‹ Vie de S. Vincent de PaulChapitre 111 sur 115 · CONTIISUATION DU MÊME SUJET · texte numérisé non relu

CONTIISUATION DU MÊME SUJET

La conduite de M. Vincent étant telle que nous avons vu en ce

ehapitr6| voicL l'ordre qa*il y tenait. Premièrement, il trandlfadti détruire le péché, et tons les défauts et dérèglements dans les personnes et dans les maisons dépendantes de sa conduite. Pour cda il obligeait ceux qui voulaient être admis en sa Gongrégatiod d'entrer dans un séminaire interne, établi exprès, comme dans une école de irertu, pour extirper les vices et les mauvaises indinations, par la pratique de l'humilité, de la mortification, dfi l'obéissance, de l'oraison, et des autres exercices de la vie spirituelle; et après y avoir demeuré le temps nécessaire, s'il y en avait quelques-uns qui eussent besoin d'étudier en théologie, ou même en philosophie, il les y appliquait : mais craignant que Tacquisition de ces sciences ne vint à ralentir leur première ferveur, ou que le désir immodéré de savoir et la curiosité ne se mélàt dans leurs études, voici les avi^ remarquables qu'il leur donnait :

« Le passage du séminaire aux études, disait-il, est un passage très-dangereux, auquel plusieurs font naufrage; et s'il y a aucun temps auquel on doive prendre garde à soi, c'est celui des études : car il est très-périlleux de passer d*une extrémité à l'autre ; comme le verre qui passe de la chaleur du fourneau en un lieu trop froid court risque de se casser : et par ainsi il importe grandement de- se maintenir dans sa première ferveur, pour conserver la grâce que Ton a reçue, et pour empêcher la nature de prendre le dessus. Si à chaque fois que nous éclairons notre entendement, nous tâchons aussi d'échauffer notre volonté, assurons-nous que l'étude nous servira d'un moyen pour aller à Dieu, et tenons pour une maxime indubitable qu'à proportion que nous travaillerons à la perfection de notre intérieur, nous nous rendrons plus capables de produire du fruit envers le prochain. C'est pourquoi, en étudiant pour servir les âmes, il faut avoir soin de remplir la sienne de piété, aussi bien que de science, et pour cet effet lire des livres bons et utiles, et s'abstenir de la lecture de ceux qui ne servent qu'à contenter la curiosité : car la curiosité est la peste de la vie spirituelle, et c'est par la curiosité de nos premiers parents que la mort, la peste, la guerre, la famine et les autres misères sont entrées dans le monde ; et par conséquent nous devons nous en donner de garde comme d'une racine de toutes sortes de maux.

II ne bannissait pas seulement de sa Compagnie la curiosité, mais il en voulait aussi exclure la sensualité. « Malheur, disait-il, à celui qui cherche ses satisfactions ! Malheur à celui qui fuit les croix ! car il en trouvera de si pesantes qu'elles l'accableront. Celui qui fait peu d'étal des mortifications extérieures, disant que les iuléricurcs seul

beaucoup plus parfoites^ feit assez connaître qn'il n'est point mortiriéy m intërienrement ni extérieurement. »

« J*ai remarqué, disait- il en une autre rencontre, en la plupart de ceux qui font banqueroute à leur vocation, du relâchement en deux choses : la première est le lever du matin, auxquels ils ne sont point exacts; et la seconde, Timmodestie des cheveux, les laissant trop croître, et se portant insensiblement à d'autres semblables vanités. » A ce propos il voulait que tous les ecclésiastiques de sa Congrégation portassent les cheveux fort courts ; et quand il les voyait à quelqu'un couvrir tant soit peu le collet, il y portait sa main, et les lui tirait un peu en riant, lui faisant entendre par ce signe qu'il se souvint de les faire couper : ou bien, il le lui disait en paroles expresses, ^inéme en présence des autres, parce que ce défaut est visible à un chacun.

Gomme il savait que parmi les {lersonnes spirituelles, et surtout dans les communautés, il y avait certains vices qui étaient plus à craindre que les autres, particulièrement l'émulation et la médisance, pour en donner plus d*horreur aux siens, il leur disait entre autres choses que « les traits de l'envie et de la détraction outrepercent premièrement le cœur de Jésus-Christ, avant que d'atteindre les personnes & qui l'on en veut. »

Il employait encore un autre moyen pour bannir les vices et les dér^lements des maisons, et des personnes qui étaient sous sa conduite ; c'était la correction fraternelle : mais il assaisonnait ce moyen, qui d'ailleurs est un peu amer au goût de la nature, avec tant de douceur et de grâce, qu'il a vérifié en lui la parole du Sagt', qui dit que « les blessures de celui qui aime sont meilleures et plus désirables que les baisers trompeurs de l'ennemie

Pour cet effet il ne faisait pas ordinairement les corrections sur-lechamp, et jamais par un mouvement de nature ; mais toujours par esprit de charité, après y avoir pensé devant Dieu, et considéré les dispositions de celui qu'il voulait corriger, et les moyens de lui rendre la correction utile et salutaire. Dans cet esprit, ayant une fois à faire quelque avertissement à une personne assez fautive et assez difficile à recevoir correction, il fit trois jours de suite son oraison mentale sur ce sujet, pour demander a Dieu plus de lumière, afin de mieux connaître de quelle façon il devait agir.

Lorsqu'il faisait quelque avertissement, c'était toujours avec une grande bonté, et néanmoins avec fermeté, mêlant ensemble Thuile

• Meliora?unt Vaincra UiligentU qu.\m fraudulenta osnila o.liiati?. Pmr., 'jy.

et le Tin y à l'exemple du bon Samaritain, et d'ordinaire il y procédait de la sorte :

En premier lien, il témoignait qnelqne estime de la personne qn'il voulait avertir, et même la louait de quelque bonne qualité qn'il reconnaissait en elle, et par ce moyen il s'insinuait dans son cœur ; ensuite, il lui faisait voir sa faute dans toute son étendue, exagérant, autant qu'il était nécessaire, les circonstances de la persoune, du lieu, du temps et autres semblables; puis il y apportait le remède : et pour le faire recevoir plus volontiers, il se mettait toujours de la partie, et selon que l'espèce de la faute le requérait, il disait : « Monsieur, ou mon Frère, nous avons vous, et moi, besoin de travailler à acquérir Thumilité , de nous exercer à la patience, de pratiquer Texaclitude, » et ainsi des autres vertus qu'il voulait recommander.

Il prenait garde, autant qull était en lui, de rendre son avertissement non*seulement utile, mais aussi en quelque foçon agréable à celui qu'il voulait C4>rriger : surtout il usait de toutes les précautions possibles pour ne découvrir jamais qui était celui qui lui avait donné avis de sa faute; et il eût plutôt omis d'avertir le coupable que de lui donner sujet de se défler de quelqu'un i tant il était persuadé que la paix et l'uuion dans les communautés était préférable à tout autre bien.

