‹ Vie de S. Vincent de PaulChapitre 5 sur 115 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

SES ÉTUDES rr SA PROMOTION AUX ORDRES ECCLÉSIASTIQUES.

Toutes CCS bonnes dispositions de Fesprit du jeune Vincent, et ses nclînations au bien , firent résoudre son père de faire quelque petit ïffort, selon retendue fort modique de ses facultés, pour Teutreteuir lux études, et à cet effet il le mit en pension chez les Pères Gordeliers l*Acqs, moyennant soixante livres par an, selon la coutume du temps il du pays. Ce fut environ l'an 1588 qu'il commença ses études par les premiers rudiments de la langue latine, où il se com porta de telle sorte et lit un tel progrès, que, quatre ans après, H. de Commet Tainé, avocat de la ville d*Acqs, et juge du lieu de Pouy, ayant appris du Père gardien les bonnes qualités de ce jeune écolier, conçut une affection toute particulière pour lui ; et Tayant retiré du couvent des Cordeliers, le reçut en sa maison pour être précepteur de ses enfants, afin que, prenant soin de leur instruction et conduite, il eût moyen, sans être davantage à charge à son père, de continuer ses études: ce qu'il fit avec un très-grand profit, ayant employéneuf ansà ctudieren la ville d' Acqs, an bout desquels M. de Commet, qui était une personne de mérite etde piété, étant très-satisfait du serviceque le jeune Vincent lui avait rendu ea la personne de ses enfants, et de Tédilication que toute sa famille avait reçue de sa vertu et sage conduite, qui surpassait de beaucoup ton âge, jugea qu'il ne fallait pas laisser cette lampe sous le boisseau, ftqu*il serait avantageux à l'élise de l'élever sur le chandelier; et pour cette raison, il porta Vincent de Paul, qui avait grand respect pour lui, et qui le regardait comme un second père, à s'offrir à Dieu pour le scrvirdans l'état ecclésiastique, et lui fit prendre la tonsure et les quatre ordres qu'on appelle Mineurs, le il) septembre 159 G, étant alors Agé de vingt ans.

Après quoi, se voyant ainsi engagé au ministèrede l'Église, et ayant pris Dieu seul pour son partage, il quitta son pays, et jamais, depuis ce temps- In, il n'y a demeuré; et du consentement de son père, avecquellue petit secours qu'il lui donna (ayant à cet effet vendu une paire de bœufs), il s'en alla à Toulouse pour s'appliquer aux études de théologie, 011 il employa environ sept ans. Il est vrai que pendant ce temps il passa en Espagne, et fit quelque séjour à Saragosse pour y faire aussi quelques études.

Le 2l février et le 29 décembre 1598, il prit les ordres de sousdiacre etde diacre, et en (in, le 23 sej)tembre 1600,il fut promu ausnint ordre de prêtrise; de sorte qu'ayant depuis vécu jusqu'au 27 septembre k

16G0y il se trouve qu'il a été prêtre dans l'Église de Jésus-Christ Tespacede soixante ans. Dieu sait quelles furout les dispositions et lesscntiments de son c<£ur lorsqu'il reçut ce saeré caractère : mais si Tod juge des arbres par leurs fruits et des causes par leurs effets, Yoyaot la perfection ct'la sainteté avec laquelle ce très-digne prêtre a exercé les fonctions de son sacerdoce, Ton peut croire avec grande raisoDf qu'en ce moment qu'il fut consacré prêt re, not re Seigneur Jésus-Christ, qui est le prêtre éternel, et le prince des prêtres, versa très-abondamment sur lui la plénitude de son esprit sacerdotal , et cet esprit lui donna de si hauts sentiments de ce sacré caractère, qu'il on parlait toujonn avec admiration, comme d*une chose qu'il ne pouvait assez estimer : il témoignait être dans un étonnement extraordinaire, quand il parlaitde cettepuissancemerveilIcusequcDieu iniprimeavecun caractère qnine se peut jamais effacer dans Tûme du prêtre, eu vertu de laquelle ilremet les péchés aux pécheurs pénitents, et avec quatre ou cinq parolei il change la substance du pain et du vin au corps et au sang de Jésus- Christ, et offre ce même corps etce même sang en sacrifice à Dieu son père, et distribue ce même corps de. Jésus-Christ comme un pain de vie pour la nourriture des fidèles. Enlin, il était si pénétré des sentiments d'estime de l'excellence et de l'éminencedu caractère sacerdotal, et de l'obligation indispensable qu'elle imposeùceux ({uirontreçu, de mener une vie toute pure, toute sainte et tout angélique, que depuis on lui a souvent ouï dire, a que s*ii n'eût été prêtre, il n'eut jamais pu se résoudre à l'être, s'en estimant très-indigne, » quoiqu'il en fût d'autant plus digue, qu'il croyait moins en être digue, n'y en ayant poinlqui méritent mieux d'être avancésaux premières places du festin nuptial de rAgneau, que ceux qui se mettent au plus bas lieu'. On n'a pu savoir en quel lieu, ni même en quel tem|)s, il célébra sa première messe; mais on lui a seulement ouï dire qu'il avait une telle appréhension de la majesté de cette action toute divine, qu'il en tremblait; et que n'ayant pas le courage de la célébrer publiquement, il choisit plutôt de la dire dans une chapelle retirée à l'écart, assisté seulement d'un prêtre et d'un servant.

