ET ÉCLAIRCISSEMENS
(i) On n’éloit pas bien fixé sur la véritable orthographe du nom de saint Vincent. Queb-' , queS auteurs l’ont nommé Paule , quelques autres Paul , sans e ; Abély l’écrit de cette der- - nière manière. Je me suis procuré une lettre autographe de saint Vinceut ; et sa sig^iature es^ sans e , Paul, Quant au nom de ses parens , les ■ historiens contemporains l’écri vent Jean de Paul et Bertrande de Moras; c’est aussi l’orthographe d’ Abély . le plus ancien des historiens de Vincent de Paul. Le village de Pouy est à trois lieues de Dax ou Acqs, dans la Gascogne ( t’A»tjvxe Tarbtllicœ ) des anciens «aujourd’hui souspréfecture du département des Landes.
'' (a) Trois pièces trouvées après la mort de saint Vincent de Paul , constatent que le bienheureux prêtre avoit obtenu tous les grades en théologie : la première est une attestation authentique d’octobre i6o4« délivrée par le père Esprit Saran , docteur régent de l’université de Toulouse; la seconde et la troisième consistent en de «emblables lettres, signées Coellhez ^ /
chancelier de la même université: elles sont, rapportées par Abély , liv. p. 12 .
(5) L’histoire de la 'captivité d« saiot Vincent est toute entière dans la lettre qu’il écrivit d’Avignon , et qui a été trouvée dans les papiers d’un gentil-homme d’Acqs . on l’année i658 :
on (;n a conservé long-temps l’original aux Bons- Eufans. • .
(4) Voici comment s’exprime à ce sujet le pieux évêque de Rhodez : « Pendant son séjour à Rome , M. le vice légat le fit connoître au cardinal d’Ossat , lequel lui ayant plusieurs fois parlé, et connu la trempe de son esprit, en fut tellement frappé , et en conçut un jugement si avantageux , qu’ayant h' informer Henri IV d’une allaire. très-importante , qui ne pouvoit être hasardée par une lettre , d’autant qu’elle devoit être très-secrète et qu’il falloit l’exposer verbalement à sa majesté , ce grand cardinal ne trouva point de personne plus propre ni plus capable pour un tel emploi que M. Vincent , à la discrétion duquel il confia çe secret pour être porté avec assurance au roi. » (Abély , liv. i , ch. V. ) On a prétendu que le cardinal d’Ossat ' étoit mort au moment où saint Vincent. dq Paul vint è Rome. Abély, qui écrivoit à une époque contemporaine, me paroit mériter toute confiance sur de tels faits; le fait d’ailleurs observé qu’une telle erreur , si elle existoit réellement , auroit été relevée dans la critique amère que les jansénistes ont publiée sur le livre d’ Abély, sous ce titre : Défense de feu M. Vincent de Paul, instiijiteur et premier supérieur^ général de, la Congrégation de la Mission, contre le faux 'Discours du livre de sa vie , publiépar M. Ahir fy, évêque de Rhodez , et contre les impostures
9ur ce sujet. Paris, iG68, in- 4 *. Je n’y Irouvc pas celte prélehdue erreur relevée. r
(5) Il trouva h son entrée h celle cure l’é;^!isc fort pauvre , tant on ses édifices qu’en scs orneniens, et il entreprit de la faire rebâtir toute en- •> tière et de la fournir de tous les meubles et ornemens con’- en; ble> pour l’honneur du service divin , et il exécuta heureusement son entreprise, non pas à la vérité à ses dépens, car il ' étoit lui-incine pauvre, donnant tout ce qo.’il avoit à ceux qu’il croyoit dans l’indigence , et ne se réservant rien , ni aussi aux dépens des habitans qui n’étoient pas trop .accouiuiodés, mais par l’assistance des personnes de Paris, â qui il eut recours, et qiÿ secondèrent volontiers sa bonne intention.
(6) Ce fait est h peu près de l’année l 6 ^ 4 ^ Saint Vincent étoit entré dans la maison do Gondi en iGi 3 . Louis XiV est le premier prince qui ait proumlguo des ordonnances sévères contre le dite!.
(7) Fugit Moïses â facie régis Pharaonis, no etim aula regia inquinarct , no. palicnlia ; fiiga 1lla erat'tamen innocentiie , virlutis via pietajtis assûniptio. (Ambhos. , lib. de Fug. Laculi , cap. IV. )
Saint Vincent de Paul sortit de la maison de Gondi au mois de juillet 1G17.
(8) La seconde confrérie de charité fut établie à la suite d’une niis.sion faite à Villepreux et aux villages qui en dépeiidoient ; la troisième fut établie à Joigny; quatrième è Montmirail , etc. Le voyage de saint Vincent è Marseille pour le service des ;;alères est de 1622 ;
colnî (le Bordeaux est de lOaô. Je n'ai point parlé de qnelrpicp autres faits, mais qui m’ont paru peu imporiarîs dans l’histoire générale de Vincent de Pau!; telles sont la conversion de quelques hérétiques et la retraite do Vincent de Paul h Mâcon. J’al raconté plus tard les soins prodigués par le bienheureux Vincent de Paul au monastère do la Visitation.
(q) Voici le texte du contrat primitif de fondation du collège des Bons-Enfans par ]\I. et madame de Gondi.