Parlant un jour aux siens pour les éloigner du désir des charges, il leur dit entre autres choses : « Que celui qui conduit les autres est responsable de leurs manquements, s'il ne les en avertit quand il faut, et dans l'esprit d'humilité, de douceur, et de charité. Que la première fois qu'on avertissait quelqu'un, il fallait le faire avec grande douceur et bonté, et prendre bien son temps ; la seconde, avec un peu plus de sévérité et plus de gravité, qui fût néanmoins accompagnée de douceur, se servant de prières et de remontrances charitables ; et enfin la troisième, avec zèle et fermeté, témoignant môme au défaillant ce qu'on sera obligé de faire pour dernier remède. »

Voulant un jour faire quelque correction à nn des siens, il lui demanda auparavant s'il aurait agréable qu'il lui fit un avertissement : à quoi l'autre répondit qu'il y était disposé, et cette manière d'agir lui gagna tellement le cœur, et lui demeura si fort dans resprit, qu'il a depuis assuré qu'elle eut grand effet sur lai, et que rarement est-il depuis venu à retomber dans cette fante, qa'il ne le aMt souvenu de la précaution de cet avertissement que ee^sage Mpérièor lui avait fait avec tant de bonté. *Ul fk

t Un missionnaire étant pour le service de DlfliidttraÉ«HiptataMÉ

dangereux poar lai, et fort difficile pour les personnes avec lesquelles il avait à traiter, M. Vincent lui prescrivit prudemment ce qu'il avait à faire et a ne pas faire. Mais au lieu de s* arrêter à cela, il passa outre plusieurs fois; et Dieu permit que, pour avoir fait ces fautes, il s'en trouva en peine. Sur quoi M. Vincent lui fit une paternelle correction, lui faisant voir par l'expérience même les inconvénients qui arrivent d aller contre les ordres de ses supérieurs ; et puis il finit sa lettre en ces termes : « Je vous supplie, 3Ionsicur, agrée/ la simplicité avec laquelle je vous parle, et ne vous en attristez pas, s'il vous plait ; mais faites comme ces bons pilotes qui, se trouvaut agités de la tempête, redoublent de courage, et tournent la pointe de leurs vaisseaux contre les flots de la mer les plus furieux qui semblent s'élever pour les engloutir. »

Le supérieur d'une maison n'exécutant pas un ordre que M. Vincent lui avait plusieurs fois réitéré, qui était d'envoyer un prêtre en une autre maison, il f e vit obligé de le presser, et tout ensemble de lui faire connaître sa faute; ce qu il lit, mais de la plus douce manière qu'il était possible; car, au lieu de lui écrire qu'en lui résistant il réi^istait à robéissance, il lui dit seulement ces mots : « 11 me semble, Blonsieur, que j'entrevois dans votre retardement l'ombre de la désoliéissauce. »

Il corrigeait avec une douce force ceux qu'il surprenait en quelque défaut, et quand ils s'en bumiliiiient, il les en congratulait, prenant cette humiliation pour un bon signe; et jamais il ne leur reprochait ni remettait devant les veux une faute dont ils s'étaient déjà humiliés.

Un supérieur d'une des maisons de sa Congrégation, pensant qu'on avait écrit à son désavantage à M. Vincent, le pria de l'avertir de ses manquements; mais M. Vincent, voyant qu'il soupçonnait quelqu'un sans sujet, l'en avertit d'une manière extrêmement douce : ■ Vous pouvez penser, dit-il, que si j'avais quelque correction ù ▼ous faire, je vous la ferais tout simplemcu! : mais gnkc à Dieu, vous marchez de bon pi jd, et votre conduite me parait liien bonne. A ce propos, je vous dirai que je ne mv ressouviens pas qu'on m'ait fait aucun rapport do vous contraire à cela. l-]t quand on le ferait, je vous connais trop bien pour craindre que Ton m'en fasse accroire. Selon cela, vous devei vous garder du soupçon, autant que vous pourrez, et aller dniît à Umm» <• i«

Voici oomiii« il a^rat i s'était plaint h lui du dé-

portrauint d*oii infivi vee peu de respect, et l'a-

vait ébmpAm^aÉi KVre est toute de sa main, et

— 47« — des plus remarqoablesi contenant de bons avis pour la oondaite : « Je participe à la peine que vous a donné sujet d'avoir celui duquel vous m'écrivez. Je veux croire qu*il a fait cela bonnement : mais j'estime, quand il aura fail réflexion sur toutes les circonstances qui se passèrent en cette rencontre, qu*il verra bien qu'il n'y faut pas retourner souvent ; et que vous aussi, Monsieur, recon* naitrez que c^est on petit exercice que Notre-Seigneur vous a envoyé, pour vous façonner à la bonne conduite des personnes qui vous sont commises. Gela vous fera comme entrevoir combien grande a été la bonté de Notre-Seigueur à supporter ses Apôtres et ses disciples, lorsqu'il était sur la terre, et combien il a eu à souffrir des bons et des mauvais. Gela même vous fera voir que les supériorités ont leurs épines, comme les autres conditions, et que les supérieurs qui veulent bien faire leur devoir de parole et d'exemple ont beaucoup à souffrir de leurs inférieurs, non-seulement des discoles, mais encore des meilleurs. Suivant cela. Monsieur, donnons -nous à Dieu pour le servir en cette qualité, sans prétention d'aucune satisfaction du côté des bommes. Notfe-Seignenr nous en donnera assez, si nous travaillons comme il faut à nous rendre plus exacts à Tobservance des règles et à l'acquisition des vertus propres aux vrais missionnaires, surtout à celles de Thumilité et de Û mortification. Et il me semble. Monsieur, que vous ferez bien de dire à ce bon prêtre, lorsqu'il vous fera sa communication, ou en quelque autre rencontre, que vous le priez qu'il vous avertisse de vos manquements ; puisque dans l'emploi où vous êtes, il ne se peut que vous ne fassiez bien des fautes, non-seulement en qualité de supérieur, mais aussi en celle de missionnaire et de chrétien ; qu'il ne se rebute pas, encore que la nature d'abord semble pâlir ou rougir, ou qu'il vous échappe quelque parole d'impatience; c'est ce qui arrive pour l'ordinaire dans le premier mouvement aux plus grands saints; l'animalité toujours vivante en l'homme prévenant ainsi la raison, laquelle, aidée de la grâce, tire des avantages indicibles des avertissements qu'on nous fait. Il me semble. Monsieur, que vous feiez bien aussi de déclarer de temps en temps à votre famille que non- seulement vous trouvez bon d'être averti par celui de votre maibou qui est destiné pour vous faire cette charité, mais que vous auriez peiue s'il ne vous avertissait pas, et s'il s'abstenait d'écrire au supérieur général, selon l'usage de toutes les Compagnies bien réglées : et vous les assurerez que vous ne verrez point les lettres qu'ils m'écriront, ni celles que je leur écrirai. Oh ! Mousieur, que la misère humaine est girande, et la patience nécessaire aux supérieurs! Je Unis eu me l'ecommaudont à

T06 prières, que je vou» prie d'offrir à Diea, afia qu'il' me pardonne les fautes incomparables que je commets tous les jours dans la qualité que j'aiy qui en suis le plus indigne de tous les hommes, et pire que Judas envers Notre-Seigneur. »

Un autre supérieur, peu satisfait de quelques-uns de ceux qu'il aTait en charge,, ayant écrit à M. Vincent qu'il aimerait mieux conddire des bêles que des hommes, ce saint homme lui fit une réponse aussi judicieuse que cette expression était indiscrète : • Ce que yous me mandez, lui dit-il, souffre explication : car ce que vous dites est Trai en ceux qui veulent que tout ploie sous eux ; que rien ne leur résiste ; que tout aille selon leur sens ; qu'on leur obéisse sans réplique ni retardement, et, par manière de dire, qu'on les adore : mais cela n'est pas en ceux qui aiment la contradiction et le mépris ; qui se regardent serviteurs des autres ; qui conduisent en la vue de la conduite de Motre-Seigneuir, lequel supportait de sa compagnie la rusticité, Témulation, le peu de foi, etc., et qui disait qu'il était venu pour serrir, et non pour être servi. Je sais, Monsieur, que, grâce à Dieu, ce même Seigneur vous fait agir avec humilité, support, douceur et patience, et que vous n'avez usé de ce terme que pour mieux exprimer votre peine, et me persuader votre décharge. Aussi tâcheronsnous d'envoyer quelqu'un a votre place. »

Ce supérieur, qui était un bon serviteur de Dieu, trouva cette réponse de son père si à propos, qu il lui repartit : « J'ai admiré et admire votre réponse aussi belle qu'énergique ; je la chéris, je la respecte, je me l'applique, etc. » H. Vincent Tayaut envoyé relever de diarge, lui écrivit ces mots : « Nous envoyons un tel en votre place, après les instances que vous nous en avez faites : j'espère que la famille verra en vos exemples la soumission et la confiance que chacondoità son supérieur. » Il lui mandait cela, parce qu'il devait encore demeurer en la même maison. Et il est à remarquer que, retirant de charge les supérieurs, il les laissait assez souvent inférieurs dans la même famille, pour les exercer à une plus parfaite humilité et obéissance.

