CHAPITRE IL
LA NAISSANCE ET t'ÉDUCATION DE VINCENT DE PACL.
Ce fut l'an 1 576, le mardi d'après Pàqnes, que Vincent de Paul prit naissance dans le petit village de Pouy^près d'Acqs,qui est une vilk épiscopale située aux confins des laudes de Bordeaux ver« les moob Pyrénées. II y a dans le détroit de cette paroisse une chapelle dédia en rhonneur de la très-sainte Vierge, sous le titre de Noire-Dame in Jiuglose^ où Ton voit ordinairement un grand concours de peuple,^ vient rendre ses hommages et offrir ses prières à la Mère de Dieu; et ce fut là un des motifs qui porta notre Vincent à concevoir dès son phii jeune âge, et à nourrir en son C(cur toute sa vie une dévotion tonte particulière envers cette Reine du ciel, se voyant né dans nu lieu qui lui était dédié et qui était sous sa protection spéciale.
Ses parents ont été pauvres des biens de ce monde, vivant de leur travail ; son père se nommait Jean de Paul, sa mère Bertrande de Moras, et tous deux ont vécu non-seulement sans aucun reproche, mav aussi dans une grande innocence et droiture. Ils avaient une DMison et quelques petits héritages qu*ils faisaient valoir par leurs mains, à quoi ils étaient aidés par leurs enfants qui furent six, savoir qnatn garçons et deux filles. Vincent était le troisième, et dès son enfance il fut comme les autres employé à travailler, et particulièrement à mener paître et garder les bestiaux de son père.
VA en cela il semble que Dieu ait voulu poser et établir sur cette humble et pauvre extraction, le premier fondement de l'édiflce des vertus qu'il voulait élever en r<\mede son ûdèle serviteur; car (comme a fort bien dit saint Augustin) ce/ai qut veut devenir gratid devoiU Dieu j doit commencer par une très-profonde démission de soi-même^ et plus il prétend élever Védifice de ses vertus^ plus doit-U creuser les fondements de son humilité^ Et en effet, parmi les emplois considérables auxquels la Providence divine destina depuis Vincent de Paul, et au milieu des plus grands honneurs qu on rendait à sa vertu, son entretien le plus ordinaire était de la bassesse de sa naissance, et on li;i entendait souvent répéter eu telles rencontres, qu il n*élail qui le fils d^un pauvre paysan^ qu'il avait gardé les pourceaux, etc. Oh! que c'est une marque d'une vertu bien solide, que de conserver
' Magnus osse \l?!' à minimo incipo. Cogitas magnam fabricam constnierc cpliitadinis? de fundanionio prii^!» cogita huiiiilitatii>, et quanta quisque ¥u!t etdiaponU superimponcre molcin adilicii. qiiantô cril majua œdlûcium, lant6 alUùs fodil fundamentuni. rfiuf/., .Vf rm. 10, de Verb Z>om.
ir de son abjection et de son avilissement, au milieu des applaulents et des louanges! et que saint Bernard a eu grande raison e, que c* est une vertu bien rare qu'une humiUlé honorée^ l et
en a peu qui arrivent à ce degré de perfection, que de recber- » mépris lorsqu'ils sont poursuivis des honneurs! dque les perles naissent dans une nacre mal polie, et souvent angeuse, elles ne laissent pas de faire éclater leur vive blancheur lieu de ciette bourbe, qui ne sert qu'à en relever le lustre, et lieux connaître leur valeur. La vivacité d'esprit dont Dieu avait otre jeune Vincent commençant à paraître parmi ces bas emplois :ait occupé, elle en fut d* autant plus remarquée ; et son père re- ; bien que cet enfant pouvait faire qnelqiie chose de meilleur que ler paitre les bestiaux. Ce fut pourquoi il prit résolution de le
aux études; à quoi il se porta encore plus volontiers par la ssance qu'il eut d'un certain prieur de son voisinage, lequel une famille qui n'était pas plus accommodée que la sienne, avait oins beaucoup contribué du revenu de son bénéfice pour avancer *cs. Ainsi ce bon homme, dans sa simplicité, pensait que son fils t, s'étant rendu capable par l'étude, pourrait un jour obtenir e bénéfice, et en servant TÉglisesoulager sa famille et faire du BC8 autres enfants. Mais les pensées de Dieu sont bien différentes » des hommes (comme lui-même le témoigne par un prophète*), lesseins sont bien élevés au-dessus de toutes leurs prétentions. \ du petit Vincent, en le portant aux études, pensait aux petits ^esqu'ir en espérait tirer pour sa famille ; et Dieu avait dessein servir pour faire de très-grands biens h son Eglise, et il voulait »ant ses parents dans leur bassesse et dans leur pauvreté ex- ; , il s'emploj^&t uniquement à procurer Taccroissement du te de son Fils Jésus- Christ.
