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CHAPITRE XXIV

LA CONDUITE BE M. TlMGERT.

Quoique la conduite de M. Vincent paraisse assez dans tout oe qui a été rapporté de sa vie et de ses vertus, et que l'on poisse rvt^ •connaître par les choses qui ont été dites combien oe serviteur prudent et fidèle s'est conduit droitement et saintement en toutes ses voies; néanmoins, comme cela est répandu généralement sur tout cet ouvrage, nous avons pensé que, pour la plus grande édification et satisfaction du lecteur chrétien, il était expédient de recueillir dans un chapitre particulier ce qui a été jugé plus digne de remarque sur ce sujet.

Et premièrement, si l'on considère quelle a été la fin que M.Vincent s'est proposée, soit à l'égard des autres, ou de lui-même, elle n'a été autre que la plus grande gloire de Dieu et l'accomplissement de sa très-sainte volonté; c'était la Tunique but auquel ce bon serviteur de Dieu a toujours visé en tous ses desseins et en toutes ses entreprises ; c'était là où tendaient toutes ses pensées, tous ses désirs et toutes ses intentions; et enfin c*était là qu'il s'efforçait de porter les autres par ses avis, conseils, exhortations, et par toutes les assistances spirituelles et temporelles qu'il leur rendait; il ne prétendait en tout et partout, sinon que le nom de Dieu fût sanctifié, son royaume augmenté, et sa volonté accomplie eu la terre comme au ciel : voilà où son esprit regardait, et où son cœur aspirait incessamment.

Or, pour parvenir à cette fin, le mojen principal et le plus universel qu*il a emplojré a été de couformer entièrement sa conduite à celle de JNotre-Seigneur Jésus-Christ; ayant très-sagemeut jugé qu'il ne pouvai^ marcher ni conduire les m^^ une voie plus

droite ni plus assurée que par celle que celui qui est le Verbe et la sagesse de Dieu même lui avait tracée par ses exemples et par ses paroles, lesquelles pour cet effet il avait toujours présentes en sou esprit, pour se mouler et former eu tout ce qu'il disait et faisait sur cet orJgiDal de toute vertu et sainteté. 11 avait son saint Evangile gravé dans son cœur, et il le portait en sa main comme une belle lumière pour se conduire ^ en sorte qu'il pouvait dire avec le prophète : « Votre parole, mou Dieu, est comme un clair flambeau pour éclairer mes^pas, et pour me fîàire conuaitre le cbemin que je dois tenir pour aller à vous. •

Cheminant donc à la faveur de cette divine clartéi il s'est proposé avant toute autre chose de ti'availler avec le secours de la grâce à son propre salut et à sa propre perfection, par l'imitation des vertus de son divin Maître, il avait appris do son Ëvaugile qu'il' ne servirait de rien à l'homme de gagner tout le monde s'il veua it à perdre son àme, et que la règle la plus juste et la plus assurée de l'amour que nous devions à notre prochain était le vérUable amour que nous étions obligés d'avoir pour nous-mêmes.

Après ces premiers soins qui regardaient son saint et sa perfeetion, il a jugé qu'il ne pouvait mieux faire que de se conformera son divin Sauveur, eu se douuaut entièrement pour procurer le salut et la sauctiilcation des âmes qu'il avait rachetées aa prix de son sang et de sa mort : et c'est pour cela qu'il n'a épargné ni son temps, ni ses peines, ni sa vie qu'il a consumée dans les divers emplois de charitéy dont il a été amplement parlé daus toutes les trois parties de cet ouvrage; mais il s'y est comporté avec une conduite si parfaite et si sainte, qu'il a bien paru qu'elle venait de Dieu, et que le Saint- Esprit en était l'auteur et le directeur : ce qui se connaîtra encore mieoxr par la considération des excellentes qualités et propriétés de cette conduite.