Un prêtre de la Mission, régent dans un séminaire, qui était fort pieux et zélé, qui avait naturellement un esprit un peu aigre, et pour cela ne traitait pas les séminaristes avec toute la douceur convenable, donna sujet à M. Vincent de lui écrire la lettre suivante : « Je crois, lui dit- il, ce que vous me mandez, plus que les choses même que je vois ; et j'ai trop de preuves de votre affection à procurer le bien du séminaire pour la révoquer en doute. Gela fait que je suspens mon jugement sur les plaintes que l'on m'a faites de votre conduite

trop sèche, jus(iu'(\ ce que vous m'ayez yous-mème mandé ce qui en est. Cependant^ je vous prie de faire réflexion sur votre façon d*agir, et de vous donner à Dieu pour corriger avec sa grâce ce que vous y trouverez de mal gracieux : car outre que sa divine Majesté en e8t offensée^ quoique vous ayez une bonne intention, il en arrive encore d'autres inconvénients. Le premier est que ces messieurs qui sortent mal contents du séminaire peuvent se dégoûter de la vertu, tomber dans le vice, et se perdre pour être sortis trop tôt de cette sainte école, faute d'y avoir été traités doucement. Le second est qu'ils décrient le séminaire, et empochent que d'autres n'y entrent, qui sans cela y viendraient, et y recevraient les instructions et les grâces convenables à leur vocation. Et en troisième lieu, le mauvais prédicamcnt d'une maison particulière tombe sur la petite Compagnie, laquelle perdant une partie de sa bonne odeur, reçoit un notable préjudice au progrès de ses fonctions, et voit diminuer le bien qu'il a plu à Dieu faire par elle.

« Si vous dites que vous n'avez point remarqué ces défauts en vous, c'ost un signe que vous avez bien peu d'humilité : car si vous en aviez autant que ^'otre-Seignenr en demande d*un prôtre de la Mission^ vous vous réputericz le plus imparfait de tous, et vous vous estimeriez coupable de ces choses, et attribueriez à quelque secret aveuglement de ne pas voir r.e que les autres voient, surtout depuis que vous avez été averti. Et à propos d'avertissement , on m*a encore mandé que vous avez peine à souffrir qu on vous en fasse. Si cela est, ô Monsieur! que votre état est à craindre, et qu'il est éloigné de celui des saints, qui se sont avilis devant le monde, et réjouis quand on leur a montré les petites taches qui étaient en eux ! C'est mal imiter le Saint des Saints, Jésus-Christ, qui a permis qu'on lui ait reproché publiquement le mal qu'il n'avait pas fait, et qui n'a pas dit un mot pour se mttlre à couvert de cette confusion. Apprenons de lui. Monsieur, à être doux et humbles de cœur. Ce sont les vertus que vous et moi lui devons demander incessamment, auxquelles nous devons faire attention particulière, pour ne nous pas laisser emporter aux passions contraires, qui détruisent d'une main Tédifice spirituel que lautre hàlil. Plaise à ce même Seigneur de nous éclairer de son esprit, pour voir les ténèbres du nôtre, et pour le soumettre à ceux qu'il a proposés pour nous conduire, et de nous animer de sa douceur infinie, afin qu'elle se répande sur nos paroles et sur nos actions, pour être agréables et utiles au prochain. «

Parlant un jour à sa communauté sur le même sujet, et loi dom un avertissement de très-grande importance, avec son hiiiiltt|[

naîre : « Je déclare^ dit-il, que ceux qui remarquent des défauts qui Tont à la ruine et au dérèglemeut de la Compagnie, et qui n'eu avertissent pas, sont coupables de la ruine et du dérèglement do la même Compagnie. Suivant cela, je dois trouver bon d*étre moi-même averti; en sorte que si je ne me corrigeais pas de quelque défaut scandaleux qui apportât désordre et destruction à la Congrégation, ou bien si j'enseignais ou soutenais quelque cbose contraire à la doctrine de l'I^Iise, la Congrégation rassemblée devrait me déposer, et puis chasser. »

Une autre fois répondant à un supérieur d*une de ses maisons touchant les avertissements qu*il pensait être obligé de faire devant la eommonauté : « En deux ou trois cas^ lui dit- il, l'on doit avertir la communauté de la faute d*un seul : premièrement, quand le mal est li invétéré en celui qui en est coupable, que Ion juge qu*un avertissement particulier lui serait inutile ; et c'est pour cette raison que Notre-Seigneur avertit Judas en la présence des autres Apôtres, en termes couverts, disant qu'un de ceux qui mettaient la main au plat ivec lui le devait trahir. Secondement, quand ce sont des esprits faibles qui ne peuvent porter une correction, pour douce qu'elle soit, bien qu'au reste ils soient bons : car avec cette bonté qu'ils ont, une recommandation en général, sans les nommer, leur suffît pour les redresser. Et en troisième lieu, lorsqu'il y a danger que d*autrcs se laissent aller à la même faute, si on la reprend. Hors de ces cas j'estime que l'avertissement se doit faire à la personne seule.

» Quant aux fautes qui se commettent à l'égard du supérieur, il est bien vrai qu'il en doit avertir Tinférieur; mais eu observant deux ou trois choses : premièrement, que ce ne soit jamais sur-le-champ sans quelque nécessité particulière; secondement, que ce soit doucement et à propos; troisièmement, que ce soit par forme de raisonnement, lui représentant les inconvénients de sa faute, et cela d'une telle manière qu'il puisse connaître que le supérieur ne lui fait i)as cet avertissement par humeur ni parce que la cliose le regarde, mais pour son bien et pour celui de la communauté. •

M. Vincent ne se contentait pas de remédier au vice cl aux défauts des maisons et des personnes qui étaic^nt sous sa conduite, mais il faisait tous ses eiforts pour y établir la perfection et la plus exacte régularité. Pour cela, le premier et le plus efficace moyeu qu il y employait était le bon exemple qu'il y donnait lui-même, se rendant imitateur de son divin Maître, lequel, comme dit le saint Évangile, eommeacn premièrement à faire, et puis se mil à enseigner. Et en '^Êb^ • ilé supérieur était si exact aux exercices de sa com-

manauté, et particulièrement à Toraison du matin, qu*il se levait comme les autres à quatre heures^ quoiqu'il eût fort peu reposé la nuit, pour avoir été incommodé de la fièvre, ou pour quelque autre empêchement; et de plus, les jours auxquels il devait être saigné, ou prendre médecine, et le lendemain de ces jours-là, même en sa vieillesse, il ne se donnait aucun relâche, et ne laissait pas de se trouver à Toraison avec les autres. On ne saurait croire combien les exemples de ferveur et d'exactitude de ce charitable père avaient de force sur ses enfants pour les porter à faire le même à son imitation, et l'on peut dire que son exemple a été l'une des causes les plus efficaces de ce bel ordre qu'on a toujours vu et admiré dans la maison de Saint-Lazare depuis que les prêtres de la Mission y ont été établis, et qui adonné tant d'édification aux personnes du dehors. Il voulait aussi que les supérieurs fussent toujours les plus exacts à observer le règlement, et qu'ils se trouvassent des premiers aux exercices de la communauté, autant que leur santé et leurs occupations le pourraient permettre. Il disait sur ce sujet, parlant des prêtres de sa Congrégation, • que ceux qui n'étaient point dans cette exactitude, particulièrement à se lever le matin, et à faire leur oraison au lieu et au temps que les autres la font, quoiqu'ils eussent d'ailleurs beaucoup de talent et de capacité pour la conduite, n'étaient pourtant point propres pour être supérieurs des maisons, ni directeurs des séminaires. » £til ajoutait « que quand il s'agit d'établir des supérieurs, on doit bien prendre garde si ceux qu'on choisit pour ces offices sont réguliers et exemplaires, parce qu'autrement Jl leur inanquerait une des principales qualités requises en ceux qui sont chargés de la conduite des autres. •