c Ce. aujourd’hui, 17 avril iGaô, sont comparus noble et puissant seigneur, etc. , lesquels déclarant en premier lieu que Bien leur ayant donne depuis quelques années led(:sir de faire honorer tant en leurs terres qu’en autres lieux, ils avoient considéré qu’ayant plu h sa divine majeslépourvoir par sa miséricorde infinie aux nécessités spirituelles des haliitans des villes par quantité de bons docteurs cl vertueux religieux qnilcs prêchent et catéchisent, et qui les conservent en l’esprit de dévotion , il ne reste que le pauvre peuple de la campagne qui soit demeuré comme abandonné; à quoi il leur avoit «emhlé qu’on pourroit remédier par les pieuses «fxociations de quelques ecclésiastiques de doctrine^ piété el capacité connue , qui voulussent eenoncer tant aux conditions desdiles villes qu’à loua bénéfices* charges el dignités de l’Eglise, sous le hon plaisir dea prélats, el s’appliquer enlftrcmenl et purement au salut dudit pauvre peuple, allant dû village en village aux dépens dfî leur bourse commune , prêcher, instruire exhorter et catéchiser les pauvres gens, et lei* portée b (aire une confession générale
de loulc leur vie passée, sans en prendre au- ,cune rétrilmliou on quelque sorte et manière que ce soit , afin de distrihuer graluilomcnl les dons qu’ils auront gratuitement reçus de la ^main de Dieu; et pour y parvenir, Icsdils seigneur et dame, en rcconnoissance des biens et grâces qu’ils ont reçus et reçoivent journcllc- ' ment de sadite niajeslé divine, pour contribuer ÎJ Tardent désir qu’elle a du salut des pauvres âmes, pour honorer le mystère de l’incarnation de la Vierge, de la vie et de la mort de Jésus* Christ noire Sauveur, pour Tamour de sa Irèssaicte mère , et encore pour essayer d’obtenir la grâce de si bien voir le reste de Jeurs jours, qu ‘ils puissent , avec leur famille, parvenir è la gloire éternelle, et qu'à cet eh'et, lesdits seigneur et dame ont donné et aumdiié la somme de quarante mille livres, qu’ils ont délivrée comptant aux mains de M. Vincent de Paul , prêtre du diocèse d’Acqs, aux clauses et charges suivantes ; c’est à savoir que lesdits seigneur et dame rcnaeltent au pouvoir dudit ^ur de Paul d’élire et choisir dans ou en tel nombre de personnes ecclésiastiques que le revenu de la présente fondation pourra porter, dont la doctrine , piété et bonnes mœurs et iolégrité de vie lui soient connues, pour travailler audit œuvre , sous sa direction , sa vie durant : ce que lesdits seigneur et dame entendent' expressément, tant pour la confiance qu'ils ont en sa conduite que par Tcxpérience qu'il s'est acquise au fait desdites missions , es-‘ -^quelles Dieu lui a donné grandes bénédictions ; “nonobstant laquelle direction toulefois'lèsdits seigneur et dame entendent qu’iceiui Vincent
(îe Paul fasse sa résidence continuelle et actuelle eu leur maison , pour continuer à eux et ^ leur famille l’assistance spirituelle qu’il leur a rendue depuis lonj^iies années; que lesdits ecclésiastiques et autres qui désireront 5. pré-,’ 'sent et h l’avenir s’adonner h cette œuvre , s’appliqueront entièrement au soin dudit pauvre peuple de la campagne , et à cet effet s’obligeront de ne prêcher ni administrer aucun sacrement ès villes esqueltes il y aura archevêché, évêché ou présidial , sinon en cas de notable nécessité , que lesdits ecclésiastiques vivroient en commun , sous l’obéissance dudit sieur de Paul et de leur supérieur 5 l’avenir, sous le nom de Compagnie ou Congrégation des prêtres de la Mission ; que ceux qtii seront ci-après admis audit œuvre seront obligés d’avoir intention d’y servir Dieu de la manière susdite et <l’observer le règlement qui sera arrêté à la suite (l’icelle; qu’ils seront tenus d’aller de cinq ans en cinq ans par toutes les terres desdits seigneur et daine, pour y prêcher et confesser, catéchiser et faire toutes les bonnes œuvres susdites, et d’assister spirituellement les pauvres forçais, aiin qu’ils proütentde leurs peines corporelles, et qu’en ceci h^dit seigneur général salisfasseè ce eu quoi il se sent aucunement obligé . charité qu’il entend être continuée à perpétuité à l’avenir auxdits forçais, par lesdits ecclésiastiques, 'pour bonnes 'et justes considérations; et enfin que l<;^sdtts seigneur et dame demeureront conjointement fondateurs de. ladite œuvre , et comme tels* leurs hoirs et successeurs, desoendans de leur famille . jouiront à perpétuité des droits et prérogatives
concédés ol accordés «u patron par les saint? canons, excepté au droit denoimner aux charges, et auquel ils oui renoncé.
Fait h Paris, l’an et jour susdits. » ,
( 1 0) L’écrit de M. Lestocq , dont nous avons parlé , est ainsi intitulé : Récit qui a été escrii ctsipié de la main de M. Lcsloeq , docteur dt Sorbonne et curé de Saint Laurent , touchant ce qui s’est passé en C établissement des prêtres de la mission dans la maison de Saint-Lazarelés-Paris.
Je réunis ici en une même note quelques faits cl plusieurs pièces qui n’ont ))u entre! dans le corps de l’histoire de saint Vincent de Paul. ‘
sur. LES iTA.BLISSEHEN8 DE CHARIïli.
(11) M. Legras étnit secrétaire de la reine Marie deMédicis. L’établissement des dames de la Charité étoit déjà formé à Beauvais l’année précédente, 1628, sur la demande et la pressante sollicitalioD de l’évêque de ce diocèse , qui s’éloit plusieurs fois adressé à cet effet àu bienheureux Vincent de Paul.
Voici dans quel ordre les établissemens de charité eurent lieu dans les paroisses de Paris:
Sainl-Nicolas-du-Chardonnet.
Saint-Médard.
Saint-Benoît.
Sainl-Sulpice.
Saint-Paul.
Saint-Germain-l’Auxerrois.
Saint-Eus tache.
Saiat-André. ' • .
Saiîit-Jtîaii.
Sainl-Barlhéleioy.
Saint- Eticnne-du-Mont.
Saint- Nicoluÿ-(lüs-0hau)j>5.
Saint-llücli. ■
Sainl-Jacf{ues-(le-la-Boiichcrio.
Saint- Jacques-du-Jiaut- Pus.
Saint-Laurent.
Dansies années suivantes, presque toutes les < églises des faubourgs eurent leur assemblée dé charité.
C’e.st à l’année 1620 qu’il faut reporter la - 'première idée de congrégations religieuses des . pauvres filles servantes malades, approuvées par M. l’archevêque ch 1642. « Elle fut proposée , dit le pieux évêque de lihodcz , des l’an- •
" née iGoo, à i\I. Vincent, lequel a pu y avoir pensé devant Dieu et reconnu la nécessité de ce secours : il se souvint que dans les missions ' d’usage , on rencontroit quelquefois de bonnes -• . iilles qui n’avoient pas de disposition pour le mariage ni le moyen d’être religieuse , et qu’il pouvoit y en avoir do ce nombre qui seroieut bien aises de sc donner pour l’amour de Dieu au service des pauvres malades.
Sl!R LES"eX1'ANS trouvés.
