissent les droits de la conscience , et qui prêchent la soumission à l’autorité, qui rassemblent le peuple , non pour le rendre factieux , mais paisible et soumis On les poursuit , ces prêtres, en les accusant de vouloir persécuter! et depuis dix-huit cents ans, toutes les fois qu’on ' a entendu le signal des persécutions parmi les hommes, la persécution a-t-elle épargné les prêtres ? Leur mission semble avoir besoin , pour* s’accomplir, de deux scènes bien dÜTérentes, la chaire où ils combattent l’im-
& iété , et l’échafaiid où l’impiété les fait monter;
1 encore ils chantent Dieu,- afin que leur mort instruise aussi bien que leur vie.
Chose étrange I on répète sans cesse que le peuple , en s’éclairant , est devenu plein de tolérance , et dès qu’ud prêtre ouvre la bouche , on veut la lui fermer ; d^autres disent que le catholicisme s’éteint en France , et dès qu’un prêtre veut prêcher cotte religion sainte , on s’écrie : A quoi bon dans un pays tout catholique ? Au reste , peu importe à laquelle de ces deux assertions on s’arrête : s’il n’y a plus de christianisme , a dit un grand écrivain , il faut des missions pour le renouveler, car jusqu’ici'on n’a pets qüe je sache donné d’autre religion à la soci^é; nî trouvère moyen de fonder une société sans religtonV Si le peuple est chrétien , il faut
fies missions pour empêcher qu’il cesse de l’être, pour raffermir dans sa^piélé , pour instruire les esprits sans lumière, pour soutenir les foibles, remuer les âmes engourdies, réformer lesmœtirs qui , par leur pente naturelle , tendent toujours au relâchement: il faut des missions, parce qu’il faut un Dieu, un culte, un ordre moral et des vertus. . H-t
On parle des passions: ou fejnl d’apprélmn-; (1er que les missions ne. les agitent. £h ! c’eat parce qu’il y a des. passions, qu’il üiul upe ro-r ligion pour les calmer, et c’est parce, qp’clla Ica calme en effe^, qu’on l’accuse de les.agiter.. Ne va-t-on pas jusqu’à poursuivre. Ic^ piissipip^ naires au nom de$ consciences trophliécs I A Dieu ne plaise que nous voulions dimiaucr ç>el inlérêt que les philosophes accordent aux hommes dont la conscience se trouble à la voix da Dieu ! mais pourquoi ces hommes viennent-iU l’ccouter ? qui les contraint , qui les amène an pied de la chaire? Qu’ils la fuient: clle,scr{i[ sauvée au moins de leurs hlasphêmea.,
Ce 'déchaînement contre les missionnairea^^A cela d’étrange , que les missionnaires Jie foa^ rien de nouveau parmi nous; leurs travamt apostqliqucs, loin d’être une innovation, qj)^ vieiUlavcc le mundc social qu’ils ont fait naitroi ils continuent la mission commencée pp^ çejni qui en Galilée , pour changer la face du mond^ ^ n’eut qu’à parler (a/,),' ,;j;i
Nous considérons comme la seconde inslitit^ tion fondée par saint Vincent de Paul l’éta- Wissoment des confréries de Charité pour les pauvres des paroisses. Tvous avons déjà yu ^els étoieiit l’objet et le but adrairahfçs de ces
confrj't'ics bionfaisanles; nous entrerons inain- Icnanl cUus quelques dulaiis que nous avons dû oincüi’c dans la rapidité d’une simple biographie.
C’est dans' l’année 1617, à Châtillou en Bresse, que saint Vincent posa les premiers fondeiBcns de la plus chère de scs inslitnlions, comme il la nommoit lui-même. Il nous a raconté , dans ses ouvrages, qu’il n’on avoit jainais en jusqu’alors la moindre pensée , et que cofut l^aspeôt des besoins dospauvi'es do cos contrées qui lui inspira celle généreuse résolution. Nous avons trouvé l’original meme du règleoseui primitif qu*il donna à cette société; il peut être un inonumont curieux dans l’histoiro de la charité chrétienne. - ' - ^
lièglement de la Confrérie de la Charité, .
« La confrérie de la Charité est instituée pour honorer Nojlre Seigneur Jésns-Christ et sa sainte Mère , et pour assister les pauvres nialades des lieux où elle est établie , corporellement et spiritucHeiucnt ; corporellement , en leur administrant leur boire et leur manger, et les médicamens nécessaires durant le temps de leurs maladies ; et spirituellement, en leur faisant administrer les saçremcns de pénitence , d’eucharistie et rexü'êrae-onction , afin que ceux qui mourront , partent de ce monde en bon état, et qne ceux qui guériront, fassent résolution de bien vivre à l’avenir.