Yoici ce qu'il écrivit un jour sur ce même sujet au supérieur d'un séminaire, pour lui faire connaître de quelle façon il se devait comporter envers les ecclésiastiques qui étaient sous sa charge : « Je loue Dieu, lui dit-il, du nombre dès ecclésiastiques que M. Tévêquc de N. vous envoie : vous n'en manquerez pas si vous prenez la peine de les élever dans le véritable esprit de leur condition, qui consiste particulièrement en la vie intérieure, et en la pratique de l'oraison et des vertus; car ce n'est pas assez de leur montrer léchant, les cérémonies, et un peu de morale; le principal est de les former à la so*lide piété et dévotion. Et pour cela. Monsieur, nous en devons être les premiers remplis, car il serait presque inutile de leur en donner l'instruction, et non pas l'exemple. Nous devons être des bassins remplis, pour faire écouler nos eaux sans nous épuiser; et nous de<vons posséder cet esprit dont -^ n^gii'ils soient animés : car

Qui ne peut dooner ce qu'il u'a pas. Demandons-le donc bien k Notre-Seignenr, et donnons-nous à lui, pour nous étudier à conformer notre conduite et nos actions aux siennes *: alors votre séminaire répandra une suavité dedans et dehors le diocèse^ qui le fera multiplier en nombre et en bénédictions; et au contraire, ce serait nn grand empêchement à ce bien*là de vouloir agir en maîtres «avers ceux qui sont sous notre charge, ou de les négliger, ou mal édifier : ce qui arriverait, si nous voulions trop nous polir et nous ajuster, nous bien traiter, nous faire considérer et honorer, nous divertir, nous épargner, et nous communiquer par trop au dehors. Il faut être ferme, et non pas rude dans la conduite, et éviter une douceur fade qui ne sert à rien. Nous appren- ' drons de Notre-Seigneur comme la nôtre doit être toujours accompagnée d'humilité et de grâce, pour lui attirer les cœurs, et n'en d^ûtOT aucun. »

Ecrivant à un autre supérieur, il lui dit : • Ma grande espérance est que vous contribuerez beaucoup, avec la grâce de Dieu, à sauver ces peuples, et que vos exemples serviront à vos confrères pour s*affectionner à cette bonne œuvre, et pour s'y appliquer aux lieux, aux temps et en la manière qui leur sera prescrite par vous, qui c^onsulterez Dieu comme un autre Hoïse, et qui recevrez la loi de lui pour la donner à ceux que vous conduirez. Souvenez-vous que la conduite de oe saint patriarche était douce, patiente, supportante, humble et charitable ; et qu'en celle de Notre-Seignenr ces vertus ont paru en leur perfection, afin que nous nous y conformions. »

Le supérieur d'une de ses maisons lui ayant écrit pour lui demander que sa charge fût remise à un autre, il lui fit cette réponse : « Pour la décharge, lui dit-il, que vous demandez, je vous prie de n'y pas penser, mais d'espérer que sous les cendres de cette humilité qui vous fait désirer de vous soumettre à un autre, est caché l'esprit de Notre-Seigneur, qui sera lui-même la direction de votre conduite, votre force en votre faiblesse, votre science en vos doutes, et votre vertu en vos besoins. De votre côté. Monsieur, donnez-vous à lui pour n'être à peine à personne, pour traiter un chacun avec douceur et respect, pour user toujours de prières et de paroles amiables, et jamais de mots rudes ou impérieux : rien n'étant si capable de ga« gner les cœun que cette manière d'agir humble et suave, ni par conséquent de vous faire parvenir à vos fins, qui sont que Dieu soit servi, et les âmes sanctifiées. »

Ecrivant à un autre sur le même sujet : « Tant s'en faut, lui dit-il, que les raisons que vous apportez pour vous exempter delà supério- T. u. 31

ritéy nous fasseut jeter les yeux sur uo autre, qu'elles nous confirment plutôt dans la résolution de irons la donner. La vue que tous ave2 de vosfdéfauts et de votre incapacité se doit employer pour tous humilier, et non pour tous décourager. Notre-Seigneur a assez de Tertu et de suffisance pour lui et pour tous : laissez-le donc agir et ne doutez point que si tous demeurez dans les humbles sentimenis dans lesquels tous êtes, et dans une humble confiance en lài, sa con* duite ne sanctifie la TÔtre. J'espère bien de sa bonté, et du bon usage que TOUS faites de ses grâces, qu'il en serait ainsi ; et dans cette espérance je TOUS euToie la lettre qui tous constitue supérieur de Totre communauté : tous lui en pourrez faire lecture, afin qu'elle tous * regarde désormais en Notre-Seigneur^ et Notre-Seigueur en tous, ainsi que je l'en prie. •

ÀTant que de finir ce chapitre, nous insérerons encore ici l'extrait d'une lettre de M. Vincent à une FiJle de la Charité, qui contient quelques aTis dignes de remarque touchant sa conduite, pour l'entrée de celles qui étaient reçues en la Compagnie de ces bonnes Filles, on qui en sortaient.

« La réponse, lui dit-il, que tous ferez à cette bonne Fille, laquelle pour entrer en Totre Compagnie Tcut être assurée pour sa Tiéi ^^ de lui dire que cela ne se peut ; qu'on n'a pas encore donné cette assurance à aucune, et qu'on ne la donnera à personne^ de crainte que quelques-unes, se relâchant aux exercices, ne dcTiennent scandaleuses, et se rendent indignes de la grâce de leur Tocation ; cal* si 6e malheur arriTait à quelque esprit mal fait, ne serait-il pas raisonnable de retrancher ce membre gangrené, afin qn'il ne gâtât pad les autres? Vous saTcz, néanmoins, ma Sœur, que Fon ne met personiÉe dehors, que rarement, et seulement pour des choses notables^ et jamais pour des manquements communs, ni même extraordinairesy s'ils ne sont fréquents et considérables ; encore le fait-on le plus tardqu^on peut, et après avoir longtemps supporté les chutes d'une teHe per« sonne, et employé Tainement les remèdes propres à sa correction. On use surtout de cette patience et charité euTcrs celles qui ne sont pas tout à fait nouTelles, et encore plus enTers les anciennes : de sorte que s'il en sort quelques-unes, c'est que ce sont elles-mêmes qui s'en Tont, ou par légèreté d'esprit, ou parce qu'ayant été lâches et tièdes au service de Dieu, Dieu même les vomit et les rejette arvant que les supérieures pensent à les reuToyer. De dire que ceiles qui sont fidèles à Dieu, vx soumises a la sainte obéissance, sortent de la Compagnie, c'est ce qui n'arrive pas, grâce à Dieu, ni à l'égard de cellcsqui se portent bien, ni envers cellesqui sont infirmes. Oit faitoe

qa*oik peut pour les conserver toutes, et on prend tous les soins possi • bles des unes et des autres, jusquesà la mort. Si donc cette bonne Fille se veut résoudre d'entrer chez vous, et d'y mourir, elle j sera traitée de même avec grande charité. iMais dites- lui, s'il vous plait, q-n, ce sera à elle d'assurer sa vocation par bonnes œuvres, selon le conseil de Tapotro saint Pierre; et pour cela, qu elle se doit appuyer en Dieii seuly et espérer de lui la grâce de la persévérance. Que si elle en veut être assurée de la part des hommes, il y a apparence qu'elle ciierche autre chose que Dieu-, il la faut laisser là, et ne s'en plus mettre en peine. •

SECTION! I

SA GÔNDUrtË t>OtJR LE TEMPOREL DES MAISONS DE SA (COAGRLGATION.