Voici les paroles d’un contemporain sûr les . misères auxquelles ces pauvres eiifans étoient exposés :« Ils (les éohevins) les faisoient porter ci-devant en une maison qu’oh appeloit de la Couche, en la rue Saint-Landry, où ils étoient reçus par une certaine veuve qui y de-»*
meuroit avec uùe ou deux servantes , et sc chargeoildu soin de leur uourrllure; niab, ne pouvant suffire pour un si grand nombre , ni entretenir des nourrices pour les allaiter, ni nourrir et élever ceux qui étoient sevrés, faute d’un revenu suûisûiil , la ])lupartde ces pauvres "enfans mouroient de langueur en cette maison, où même les servantes , pour se délivrer de l’iiii' ])ortuuité de leurs cris, leur faisoient prendre une drogue pour les endormir, ce qui causoil la mort h plusieurs : ceux qui échappoienl 5 ce danger étoient donnés à qui venoit les réclamer, ou vendus h si vil prix , qu’il y en o eu )Our lesquels on n’a payé que vingt sous ; on es achetevt ainsi quelquefois pour leur faire le- '• 1er des femmes gâtées, dont le lait corrompu les faisoit mourir, d’autres fois jiour servir aux ^ mauvais desseins de quelques jiersonnes qui supposoient des enfans daus les familles , d’où naissoient d’étranges désordres; et on assure qu’on en avoit acheté (ce qui fait horreur) pour servir h des opérations magiques et diaboliques; de sorte qu’il sembloil que ces pauvres incoccDs fussent tous condamnés h la mort ou à quelque chose de pire, u’y en ayant pas un seul qui échappât à ce malheur, parce qu’ij n’y. avoit personne qui prît soin de leur eonsorvalioû; et, ce qui est encore plus déplorable , plusieurs mouroienl sans baptême , celle veuve ayant avoué qu’elle n’cu avoit jamais baptisé, ni fait baptiser aucun. »
J’ai conservé , autant qu’il m’a été possible, les touchantes doléances des évêques de Hhoa dez ; le tableau est bien triste , mais il est cona- f talé par d’autres monumens contemporains. .
SUR L’i'XKRCICR ORS OIlOIXANS.
Voici une correspondance, vraiment louchante , qui peut indiquer tout !o bien que produisirent les exercices des ordinans.
Lettre du supérieur de îïlchdim à M. Vincent,
Juin 164 [J.
Nous n avons que quarante-trois oi*dinans dont la modestie counnence à donner une né-^ cessaire édification, en sorte que les peuples qui les voient h roflice divin ne peuvent retenir * leurs larmes de tendresse, voyant l’ordre, la décence , la dévotion avec laquelle ils y assistent , si bien qu’il semble à ces bonnes gens de voir, non des hommes , mais des anges du paradis. A Dieu seul eu soit la gloire , et 5 M. le cardinal de Richelieu , qui nous a établis ici le mérite et la récompense , et à nous la honte et la confusion devant ces puissances célestes , et #. touchés d’être employés à un si haut ministère.
Lettre de M. d'Etampes , archevêque de Reims.
de ne saurois assez vous remercier de la faveur que vous m'avez faite de m’envoyer de vos ’ missionnaires pour faire les exercices de mes 'Ordinans. Je vous assure que j’en avois un très- ' grand besoin, et ils ne pouvoient aller eu lieu où ils fussent plus nécessaires , et vous feront eux-mêmes le rapport des grands fruits qu’ils y ont faits.
LtUrt de M. de l^scot , évêque de Chartres.
Mai i644-
Les deux missionnaires que vous m’ave^s envoyés ici pour les ordres de la Pentecôte sont dos ecclésiastiques très-honnêtes , sages , capables et soigneux , aussi ont-ils fait, grâce à de très-grands fruits, dont je vous suis inlimmcnl obligés , ainsi que tous les fidèles de mon diocèse; mais il nous faut de l’assistance que j’attendrai , s’il vous plaît , Monsieur , de votre charité, qui est si générale et si grande que vous ne la refusez è personne.
Lettre de C évêque de Saintes.
Mars 1645.
Nos prdinans vont avoir une merveilleuse bénédiction ; il y a maintenant autant de prêtres pour être reçus à ces exercices qu’il y en avoit autrefois dans les particuliers pour les j faire entrer.
son LES HISSIONS AUX ARMÉES.
Let&c de saint Fincent sut la situation de Paris,
« Paris appréhende d’être assiégé par les en hemis qui sont entrés dans la Picardie , et qui la ravagent avec une'grande armée dont l’avantgarde 8 otend jusqu’à dix ou douze lieues d’ici , de sorte que tout ce plat pays vient se réfugier à Paris , et Paris est si épouvanté , que plusieurs dé ses habitans vont se réfugier en d au-.
"■corde à plusieurs par ’ce petit secours, et que ’ peul-filre cela ne nuira pas aux l>oos services (les arnîdcs du Roi,
(12) Voici ce qu’a écrit uD membre de rassemblée réunie pour réparer les malheurs de la guerre, sur les secours fournis par saint YIot cent dans les circonstances déplorables où se trouvoient les provinces envahies : * M Vincent étoit.toujours le premier h donner; il ouvroU ' son cœur el sa bourse , de sorte que , quand il manquoit quelque chose , il conlribuoit de tout le sien , et sc privoil des choses qui lui étoîenl nécessaires pour achever l’œuvre commencée.
Une fois même que , pour parfaire une somme considérable , il étoil Lesoin do 3oo livres, il Iqs donqa aussitôt , cl J’on sut que ç’éloit dos de»» niers qu’une personne charitable lui avo)t donnés pour lui avoir un cheval meilleur que le sien , qui étoil diverses fois tombé sous lui de foiblüsse , . étant cxlrômemcnt vieux; mais il aima mieux souffrir de se mettre en péril d’être blessé que de laisser des personnes qu’il çroyoit dans le besoin sans tes assister, t
Déjà, à celte époque , les homme® pieux pen- „ soient à secourir les catholiques de l’Irlande et de l’Ecosse : voici un document précieux j 0 (îsl de la main même de saint Vincent | a Je fus un jour chargé , dit-il , de prier M. le cardinal de Richelieu d’assister la pauvre Ifibernle; c’étoit du temps que l’Angleterre avoit la guerre avec son Roi ; ce qu’ayant fait : Ah ! M, Vincent , me dit-il , le Roi a trop d’affaîr(is pour
f touvoir renlreprendrci. Je lui dis que le paj>e e seconderoil , et qu’il offrait pour cela cent ^ niilc écus. — Cent mille écus I répliqua-t-il, ne
sont rien pour une armée ; il faut tant de soldais, tant d’équipages, tant d’armes et tant de ■convois partout 1 c’est une grande m'achine qu’une année ; elle ne remue que malaisément. »
( Abèly, pièces justificatives , page 170. » ) (i 5 ) Saint Vincent de Paul apporta toujours un grand zèle et une haute couscience dans toutes les questions qui lenoient au ministère qu’on lui avoit confié. Voici un fait à ce sujet î^sez curieux pour être remarqué.
