‹ Vie de S. Vincent de PaulChapitre 2 sur 115 · AVIS AU LECTEUR · texte numérisé non relu

AVIS AU LECTEUR

Mon cher lecteur, j*ai à vous avertir en peu de mots de trois choses, Bor lesquelles je vous prie de faire quelque attention avant que de ^ous engager dans la lecture de ce livre.

La première, que la vérité étant comme Tàme de Tbistoire, sans laquelle elle De mérite pas le nom d'histoire, mais plutôt de roman ou de conte fait à plaisir, vous pouvez vous assurer qu elle a été très- fidèlement et très-exactement observée en celle-ci ; tout ce que vous y lirez étant ou publiquement connu, ou appuyé du témoignage de diverses personnes très-dignes de foi; ou bien étant tel, que je puis vous certifier lavoir vu de mes yeux ou entendu de mes oreilles, ayant eu le bonheur de connaître et de fréquenter M. Yincent durant un grand nombre d*années et d'avoir même visité le lieu de sa naissance et ses plus proches parents dans un voyage que je fis en Guienne il y a environ vingt-cinq ans.

Que si parmi les témoignages des autres j*y rapporte aussi divers extraits de ses lettres ou de ses entretiens, qui ont été en partie recueillis par quelques-uns des siens avec grande fidélité et cela seulement sur les dernières années de sa vie, j'en ai usé de la sorte dans la pensée que je ne pouvais faire une expression plus sincère ni plus certaine de ses dispositions intérieures qu'en rapportant ce qull a lui-même dit, lorsque la charité l'obligeait de parler^ et de découvrir quelquefois ce que l'humilité lui faisait ordinairement cacher. Eu quoi son témoignage est d'autant plus digne de croyance, que tous ceux qui l'ont connu savent qu'il était trèi éloigné de tout esprit de vanité et de vanterie, quune de ses plus fréquentes pratiques était de chercher l'abjection et Tavilissement de lui-même, disant et faisant volontiers dans les rencontres cequi pouvait le rendre méprisable aux yeux des autres.

Or, comme ce saint homme faisait ordinairement ces entretiens sans les avoir prémédités, parlant à ceux de sa compagnie, sur les sujets qui se présentaient, comme un père à ses enfants, on n'y verra pas tout l'ordre ni toute la liaison qui se trouveraient dans un discours étudié eL préparé : néanmoins^ nous avonsj pensé que, les rapportant dans

Iriirsimplicifrjo loctearscrciitd*autaiit plus satisfait et édifie de cette Icrtiirc, <|iril \ verrait plus naïvrmeut (Icpcint le fond de l'esprit el de la vcrlu de ce j^raiid scr\iteur de Dieu, sa bouche avant parlé cû ces occasions de l'abondance de sou cœur. I

!.a seconde esl (|ue cet ouvrage sond)lera pcut-ùlre trop ample et I trop cleiKhi, cl quelques-uns mèuie pourront |)enser qu'il notait pas nécessaire de s'arrêter à déduire beaucoup de choses particulières ([uon eut [)U [iasser sous silence, étant assez de rapporter en général les principales et les plus dignes de Tattcution du lecteur. Mais comme on ne peut pas bien juger des choses si on ne les connaît que superliciilîenuiïleui'n jartic, on a cru que, pour bien faire voir la grandeur et ruliiilé des au\ris que Dieu a faites par M. Yineent, il était noel's^aire de les rtq)porter |)!usau longct de les mettre en leur jour, ( t que ce neiait jias ahst / de Us déduire sommairement et seulement en général, sans descendre au particulier.

Au reste, le lecteur considérera, s'il lui plaît, que ce n'est pas ici une ])ièee(ré!oquencc,ni un panégyrique, mais un simple récit de la \ie et des actions vertueuses d'un serviteur de Dieu, lequel ayant iiBdt toutes sa vie une profession très-particulière d'humilité, ce serait en qui l(,ue laeon aller contre .^on esprit, délîgurcr cette vertu qu'il a tant chérie, que de la revêtir des ornements pompeux d'une éloquence mondaine. Le slyle dont on se sert en écrivant quelque livre doit toujours avoir un entier rapport avec le sujet qu'il traite, et on ne saurait Lien réussir eu rapportant les actions vertueuses des saints qu*en les <Iécrivant avec le même esprit dont elles ont été animées.

Knf!n, n^on cher lecteur, la troisième et dernière chose dont j^aià vous avertir est que, pour me conformer aux ordres très-sagement établis par le Saint-Sicgc a[)ostolique, je déclare que je n'entends, et (|ue je n'ai aucun dessein de faire entendre à personne tout ce qui est rapporté en ce livre autrement qu'on a coutume de prendre les choses qui sont appuyées seulement sur le témoignage des hommes, et non sur l'autorité de TÉglise. et que je n'emploie le titre desainty que je donne quelquefois à M. Vincent, qu'au sens que saint Paul le donne à tous les iidèïes : ne voulant signifier autre chose, par celte honorable qualité et par toutes les autres semblables, sinon que ce grand ser\iteur de Dieu a été doué d'une vertu très-éminente, et qui surpassait beau4'oiq) celle du comnuin des chrétiens.

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