Noos èvobs VU en quelques-uns des chapitres précédents, combien grande était la confiance de M. Vincent en la providence de Dieu touchant les biens extérieurs nécessaires à la subsistance des maisons dé sa Congrégation, et comme il tenait pour assuré que si les siens observaient exactement leurs règles, et s'acquittaient lidèlemcnt de tous les devoirs de leur institut, cette divine providence ne peimcttrâit jamais qu'ils vinssent a manquer des commodités requises à lu vie; se fondant sur la promesse que le lils de Dieu en a laite lorsqu'il à dit : • Ghcrcliez preinièrement le royaume de Dieu et sa justice, et todtës ces choses dont vous avez besoin vous seront données. » Ceià toutefois n'empêchait pas qu'il ne veillût lui-même soigneus. ment à conserver et ménager, avec toute réconomie qui lui était possible, le bien temporel de sa Compagnie, tant parce que 'Dieu ayaiit ordonné que les hommes gagneraient leur vie à la sueur du* leur ilsage, il a établi à même temps la nécessité du concours des causes secondeS| pour coopérer avec lui à la production et prépara* tion des choses dont ils ont besoin, que parce que c'est aux pères de famille à nourrir leurs enfants, aux généraux d'armée à fournir des armes et des vivres aux soldats, et aux chefs des Compagnies à inlluer l'esprit et la vie sur leurs membres. Suivant cela, 31. Vincent élait obligé de pourvoir à la subsistance des siens. 11 y travaillait donc purement parce que Dieu le voulait, et que le bien des Ames le requérait ainsi. Pouf cela il a fait deux choses : la première, de i'alro valoir .c peu de bien qu'ils avaient; et la seconde, d en biou ménager le poiil revenu.

Premièrement, pour faire valoir le bien temporel de sa Compagnie 9t la GOOserveTi non-seuiemeut il établit des procureurs pour celai

€l aalres perfonnes intelligentes pour y tenir la main souasaéoïi* dnlte; mais c* était tellement soii> ga conduite, qu*ils ne faisaient rieaj sans eon avis : il leur marquait ce qu*iU avaient à faire et souvent m qu'ils avaient à dire, et ensuite il s'en faisait rendre compta : leur demandait ordinairement le soir ce qu'ils avaient fait le jour, il leur donnait des ordres pour le lendemain ; et afin qu'on ne négligeât rien, il leur disait souvent que depuis qu'une affaire était com-^ mcncée, il la fallait poursuivre jusqu'au bout. Quelque soin qui prissent des affaires ceux qui étaient députés pour cela, il ne pou-^ vait souffrir qu ils fissent aucune chose j ni dedans ni dehors^ sac lui en parler, pour peu qu'elle fût considérable; et s'ils étaient troj sujets à agir par eux-mêmes, il les déposait, même les supérieurs de autres maisons de sa Congrégation qui faisaient des choses e%lraor^ dinaires, comme bâtir, démolir et abattre, sans le lui proposer avoir reçu sou approbation et consentement^ parce qu*autrement dirait-il, si chacun faisait à sa tétr, on détruirait la dépendance éta-< blîe de Dieu, et on ne verrait que ehangemenls et désordres dans l€ tuuisons.

Il faisait valoir quelques fermes de lacommunauté de Saint-Lai

par les mains des Frères de sa Compagnie, et il pouvait dire apr

l'Apôtre que les missionnaires travaillaient de leurs mains pourl^

publication de PÉvangile* Il y emplojaitf avec les Frères, desdomei

tiques [H)ur labourer^ afin de tâcher d'avoir la provision de blé ; il j

faisait nourrir des troupeaux et des animaux domestiques pour aide

à faire les autres dépenses de la maison de Saint-Lazare, qui état

très*grandes requéraient quMl u^M de toutes les inventions possibk

reour}^ subvenir. Il prenait connaissance des moindreschosca corne

Jes plus [Jurandes, et il voyait de temps en tem ps les comptes du pet

^rapport de ta basse cour de Saint-iazare. 11 veillait atout, prena

soin de tout, et conférait de tout^ même des arbres et des fruits du

jardin, afin que rien ne pérît ou se dissipât faute de prévoyance et

de bon ménage; en un mot, il n'estimait rien indigue de sa conduite*

Quoiqu'il fit toutes les missions gratuitement, et qu'il ait mis les siens dans l'usage de ne prendre ni présents ni rétributions dea personnes qu'ils évaugélisaient, néanmoins, pour conformer sa conduite à celle de Notre-Seigneur, lequel recevait des aumône, il ne refusait pas d^ordinaîre celles qui venaient hors du temps des missions^ ^pourvu que tels bienfaits se fissent par charité, et non par salaire et ' récompense* Voici ce qu'il écrivit un jour à un de ses prêtres sur ce rsujet : « Il n'y a point de difficulté de rccavoir la charité de M. ît^M •et si déjà vous Tavess refusée, faites^luien vos excuses ; nous n'avoï^'

poiDt droit de refoser ce qu'il nous donne poar l'amour de Dieu. »

Secondement, pour ménager le petit revenu, il faisait faire les proYÎsions des vivres et des étoffes, nonnseolemeut au temps, mais encore aux lieux les plus propres ; cela fait, il recommandait à ceux qui avaient ces choses en charge, de ne laisser rien perdre, tenail la main à ce que la frugalité fût gardée en toutes choses, et que chacun se contentât des habits et de la nourriture qu'on lui donnait, quoique pauvres. Dans les mauvaises années, lorsque les vivres étaient fort cbers, il regardait s'il n'y avait rien à retrancher aux portions ordinaires du vin ou de la viande, afin que chacun se ressentit un peu de l'incommodité publique, et que la dépense ne fût pas si grande.

Une fois que la gelée avait gâté les blés et les vignes, il fit un beau discours pour exciter les siens à compatir à l'aflliction publique, lequel il termina par ces paroles : « Il faut gémir sous la charge des pauvres et souffrir avec ceux qui souffrent, autrement nous ne sommes pas disciples de Jésus-Christ. Mais encore que ferons-nous? Les habitants d'une ville assiégée regardent de temps en temps aux vivres qu'ils ont. Combien avons- nous de blé ? disent- ils. Tant. Combien sommes-nous de bouche» ? Tant. Et là-dessus ils règlent le pain que chacun doit avoir, et disent : A deux livres par jour, nous pourrons aller jusque*-Ià. Et comme ils voient que le siège est pour durer davantage, et que les vivres diminuent, ils se réduisent à une livre de pain, à dix onces, à six, et à quatre onces pour soutenir longtemps, et empêcher d*étre pris par la famine. Et sur la mer, comment fait-on quand il arrive qu'un navire a été jeté par la tempête et arrêté longtemps dans quelque coin ? on compte le bis* cuit, on prend garde à la boisson, et s'il y en a trop peu pour arriver au lieu où ils prétendent aller, ils en donnent moins ; et plus ils retardent, plus ils diminuent la portion. Or, si les gouverneurs des villes et les capitaines des vaisseaux en usent de la sorte, et si la sagesse même requiert qu'ils agissent avec cette précaution, parce qu'autrement ils pourraient périr, pourquoi ne ferions-nous pas de même? Pensez -vous que les bourgeois ne retranchent pas de leur ordinaire, et que les meilleures maisons, voyant que les vendanges sont faites pour cette année, ne ménagent pas leur vin, dans la crainte de n en trouver pas aisément l'année prochaine ? Hier, des personnes de la ville et de condition qui étaient céans me disaient que la plupart des maisons retrancheraient entièrement le vin aux serviteurs; on leur dira : Pourvoyez- vous, il n'y a plus de vin céans que pour le maître. Tout cela, mes Frères, nous a fait penser à ce que nous avions à faire, et j'assemblai hier les prêtres anciens de la Compaguie

pour prendre leurs avis ; enfin on a trouvé à propos de nous réduire l\ demi selier par repas pour cette année. Ceci fera de la peine à quelques-uns qui pensent avoir besoin de boire un peu plus de vin ; )Tiais comme ils sont accoutumés n se soumettre aux ordres de iâ Providence, et à surmonter leurs appétits, ils feront bon usage dé cette peine, comme ils font des autres sujets de mortilicalion/dont i's ne se plaignent pas. Il y en aura peut- être d'autre^ qui s'en plaindront par attaclie à leurs satijifacliôns ; ef^ritsde chair, -gens : ensuels et enclins à leurs plaisirs, qui ne veulent eu perdre aucun. ( t qui murmurent de tout ce qui n*est pas selon leur goût. 0 Sau- \eur ! gardez-nous de cet esprit de senf^nalité. •

