‹ Vie de s. Vincent de PaulChapitre 20 sur 28 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Doctrine sur Ckuniililé. — Prudence et " sagesse dé saint P’incent. ' '

ta doctrine de \ incent de Paul sur l’humK Eté est encore empreinle des douces inspira-

lions de la plus hante piété. Tout le bien qu’il taisoit, il ne l’allribuoit jamais à lui-mcine, mais h Dieu seul. « Si je fais une action publique et que je puisse la pousser bien avant, je ne Je ferai pas, mais j’en retrancherai telle nu telle , chose qui poun oit lui donner quelque lustre et h moi quehpie ri^iulation. De doux pensées qui me viennent en l’vsprit pour parler sur quelque sujet, quand la charité ne m’obligera pas de ' faire putriMuent, je produirai la incindrc au dehors, afin de m’hiuniliiT, , et je retiendrai la

plus bçllc pour la sacrifier à Dieu dans le se^ cret de mon cœur; car Notre Seigneur no se plaît que dans l’humilité du cœur et dans la , simplicité des paroles et des actions. »

« L’humililé , disoit-il dans une autre occasion , est une vertu si ludle', si dilficjle et si nécessaire tout h la Ibis, que nous n’y saurions assez penser : c’est la vertu <le Jésus-Christ , la vertu do sa sainte mère , la vertu des plus grands saints, enfin, c’est la vertu des missionnaires, j’entends que c’est la vertu dont ils ont lo plus de besoin dans- leur pénible carrière. Sachez , mes frères, que celui qui veut devenir un parfait missionnaire, doit travailler sans cesse h acquérir celte vertu d'humilité , et se donner garde de toutes les pensées d orgueil , d ambition et de vanité , comme des plus grands en- . nemis qu’il puisse avoir, leur courir sus aussitôt qu’ils paroissciit , et veiller exaclemonl pour ne leur donner aucune entrée. »

On cite plusieurs traits qui peuvent infcux encore nous faire juger jusqu’à quel Vincent de Paul porloit cette sainte vertu d humilité. .\ccompagPÆnt un jour un ccclcfiosU.-

que, il reoconira à la porte de

une pauvre femme ^ui lui demanda

en lui donnant le titre de moo$ei^p|#urÀiSall}k

Vin^nt lui répondit tout à coup : «

femme 1 vous me connoissoz bien mai ; car ifa

ne suis qu’un porcher et le (Us d’un pauvre vU-

lugeois. » P *

Une pauvre personne se recemmaikKMs un jour b ses prières. < Je vous offrirai à Dieu , lui répondit-il , puisqiie vous me l’ordonnez , mats j’ai besoin du secours des. bonnes âmes plus qu’aucune autre personne du monde pour les ^andes misères qui accablent la mienne et qui me font regarder l’opinion qu’on a de moi comme uji sentiment de mon hypocrisie, laquelle me fait passer pour un autre que je né suis. — Vous êtes un parliût chrétien , lui disoik un prélat. — O monseigneur I que dites-vous ? moi , un parfait chrétien I on me doit plutôt tenir pour un damné et pour le plus gratm'pt^ chour de l’univers. »

Dans les assemblées de piété et.de bienfaisance où se Irouvolt souvent saint Vincent ^ onr voyoit briller cette humilité sainte qui le poptoit sans cesse à déférer aux senlimens des autres. Jamais il ne cherchoit à faire prévaloir son opinion propre; il l’exposoit avec simpibcité , et de sa bouche ne sortirent jamais ces' pmcles d’orgueil qui semblent imposer l'obét»' sance dans les conseils. Un jour, l’une dcs'^ dames de la compagnie s’étant aperçue que saint Vincent suivoit toujours lu sentiment' des aiilres plptùt que le sien propre , en conçut de la peine, et ne put s’empêcher do lui reprocher doucement qu’il n’étoit pas assez ferme dans

ses .dessoins, bien qu’ils fusseot Içs meilleurs.

« A Dieu ne plaise , répondil-il , que mes chétives pensées puissent jamais prévaloir sur celles (les autres; je suis bie*n aise que le bon Dieu fasse ses affaires sans moi qui ne suis qu’un misérable. »