ce sujet un curé de son pays l'étant venu voir à Paris longtemps X)ur lui représenter le pauvre état de sa famille, et le prier de quelque assistance à ses parents, et leur procurer quelque bien, d serviteur de Dieu lui demanda s'ils ne vivaient pas de leur honnêtement et passablement selon leur condition; à quoi le ant répondu que oui, il le remercia de la charité qu'il avait IX, et ensuite le mit sur le propos de ce prieur, dont il a étécilarlé, qui avait employé les revenus de son bénéfice pour bien
Flrtos humilitas honorata. Pern. in Cant.
nim cogiiallonrs meae, cogitaiioiics vestrœ; ncque viœ mca», viaî yeslrs, dicit
quia sicut exaliantur cœll à terra, sic exaltât» sunt cogitatlones measà eogt-
yestris, et viic meai à viis vestris. Isa., 55.
accommodor SOS parents, et il lui fil faire ri^dexion sureeque ces sens-!.i. avant tout dissipé, i)endanl la vie et après la mort de leur bicufaileiir. étaient tonîlu's dans un état pire que celui où ils étaient auparavant: parée qiu\('onHne il dirait, cV.s/ en vain qncV homme hàlil la nialsov, si Dieu hii-wvme ne rèdifie. VA il lui donna cet exem|)lc pour prcuu (le rexprrieneo qu'il avait de (pianlités de familles ruinées û cause de leurs parents eeclésiastiquesqui, ayant voulu les enrichir aux dépens de rilgliso, leur avaient failheaucoup plus de mal que de bien, leur donnant la portion des pauvres; car tôt ou tard Dieu les en avait dépouillés.
Il faut néanmoins remarquer que le refus qu'il fit alors d'avantager SOS |)arents, ne provenait d'aucune dureté de ca*ur, ni d'aucun défaut (le eliarilé envers eux, mais seuleniciit ùj trt'cdriûture et purclc d'iiiîjîition, (|ui éluit comme l'àQie cîe touicS !\.s .1 u\;v<;, et <|ui lefaisait ioujours niarel:er ])ar les voies droites quicouvluisent à Jylcu,saDi jamais s'en déUmrner pour quehiue considération que ce fut. Car d'ailleurs il avait un coîur fort tendre sur les misères de son prochain, et était très-prompt à le secourir autant qu'il était en lui; de sorte qa'il pouvait dire avec cet ancien patriarche, que la miséricorde éiaii net avec /)/(% et qu'il avait toujours eu une inclination très-particalièn a exercer cette vertu, et même dès son plus jeune Age on a remarqué qu'il doimait tout ce qu'il pouvait aux pauvres; et lorsque son père .renvoyait au moulin quérir la farine, s'il rencontrait des pauvres en son chemin, il ouvrait le sac et leur en donnait des poignées, quand il n'avait autre moyen de les secourir : de quoi son père, qui était Iiomme de bien, témoignait n'être pas fâché, lit une autre fois, à l'âge de douze ou treize ans, ayant peu à peu amassé jusqu'à trente sous de ce qu'il avait pu gagner, qu*il estimait beaucoup en cet âge, et eu ce pays-là,oii l'argent était fort rare,et qu'il gardaitbienchèrenient,ayaut néanmoins un jour rencontré un pauvre qui ))araissait dansunegrande misère et indigence, étant touché d'un sentiment de compassion illui donna toulson petit trésor, sans s'en réserver aucuncchose. Certe8,bi l'on veut faire quelque attention à Tattache naturelle que les jeunes enfants ont aux choses qui les accommodent et qui leur plaisent, on pourra juger que ce fut là un effet particulier des premières grâces que Dieu avait mises en cet enfant de bénédiction, et delà on pouvait présager ce grand et pariait détaehemeut des créatures, et ce degré cminent de charité où Dieu le voulait élever.
* Cicvil iiiccuni iniediatioct de ulcjo cgrcbsa est mccuRi./o&/31.