‹ Vie de s. Vincent de PaulChapitre 19 sur 28 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

De la prière de J'"ncent de Paul. — Force , < , d'âme de saint F incent. <

Vincent de Paul avoit acquis celle noble ''confiance en Dieu par l’habitude de la prière. Cette élévation continuelle do l’âme vers son Créateur a toujours pour résultat de nous le faire mieux cqnnoUi'e et de faire ainsi rapporter à lui seul tous les actes de -notre vie. L’o- ' raison , selon saint Vincent , éloit comme la .manne préciepse que Dieu a donnée è ses fidèles. Elle est comme, une rosée céleste qui peut faire germer et croître dans leurs cœurs tou.les .aortes de vertus : « Donnez-mor, disoit-il , un homme d’oraison et il sera capable de, tout : il , pourra répéter. apràs le saint apôtre: Je puis toutes choses ,en celui qui me soutient et me conforte. Notre mission ne,subsistera qu’autant que l’oraison y sera fidèlement observé , parce qu’elle est comme un rempart inexpugnable qui met nos missionnaires à couvert coi^re toute attaque. Elle est comme un mystique arsenal , ou comme la tour de David , qui leur fournit toutes sortes d’armes , non-seulement pour se défendre,, mais aussi pour assaillir et

meltre en déroule tous les ennemis de la gloire de Dieu et du salut des âmes. L’oraison est un ■ grand livre pour le prédicateur; c’est là que vous puiserez ces vérités divines dans le verbe éternel qui en est la source , pour les répandre après parmi le peuple. 11 est à souhaiter que les missionnaires s’afTeclionneut beaucoup à ce saint exercice de l’oraison; car sans son secours ils lérout peu ou point de fruits; mais par son moyen ils se rendront capables de toucher les cœurs et de convertir les âmes. Je prie donc Notre Seigneur qu’il vous confirme dans la pratique de celte vertu. >

Saint Vincent metloit tant de prix h l’oraison , qu’il a cru devoir en écrire un traité spé-’

^ çial dans lequel il envisage non-seulement l’effet de l’oraison , mais encore il pénètre dans le sens intime; et, si l’on peut se servir de ce mot , il détaille la prière : « L’oraison , dit-il , a trois parties; le sujet est d’une chose sensible ou insensible ; si elle est sensible , comme Dieu , le Ciel , il faut se la représenter et faire atlcntiau à toutes ses parties ou circonstances; si la chose est insensible , par exemple si c’est une vertu, il faut considérer en quoi elle consiste , quelles sont ses principales propriétés, et aussi quels sont ses eiléls et particulièrement quels sont les moyens de la uicllre en pratique, il est bon aussi de rechercher les motifs qui nous portent à embrasser celle vertu et nous arrêter aux motifs qui nous louchent davantage; ces motifs, ou peut les tirer des saintes Ecritures ou bien des suints pères , et quand quelques passages de leurs écrits nous reviennent à la mémoire pendant les prières , il faut les réciter

dans son esprit; naais il ne faudroit pas les rechercher^ car à quoi sert d’arrèler sa pensée et l’élévation de son cœur pour relire des passa-

Î ;es, ce qui est plutôt vaquer à l’élude que faire 'oraison ? ' ''

« Quand on veut avoir du feu on bat la pierre V mais aussitôt que le feu a pris h la matière , on allume le ilamheau , et celiii-lü se rendroit ridicule qui ayant allumé son llan»bcaù conlinueroit h battre la pierre. De inèine quand une âme est assez 'éclairée par de justes considérations, qu’est-il besoin d’en rechercher d’autres > Ne voyez-vous pas que c’est perdre le temps,- et qu’alors ih faut s'appliquer à enflammer la volonté et à exciter ses afl’eclions par la beauté de la vertu et par la laideur du vice contraire; ce qui n’est pas malaisé , puisque' la volonté iuil la lumière de' renlendeinent et 80 porte à ce qui lui est proposé c.orutiic bon et désirable. Mais ce n’est point encor© assez; il nersuflit pas d’avoir de bonnes afl'eclions, il faut passer plus avant et se porter aux résolutions de travailler tout do bon à l’avenir pour l’acquisition do la vertu, sc proposant de. la mettre en pratique. C’est ici le point important et le fruit qu’on doit tirer de l’oraison ; c’est pourquoi il ne faut pas passer légèrement sur les résolutions, mais les réitérer el les bien mettre dans son cœur, et même il efst bon de prévoir les einpêchemens qui peuvent survenir el les moyens qui peuvent aider pour arriver îl celte pratique, el il faut so proposer.d’éviler les uns et d’embrasser les autres ( 5 i). «