« La confrérie sera composée d’un nombre perlain et limité de femmes et de filles, celles*
ci du consentement de leurs père et mère , et celles-là de leur mari , lesquelles en éliront trois d’entre elles, en présence de Al. le curé , à la pluralité des voix , de deux ans en deux ans, le lendemain de la Pentecôte : la première s’appellera supérieure ou directrice ; la seconde, trés'orière ou première assistante, et la troisième, garde-meuble ou deuxième assistante. Ces trois officiers auront l’entière direction de ladite confrérie ; de l’aveu de M. le curé , elles éliront aussi un homme de la paroisse , pieux et charitable , qui sera leur procureur.
» La supérieure prendra garde à ce que le présent règlement s’observe, que toutes les personnes de la confrérie fassent bien leur devoir ; elle recevra les pauvres de ladite paroisse , qui se présenteront, et les congédiera , de l’avis des autres officiers.
> La trésorière servira de conseil à la supérieure; elle gardera l’argent de la confrérie dans un coffre à deux serrures différentes : ta supérieure en aura une clé, l’autre demeurera dans les mains de la trésorière ; celle-ci pourra disposer d’un écu , pour fournir au courant de la dépense , et rendra compte à la fin de ces deux années, aux officiers qui seront nouvellc- 1 ment élus , et aux autres personnes de la confrérie , en présence de M. le curé et des habi- / tans de la paroisse qui désireront s’ÿ trouver.
» La garde-meuble servira aussi de conseil à la supérieure'; elle blanchira , raccommodera le linge de ladite confrérie , en fournira aux
f auvres malades , quand il sera besoin , d’après ordre de la supérieure; clic aura soin de le
r(‘llrer , et d^cn rendre compte à la (îd d*j sçs deux anrhées , caoime la trt^sorière.
-«Les Bwurs de la coafnério serviront , chacune leur jour , les pauvres jnahules qui au- . ront été reçus par la supérieure; elles leur porteront chez eux leur boire et leur manger apprêté , quélerout tour à touo à l’église et par les maisons, les dimanches et fêtes principales et solennelles, donneront la quête à la tresorière, et diront nu procureur ce qu’elles auront quêté'; elles feront dire une messe à 1-autei deda con~ fréric , tous les premiers 6u troisièmes diaianches des mois, à laquelle elles assisteront , et ce même jour, elles se confessenmt et communieront , si la commodité ic leur permet , et assisteront aussi ce jour-tà à la procession qui se fera entre vêpres et complies, oii se chanteront les litanies de Notre Soigjieur ou celles de la '• Vierge; elles en feront de même tous les ans, le i4 janvier. Elles s’entrs-chériront comme personnes que Notre Seigneur a unies et liées ,pnr son amour, s’en Ire -visiteroDl et consoleront en leurs afflictions et maladies, assisteront et) corps à l’enterrement du celles qui décéderont , communicioht à lenr intention, feront chanter une haute messe pour chacune d’elles ; elles feront de même pour M.'' le curé et pour leur procureur, quand iis mourront; elles $o trour veronl pareillement en corps à l’enlerrcment des pauvres 'malades qu'elles auront assistés feront dire une messe basse pour le repos do leurs âmes.
« 11 sera donné h chaque malade , pour cha- ‘-que repas, autant de pain qu'il en pourra sulTi- ^amment manger, cinq onces de veau ou do
Digiti^iid hy Googlc
moulon , un potage , du vin , etc. : les jours maigres, on leur donnera , outre le pain*, le vin et le potage , une couple d’œufs ou un peu de beurre, et pour ceux qui ne pourront user de viandes' solides, il leur sera donné des bouillons et des œufs frais quatre fois le jour, et une garde à ceux qui seront à l’extrémité et qui n’auront personne pour les veiller. » ^
Gg règlement étôit • fait de manière à laisser une vaste latitnde à la -charité des femmes vertiieuses qui ohtroient volontairement sous les dèuces' lois d’ianè noble bienfaisance; aussi leur surveillance charitable ne s’étendit pas ^ seulement aux pauvres dcrilôtel-Dieu de Paris, mais elle s’^para de. toutes les misères. Le /èie- de‘ Vincent de Paul semhloit animer d’une sainte ardeur cette, grande association. Nous avons vu que les dames de la Charité prirent sous leur protection spéciale les Enfans-Trouvés la maison de la Providence , instituée pour occuper et instruire les.pauvres filles; elles voulurent aussi seconder les missions étrangères, ciHuine si elles n’a voient voulu rien omettre d'àns leur sollicitude. Il nous tarde de présen ter Vincent de Paul au.inilieu de ces assemblées de charité et de tracer ici le tableau d’une de ces réunions,' présidées par le pieux missionnaire', et dans laquelle on s’occupoit du soin des pauvres'; nous avons sous les yeux le procès-verbal d’uüe dé ces séances de charité; il estdatédu 1 1 juillet 1657, et est l’ouvrage d’un saint prêtre qui as.sistoit'à cette séance;' nous ne pouvons résister'au plaisir de faire, connoît recette pièce', parce qaeile point admirablement
l’homme de Dieu et l’esprit de ccs réucloûs pieuses.