Car en premier lieu elle a toujours été accompagnée d'une trèsgrande humilité, qui était comme la première et la plus fidèle conseillère de Ai. Viuceiit ; lequel, bien qu'il eût un (esprit fort capable et fort éclairé, se déliait uéaiimoius toujoars de ses propres pensées : et pour ce sujet il recourait ù Dieu eu toutes sortes d'affaires, pour lui demander lumière et assistuuce ; après quoi il recherchait encore et recevait bien volontiers le conseil des antres, même de ses inférieurs, et il exhortait souvent les siens de se comporter de la sorte dans les ail'aires.

Voici ce qu'il écrivit un jour sur ce sujet an supérieur d'une des VUMfoas de sa Congrégation : « Tant s'en faut, lui dit-il, qu'il soit

fAfiUvais de prendra aTÎs des antres, qu'au conlraire il est expédieti et même nécessaire de le fiiire, quatid la chose dont il s'agit est cousîdéralion , ou lorsque nous ne pouvous seule nous bieD détermiiier. Pour ce qui ent des affaires temporelleRf on prend conseil di^ri quelques avocats ou d'autres persounes du dehors qui soient intel^^ lîgcntes; et pour celles qui regardent le dedans de la maison ^ ou confère avec les ofliciers destinés pour cela, et aussi avec quelque autres de la communauté^ quand on le juge à propos. Pour moi, confère souvent même avec no6 Frères, et je prends leurs avis m |les choses qui regardent leurs ofiices : et quand cela se fait avec l€ J précautions requises, l'autorité de Dieu, qui réside dans les su[ rieurs, n*en reçoit aucun détrimeul; mais au coulraire le ban ordf Lqui s'en ensuit la rend plus digue d'amour et de respect. Je vons pr feu user ainsi, et de vous souvenir que lorsqu^il s agit de change ' menls ou d'aHaires extraordinaires, on les propose au supérieur gé aérai. >

£t dans une autre rencontre, exhortant uu autre supérieur d*« , user de la même façon : Vivez entre vous, Lut dit*!!^ eordiatemeut 4 Liimplement; en sorte qu'en vous voyant ensemble, on ne puisse ijuger qui est celui qui porte la qualité de supérieur. Ke résolvez ri€ iqui soit tant soit peu considérable dans les allairessaus prendre leuf ivis, et particulièrement de votre assistant. Pour moi, j'assemble l« [miens quand i\ faut résoudre quelque dilliculté de conduite, qui re igarde les choses spiritueltes ou ecclésiastiques. £t quand il s*agit dû Lalfaires temporelles j'en couièrc aussi avec ceux qui en prennent Iv Lsoin. Je demande même Tavis des Frères en ce qui touche le ménag«{^É ^et leurs ofîices, à cause de la connaissance qu'Us en ont* Cela aid^B beaucoup le supérieur à se détermiuer^ et Dieu bénit davantage le^ ilutions qu'il prend ensuite. C'est pourquoi je vous prie de vous Servir de ce moyen pour bien réussir en voire ciiarge. •

Or, après avoir pris congeil et arrêté de la sorte ce qu'il faliail faire, il était ferme et cousUnt dans i'exeeution, et n'écoutait plus les pensées couLraire^ qui lui puuviiient venir en resprtt. « Depuis que nous avons recommandé quelque aû'aire a Dieu^ dit-ii un jour a quelques-uns des siens sur ce sujet, et que nous avons pris conseil, nous devons nous teuir fermes à ce qui a été résolu ; rejetant comme tentation tout ce qui nous pourrait venir contre, avec cette eouhauce que Dieu .ne Taura point désagréable et qu'il ne nous en reprendra pomt^ pou- ^ vani lui dire pour une légitime eicuse : Seigneur, je vous ai recommandé ralîaire, et j'ai pris conseil, qui est tout ce que je pouvais faire )ur connaître votre volonté* L'exemple da pape Clément Vlll fait