La Cour étoit depuis quelques années hors de Paris ; RI. le cardinal Rlazarin ,qui présidoit alors le conseil , écrivit la lettre suivante à Vincent de Paul :« Monsieur, ces lignes sont pour vous dire que Rî. N. ayant dépêché ici pour demander à la Reine l’évêché de N. pour monsieur son fils, qui est venu à vaquer depuis quelques jours , elle lui a accordé d’autant plus volontiers qu’il a les qualités requises pour en être pourvu , et que S. RI. a été bien aiso de rencontrer une occasion si favorable de reconnoîlrc les services’ du père en la personne de son fils. La Reine m’a promis de vous en écrire elle-même , et j’ai voulu faire par avance, afin que vous preniez la peine de le voir, et que vous lui donniez les instructions et les lumières que vous jugerez lui être nécessaires pour se bien acquitter de ses fonctions. » Cette lettre, en quelque sorte , impérative du ministre mit saint V’incent dans une position cruelle; d’uno part , il ne vouloit point déplaire à la Reine ni au cardinal son prélnier ministre; de l’autre il savoit que la personne dont on lui imposoU le choix n’étoit ni digne ni capable des fonctions de l’épiscopat. Dans celte position diflicile , Vin-
tient de Paul n’hésila point; il ull.i trouver l‘>. père du jeune homme qui avoit sollicité l’évêché. « N’exposez pas votre fils aux tristes cou séquences d’une indigne promotion , lui dit-il, » Le père l’écouta attentivement , cl après avoir qu';ique temps hésité , il offrit la démission de soniils è la Reine cl au cardinal Mazariu.
(i4) Madame la duchesse d’Aiguillon se déclara la protectrice des Filles delà Croix; elles furent d’abord établies dans scs domaines avant de s’étendre dans tout le reste du royaume.
Les filles de celle congrégation , dit saint Vincent de Paul , s’emploient non-scuieinent à former celles qui se présentent pour les rendre
f iropres k instruire utilement et chrétiennement es autres selon leur institut , mais elles exercent aussi toute sorte do charités spirituelles ■qui leur sont convenables à l’égard des personnes de leur sexe , et principalement envers les pauvi-es, tenant la porte de leur maison et encore plus celle de Ifcur cœur ouverte pour les recevoir et pour leur rendre toute sorte d’assistance en leur besoins spirituels, soit en les instruisant des choses nécessaires à leur salut , soit en les disposant k faire de bonnes confes sîons générales, ou en les recevant quelquefois en leur maison pour y faire une retraite selon le besoin qu’elles peuvent en avoir.
(i5) Pour apprécier les opinions do saini Vincent de Paul sur les erreurs de Jansénius, il faut comparer Thistoire d’Abély et la réfutation publiée sans nom d'auteur, dout j’ai déjk paHé. L’ouvrage d’Abély est favorable aux Jésuites, la réfutation ne l’est point.
Il sera peul-êlrc assez curieux de faire ici cen- ' iioîlre quelles àtoieut les firmes upiQioos de ■ saint Vincent de Paul sur la doctrine de Jansenius.
Un homme qui dloit intimement lié avec saint Vincent de Paul , lui demanda s’il ne seroit pas possible d’apporter , quelque tempérament à la chaleur avec laquelle ou pressoit les sectateurs de la doctrine de Jansénius. Quoi ! lui disoit cet homme , vous voulez donc les pousser à bout?
Ne vaudroit-il pas mieux faire un accommodement degré à gré? SaintVincent lui répondit en ces termes : Lorsqu’un différent est jugé, U n’y a plus d’autre accord à faire que de suivre le ^ lugeincnt qui en a été rendu. Avant que ces Messieurs fussent condamnés .* iis ont fiyt tous leurs cflorts afin que leur doctrine pernicieuse prévalût sur la vérité ; depuis que le Saint-Siège; a décidé la question à leur désavantage , ils ont donné divers sens aux constitutions pour m éluder l’effet , et quoique d’ailleurs ils aient fait le semblant do se soumettre au pape et de re- ■oevoir les constitutions dans le véritable sens auquel il a condamné les propositions de Janaénius , néanmoins les écrivains de leur parti . i^ui ont soutenu ces opinions et qui ont fait des livres et des apologies pour les défendre , n’ont pas encore dit et écrit un mot qui paroisse les désavouer ; quel accord pouvons - nous donc faire avec eux s’ils n’ont une véritable cl sincère intention de se soumettre? quelle modération peut-on apporter h ce que l’Eglise a déjà décidé? Ce sont des matières de foi q|^ui ne peuvent souffrir d’altération ni recevoir de composition et par conséquent nous ne pouvons les ajuster aux
'sunllusens de ces Messieurs ; mais c’est à eux à soumellrc la lierlt^ de leur esprit et 5 se réunir 5 nous par uuo sniale créance. et par une vraie et sincère soumission au chef de l’Ef^lise; sans cela il n’y a rien à faire rju’à prier Dieu pour leur conversion.
(16) 'riüt hôpital porta d’abord le nom ds Jésus; dans le principe , 011 ne recevoit un nou^ veau pauvre que lorsqu’il en éloit mort un dans l’hospice. Saint Vincent agrandit do beaucoup ce nombre, a Cependant, dit-il, selon sou sentiment, il estimoit qu’il no falloit d’abord qu’un essai , et prendre cent ou deux cents pauvres , i et recevoir ceux-Ih seulement qui viendroient de feur bon gré, sans eu contraindre aucun; que ceux-là , étant bien traités et bien edntens , doU' neroient do l’altfait aux autres, et qu’ainsi l’on . augmenteroit le nombre à mesure que la Providence enverroit des fonds; qu’on étoit assuré de ne rien gûler.cn agissant de la sorte , et qu’au contraire la précipitation et la contrainte dont on’ useroit pourroit .être un empêchement au dessein de Dieu ; que si l’œuvre éloit de lui, die réussiroit et subsistcpoit; mais que si elle étoit seulement de l’jndustrie humaine , elle n’iroit pas* trop bien ni trop' loin. » Saint Vincent de Paul prononça cessagcsparoles dans une aséeutblée des dames de la Charité.'