Il évitait toute sorte de dépense superflue, il n'en faisait même (!e nccc^^iiirv' que le moins qu'il pouvait ; il n'épari;nait rjçn pour !a charité, comme nous avons dit ailleurs; il donnait tout à bien ( t au salut des àmcs ; mais à la chair, à la sensualité, aux plaisirs et r.iix commodités, tout le moins qu'il pouvait; point de bàtiipeats ([ui ne fussent absolument nécessaires^ point d'enjolivements et de peintures, non pas môme d'orqements, d'ameublements, ni d'accom; inodements qui ne fussent pas de la dernière iiiécessité. Et quoiqu'il lïkt souvent pressé de faire et chaiige|r plusieurs choses qui sémhiaient utiles, et même convenables, il tenait toujours fermp pour nVntrcprendre de telles dispenses, et disait pour raison <}ue Dieu nie s étant pas obligé à donner plus que le nécessaire, il ne devait pas s'engager au superflu.

Un supéric^ur d'une de ses maisons le pressait de consentir que Ton fit un bâtiment, et que la maison de Saint-Lazar^y contribuât, laquelle se trouvait dans l'impuissance de le ifaire ; et comme il lui représentait que faute de cela on omettait à faire beaucoup d^ bien^ et que les particuliers n'y pouvant demeurer, cela les dé^oûtaif et déréglait, voici la prudente réponse qu'il lui fit : « Vous me parlez de commencer votre bâtiment. 0 Jésus, Monsieur, il n'y faut pas penser ! C'est une grande miséricorde que Notre-Seigneur a fait à la Compagnie de lui donner un logement tel qu'il est, en attendant qu'il plaise à sa divine bonté de nous envoyer du secours. Quant aqx inconvénients que vous m'alléguez, ne pouvant faire autrement, noqs n'en serons pas la cause ; et puis ce procédé iqe semble avoir qaej- (\i]v rapport à la conduite de Dieu sur son peuple, ayant perjnis un î laïul désordre par plusieurs siècles, et la perdition d'une infinité (i iV.îîcs, pour mettre un ordre tout divin,, et les sanver tous parla \ '.vv% la vie, la passion et la mort de son Fils, lequel il a envoyé î; : ! inps qu'il a vu son peuple disposé à le recevoir, par tant de

semonces, de prophéties et de soiihaitR faits pour cela. Si c'est une faasse Yue, je m'en rapporte ; et si vous lu en donnez une meilleure, je la prendrai de bon cœur. >

H. Vincent évitait une autre sorte de dépense, en laquelle tombent les snpérieurs trop condescendants : c'est que les hommes aimant naturellement le changement, il s'en trouve qui se déplaisent en un lieuy ety sons prétexte que Tair ou l'emploi, ou les personnes avec lesquels ils sont, ne leur reviennent pas, ils s'imaginent qu'ils seront micnx ailleurs; ou bien les supérieurs |>articuliers, n'étant pas satisfaits de quelqu'un, désirent de s*en décharger, et d*en avoir un autre à leur gré. Pour cela, si on les voulait croire, il faudrait souvent retirer des hommes, et quelquefois leur faire faire de longs voyages, et en envoyer d'autres à grands frais, et cela faute de mortification et de support ; il y a peu de maisons où ces occasions ne se rencontrent. Hais M. Vincent ne pouvait leur accorder ces allées et venues; il les priait d'attendre encore, il les encourageait à la patieuco, il s*eicusait sur la difficulté de remplir leurs places, et leur disait qu'avec le temps on verrait ; il espérait que cependant ils perdraient ce désir de changer* Ce n'est pas qu'il n'en ait fait changer de tetnps en temps quelques-uns, mais c'était pour d'autres motifs importants, et non pour favoriser leur inconstance et leurs propres satisfactions, contre lesquelles il a montré une fermeté extraordinaire en ces occasions. Voici la réponse qu'il fit à un de ses prêtres qui lui demandait à changer de demeure; elle suffira pour exemple de quantité d'autres qu'il a écrites en pareille rencontre : « Comme il a plu à Dieu, dit'il, de me donner la connaissance de la Congrégation, et en particulier de l'état et des besoins de chaque maison, et des dispositions 4^9 sujets, je ne vois pas que pour le présent voqs puissiez être Mkile ailleqrs. Au nqm de Dieu, Monsieur, tenez ferme, et assurezvous que la bénédiction de Dieu ne vous m^nqaera pas, et qu'anodes plus sensibles consolations que j'aie est devons voir là où vous êtes, et que j'espère qiie nous nous verrons un jour bien grand au ciel. »

Il n'usait pas seulement de toute l'épargne possible, en évitant soigneusement les dépenses moins utiles pour pouvoir satisfaire aux nécessaires, et faire servir les nécessaires uniquepiept aux affaires de Dieu par une conduite toute sainte ; mais cette même conduite lui a fait encore ménager son temps, qui lui était très- précieux, pour un si grand nombre d'œuvres et d'affaires différentes dont il était charge pour le temporel et pour le spirituel, tant de sa Congrégation que dt?s autres Compagnies qu'il dirif^eait : c'est pourquoi il n'en voulait pas perdre un seul moment. Preniicrement,il était presque sans cesse

|€Kï€opé à prier, h parler, à écrire, à prendre ou à donner conseil ^ et aller el venir, à résoudre et à exécuter les choses résolues. Secon- ^demeut, il prenait sur son sommeil une partie de la nuit pour la f donner an bien de sa conduite : car outre qu'il se caucbait le soir une on deux heures plus tard que les autres pour parler à quelque«- I nus et vaquer à la lecture des lettres et à d'antres choses, il pensait \ encore la nuit aux affaires de sa charge, et on pouvait bien dire de lui quHl était un pasteur veillant sur son troupeau. Troisièmement, les autres prêtres de sa Congrégatiou avaient environ deux heures de récréation par jour, c'est-à-dire une heure ou environ après chaque repas ; et M. Vincent employait ces heures-là à l'acquit de sa charge. Quatrièmement, bien qu'il donnât loisir à ceux qui lui parlaient, I particulièrement aux externes, de lui dire tout et de se retirer sati^ ^faits, il ne s'entretenait pas néanmoins avec eux de choses inutiles^ il en détournait les discours, il évitait les digressions, même dana les assemblées de piété où il se trouvait pour lv% pauvres ou pour d'autres dessciuH charitables. II disait souvent : « Çà I revenons au sujet; concluons ; voyons ce qui reste. Monsieur» ou Madame, avez-vous agréable que nous achevions? etc. ^ Cinquièmement, il rendait peu de visites, l'U n'y était porté par quelque nécessité d'affaires, de re- Eronnaisf^nce ou de charité.

Voici en abrégé Tidée de sa conduite, dépeinte daus le discours qui suit, qui fut recueilli comme très-digne de remarque, par celuilà même auquel il le fit, et qui alla pour cet effet le mettre par écrit aussitôt qu'il fut sorti d'avec lui.

SECTION IIL

AVIS DE M. VIIÏGEHT Dûniiés HE BOOCHE A UN PREXaE DE LA COKGBiGÂ T10N DE LA HlSSlort AVAKT QOE BE L'EAVOYER EH UBE AUTEE MAlSOfi POUE EH AVOia LA CONDUITE.

■ 0 Honsienr, quel et combien grand penses* vous qne soit remploi du gouvernement des Ames auquel Dieu vous appelle ? Quel métier croyez- vous que soit celui des prêtres de la Mission, qui soûl obligés de manier et de conduire des esprits dont Dieu seul connaît les mouvements? jérs artium^ regimen animarum : ç*a été remploi du Fils de Dieu sur la terre ; c^est pour cela qu'il est descendu du cielj qu'il est né d'une Vierge, et qu'il a donné tous les moments de fa vie, et enfin souffert une très-4ouIoureuse mort* Cest pourquoi vous devez concevoir une très^grande estime de ce que vous ullet faire.