465 — fort bien à ce propos. On lui avait proposé une affaire de grande importance, qui regardait tout un royaume. On avait député vers lui plusieurs courriers, et un an s'était passé sans qu'il y eût voulu entendre, quoi qu'on lui eût pu représenter. Il recommandait cependant la chose à Dieu, et il en conférait avec ceux auxquels il avait plus de confiance, et qu'il estimait les plus capables et les plus éclairés : enfin, après plusieurs consultations, il prit une résolution avantageuse pour rÉglise. Et néanmoins, ensuite de cela, il eut un songe dans lequel il lui semblait que Notre -Seigneur lui apparaissait avec un visage sévère, lui reprochant ce quïl avait fait, et le menaçant de l'en punir. A son réveil, étant fort effrayé d'une telle Tision, il déclara la chose au cardinal Tolet, lequel, ayant considéré le tout devant Dieu, lui dit qu'il ne s'en devait mettre en aucune peine, que ce n*était qu'une illusion du diable, et qu'il n'avait aucun sujet de craindre, puisqu'il avait recommandé l'affaire à Dieu, et pris conseil, qui était tout ce qu'il pouvait faire ; et ce bon pape s'étant arrêté à cet avis ne ressentit plus aucune peine sur ce sujet. » •

Quoique M. Vincent se servit ainsi des lumières et des avis des autres, il ne se croyait pas pour cela dispensé d'employer de son côté toute l'attention et vigilance possible pour détourner le mal, et procurer le bien de ceux qui étaient sous sa conduite. Il avait toujours l'œil ouvert pour connaître ce qui se passait parmi les siens, et pour ordonner, disposer, et pourvoir à tout ce qui pouvait être requis de ses soins : mais il se comportait en cela ayec une très-grande prudence et circoqispection, qui était une autre propriété de sa conduite en laquelle il a particulièrement excellé. Tous ceux qui l'ont connu ont pu remarquer combien il était sage et considéré en tout ce qu'il disait et faisait, principalement quand il était question de la direction et conduite des autres, ou lorsqu'il était obligé de dire son avis sur quelque affaire : car il était fort retenu et circonspect en ses paroles, ne déterminant point pour l'ordinaire absolument les choses par lui-même, mais proposant simplement ses pensées, comme les soumettant en quelque façon au jugement de ceux qui lui demandaient conseil. « Il me semble, disait-il, que l'on pourrait ()rcndre celte affaire de cette manière ; » ou : « Peut-être ferions-nous bien d agir de cette sorte ; > ou : « Si vous trouviez bon de vous servir de ce moyen, il y a sujet de croire que Dieu le bénirait; » et autres semblables termes, dont il se servait ordinairement pour proposer SCS sentiments, évitant les paroles trop fortes et les manières de s'exprimer qui pouYaient ressentir l'esprit de suffisance, ou la présomption d'avoir bien rencontré dans ses avis. Il ne disait jamais abso- T. n. 30

imnent : « Je tous conseille de faire telle et telle chose; » et fort rarement : « C'est là mon avis, ou mon sentiment ; » mais simplement et humblement : « Voilà ma pensée; » ou bien : « Voilà ce qui m'en semble. • Néanmoins lorsqu'il avançait quelque proposition, ou quelque avis, dont la résolution fut expressément contenue dans les maximes du saint Évangile, eu ce cas-là il n'hésitait point, mata il s'en tenait absolument à cet oracle de vérité.

Il tenait pour maxime qu'il y avait à craindre gu un avis donné sur-le-champ ne fût plutôt de son propre esprit particnlier que de l'esprit de Dieu ; et il estimait qu'il le fallait toujours consulter avant que de parler ou de répondre. Il est bien vrai qu'il y a certaines occasions où Ton ne peut pas différer de donner son avis sur quelqne affahre pressante, et de répondre sur-le-champ à ceux qui le demandent ; et M. Vincent en a quelquefois usé de la sorte, quoique rarement, en chose d'importance : mais outre qu'il no le faisait jamais sans élever son esprit à Dieu, et lui demander intérieurement lumière et assistance, il ne donnait pour l'ordinaire aucune résolution qu'il ne Tap^ pnjàt sur quelque^passage de l'Écriture sainte, ou sur quelque action du fils de Dieu rapportante au sujet sur lequel il était consulté.