(17) Voici la lettre que le cardinal Durazzo adressa à saint Vincent de^ Paul , pour lui annoncer , au nom du Saint-Siège , la dispense des fonctions de directeur de la mission durant
. sa longue maladie.
Les fonctions des prêtres de la mission reçoi^’ent le mouvement et l’impulsion des oxem-
pies de leur supérieur général ; ce qui est cause ([lie loiile personne bien inlcnlionnéc doit prier Dieu de lui prolonger la vie et de lui donner une parf-iite santé , pour rendre de plus longue durée l’origine d’un tel bien; cl, coniinc je prends un très-grand intérêt dans les heureux progrès de ce grand institut , et que j’ai conçu une afl’eclion pleine de tendresse pour Toîre personne , étant informé de votre âge , de vos fatigues et de votre mérite, je me sens nécessairement obligé de vous prier, comme je fais, de vous prévaloir de la dispense du Saint-Siège , de préposer le soin de votre personne au gou- ^ vernemeht de ses chers eufans, et de dénier à la dévotion de votre esprit les occupations qui peuvent porter préjudice au long maintien do votre vie , et cela pour le plus graud service do Dieu. » De Rome , ce 20 septembre 1C60.
Avant la mort de saint Yincrnl de Paul , souvent on lui entendoit dire: En dix jours, co misérable corps de ce vieux pécheur sera mis en terre, et sera réduit en cendre , et vous le foulerez aux pieds.
11 y a tant d’années que j’abuse des grâces du Seigneur ; hélas ! mon Dieu, je vis trop long-temps ; vous me laissez , et avez tiré 5 vôus vos serviteurs. Je suis cette ivraie qui gâte le bon grain que vous recueillez , et me voilà occupant toujours inutilement la terre. Vt qtiid terram occupa ? Or , sus , mon Dieu , que votre volonté soit faite , et non la mienne.
(18) La division que nous avons adoptée ne nous a point entraînés dans des répétitions ; nous — avons d’abord fait l’hisloire de l’homme saint , puis celle des institutions qu’il a fondées. Dans
( ao(j ) ' •
celle manière diCeieiile d’envisager le sujet, ii y a des faits et des considéralions qu’il uc faut |)oinc confondre ; il est bien certain , en effet , que dans l’hisloire particulière * de rhouinie , nous avons dù omettre des circonstances qu’il a fallu recueillir soigneiiscineul dans l’iiistoire des institutions , et omettre dans l’hisloire des institutions des faits qui ne tiennent qu’à la personne.
(19) La partie de l’histoire d’Abcly qui traite des missions est la plus soignée et la plus étendue. ( V oyez Liv. 11 de son histoire. )
DES SUSSIONS BELIGIEUSES.
(20) Je cite ici encore une de ces lettres de saint Yincenl, où la morale la plus douce envers les hérétiques comm«nde en quelque sor!'e
- l’admiration : « Cessez , y dit-il , toutes sortes
- de disputes et d’invectives contrôles hérétiques; montrez-vous patient et débonnaire , lors même qu’ils s’échapperont contre votre croyance; la vertu est si belle qu’ils seront contraints de l'ai^
*'iner en vous si vous la pratiquez bien. 11 ^st à souhaiter que dans le service que vous rendrez,^ vous ne fassiez point exception de personne , et vous ne mettrez pas de différence qui paroisse entre les catholiques et les huguenots , afin que ceux-ci conaoissenl que vous les aimez en Dieu.» Cotte lettre est adressée aux missionnaires débarqués pour l’de de Madagascar , et qui se trouvoient sur un même navire avec des prolestans.
^ Toute la corTespondance épiscopale constate les bienfaits des missions religieuses. A celte
époque , OU trouve dos IcUres uombreuses sur ce sujet ;
Do l’éveque de Saillies , i 654 , i 04 o, iG 4 a>
De l’évêque de Maude et de Saint -Fleur, iG 36 , 1G57.
De l’évêque de Genève , 1G40, 1644» 1G47.
Do l’archevêque de Iieiius , iG 43 .
De rarcheveque de Rouen , iG 5 G.
De l’évêque de Saint-Ï^Ialo , 1657. ’ ^ .
De l’évêque de ïroic , iGô?.
De l’évêque de Montaubau , iGôo.
De l’évêque de Luçcu , iG 3 S. ' '
~ (21) Voici la lettre originale du supérieur des Missions à Rome , qui ju*ut donner uue idée des bienfaits de la^ prédication évangélique dans les contrées barbares de i’itaiic.
< Nous avoDS fait une mission dans un lieu dont nous supprimerons le ucm , qui est ,un bourg composé de trois mille âmes, sur le'passage de Rome h Naples. Pendant un mois que la mission a duré , nous avons trouvé des mi- ** aères et des discordes épouvantables: la plupart des hommes et des femmes ne savoient point ni le Pater, ni le Credo, et encore moins les au- . très choses nécessaires à leur salut. Il y avoit quantité d’inimitiés invéléi'ées; les blasphèmes y étoieut très-communs, mais c’étoient des blasphèmes qui faisoient horreur; plusieurs personnes de toute- sorte d’état vivoienfen concubinage ; il y avoit plusieurs femmes publiques et débauchées qui corrompoient la jeunesse ; ' et avec tout cela nous avens trouvé de grandes
opposilioiis et résistances, cl le malin esprit nous a donné (le violentes olUupies du côléuiêuie de ceux tjui dévoient davantage nous appuyer.' Enfin, celle mission a été une souffrance presque continuelle pour nous; cependant ce peuple a commencé à ouvrir les yeux , et la grâce de Dieu y a produit de grands biens. Quatre filles débauchées se sont converties, et entre les concubinaires, un des plus obstinés (jui vivoit depuis douze ans dans un adultère public et causoit beaucoup de désordre en sa l'aiuille -et de scandale dans le bourg, s’est converti; un autre grand fruit entrç tous les autres qui se recueillent ordinairement aux missions, leur avoit fait quitter un péché abominable qui ne se nomme point auquel ils étoient extraordinairement sujets. La communion générale s’est faite avec de grandes dispositions, et tous ont été fort touchés d’eutendre les pleurs et les gémissemens, et de voir les larmes des âmes cont^erties,
(‘ia) Sur'lps missions dans le levant et les , efforts de saint ViUcent pour seconder ce zèle évangélique , {vqye: Abély, liv. 2 . chap. v. )
(23). 11 faut lire et méditer les instructions suivantes, données par saint Vincent aux missionnaires destinés pour l’île de Madagascar.