Celle habitude de l’oraison doimoit à'saint Vincent de Paul une force d’àmc, une puis-

sance d’esprit bien nécessaires dans les orages de la vie. Qui nous séparera de la charité de JésuS'Chrisl? a voit dit l’apôtre, sera-ce Içs tribulations ou i’angoi»se , la faim ou la nudité , le péril , la persécution ou le glaive ? C’est la ^ force , s’écrie le graud saint Ambroise , qui entreprend une guerre irréconciliable contre tous les vices, qui se rend invincible aux Ira- ivaux , demeure sans crainte au milieu des périls et se roidit contre tous les attachemens du monde. Ces maximes, saint Vincent les avoit toujours présentes à sa pensée. Mous ne parlerons pas de la constance qu’il a mise dans toutes les œuvres qu’il a entreprises, mais de celte force avec laquelle il a supporté les tribulations do la vie. « L’état d’allliction et de peine , ce sont ses propres paroles, n’est pas un état qui soit mauvais aux yeux du Seigneur ; Dieu nous y met pour nous exercer à la vertu et à la patience , et pour nous apprendre la compassion envers les autres. > Saint V incent suppcwtoit donc toutes les peines avec joie. Durant sa longue et douloureuse maladie , un prêtre se rencontrant dans sa chambre lorsqu’on levoit l’appareil de ses jambes enflées , s’écria :«0 monsieur, que vos douleurs sont fâcheuses !

Quoil répondit saint Vmeent, vous appelez fâcheux l’ouvrage de Dieu mémel quoi! vous blâmez qu’il fasse souffrir un pécheur tel que moi! Dieu vous pardonne, monsieur, ce que vous venez de dire ! L’état de maladie est sans doute. insupporUible, selon la nature ; mais c’est un état de bonheur aux yeux de Dieu , car il nous met à même de faire juger nos forces. »

Cette résistance aux douleurs du corps u’é-

toit encore rien à côté de celte force morale qui faisoit de saint Vincent , selon l’expression d’un de ses biographes , une sorte de mur d’airain contre toutes les vaines considérations du monde. Jamais il ne céda aux injustes sollicitations, aux prétentions téméraires, lors même qu’elles éloient soutenues par l’éclat des noms ou delà puissance publique. Quelle constance, quelle force d’esprit n’a-t-il pas montrées lorsqu’il a mieux aimé recevoir dos alTronts et des injures plutôt que de consentir à la moindre chose qui fût contraire à la justice ou à la droiture , et pendant le temps qu’il a été employé dans les conseils de la reine , avec quelle fermeté ne s’est-il pas opposé aux desseins des plus çuissans, lorsqu’ils prétendoient obtenir des biens de l’Eglise et des bénéfices par des voies que le serviteur de Dieu n’estiraoit pas légitimes ou pour des personnes qu’il ne jugeoit pas capables 1 On rapporte qu’un magistrat d’une Cour souveraine l’ayant sollicité pour des intérêts qui lui étoient particuliers, saint Vincent de Paul demeura inflexible. Ce magistrat , bouillant de colère , lui dit de grossières injures; le saint, sans se troubler, lui dit : «Monsieur, vous tftehez , comme je crois, de faire dignement votre charge , et moi je dois tâcher de faire la mienne. » Il avoit aussi beaucoup de fermeté pour l’exécution de la règio et des principes. On ne sauroit trop se pénétrer de cette grande vérité , que l’indulgence pour les hommes ne doit jamais faire fléchir la règle, et saint Vincent, qui est l’exemple de la douceur et de la modération , fut aussi le modèle de cette fermeté de principes qtii seule

protège la foi. On rapporte qu’une al>besse, punie pour des fautes assez graves, s’adressa à l’ancieu prieur de Saint-Lazare , pour qu’il sollicitât saint Vincent, alors h la tête des ullaires ecclésiastiques du royaume. Leprieur de Saint- Lazare avoil des droits, comme nous l’avons dit , au souvenir et 5 la rcconnoissance de.

Vincent de Paul; car c’est à lui que la communauté devoit de spacieux bâtimens et des reve-’ nus considérables : il éprouva cependant un refus inflexible. Le prieur en fut vivement affecté. « Ust-ce ainsi , dit-il , que vous me traitez , quand je vous ai mis ma maison entre leS mains? est- ce ainsi que vous reconnoissez le. bien que je vous ai fait, à vous et à votre compagnie? 11 est vrai , répliqua l’homme de Dieu , que vous nous avez comblés de biens, et que • nous vous avons la même obligation que les enfans ont à leur père; mais ayez agréable , monsieur, de reprendre le tout , puisque , selon votre jugenvent, nous ne le méritons plus. »

Aces paroles, le prieur sortit un peu fâché; mais s’étant mieux Instruit de la conduite irrégulière de l’abbesse qui avoil été punie, il revint voir saint Vincent, et sollicita son pardon à genou.x (ôv)-

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