Ayant besoin de faire choix d'une personne pçopre et capable pour exercer le consulat de Tuni5 en Barbarie, il jeta les yeux sur H. Huason, avocat au parlement de Paris, qui demeurait pour lors à Montmirail en Brie, lequel avait pour cet emploi toutes les bonnes qualités qu'on pouvait souhaiter : il lui proposa la pensée qu'il en avait, par nne lettre en laquelle il lui exposa amplement le pouc et le contre, sans le lui persuader autrement, laissant à sa liberté de se résoudre. « Or, pour connaître ce que Dieu voulait de moi, dit. cet avocati je m'en allai trouver M. Vincent. Ma plus grande peine naissait ^e l'appréhension que j'avais de quitter Montmirail trop légèrement, ou d'y demeurer trop opiniâtrement. Et pour éviter l'un et l'autre de ces dangers, il fallait être certain de ce que Dieu demandait. J'avais donc recours à M. Vincent pour me déterminer : lui de sa part souhaitait fort que je prisse résolution par un autre conseil que le sien. Mais comme j'insistai à ne prendre résolution que de lui, voici enfin de quelle manière il me parla, le jour de Pâques 1653 : J'ai offert à Notre-Seigneur, me dit-il, en célébrant la sainte Messe, vos peines, vos gémissements et vos larmes ; et moi-même, après ia consécration, je me suis jeté à ses pieds, le priant de m'éclairer. Cela fait, j'ai considéré attentivement ce que j'eusse voulu à l'iicurede ma mort vous avoir conseillé de faire; et il m'a semblé que si j'eusse eu à mourir an même instant, j eusse été consolé de vousj^voir dit d'aller à Tunis

pour les biens que vous y pouvez faire, et eusse eu au contraire un extrême regret de vous en avoir dissuade. Voilà sincèrement ma pensée. Vous pouvez toutefois ou aller^ ou ne pas aller. »

« J'avoue, poursuit le même avocat, que ce procédé si désintéressé me fit voir clairement que Dieu me parlait par sa bouche. Et lui se montra si peu attaché à son sentiment et à Tavis qu'il m*avait donné, que la chose fut encore mise en délibération : et il n'assista à la résolution qui m'en fut donnée, qu'à cause que je Ten suppliai fort instamment. »

Il ne voulait point destiner par soi-même les missionnaires qu'il envoyait aux pays éloignés : il ne prenait ([ue ceux qui avaient en auparavant mouvement de Dieu et disposition intérieure pour ces missions extraordinaires, et qui a valent même demandé plusieurs fois d'y aller; jugeant prudemment qu'un homme appelé de Dieu fait plus de fruit que beaucoup d'autres qui n'ont pas une pure vocation.

A cette prudence et circonspection dont il usait dans sa conduite, il joignait la force et la fermeté pour maintenir l'exactitude et la régularité. Il disait sur ce sujet que les personnes qui avaient charge des autres devaient tenir ferme dans les observances, et se donner surtout de garde d*être cause du relâchement par le défaut de fermeté ou d'exactitude; et qu'entre tout ce qui peut faire déchoir les communautés de leur bon état, il n'avait rien vu qui fût plus dangereux que lorsqu'elles étaient gouvernées par des supérieurs ou autres officiers trop mois, et qui désiraient complaire aux autres et se faire aimer. Il ajoutait que,comme les mauvais succès d'une guerre s'attribuent ordinairement an général de l'armée, ainsi les défauts d'une compagnie venaient ordinairement des manquements du sapérieur; et qu'au contraire le bon état des membres dépendait de la bonne conduite du chef: qu'il avait vu une communauté*des plus régulières qui fussent dans l'Église déchoir en moins de quatre ans par la nonchalance et lâcheté d'un supérieur. D'où il concluait par ces paroles : « Si donc tout le bien d'une communauté dépend des supérieurs, certainement on doit bien prier Dieu pour eux, comme étant chaînés, et ayant à rendre compte de tous ceux qui sont sous leur conduite. »