«’C’étoit, dil-il , le ii juillet; les dames do la Charité, convoquées, avoient tout quitté ‘pnur assister à cette réunion : saint Vincent entra ; il étoit vêtu d’une robe noire et salua l’assistance. Après avoir 'invoqué le Saint-Esprit par l’antienne F eni , Sancte Spiritus , h genoux, et chacune des < dames ayant pris sa place , il leur parla en la manière qui suit : <
« Mesdames, le sujet de celte, assemblée regarde trois fins : ta première est pour procéder è une nouvelle élection d’oilicicrs, s’il est, à propos ; la deuxième pour donner connoissance à la compagnie des œuvres que Dieu lui a fait la grâce d’entreprendre; et la troisième pour considérer les raisons que vous avez, mesdames , de vous donner è sa divine bonté, afin qu’il lui plaise vous faire la grâce deusoutenir et de continuer ces œuvres commencées.
« Pour l’élection , on en parla, vendredi .dernier ’eiv l’assehildée ordinaire:; quant à l’état des affaires, nous commencerons, s’il vous plaît , par l’Hôtel-Dieu , qui a donné sujet à la> naissance de la compagnie ; c’est le fondement sur lequel lil a plu à Dieu d’éUtbIir les autres œuvres qu’elle a entreprises, «t.c’esfc la source des.autres biens qu’il a faits. «Après avoir prononcé; ces paroles d’une voix; émue, l’homme' de. Dieu prit en main Tétut de la recette et dè la mise dent it fit la «lecture tout haut et il se 'trouva -que In .dépense en secours portés aux pauvres I malades, lous' les jours 'depuis un an environ ;qWér«’étoit fait la dernière. assemblée générale, i»e jziontait à cinq mille livres et .la receUc à trois
niillo cinq ceiils, de sorte qu’il se trouva plus de dépenses que de recettes, quinze cents livres} et , reprenant sein -discours : « Cola ,'leüé dil-il , a pu provenir de' ce. qu’il a décédé, nonabre die dames qui dtoient à l’usscinblée et qu*ii ne s’en réunit pas d’autres : c’est pourquoi , mesdames, -vous avez été assemlilées pour voir les moyens de faire subsister cette bonne œ-uvre , laquelle a été ooinincncée et continuée depuis taqt d’annéos par -tlefi moyens impi^ceptibles à d’autres qu’à Dieu , et avec tant de bénédictions de sa
• part qiï’H y a grand sujet de le remercier. O, mesdames! que vous devez bien rendre grâce à
'Dieu de l’action qu’il vous fait faire! car l’as- ’sistaoce des pauvres malades a produit cet effet de vous faire penser à leur salut on un temps* si - opportun , -que la plupart n’en ont jamais d’autre .pour SC préparer à la mort, et r>eux qui relèvent de iinabdie^ne pensoient guère à changer devie sans les bonnes dispositions où l’on lâche
• de les mettre. ' ■
__.Ily a ensuite la dépense des fror^tières de . Champagne et de Picardie; l’on a envoyé distribuer aux pauvres trois cent quarante-huit 'mille livres, et depuis Ja dernière assemblée ' générale , jus<]ucs aujourd’hui , dix-neuf mille ' eiùq cents livres J ce qui est pou de chose , com-
• paratiremeut aux années précédentes. -Ces soin- ' mes, dit-ilon coulinuont son discours, ont été
employées <pour nourrir ' les pauvres malades, -pour retirer et enirelenir envirosi huit cents enfans orphelios do villages ruinés,) tant gar- ' çons que nilcs,' que l’on'a rms au métier ou en '■service, après avoir él>é -iiislnuîts .et habillés; pour entretenir nombre do cocés dans leurs
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pAroIsacs raüiécs,' ët enün pour racconamodf» un peu l’église qui ëfcoit dans ua pitnyable état, ce qu’on ne. peut dire sans frénair. Les lieux où l’argeDl a été disldbué sont les villes et les en- > '
Tirons de Reims, Rclel , Laon , SaiutsQuenlin ,
Uaiu, Sedan, Arras.