« Maisqad moyen de s'acquitter de cet emploi? de coDdaire des àmn à Dieo? de s'opposer aa torrent des vices d*aD peuple, ou aux défauts d'onsémiDaire? d'inspirer les fientiments des vertus chréliennes et ecclésiastiques dans ceux que la Providence vous confiera pour contribuer à leur salut ou à leur perfection? Certainement, Monsieur, il n'y a rien d'bumain en cela ; ce n'est pas ici l'œuvre d'un homme, c'est l'œuvre d un Dieu. Grande opuê. C'est la continuation des emplois de Jësus-Gbrist, et partant l'industrie bumaine ne peut rien ici que tout gâter, si Dieu ne s'en mêle. Non, Monsieur, ni la ubilosopbie, ni la tbéologie, ni les discours n'opèrent pas dans les âmes : ilfsut que Jésus-Gbrist s'en mêle avec nous, ou nous avec lui; que nous opérions en lui, et lui en nous ; que nous parlions comme lui et en son esprit, ainsi que lui-même était en son Père, et prê fbait la doctrine qu'il lui avait enseignée : c'est le langage de l'Écri torfr-Sainte.

« Il faut donc. Monsieur, vous vider de vous-même pour vous revêtir de Jésus-Gbrist. Vous saurez que les causes ordinaires produisent des effets de leur nature : on mouton fait un mouton, etc., et on bomme un autre bomme ; de même, si celui qui conduit les autres, qui les forme, qui leur parle, n'est animé que de l'esprit humain, ceux qui le verront, qui l'écouteront et qui s'étudieront à l'imiter deviendront tout bumains : il ne leur inspirera, quoi qu'il dise et qu'il fasse, que l'apparence de la vertu, et non pas le fond; il leur communiquera l'esprit dont lui-même sera animé, comme nous voyons que les maîtres impriment leurs maximes et leurs façons de iiire dans l'esprit de leurs disciples.

« An contraire, si un supérieur est plein de Dieu, s'il est rempli des maximes de Notre-Seigneur, toutes ses paroles seront efficaces, et il sortira une vertu de lui qui édifiera, et toutes ses actions seront autant d'instructions salutaires qui opéreront le bien dans ceux qui en auront connaissance.

« Pour en venir là, Monsieur, il faut que Notre-Seigneur lui-même imprime en vous sa marque et son caractère; car de même que nous voyons un sauvageon, sur lequel on a enté un franc, porter des fruits de la natnre de ce même franc ; aussi nous, misérables créatures, quoique nous ne soyons que chair, que foin et qu*épines, toutefois Notre-Seigneur imprimant en nous son caractëre, et nous donnant, pour ainsi dire, la sève de son esprit et de sa grâce, et étant unis à lui comme les pampres de la vigne aux ceps, nous faisons le mémo qn'il a fait sur la terre, je veux dire qne nous onérons des actions divines, et enfantons, comme saint Paul tout plein de cet esprit, des enfants à Notre-Seigneur.

« Une chose importante à laquelle vous devez vous appliquer soigneusement est d'avoir grande communication avec Notre-Seigneur dans l'oraison : c'est là le réservoir où Vous trouverez les instructions qui vous seront nécessaires pour vous acquitter de remploi que vous allez avoir. Quand vous aurez quelque doute, recourez à Dieu, et dites-lui : Sei^eur. qui êtes le Père des lumières, enseignez-moi ce qu'il faut que je fasse en cette rencontre.

« Je vous donne cet avis, non-seulement pour les diflBcultés qui vous feront peine, mais aussi pour apprendre de Dieu immédiatement ce que vous aurez à enseigner, à l'imitation de Moïse, qui n'annonçait au peuple d*Israêl que ce que Dieu lui avait inspiré : Hœc dicit Dominus.

• De plus, vous devez avoir recours à Dieu par l'oraison pour conserver votre âme en sa crainte et en son amour ; car, hélas ! Monsieur, je suis obligé de vous dire, et vous le devez savoir, que Ton se perd souvent en contribuant au salut des autres. Tel ffiit bien en son particulier, qui s'oublie soi-même étant occupé au dehors. Saûl fut trouvé digne d'être roi, parce qu'il vivait bien dans la maison de son père ; et cependant après avoir été élevé sur le trône^ il déchut misérablement de la gr&ce de Dieu. Saint Paul châtiait son corps, de crainte qu'après avoir prêché aux autres et leur avoir montré le chemin du salut, lui-même ne fût réprouvé.

« Or, afin de ne pas tomber dans le malheur de Saiîl ni de Judas, il faut vous attacher inséparablement à Notre-Seigneur, et lui dire souvent, élevant votre esprit et votre cœur vers lui : 0 Seigneur! ne permettez pas qu'eu voulant sauver les autres, je me perde malheureusement; soyez vous-même mon pasteur, et ne me déniez pas les grâces que vous communiquez aux autres par mon entremise et par les fonctions de mon ministère.

« Vous devez encore avoir recours à l'oraison pour demander à Notre-Seigneur les besoins de ceux dont vous aiirez la con(!uite. Croyez assurément que vous ferez plus de fruit par ce moyen que par aucun autre. Jésus-Christ, (\ui doit être l'exemple de toutes vos conduites, ne s'est pas contenté d'employer ses prédications, ses travaux, ses jeûnes, son sanç et sa mort même ; mais a tout cela il a ajouté l'oraison. Il n'eu avait point de besoin pour lui; c'a donc été pour nous qu'il a tant de fois prié, et pour nous enseigner à faire le même, tant pour ce qui nous regarde, comme pour ce qui touche ceux dont nous devons être avec lui les sauveurs.

• Une autre chose que je vous recommande, c'est Thumilité de Notre -Seigneur. Dites souvent : Seigneur! qu'ui-je fait pour avoir un toi emploi? Quelles sont mes œuvres qui correspondent à la

ebii^ que Ton me met rar les épaules? Ahl mon Dieu! je gâterai toQt, si TOiiB-mènie ne oondnisez toutes mes paroles et toutes mes œafres. Envisageons toujours en nous tout ce qu'il y a d*humain et d'imparfaiti et nons ne trouverons que trop de quoi nous humilier^ non-fieuledient devant Dieu, mais encore devant les hommes et en présence dé ceux qui nous sont inférieurs.

« Sartont, n'ayez point la passion de paraître supérieur ni le maître. Je no sAis pas de l'avis d'une personne qui me disait ces jours passés que, poar bien conduire et maintenir son autorité, il fallait faire Toir 'qne Ton était le supérieur. 0 mon Dieu ! Motre-Seigucur JésQS'GhriA n'a point parlé ainsi, il nous a enseigné tout le contraire de parole et d*ciemple, nous disant que lui-même était venu non pour être servi, mai^ pour servir les autres, et que celui qui veut être le mattre doit être le serviteur de tous.

« Entrez donc dans cette sainte maxime, vous comportant envers ceux avec qui vous allez demeurer quasi unus ex ilKs; leur disant d'abord que vous n^étes pas venu pour les maîtriser, mais bien pour les servir; faites cela au dedans et au dehors, et vous vous en trouverez bien.

« De plus, nons devons toujours rapporter à Dieu le bien qui se fait par notre entremise, et au contraire nous attribuer tout le mal qoi arrive àans la communauté. Oui, ressouvenez-vous que tous les désordres Tiennent principalement du supérieur, qui par sa négligence, ou par son ihauvais exemple, introduit le dérèglement, de mèniéqne tous les membres du corps languissent lorsque le chef est malsain.

« L'humilité vous doit porter aussi à éviter toutes les complaisances qui se glissent, principalement dans les emplois qui ont quelque éclat. Ô Monsieur! que la vainc complaisance est un dangereux venin des bonnes oeuvres ! C'est une peste qui corrompt les actions les plus saintes, et qui fait bientôt oublier Dieu. Donnez- vous de garde, au nom do Dieu, de ce défaut, comme du plus dangereux que je sache à l'avancement en la vie spirituelle et a la perfection.