J’ai trouvé dans une histoire écrite à une époque contemporaine un passade assez curieux sur celte humilité de saint \incent : « Le saint homme a toujours tâché, y est-ii dit, d'insinuer çet esprit d’humilité dans sa compagnie : lorsqu’il demeuroit encore au collège des Bous-Enfans, il s’est mis plusieurs fois à genopx devant sept ou huit prêtres qui composoient cette confrérie , déclarant en leur présence les péchés les plus grands de sa vie pas- ^ sée. De quoi ils furent grandement touchés, ad-’ inirantla force de la grâce en leur supérieur, par laquelle il tcnoiiçoit si courageusement h celte inclination naturelle qu’ont tous les hommes à cacher leurs péchés; il tâchoil , en leur dé-’ couvrant scs fautes, do détruire en eux tous les sentimens d’estime qu’ils pouvoient avoir pour lui. 11 avoit cette coutume tous les ans, au jour de^ son baptême, de se' mettre' à genoux devant SC cocpmunauté et de demander pardon h Dieu de tons- les péchés qu’il avoit commis depuis tant d’années (jue sa^bonlé le souffroit sur la terre., priant la compagnie de lui pardonner tous les sujets de scandale qu’il pou- ▼oil avoir donnés et de demander pour lui miséricorde à Dieu. » ' ,

La simj)licilé de mœurs et d’habitudes est la conséquence de l’humilité chrétienne. La simplicité , a dit saint 'Ambroise , est comme le

jour serein de l’auie chrétienne qni n est point U’oiiblé ni obscurci par les nuages de la fraudé, ■ni du mensonge , ni de l’envie , ni par les déguisemens et artifices , mais qui emprunte sa lumière de la vérité même , et qui est éclairé des , splendeurs de la présence, de Dieu. »

L’homme saint dont nous présentons l’histoire s’iéloit fait une règle habiluclle de ces 'grandes maximes d’Ambroise : « La simplicité, cl ce sont les expressions d’un polit ouvrage qu’il avoit composé sur les moeurs du parfait chré- " lien , nous fait aller droit à Dieu , sans biaisement et sans aucune vue do* propre intérêt ni de respect humain. Noire Seigneur nous a fait connollre combien la simplicité lui est agréable par ces paroles qu’il adresse h Dieu son père : Confileor tibi , pater, quia abscondisti h(sc à • saplentibus et praderuibits et revelasti ta par- Je reconnois, mon père , que la doctrine que j’ai apprise de vous et que je répandrai parmi les hommes n’est connue que des petits et des simples, et que vous permettez quelles sages et les prudens du monde ne l’entendent pas, et que le sens et l’esprit de celte divine dootrine leur soient cachés.

Un jour qu’il donnoit des règles de conduite h quelques missionnaires qui alloienl évangéliser dans une province dont les habitans étoient ' plus instruits et plus adroits , il leur fit l’allocution suivante : « Vous allez dans un pays difficile parce que les Ivommcs y sont fins; or, si cela est, le meifleurmoycn de leurprolitcr est d’agir avec eux dans une grande simplicité; car ’ les maximes de l’Evangile sont enlièremeut «qiposées aux façons de faire* du inonde,, et

comme vous allez pour le service de Notre Sefgacur, vous devez aussi vous comporter selon son esprit, qui est iio esprit de droiture et de ’ simplicité : soyez simples dans vos habits , 'simples dans vos manières , simples dans nos cœurs et en toute chose , Dieu bénira vos travaux (33).»

Jésus-Christ parlant h ses apôtres s’exprime ainsi : Soyez en tout simples comme des colombes , et prudens comiiw'des serpens. Ces paroles nous font assez voir que la simplicité du cœur que demande l’Evangile n’exclut pas celte haute prudence , vertu nécessaire dans la conduite des affaires humaines. Saint Vincent avoit un esprit éclairé, un esprit sage; ses maximes sur lu prudence peuvent encore être recueillies avec fruit . parce qu’elles sont marquées au coin de la plus haute philosophie :

» C’est le propre de la prudence , annonçoit-il un jour h sa communauté , de régler et de conduire les paroles et les actions; c’est elle qui fait parler sagement et à propos , et qui fait (jii’on s’entretient avec circonspection et jugement des choses bonnes de leur nature et circonstance , et qui fuit supprimer ou retenir dans le silence celles qui vont contre Dieu ou q»ii nuisent au prochain , ou qui tendent à sa propre louange ou à quelque mauvaise fin ; cette . même vertu nous fait agir avec considération , maturité , et par un ton motif en tout ce que noi» faisons non-seulement quant h la substance de l’action , mais aussi quant aux circonstances, en sorte que le prudent agit comme il faut, quand il faut et pour la fin qu’il faut; l’imprudent , au contraire, ne prend pas la mar*

nière ni le temps, ni les motifs convenables, et c’est là son défaut, au lieu que le prudent, agissant discrètement, fuit toute chose avec poids, nombre et mesure. » Il disoit encore une autre fois, que c’éloit un effet de prudence et de sagesse non-seulement de parler bien et de dire de bonnes choses, mais aussi do les dire à propos, en sorte qu’elles fussent bien reçues et qu’elles profitassent à ceux à qui l’on parloit; que Notre §cigneirr en avoit donné l’exemple , lorsque parlant à la Samaritaine , il prit occasion de l’eau qu’elle venoit de puiser, pour lui parler de la grâce et lui inspirer le désir d’une pareille conversion.