Quelques personnes de différentes dispositions, dont les unes étaient moins réglées, et les autres fort exactes et vertueuses, s'étant trouvées dans une même maison, il écrivit au supérieur, qui se plaignait de tous, la lettre qui suit : « Je suis affligé avec vous, et non sans raison, du procédé du prôtre et du Frère dont m'écrivez : Dieu leur fasse la grâce d'ouvrir les yeux pour voir le danger où ils sont de suivre ainsi les mouvements de la nature rebelle, qui ne s'accorde

[jamais avec Veâprît de Jdsus-Christ. Oh! quHl mi difficile, dit l* îcriturc, que ceux qui tombent, après avoir été éclairés^ se relèven Certes ils ont grand sujet de eraindie de s'égarer malheureusemei Lt'tlH quiiteut la voie où Dieu les a mis r car comment feront- ils le ^devoir dans le monde, s'ils ne le font pas en la condition où [sont, y élant aidés par tant de grâces de Dieu, et de seeour» spiri le^set temporels, qu'ils n'auront pas hors de leur vacation? Il m [faut pas néanmoins s'étonner de voir ainsi des esprils qui cha icellent et s'échappent; il s'en rencontre dans les plus sainti feompagnies; et Dieu le permet pour montrer aux hommes la mi fière de l'homme, et pour donner sujet de craiule aux plus fermi et plus résolus ; c*est aussi pour exercer les bons, et pour faire pratiquer aux uns et aux autres diverses vertus* Vous me mandez, à l'occasion de ces deux personnes déréglées et mécontenlefij que iFertn de messieurs N, N- est un peu à charge aux autres, et je crois; mais c'est à ceux qui ont moins de régularité, et de vi| fiance pour leur propre avancement, et celui de leurs frères, O fonsieur, leur zèle et leur exactitude font de la peine à ceux q tû'en ont pas, parce que leur ferveur condamne leur lâcheté. i'\ piroue que la vertu a deux vices à ses c6tés, le défaut et rexcësl aais l'excès est louable eu comparaison du défaut, et doit être pi lup porté. Ces deux bons missionnaires portant leur vertu à un d gré où les autres ne peuvent atteindre, ceux-ci s'imaginent qn'il La de l'excès, et devant Dieu il n'y eu a pas- Ils trouvent à redire [leur manière d'agir, parce qu'ils n'ont pas le courage de les imitej ] Dieu nous fasse la grâce de trouver tout bon en Notre -Seigneur de ee qui n*est pas mauvais. »

Il écrivit encore à un de ses prêtres qui étaient en mission, en I termes : • Vous aurez soin. Monsieur, de la direction de cenx qui soi en votre compagnie, et je prie Notre-Seigneur qu'il vous donne p^ h son esprit et à sa conduite. Entreprenez donc cette sainte œu dans cet esprit ; honorez la prudence, la prévoyance, la douceur et l'exaetitude de Notre-Seîgneur* Vous ferez beaucoup si vous fai observer le règlement comme il faut, parce que c'est ce qui attire bénédiction de Dieu sur tout le reste* Commencez donc par Tex titude aux heures du lever et du coucher, h Toraison, à rOfBce vin, aux antres exercices. 0 Monsieur, que F habitude formée ces choses est un riche trésor, et que le contraire tire d*inconv( ^nients aprt^s soi! Pourquoi donc ne mettrez- vous pas peine à voua acquitter de ces devoirs pour Dieu, puisque nous voyons que les personnes du monde observent pour la plupart si exactement loi

de

dre qa'tlles se sont proposé dans lears aflhires? Oo voit rarement les gens de justice manquer à se lever, à aller an Palais et en revenir aux heures qui leur sont ordinaires; non plus que les marchands à ouvrir et fermer leurs boutiques : il n'y a que nous autres ecclésiastiques qui som&es si amateurs de nos aises, que nous ne marchons que selon le mouvement de nos inclinations. »