« Cette île est vers le Capricorne , elle a quatre cents lieues de longueur et environ cent soixante de large; il y a de pauvres gens dans l’ignorance d’un Dieu , que l’on trouve cepen- ' danl simples, sans esprit et fort adroits ; pour y aller on passe la ligne. La première c^se que vous aurez à faire , ce sera de vous mouler sur
' \ ( 2IQ ) . ■ ' ' ' .
It voyage que fille grand saint François Xavier, de servir et édifier surles vaisseaux qui vous conduiront, y établir les prières publiques, si faire se peut, avoir grand soin de n’incommoder et s’accommoder toujours pour accommoder les autres, procurer le bonheur do la navigation qui dure cinq cl six mois, autant par la prière et la pratique de toutes les vertus, que les mariniers feront par leurs travaux cl leur adresse, et à l’égard de ces Messieurs qui ont l’intendance de celle navigation et de leurs olliciers, leur garder toujours un grand respect; être pourtant fidèle h Dieu pour ne manquer scs intérêts, et jamais ne ti^ahir sa conscience pour aucune considération , mais prendre soigneusement garde de ne pas gâter les aftaires du bon Dieu pour en trop" précipiter, prendre bien son temps et savoir les attendre; quand vous serez arrivés en celte île , vous aurez premièrement à vous régler selon que vous pourrez, il faudra peut-être vous diviser pour servir en diverses habitations, il faudra vous voir l’un et l’autre le plus souvent que vous pourrez pour vous consoler et vous fortifier; vous ferez toutes les l'nnclions curiales â l’égard des Français et des idolâtres convertis ; vous suivrez en tout l’usage du concile deTrenle, et vous vous* servirez du rituel romain; vous ne perfneltrez pas qu’on , inlrodniso aucun usage contraire, et si déjà il yen avoil , vous lâcherez doucement à ramener les choses à ce point ; pour cela il sera bon que vous emportiez au moins deux rituels romains. Je sais combien votre cœur aime la pureté, il^ous en faudra faire un grand usage, attendu que ces peuples vicieux en beaucoup
. * ( ) ile’choses le sont parlicHÜèrenieiil »le ce côlëlà ; la grûce infaiiliLle de votre vocation vous garantira do tous ces dangers; nous aurons tons les ans de vos nouvelles et nous vous donnerons des nôtres. Il est n«icessaire de porter des fers pour faire des pains pour célébrer in sainte messe , des huiles saintes pour le baptême et rextrême-onction; vous aurez une lettre patente de nous ou plein pouvoir de M.
Nonce, lequel a grandement cette œuvre à cœur; avec ceia je me donne absolument h vous, au moins pour vous offrir h Dieu tous les jours qu’il lui plaira de me laisser sur terre , et s’il lui plaît me faire miséricorde pour nons revoir dans l’éternité et vous y honorer comme une personne apostolique., Je finis prosterné esprit à vos pieds, demandant qu’il vous plaise ni offrir h notre commun Seigneur, afin que je *lui sois fidèle , et que j’achève en son amour le chemin qui conduit à l’éternité. »
«Vincent na Paii.. *'
(24) Ces considérations sur les missionnaires, nous ont éfé inspirées par lescirconslanccs qui tiennent ail temps présent ; *nons n’approuvons pas sans doute les excès d’un zèle mal éclairé, mais les prédications de l'Evangile peuvent-elles jamais être nuisibles à l’ordre social? Je ne dis pas seulement les hommes religieux , mais toiis les hommes raisonnables ne peuvent nier que les missions chrétiennes ont principalement contribué h civiliser l’une ot l’autre né'TilSphère II y a quelques'beauxpassages sur les prédica- • lions chrétiennes dans Bloiitesquieu. Dans la crainte de donner trop d’étendue au chapitre
.^(les missions, je u’ai point parlé de celles, qii. ^ 7 f parlèrent les lumières de la foi dans la Pologne ,
' et les îles Hébrides, dont Abély a parlé livre II , section xo. ^ ' ' —
(95) Voici ce qu’écrivoil l’évôqne de Beau-vais sur l’institiition de confréries de charité :
^ « Que si quelqu’un désire savoir sur quoi se prend la dépense de ces confréries, la 'plupart n’ayant aucune rente;, je leur dirai que c’est sur les fonds de la Providence divine ] laquelle n’a pas encore permis qu’aucune- de ces confréries où l’on a pareillement observé le règlement , ait manqué des choses nécessaires pour assister les malades ; l’on fait premièrement une quête générale dans les paroisses, lorsque cette con- , frérie y est établie, d’où l’on tire pour l’ordinaire un petit fonds plus ou moins grand , selon la commodité dos lieux , et en même temps on en fait une autre de quelques meubles, linge cf ustensiles nécessaires, et les quêtes qui se font ensuite les dimanches et fêtes dans l’église se trouvent presque suffisantes pour l’entretien do l’œuvre , surtout quand les officiers pratiquent les avis qu’on leur laisse pour procurer le bien et l’avantage de la confrérie, et que ces amis du ciel SC donnent la peine d’y tenir la^^maip. »
(26). Il nous a été impossible de citer dans < le texte tous les règlemens de sainf Vincent de é- Paul sur les Filles de la Charité : void encore de^ conseils d’une douce prévoyance.
• Ayea an très-grand respect pour messieurs les ecclésiastiques des paroisses où vous serez résidentes ;ne leur parlez cependant et ne les' visitez qu’au confessionnal à moins de nécessité.