Messieurs les grands-vicaires d'Accjs, le siège vacant, n'eurent pas plutôt appris qu'il était prêtre, qu'a la sullicitation de M. de Commet, et pour l'estime qu'ils faisaient de sa vertu, ils le pourvurent de la cure de Tilh : mais lui ayant été contestée par un compétiteur qui L'avait impétrée en cour de Home, il ne voulut point entrer en procès pour ce sujet, et Dieu le permit ainsi, aiin qu il ue fût point

* CùDi vocatus fueri» ad nnptias, recunibc in novissimo loco, ut cùm vcneril qui le invilavit»dicat\tibi : Amlce» ascende superius. lue, ii.

obligé de quitter ses études, qQ*il avait un grand désir de continuer.

Il y avait alors deux ans que son père était mort, lequel, par son testament, aprèsavoir partagé tous ses eufants, avait déclaré qu'i 1 voulait et entendait que son fils Vincent fût assisté et entretenu aux études aelon la portée des biensquHI laissait; et en vertu dece testamentileùt po exiger quelque chose de sa mère et de ses frères ; néanmoins, ne voulantpas leur être à charge, ni leur causer aucune peine, et vojant qu'il ne pouvait subsister dansTouIouse,il prit la résolution d'accepter one petiterégence qu*on lui offrit à quatre lieues de là dans la ville de Bn8ct,où plusieursgentilshommcsdesenvirons lui donnèrent leursenfanls en pension, et même on lui en envoya de Toulouse, comme il le manda à sa mère par une lettre qu'il lui écrivit; et le grand soin qu'il prenait de leur instruction etbonne éducation, lui moyenna son retour à Toulouse peu de temps après, oii il mena ses pensionnaires du consentement et avec l'agrémentdes parents : de sortequMl eut moyen, en instruisant cette petite jeunesse, de continuer ses études de théologie; cequ*il fit avec tant d'affection et de diligence, qu'après y avoir employé sept ans, comme il se voit par une attestation authentique du mois d'octobre IG64, du Père Esprit Larran, religieux Augustin, docteurrégent en théologie de l'Université de Toulouse, signée de lui et d'Assolens, secrétaire, et scellée : il fut reçu bachelier en théologie, eomme il appert par d'autres lettres du même mois, signées d'André Gallus, docteur régent et recteur de ladite Université, et d'Assolens, son secrétaire, et scellées ; ensuite de quoi il lui fut permis d'expliquer et enseigner publiquement le second livre des sentences dans la même Université, comme il est porté par d'autres lettres de la même année, scellées et signées Cociraez, chancelier de l'I-niversité de Toulouse, et de Soffères, trésorier. Ces trois pièces ont été trouvées depuis la mort de ce grand serviteur de Dieu, par ceux de sa compagnie, qui n'en avaient eu aucune connaissance pendant sa vie : de sorte que de compte fait sur les mémoires envoyés de son pays, il se trouve cjuMl a employé plus de seize ans continuels à étudier, tant en la ville d'Acqs qu'en l'Université de Toulouse.

11 n'était pasdu nombre deceux qui se laissent enfler pour un pende science qu'ils pensent avoir ; au contraire, ilcaehait celle qu'il avaitacquise, et, par un mouvement d'humilité assez extraordinaire, il tâchait de persuader aux autres qu'il avait fort peu de science; et souvent, en parlant de lui-même, il se nommait un pauvre écolier de quatrième, pour donner autant qu'il pouvait une basse opinion de sa suffisance ; en quoi il ne disait rien contre la vérité, puisqu'il était vrai qu'il avait été écolier de quatrième : mais, par un saint artifice de la vertu d'humilité.

il couvrait du voile du silence le reste de ses études; et quoique dam les occasions où il s'agissait des intérêts de la vérité ou de la charité, il fût obligé de parler, et de faire connaître qu'il n'était pas ignorant des choses que sa condition l'obligeait de savoir, il était pourtant bien aiie qu'on crût qu'il n'avait point de'science, afin de réprimer cette indinition vicieuse qui provient de la racine de superbe, et qui se trouve ordinairement eu tous les hommes, de passer pour capables et savants qb chacun dans sa profession ; en sorte que même les plus ignorants et mal habiles affectent cette réputation autant etquelquefois plusque lesaatrès. Mais Vincent de Paul, quoique très-abondamment pourvu dedoctrine et de suffisance, eût volontiers pris pour lui la devise du saint Apôtre, et eût pu dire à son imitation : « Je n'at point e$limi $mwf aucune chose ^ sinon Jésus-Christ^ et Jésus- Christ erticifié\ • C'était là sa principale science et sa plus haute sagesse ; c'était le livre qu'il avait toujours ouvertdevant les ^veux de son esprit, et duquel il tirait des connaissances et des lumières bien plus élevées que toutes celieii qu'il eût puisées de.H autres sciences, quoique bonnes et saintes, qu'il avait acquises dans le cours de ses études.

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