H. Yincent ne recommandait pas seulement l'esacte observance du règlement dans les maisons de sa Congrégation, et dans les missions où les siens travaillaient; mais il voulait encore qu'ils fussent gardés autant qu'il était possible dans les voyages qu'ils faisaient ; de quoi la plupart de ses prêtres peuvent bien rendre témoignage. Nous rapporterons seulement ici ce que l'un d'eux a déclaré sur ce sujet par écrit en ces termes : « Ayant reçu ordre de •I. Yincent pour aller avec un autre prêtre de la Compagnie en une province éloignée, il nous retint fort longtemps tous deux dans sa chambre, la veille de notre départ sur le soir, nous avertissant de ce que nous avions à faire pendant le voyage, qui devait être de once ou douze jours, eu compagnie du messager de Toulouse, qui menait avec lui bon nombre de personnes de toute condition. Entre plusieurs autres choses, il nous en recommanda parliculièremeut quatre : la première, de ne manquer jamais à faire l'oraison mentale, même à cheval, si nous n'avions pas le temps de la faire autrement;] la seconde, de célébrer tous les jours la sainte Messe autant que faire se pourrait; la troisième, de mortifier les yeux par la campagne, et particulièrement dans les villes, et la bouche aussi par la sobriété dans les repas parmi les gens du monde ; la quatrième, de faire le catéchisme aux serviteurs et servantes des h4tellerieS| et surtout aux pauvres. »

Quoique sa conduite fût exacte jusqu'aux moindres choses, et qu'il se montrât ferme pour maintenir cette exactitude, il accompagnait toutefois cette fermeté d'une grande douceur et suavité, imitant en cela la conduite de Dieu même, lequel, comme dit le Sage, « atteint fortement à ses fins, et dispose suavement toutes choses pour y parvenir. » C'est de quoi le supérieur d'une maison de la Congr^^tion a rendu le témoignage suivant en ces termes :

« M. Vincent était très- rigoureux à soi-même, et fort exact, mais plein de douceur et de charité pour les autres, lesquels il tâchait de contenter en tout ce qu'il pouvait raisonnablement. Lui ayant demandé un jour] permission d'aller à la ville, il me la refusa, bien qu'avec peine, et me dit (quoique je ne dusse point exiger d'excuse de sa part, sa seule volonté me tenant lieu de loi) que c'était parce

que pliuienrs antres étaient sortis, et qae je pondais être utile à la maison. Néanmoins, comme il crut m'ayoir mortifié, à cause que je lui ayais témoigné quelque empressement, il m'envoya quérir le lendemain, et me pria d*aller en ville, où je désirais ; car c'était son ordinaire de se servir toujours de paroles fort obligeantes, n'employant point le mot de commandement, ni autres semblables, qui fissent paraître son pouvoir et son autorité ; mais usant de prières, et disant : Je vous prie, Monsieur, ou mon Frère, de faire ceci ou eela, etc. »

11 avait cette coutume de faire venir en sa chambre ceux qu*il envoyait en mission ou en voyage, le soir avant leur départ ; et là il leur parlait en véritable père, et à leur retour il les recevait à bras ouverts avec nue cordiale affection. Voici ce que l'un d'eux en a dit, et tous les autres pourraient dire le même : « Je ne puis assez admirer la charité et bonté de ce grand cœur. Quand j'allais en voyage, ou que j'en revenais, je me trouvais comme tout embaumé de ses ambrassements, et du cordial accueil qu'il me faisait. Ses paroles, toutes pleines d'une certaine onction spirituelle, étaient si suaves, et néanmoins si efficaces, qu'il faisait faire tout ce qu'il voulait sans aucune contrainte. »