f Béni soit Dieu, nsesdames, qui: vous a fait la grâce de couvrir Notre Seigneur en ses pauvre» membres , dont la plupart n’aveient que des liailjons, et plusieurs enfans qui étoieut nu& , comme la main ! la nudité des filles et des femmes ë toit même si grande qu’un homme qui avoitlsnt soit peu de padeur n’osoit les regarder ; et tous étîneut pour mourir dans la rigueur dw hivers. O- combien vous êtes obligées à Dieu de'TOHsnvotr donné l’inspiration et le moyen de pourvoir h> ces grands besoins ! À combien de malade» a’avez- vous pas aussi sauvé la vie! car ib 'étoient abandonnés de tout lo monde ^ couché» sur la terre, exposés aux injores de l’air et réduit» à la dernière extrémité par les gens de guerre et parla cherté des blés ; à la vérité , il y a qüelques années que leur misère étoit plusgrânde.qu’elle n’csl â ce.tto heure, et alors on envoyoit jusqu’à seize mille livres par mois ; on s’animoU à la vue du dnngeroù étoient lo» pauvres de Pari», s’ils n’étoiont promptement secourus, et on s’échaolToit les uns les autres on cliarité pour le» assister; mais depuis un an ou deux le temps étant un peu meiHeur, les aumônes' ont beaucoup diminué ; il y a néanmoins encore plu» de qiwtre-vingl.s églises en ruine , et ks pauvres gens^iont obligés d’aller chercher »ne messe bieii loin. '
« O, mesdames! lo récit’ de ces choses ne vouî ' .
attendrit-il pas le cœur ? n'étes-vous pas touchées de reconnoissance envers la bonté de Dieu sur vous et sur ces pauvres afiligés?. Sa providence s’est adi^essée à quelques daines de Paris pour assister deux provinces désolées , cela ne vous paroît-il pas singulier et nouveau? L’histoire ho dit point que chose semblable soit arrivée aux daines d'Espagne , d’Italie ou de quelque autre pays; cela étoit réservé à vous autres, mesdames, qui êtes Ici et à quelques autres qui sont devant Dieu où elles ont trouvé une digne récompense d’une-si parfaite charité. 11 eu est mort depuis un an huit de votre compagnie : quelles réilexio(\s n’auroieDt-elles pas faites sur la brièveté de celte vie et sur l’iinportance de la bien passer ! Combien auroient-elles estimé la pratique des bonnes œuvres ! él quelles résolutions pour s’adonner plus .que )ujnais à l’amour de Dieu et du prochsiin avec plus de ferveur ! Elles jouissent mainlendnt de la gloire comme il y a sujet d’espérer ; elles éprouvent combien U est bon de servir Dieu et d’assister les pauvres; et au jugement'- elles entendront ces agréables paroles du fils de Dieu ; Venez , les bien - aimés de 'mon père , posséder le royaume qui vous a été préparé, parce que ayant eu faim vous m’avez donné à manger, ayant été nu vous m’avez habillé ; étant malade vous m’avez visité et secouru I
« Venons aux enfans trouvés, dont votre compagnie a pris soin. Il se voit par le compte de madame de Bacûelone, qui en est la Irésorière, que la reeetié% pour la dernière année, monte à seize mille' deux cent quarante-huit livres, et la dépense à dix-sept mille deux cent
vingt-une livres; et, après avoir examiné le nombre des enfans, tant de ceux qui sont encore en nourrice des champs et de la ville que des petits qui sont sevrés, et des grands qui sont en métier ou au service , ou qui restent à l’hôpilal , il s’en est trouvé trois cent cinq. On a remarqué que le nombre de ceux qu’on expose chaque année est quasi toujours égal, et qu’il s’en trouve environ autant que de jours en l’an.
« Voj’ez , s’il vous plaît , quel ordre dans ce désordre, et quel grand bien vous faites , mesdames, de prendre soin de ces petites créatures abandonnées de leurs mères et de les faire élever, instruire et mettre en état de gagner leur vie et de se sauve'r. Comme l’entreprise étoit grande, vous y vouliez penser et enfin vous y avez donné les mains, croyant que Dieu l’auroit Irès-agréable , ainsi qu’il l’a fait voir depuis; ‘ jusque là , nul n’auroit ouï dire depuis cinquante ans qu’un seul enfant trouvé ait vécu ; tous périssoieut d’une façon ou d’une autre.