N’ullcz jamais seules chez eux ; ne 1rs recevez •pas non plus dans vos chambres. Dans leurs maladies il ne faut leur prêler secours ni leur 'fournir de remèdes que s’ils sonlpauvrcs et sans .appui; ne vous chargez ni du blanchissage de surplis, aubes et autre linge d’<ligliscet des autels, ni du soin et entretien des lampes et antres semblables occupalions , lesquelles , quoique saintes, ne sont pas conformes à vos statuts , parce qu’elles vous détournemient du service des pauvres. Et h l’égard des laïques et séculiers, de quelque condition qu’ils soient , Une faut pas non plus les visiter sans nécessité, ne point perdre de temps et se familiariser trop che^ eux , et lorsqu’ils sont riches, il faut bien se garder dea soins de leur personne, de celle de. leurs enfans, surtout de leurs domestiques, tout cela n’étant pas de votre institut qui vous applique au service des pauvres malades et non pas des riches. Je vous recommande toutes ces ^choses, comme plus importantes qu’elles ne paroissent d’abord, vu que ces occupations étant en général plus faciles et plus agréables selon le monde, on s’y adonneroit plus volontiers selon l’inclioalion de la nature , et ainsi peu à ' peu vous. vous éloigneriez de ce que Notre Seigneur demande de vous’, et do la fin pour laquelle votre petite compagnie a été instituée, a (ay) Il faut voir quelles étoient les déptorw)les misères que saint Vîncenl entreprit de soulager ; une lettre d’un missionnaire qui nous ~ est testée peut en donner une juste idée ; elle est écrite de Saint-Quentin. :' a *.
t Quel moyen de subvenir h Sept on huit caille pauvre? qui meurent de faim , à douze
^ ( 2iG J •
renls refucciés, h trois cent cinquante malades (]ui ne se peuvent nourrir qu’avec du potage et fie la viande , à trois cents familles honteuses tant de la ville que dos champs, qu’il faut assister secrètement pour tirer plusieurs hiles du dernier naufrage , et éviter ce qui arriva l’autre jour à un jeune homme , lequel , pressé de la nccessilé , voulut se tuer avec un couteau, et anrfut commis ce crime si l’on n’eùt couru pour l’eu empêcher ? On trouva l’autre jour un prêtre mort dans son lit , et l’on a découvert que c’é- ' toit pour ne pas trouver è gagner sa vie.
B La soufirance des pauvres no se peut exprimer; si la cruauté du soldat a forcé ces malheureux à chercher les hois, la faim les en a fait sortir, et ils se sont réfugiés ici. Il est mort près de quatre cents malades.xîl la ville qui ne pouvoit les assister en a fait sortir la moitié qui sont morts peu à peu étendus sur les grands chemins, et ceux qui nous sont demeurés sont en telle nudité qu’ils n’osent se lever pour venir nous trouver.
B La famine est telle que nous voyons les hommes tnangeant la terre , Lroutant les herbes, arrachant l’écorce des arbres, déchirant enfin les méchans haillons dont ils sont couverts pour les avaler; mais ce que nous n’oseriorrs dire si nous ne l’avions vu, et qui cependant fait horreur, ils se mangent les bras et les mains , et meurent dans le désespoir. Nous^ 4 avons trois mille pauvres réfugiés , cinq cents malades , sans compter la pauvre noblesse et les pauvres honteux de la ville dont le nombre augmente sans en finir. •
Les missionnaires ' de Guise s’écrivoient :
-« Dans'plusieurs villes ruinées, les principaux bnbitans sont dans une honteuse nécessité; la pâleur de leur visage montre assez quel est leur besoin , et qu’il les faut assister aussi bien q^ie la pauvre noblesse de Choisy , laquelle, se voyant sans pain et réduite sur la paille , souffre eneore la honte de n'oser mendier ce qui leur est nécessaire pour vivre. Et d’ailleurs à qui pourroit-elle le demander, puisque le malheur de la guerre a mis une égalité de misère partout ? Plusieurs monastères de filles sont dans une grande pauvreté ; elles souffrent de faim et de froid , et seront contraintes on de mourir dans leur clôture ou de la rompre pour vaguer dans îe monde en cherchant de quoi vivre. »
Les missionnaires de Suissons écrivoient :
« riousavonsfaitla visite des pauvres de ces lieux et des autres villages de cette vallée , où l’alllic- . tien que nous avons vue surpasse tout ce qu’on noQS a mandé. Car, pour commencer par les églises, elles ont été profanées, le saint Sacrement foulé aux pieds, les calices et les ciboires emportés, les fonts baptismaux rompus, les or- '' nemens pillés, en sorte qu’il y a plus do vingtcinq églises en cette petite contrée où l’on ne peut célébrer la messe.
* La plupart des habitans sont morts dans les " bois , pendant que l’ennemi occupoit leurs maisons; les autres y sont revenus pour y finir leur vio , car nous no voyons partout que malades; noos en aurons plus de douze cents, outre six cents languissans, tous répandus en plus de trente villages ruinés; ils sont couchés sur la
Içrrc et dans des maisons deini-déinoües et dé couvertes, sans aucune assistance ; nous trouvons les vivans à côté des morts, et les petits enfans sur le sein de leur mère expirante. »
Voilà cependant toutes les misères que répara iainl Vincent et ses pieux missionnaires !
(28) Dans un petit écrit de la main de saint Vincent de Paul , voici comment' sont définies les retraites spirituelles : « Par ce mot de retraite ou exercice spirituel, il faut entendre un dégagement de toutes affaires et occupations temporelles , pour s’appliquer sérieusement à bien connoitre son intérieur, à bien examiner l’état de sa conscience , à méditer, contempler, prier et préparer ainsi son âme pour la purifier de tous ses péchés et de toutes ses mauvaises affections et habitudes, pour se remplir du désir des vertus, pour chercher et connoitre la volonté de Dieu , et, l’ayant connue, s’y soumettre, s’y conformer, s’y réunir, et ainsi tendre , arriver à sa propre perfection. »
Le pieux fcrvileur de Dieu éloit toujours dans l’admiration sur les heureux résultats des retraites spitiluelles. S’exprimant un jour en. présence de la communauté de Saint-Lazare , il disoil : «V O , messieurs! que nous devons bien estimer la grâce que Dieu nous a faite de nous amener tant de personnes pour faire leur salut I il y viant ineme beaucoup de gens de guerre , et ces jours derniers, il yen avoit unqui me disoit : Monsieur, je m’en vais bicnlct m’exposer dans les combats; je désire me mettre eh état; j’ai des remords de conscience , et dans le doute de ce qui doit m’arriver, je vais me disposer à
ce que Dieu ordonnera de moi. Nous avons maintenant céans, par la grAce do Dieu , bon nombre de personneseii retraite. O , messieurs! quels grands biens cela ne pcul-il pas produire , si nous J travaillons lidèlcment ! mais
3 uol malheur si celfc maison se relâche un jour e£ctle pratique ! Je vous le dis, mes frères, je crains que le temps ne vienne auquel elle n’aura plus ce zèle qui jusqu’à présent lui a fait recevoir tant de personnès en retraite. Et alors qu’arriveroit-il? il seroit à craindre que Dieu n’ôlât à la compagnie non-seulement la grâce de cet emploi , mais qu’il ne la privât même de tous les autres. On me disoit avanthier que le parlement avoit dégradé ces joursci un conseiller, et que , l’ayant fait venir en la grand’chambre , où tous les autres étoient assemblés, il lui commanda d’ôter la robe rouge et son bonnet , comme indigne de ces marques d’honneur et incapable de la charge qu’il avoil : la même chose nous arriveroit , messieurs, si nous abusions de la grâce de Dieu, en négligeant les premières fonctions; Dieu nous les ôleroit comme indignes de la condition oii il nous a mis, et des œuvres auxquelles il nous a appliqués ; et pour bien bous persuader quel grand mal ce nous seroit si Dieu nous privoit de l’honneur de lui rendre ce service, il faut considérer que plusieurs viennent céans faire leur retraite , pour connoilre la volonté de Dieu’dans le mouvement qu’ils ont eu de quitter le monde.