Lorsqu'il était obligé de refuser quelque chose, il voulait qu'on s'en aperçût, sans qu'il fût obligé de le déclarer ouvertement, de peur de faire peine. Quelqu'un des siens l'ayant une fois pressé de eonsentir à quelque chose qu'il lui proposait, et qu'il ne trouvait pas à propos, il lui répondit en ces termes : « Je vous prie de m'en faire ressouvenir une autre fois. »

Écrivant à un autre qui portait avec peine le départ de quelqu'un qui travaillait avec lui : « Je ne doute pas, lui dit-il, que la séparation de ce cher compagnon et de ce fidèle ami ne vous soit sensible : mais souvenez-vous. Monsieur, que Notre-Seigneur se sépara de sa propre mère, et que ses disciples, que le Saint-Esprit avait si parftiitement unis, se séparèrent les uns des autres pour le service de leur divin Blaitre. •

Un supérieur se plaignant à lui des difficultés qu'il trouvait en sa charge, et de la peine qu'il avait à contenter ceux du dedans et du dehors, il lui écrivit m ces termes : « Je compatis aux peines que vous souffrez ; mais vous ne devez pas vous étonner des difficultés, et encore moins vous laisser abattre : car on eu rencontre partout ; c'est assez que deux hommes demeurent ensemble, pour se donner de l'exercice ; et quand bien vous demeureriez seul, vous seriez à ebarge à vous-même, et vous trouveriez en vous de quoi exercer

votre patience : taot il est vrai que notre misérable vie est pleine de CKoiz. Je lone Diea da bon usage que vous faites des Tôtres, eomine je m le pemiade. J*ai trop reconnu de sagesee et de douceur en vetra eqirit, pour qu'elle vous manque en ces rencontres fâcheuses. Si TODS ne eontentez pas tout le monde, il ne faut pas pour cela vous mettre en peine ; car Notre- Seigneur lui-même ne Ta pas fait: combien s'en est-il trouvé, et combien 8*en trouvera-t-il encore, qui ont trouvé à redire à ses paroles et a ses actions ? » Il avait aussi cette coutume do pressentir les dispositions des siens 3. pour les emplois difliciles, et pour les lieux éloignés où il avait des- \\ sein de liss envoyer pour le service de Dieu. « Je vous écris, dit-il à un de ses prêtres, pour savoir Tétat de votre santé, et quel mouve- W^ ment Dieu vous donnera sur la proposition que je m*en vais vous û faire. On nous appelle h N. pour un établissement, et dans le desr^^ sein d'y envoyer quatre ou rinq missionnaires, nous avons jeté les les yeaz sur vous pour en prendre la conduite. G*est pourquoi, Mone«. sieur, il ne reste sinon de vous élever à Dieu, pour écouter ce qu'il ^ et ^ou dira sur ce sujet, et je tous prie de me mander aussitôt votre iii5 disposition, tant du corps que de Tesprit, pour cette sainte entre* prise, suppliant Notre-Seigneur qu'il nous fasse à tous la gràoe de répondre toujours, et en tous lieux, à son adorable volonté. »

Il agissait à peu près de même envers ceux qui étaient présents, mais toujours différemment, selon la disposition et le naturel d'un chacun : et pour Tordinaire il les prenait d'une manière toute gaie et toute cordiale. En voici un exemple. Voulant un jour envoyer un ■ de ses missionnaires ù Rome, il lui demanda s'il était homme à faire un grand voyage pour le service de Dieu, sans lui dire en quel lieu. A quoi il répondit qu'il y était disposé. « Mais c'est hors du royaume, » ajouta M. Vincent. « Il n'importe, - répliqua l'autre. • Mais il faut passer la mer, » ditil encore. ^ Ce m'est tout un, répondit le missionnaire, d*allcr par terre ou par mer. » « Mais il 7 a douze cents quarts de lieue loin, ' dit encore M. Vincent en souriant, le préparant ainsi gaiement h faire ce voyage ; et il en usait de même pour Tordinaire envers tous les siens, quoique sous d'autres termes, pour les disposer |)Ius suavement à faire les choses que Dieu demandait d'eux pour son service.

SFXTIOX I.

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