C’étoit à vous, mesdames, que Dieu avoit* réservé la grâce d’en faire vivre quantité et de les faire bien vivre. En apprenant h parler ils apprennent à prier Dieu , et peu à peu on les occupe , selon l’usage et la capacité de chacun. On veille sur eux pour les bien régler en leurs petites façons et corriger de, bonne heure en leurs mauvaises inclinations; ils sont heureux d’être tombés en nosmaius , et scroient misérables en celles de leurs parens qui , pour l’ordinaire , sont gens pauvres ou vicieux; il n’y a qu’à voir l’emploi de leur journée pour bien connoltre les fruits de celte bonne œuvre, qui est de telle importance, que vous avez tous les
sujets du lïioirde , mesdanres, de remercier Dieu de vous l’avoir confié. » '
Après avoir rapporté toutes ces grandes œuvres, dues aux inspirations dé Dieu seul , saint Vincent de Paul finit ainsi son éloquente péroraison :• Courage, mesdames; bénisse* 'la bonté infinie de Dieu; donne*- vous à luT pour conlinuer, mais ne présumez pas do pouvoir faire davantage. Voilà l’instruction des pauvres de l’Hclel-Dieu, la nourriture et féducafion des enfans-trouvés, l'e soin de pourvoir aux nécessités corporelles et spirituelles des erhnincls condamnés aux galères, l’assistance rfes frontières et provinces ruinées, la contribution aux missions d’Orient, du Septentrion et du Midi , ce sont là les emplois de votre conrpagnie ; quoi T des dames , faire tout cela ! Oui. Voilà ce que depuis vingt ans Dieu nous a fait la grâce (Tenlreprondre et de soutenir; ne faisons donc rien davantage sans le considérer exactement, mars faisons bien ce que nous avons entrepris, car c’est ce que Dieu demande de nous. »
Après avoir ainsi' exposé l'état de' la société , saint Vincent de Paul se tourna vers les dames de Charité pour les solliciter de prendre le? moyens de pourvoir aux nouveaux besoins; sur ravis de madame de Nemours, ori résolut , d’un commun accord, r.“ de porter les dames qui meurent .à faire des legs pieux pour secourir les pauvres" dont la compagnie prend le soin; 2 .® à se rendre bien exactement aux jours et heures de service rtïaVqués; 5.® à se cotiser pour pourvoir au surcroît dé dépense et acquitter ponctuellement les dettes de l’association. Cette
délibération prise , od pria à haiito voiix; Jésiis- Cbv'^^ ii3vo<jHé au secours de- ses pauyres, et saint, \ Incenl' ite quitla cette pieuse et noble réunion que pour visiter les hôpitaux des malades et )es Enfans-Trouvés* ..
.,Nous avons rapporté ce récit du vieux prêtre , .eq, son entier, parée que- rien ne peut mieuxilaire connoHre Kobjét et les bieniaisans résultats des associations chrétiennes que Vincent de Paul fonda dans cette capitale. Dirai-je niaiutcnant c(‘ qu’elles sont devenues dans la suite des âges ? S’accroissant sans cesse sous la i prelcclion paternelle de ffôs rois et le concours de femmes vertueuses, elles ont été un mo- 'laeut emportées par les tempêtes publiques } et * comme si Dieu aroit voulu consUler encore une fois qu’elles étoient fondées siir la religion , elles tombèrent lorsque les autels furent renversés et que la croix dispnrut j du: farte de bos temples. Que produisirent les stériles déelaoaations de la philosophie d^Quels furent les ouvrages de cctle philantropie qui , dans ses superbes dédains, se détacha de la religion et de la foi? Que l’histoire nous réponde. La révoluliçn a prouvé que, le' manieur se bro»>va ja - Dxais de secpurSi /le.eeneoIaftioBS que dans le christianisfitie } PSÿrse et U Charité sont deux «ompagnesihiiii^rahles;,^ et quand l’une est persécutée , l’autre péril dans les mains In- (ligues qui veulent en usurpes les nobles devoirs; aussi les associations de charité n’onttdles reparu dans aôlïo France qu’avec la foi chrétienne; elles n’èxislcnt véritablement que' depuis que les églises ont été ouvertes à la prière. La religion seule inspire et multiplie les
dons de la bienfaisance ; la philanlropfe 'sani croyance ne produisit jamais rien ; ses œuvres ressemblent à un corps privé d’câine; elles sont vides comme ses pensées sur Tunivers, comme ses affections , comme sa destinée; l’athée se trompe dans les secours qu’il donne , dans les consolations qu’il ' prodigue ; peut-il senii* l’homme , celui qui connott si mai les ‘besoins du coeur humain ! ( 25 ) î>
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