Une autrefois il disoit : « Je supplie cette communauté de remercier Dieu pour l’attrait qu’il donne de faire les retraites à tant de per-
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s&uae&, aue c’est merveille; laol d’ecclésiasliquea de la ville et des champs qui qoitleot tout pour cela , tant de personnes qui prêchera abaque jour pour y être reçus, et qui le demain dent avec instance long-temps auparavant Oruod sujet de louer Dieu ! Les uns me viennent dire': Monsieur, il y u tant de temps que je de^ monde celte grâce, tant de fois qne je suis Venu ici, sans pouvoir l’obtenir; les autres : /'ai achevé mes études, je suis obligé de me retirer et de sonçer à ce que je dois devenir^
- les autres : Monsieur, j’en ai grand besoin ; ali , monsieur ! si vous lo saviez , vous m’accorde- riez bicutût celte consolation. Il y a même des vieillards qui viennent pour s’y préparer à la mort. Grande faveur, grande grâce que Dieu a faite à celle maison d’y appeler tant d’amis aux saints exercices , et de se servir de cette famille comme d’instrument pour leur conversion ! à quoi devons-nous penser qu’à gagner une âinii à Diou !
« Remercions Dieu mille et mille fois de ce qu’il lui a plu choisir in maison do Saint-Lazare pour être un théâtre de sa miséricorde , oii le Saint-Esprit fait une descente continuelle sur les âmes ; que la maison de Saint-Lazare soit un lieu où la miséricorde descend du roi des rois dans les âmes bien disposées de ceux qui viennent ici fairf leur retraite! Suivons-les, non eommo do simples hommes, mais comme des hommes envoyés du Dieu; n’ayoïis aucune aooeplion de personnes; que le' pauvre nous soit aussi cher que lo riche , et même encore davantage, étant plus conforme à l’état de b v’ie «.jue «ésus-Chrisl a menée sur la terre. J’ai re-
. ( ) commandé an de cos pauvret à vo« prières, gci CD a un besoin particulier, et qui est capablft de faire beaucoup de bien.
a Nous avons céans un capitaine de chevaux qui veut être Chartreux, et qui nous n été envoyé par ces bons père» , pour éprouver sa vocation, selon la coutume. Je vous convie de ie ropom> mander à Notre Seigneur , et en même temps voyez combien est grande sa bonté d’aller ainii
S rendre un homme lorsqu’il est engagé fort avaid ans un état si contraire è celui auquel il aspim maintenant. Adorons celte mystérieuse Providence , et recoDooissons que Dieu ne fait point acception de personnes, mais qu'il en prend de toutes sortes d’états par son iniloie bonté, et prend ce qui lui semble. >
A ces témoignages des sentimens tout chrétiens qui anitnorent Vincent de Paul dans celte pieuse hospitalité , noua allons en ajouter d’ai>- , 1res non moins importons ; ce sont les lettres de
f tersonnes de toute condition 'qui avoient fait eur retraite à Saint- Lazare.
Véfei une lettre d’un prêtre dn diocèse de Montpellier :
« J’ai reçu tant de témoignages de bienveillance cl tant de bons traheraens en celle maison, de lousceuxà qui j’ai parlé , que j’en étoia confus, et par-dessus tous les autres M. Vincent m’a reçu avec tant d’amour . que j'en fus tout saisi ; mon cœur le ressent bien , mais je ne trouve pas d’expression pour le rendre ; c» que je puis dire , c’est que pendant le temps de nos retraites , j’ai été comme en paradis , et maintenant que j’en suis dehors , il me semble
que Paris est use prison. Ne crojez pas que je vous (lise lout cela par manière de eomplimenl; je parie avec tout le sentiment que Dieu m’en donoe. Au reste , je ne serai plus rien au monde ; ma Eésolutioi) est d’en sortir pour me donner entièrement k Dioy. »
^utrc lettre d'un cu.ré de Saîni-Jean-de-l.uz.
€ Je TOUS prie de m’octroyer, pour l’amour de Dieu et de la sainte Vierge , encore une rc- Iruile eu votre maison; je ne fais que soupirer après ce dessein, êt j’espère que quand vous aurez reconnu pour quelle fin je veux la faire de rechef, j’obtiendrai celte grâce de la miséricorde de Dieu et de votre bonté. Lorsque je pense aux bons senlimens que l’on conçoit chez vous , j’en suis couimé ravi et hors de moimême , et je ne puis qitc souhaiter que tous les prêtres eussent passé par ce saint exercice. Si cela éloit, nous ne \-'rrions pas tous les inaii*vais exemples que plusieurs donnent d.'^ns le sein de l’Eglise. »
Lettre d’un ofpcicr à Ktint Vincent sur les rcLrailes spirituelles.
Juin 1643.
a Les fruits que remportent ceux qui ont fait chez vous les exercices de la retraite spirituelle , répandent un tel bruit dans toute la chrétienté, qu’ils font nailrc en l’esprit de plusieurs le désir ri’en aller cueillir comme sur l’arbre. Voyant donc un de mes parons dans cotte bonne volonté,
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