« Pour cela donnez- vous à Dieu, afin de parler dans l'esprit humble de Jésus-Christ, avouant que votre doctrine n'est pas vôtre ni de vous, mais de rÉvan^ile. Imitez surtout la simplicité des paroles et des comiiaraisons que Notre-Seigneur fait dans l'Écriture sainte, parlant au peuple. Qélas ! quelles merveilles ne pouvait-il pas enseigner ai^ peuple? Que de secrets n'eùt-il pas pu découvrir de la Divinité, et aç ses admirables perfections, lui qui était la sagesse étemelle de son Père? Cependant, vous voyez comme, il parle intelligiblement, et

comment il se sert de comparaisoDB familières, d'un lâboiireor) d'un vigneron, d*un champ, d*uti€ vî^^ne, d'un grain de moutarde, VoiJà comme il faul que vous parliez, si vou^ vuulez yous faire euteudi^e au peuple, à qui vous anooneerez la paroie de Dieu. ^Ê

^ Une autre etioi^e k laquelle voue devez faire une attention toim particulière^ c'est d'avoir une grande dépi ndauce de la conduite du Fils de Dieu : je veust dire que quand il vous faudra agir vour fassiez Cl tte réflexion : Cela eslil conforme aux maximes du Fils de Dieu? Si vous trouvez que cela soit, dites ; <» A la bonne heure, î^ BOns; si au contraire, dites: Je n>n ferai rien. fl

■ De plus, quand il sera question de faire quelque bonne œuvre^ dites au Fils de Dieu : Seigneur, si vous étie» en ma place, commeu) feriez vous en cette occasion? Comment instruiriez-vous ce peuple'i Comment consoleriez vous ce malade d^esprit ou de corpK?

• Cette dépendance doit encore s'étendre à déférer beaucoup â ceux qui vous représentent Notre-Seigneur, et qui vous tiennent iim de supérieurs : croyez-moi, leur expérience, à raison de leur charge, leur a appris beaucoup de choses pour leur conduite. Je vous dis ceci jK>ur vous porter à ne rien faire d'importance ni rieu entreprendri d'extraordinaire sans nous en donner avis ; ou si la chose preasail si fort que vous n'eu^.^irz pas le temps d'attendre notre résolution^ adressez-vous au supérieur le plus proche^ lui demandant : Mousieur, que feriez-vous dans une telle occasion ? Nons arons Tcxpé' rJence que Dieu a béni la conduite de ceux qui eu ont usé ainsi, où, au contraire, ceux qui ont fait autrement se sont engagés en des affaires qui ne les ont pas lieulemcnt mis en peine, mais même qui nous ont embarrassés.

« Je vous prie aussi de faire attention à ne vous point vouloir signaler dans votre conduite» Je délire que vous n'aiïectiez rien de par lieu lier, mais que vous suiviez toujours viam regiam, cette grande route, afin de marcher sûrement et sans répréhension. J'entends par là vous dire que vous vous conformiez en toutes choses aux règleâ et aux saintes coutumes de La Congrégation. N'introduisez rien de non veau f mais regardez les avis qui ont été dressés pour ceux qui ont la conduite des maisons de la Compagnie, et ne retranchez fmn de ce qui se fait dans la même Compagnie. ^ « Soyez non-seulement fidèle à observer les règles, mais aussi exact à les faire observer, car faute de cela tout irait mah Et comme vous tiendrez la place de Notre-Seigneuri aussi faut-il que vom soyez, à son imitation, une lumière qui éclaire et qui échauffe, Jésus-Cbrist, dit saint Faul, est la splendeur du Père; et saintJ^gi

que e^ert li lamière qui éclaire tout homme qai yient aa monde.

« Nous TOjons qno les causes supérieares influent dans les infârienres : par exemple, les anges, qui sont dans une hiérarchie sapérieure, éclairent, illnminentet perfectionnent les intelligences d'one faiérirehie inférieore : de même le supérieur, le pasteur et le directeur doit purger, illuminer et unir à Dieu les âmes qui lui sont commises de la part de Dieu même.

« Et comme les deux envoient leurs bénignes influences sur la terre, il fiiutque ceux qui sont au-dessus des autres répandent en eux Tesprit principal qui les doit animer ; pour cela tous devez être tout plein de grAce, de lumière et de bonnes œuvres, comme nous voyons que le soleii communique de la plénitude de sa clarté aux antres astres.

« Enfin, il faut que vous soyez comme le sel : Vos e$Hs sal terrm, empêchant que la corruption ne se glisse dans le troupeau dont vous serez le pasteur. »

Après que M. Vincent m'eut dit tout ce que dessus, avec un sèle et une charité que je ne puis expliquer, il survint un Frère de la Compagnie, lequel lui parla de quelque aJBaire temporelle qui regardait la maison de Saint-Lazare; et lorsque ce Frère fut sorti, il prit de lA occasion de me donner les avis suivants :

« Vous voyez, Monsieur, comme des choses de Dieu, dont nous parlions A présent, il me faut passer aux affaires temporelles. De lA vous devez connaître qu'il appartient au supérieur de pourvoir nonseulement aux choses spirituelles, mais qu'il doit aussi étendre ses soins anx choses temporelles : car comme ceux qu'il a A conduire sont composés de corps et d'âme, il faut aussi qu'il pourvoie aux besoins de l'un et de l'autre, et cela A l'exemple de Dieu, qui, étant occupé de toute éternité A engendrer son Fils, et le Père et le Fils A produire le Saint-Eriprit ; outre, dis-je, ces divines opérations ad in(ra, il a créé le monde ad extra j et s'occupe continuellement A le conserver avec toutes ses dépendances, et produit toutes les années de nouveaux grains sur la terre, de nouveaux fruits sur les arbres, etc. Et le même soin de son adorable providence s'étend jusque lA, qu*une feuille d'arbre ne tombe point sans son ordre ; il compte tous les cheveux de notre tôte, et uourrit jusqu'au plus petit vermisseau, et jusqu'A un ciron. Cette considération me semble bien puissante, pour vous faire comprendre que l'on ne doit pas seulement s'appliquer A ce qui est relevé, comme sont les fonctions qui regardent les choses spirituelles, mais qu'il faut encore qu'un supérieur qui représente en quelque façon l'étendue de la puissance de Dieu, s'applique à

laYOîr te Boin des moîndrea choses temporÊlIêfti n'estimant potnl qo^ ^ €€ mm t^oit tiiic chose indigne de lui. Doune^^-Youft donc à Dieu pot^l I firoeuferte bien «pirituel de la maison où vous lûkz. ^^

« Le Fils de Dieu, dans le commencement qu'il envoya ses Apôtres, leur recommanda de ne point porter d'argent : mai^ ensuite, comme j le nombre de ses dîBciples s^accrot, il voulut qu1l y en eût un de Ut ] ^troupe qui îoeulos habrret, et (joi eût soin non-seulement de nourrir les pauvres^ nfaîs mémo qui pourvût au\ nécessités de aa faniill fBien pim^ il gouffrit que des femmes allassent à sa suite pour même lin, ^«a^ ministr admit et ; et s'il ordonne dans TÉvangile de point se mettre en peine du lendemain, cela se doit entendre de ne point avoir trop d'empreBsement ni de solUettude pour les biens de ] terre, et non pas absolument de infliger les moyens de la vie et i vêtement : antrcmentll ne faudrait point semer.

Je iiiiis là-dessus^ en voil^\ assez pour aujourd'hui^ Je répète d ! reehef que ce que vous allex faire est une œuvre bien grande, gran I ù^us. Je prie Nutre*Seigneur qu'il donne sa bénédiction a votre con-* dnite, et prie?-lc de votre part avec moi qu'il me pardonne toot^ les fautes que j'ai eomiiîisei moi-même daus l'emploi oti je suis. •

Page 1