Toute la vie de saint Vincent fut elle-même un modèle de prudence et de sagesse; sises institutions vivent encore aujourd’hui c’est que les fondemens en furent jetés avec ce haut discernement qui caractérisoit le serviteur de Dieu : il y avoit quelque chose de fort et de durable dans les étabiissemens qu’il fondoit; ce grand saint creusoit jusqu’au fond du cœur de l’homme pour s’emparer de tous les sentimens impérissables, et bâtir ensuite un édifice chrétien sur cette noble base.

Aux vertus des philosophes le chrétien doit unir d’autres devoirs ; il n’y a rien de plus grand ^ et de plus élevé dans la vie des fidèles que la mortification , et nous ne parlons pas ici seule* ment de cette mortifleatiou de la chair, de ces devoirs acétiques de la pénitence , mais de cette vertu qui consiste au renoncement de toutes choses. C’est une grande vertu , s’écrie saint Ambroise, de mépriser les biens de la terre; mais que cette vertu est rare et qu’il y a peu de

monde qui la mette en pratique ! Los mémoires contemporains nous donnent sur l’abnégation * entière de saint Vincent des détails précieux qu^ aouA allons rapporter.

>t>e saint ^'omme avoit fait vœu d’embrasser la pauvreté; il ne voulut jamais avoir rien en propre , et tous les biens qui lui furent donnés ou qu’il gagna durant une longue vie, il les mil dans sa communauté ; il no voulut jamais avoir de çl^mbre.qui lui fût destinée; il changeoit confnîuellé»ent , et lorsqu’il en choisissoit une , ji la vouloit sans' ornement , sans glace , sans fâuleaa; lorsqu’il alloil au réfectoire, on lé vit souvent Vécrier : ^ Ah ! misérable , tu n’aS^pas^ gagné le pain que lu manges. * Son vêtement consistoit en, une soutane fort usée; scs habits de, dessous étoient souvent déchirés. On le vit-dans la’galcric du Louvre, traversant le palais dè nos rois dans ce modeste costume, et jafnais un ornement quelconque ne le distingua dç la foule des autres prêtres. Dans la campagne, il. demandoit l’aumône, et on rapporte qu’à Sairit-Germain-en-Laye il alla même jusqu’à quêter un morceau de pain chez un pauvre laboureur, afin de se nourrir ; cela n’empêchoit pas cependant qu’il ne fôt libéral , et en quelque façon saintement prodigue, lorsqu’il s’agissoit -de faire quelque chose pour la gloire de Dieu QU pour le salut des âmes ; car alors U n’^pargnoit rien, et l’argent étoit pour lui comme du fumier ; quelquefois même il ne fit pas, 'difficulté de s’endetter personnellement pouf un si saint usage. S'adressant un jour à sa compagnie, il lui rappela que le premier devoir du chrétien est la pauvreté : Vous devez savoir

que celle vertu de pauvreté est le fondement de celle congrégation de la mission ; cette ^ langue qui vous parle n'a jamais, par la grâce .. de Dieu , demandé autres choses que celles que celte compagnie possède maintenant , et cependant il ne liendroit qu’à nous d’augmenter nos richesses et notre considération; mais hélas! que deviewlroit cette compagnie si l’attachement aux biens de ce monde s’y met ? Que dcviendroit-elle si elle donne entrée à celle convoitise des biens de ce monde ? Quelques grands Saints ont dit que la pauvreté éloit le lien des communautés religieuses ; c’est en effet ce qui la délie de toutes les choses de la terre et l’attache parfaitement à Dieu. O Sauveur 1 donnez-nous cette vertu qui nous attache inséparablement à votre service , en sorte que nous ne voulions et ne recherchions plus désormais que votre seule et pure gloire ! »

Nous n’avons présenté ici que les traits généraux des maximes et de la conduite do saint Vincent; il nous seroit facile de célébrer encore son égalité d’esprit , sa douceur, sa chasleteté ; mais ces tableaux rentrent nécessairement dans la biographie' du saint pasteur, et c’est là où nous avons cherché à faire ressortir les nobles accidens de cette belle existence; d’ailleurs les bornes indiquées pour cet ouvrage ne nous permettent pas de nous arrêter plus jongtemps sur des circonstances isolées qui n’offrent que de foibles couleurs 5 côté des actions plus grandes que nous avons eu soin de réunir dans les précédons chapilresi

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