SAINT-LAZARE
II 7 a une liason secrète entre les vertus, qui fait que non^seulement elles se suivent, mais même qu'elles s'attirent les unes les autres dans les sujets qu'elles trouvent disposés : l'on peut dire le môme des grâces, qni sont comme les semences des yertus, et généralement de tons les donsde Dieu, qui vont toujours se multipliant, pourvu qu'on n'apporte point de résistance, et qu'on ne mette point d'ol)stacIe à cette volonté souverainement bienfaisante qui en est la source.
Dieu avait voulu employer M. Vincent, après qu'il eut donné le cours aux missions, pour commencer rexcrcice de Tordination, et eit répandre le fruit de tous côtés. Et il plut ensuite à sa divine bonlc de se servir du même pour produire un autre bien dans l'Église, qui devait être utile non-seulement pour conserver et affermir les grAces reçues en l'ordination, mais aussi pour disposer les ecclésiastiques à tous les emplois propres de leur ministère, et les rendre capables de s'en acquitter dignement et utilement. Voici de quelle façon la chose arriva. Ce grand serviteur de Dieu voyant les bons succès des exer
ces de I*ordinatioQy en resRentaît une grande joie dans son cœnr, qm l'excitait à en rendre de continuelles actions de grâces & sa divine Majes- ^ té. Mais considérant la faiblesse et Tinconstance de la volontéhnmaiMi, il craignait qu'au sortir de ces exercice les ecclésiastiques retournant dans les conversations ordinaires du monde et étant obligés de vivra, comme dit le saint Apôtre, au milieu d'une nation méchante et perverse, ils ne vinssent à déchoir peu à peu de cette première fervenri et peut être ensuite à perdre la grâce qu'ils y avaient reçue. Cela Ini ] faisait rechercher en son esprit par quels moyens on les pourrait pré- \ munir et fortifier, en telle sorte que ni leurs propres infirmités, ni la dépravation du siècle, ne pût ébranler on altérer les saintes réaolations qu ils y avaient prises. QuoiquHl eût diverses vues sur ce sujet, néanmoins son humilité le faisant toujours défier de ses propres lor mières, et une de ses maximes étant de ne se point ingérer de soimême dans les desseins de Dieu, il se contentait d'invoquer le Saint- Esprit en attendant qu'il lui plût faire connaître ce qui lui serait le plus agréable. Et voilà que, comme il était dans ces pensées, un vertueux ecclésiastique qui avait assisté aux exercices des ordinandsi Paris le vint trouver et lui proposa de faire quelque sorte d'union entre les ecclésiastiques, lesquels s'étant préparés à recevoir les saints ordres par le moyen de ces exercices, auraient désir de vivre conformément à la sainteté de leur vocation, et pour cet effet qu'il trouvât bon de les faire assembler quelquefois à Saint- Lazare, ponr conférer ensemble des vertus et des fonctions propres à leur ministère.
M. Vincent reçut cet avis comme venant de Dieu; et considérant les bons effets que les conférences spirituelles avaient autrefois produits parmi ces anciens pères des déserts de l'Egypte, qai s'en servaient comme d*un moyen très- utile pour se fortifier contre les attaques de leurs ennemis invisibles et pour s'avancer dans le cbemia de la perfection, il jugea qu'il ne serait pas moins profitable aux ecclésiastiques qui devaient vivre et servir Dieu dans le monde. C'est pourquoi, après avoir beaucoup recommandé cette affaire à Notre-Seigneur, et Tavoir fait agréer et approuver par Mgr Tarchevéque de Paris, il se mit en devoir de faire choix des sujets propres ponr y donner commencement, et la providence de Dieu Ini en fournit une occasion fort à propos, qui fut telle.
Plusieurs vertueux ecclésiastiques qui avaient passé par les exercices de Tordinatiou, reconnaissant combien ils étaient obligés à M. Vincent des bonnes dispositions ou Dieu les avait mis par son assistance, étaient venus s*offrir àlui pour travailler à tootes les fondiûtiB ecclésiastiques propres de leur étal auxqaèUeBfljojpMl^'KfjRipoaik
lia loi donna sajet de les prier de faire one petite miS' s, charpentiers et autres qui trayaillaient aux bàtidela Yisitation de Sainte-Marie, près la porte Saints, desquels il était le supérieur et père spirituel. Ce ement du mois de juin de Tannée 1633 que ces bons l'employèrent à cet ouvrage avec grande affection, disposé leur temps par une ingénieuse charité, que, ss gens de leur travail, ils trouvèrent moyen de leur rs les exhortations et instractions accoutumées, et de re une bonne confession générale, et amener une vie nne, selon leur condition.
ient occupés à cette mission, M. Vincent voyant le ; âmes dont ils étaient animés, et avec lequel ils trane grande union d'esprit, les jugea très-propres pour n'il avait projeté ; et pour cet effet il les alla trouver Barnabe, onzième du même mois, et leur ayant coman en particulier la pensée qu'il avait eue de les unir articulièrement pour les fortifier davantage dans le siraient rendre à Dieu, il les y trouva tous portés avec f se remettant entièrement à lui de disposer et ordonverrait être le plus expédient pour leur bien et pour loire de Dieu. Sur cela il les convia tous de venir à leur donna jour pour s'y assembler ; où étant arrivés, 1ns en particulier ses sentiments sur œ sujet : il leur ssité de conserver et cultiver les saintes dispositions t mis, et les grâces qu'ils avaient reçues en Tordinaint fortement de se donner à sa divine Majesté, pour leur vie ce qu'ils avaient commencé' par sa grâce, et usqu*à la fin aux obligations de l'état qu'ils avaient MTte qu*il n*y eût point sujet de dire d'aucun d'eux nencé à édifier, mais qu'il n'avait pas eu le courage lifice ' ; et qu'ayant été honorés du caractère sacré de levés à un état vraiment saint, qui les dédiait entiè- % de Dieu, il ne leur arrivât pas ce que le prophète it de son temps, que l'or s'était obscurci, qu'il avait et son lustre, et que les pierres précieuses du sanc- Lé dispersées et foulées aux pieds dans les rues ^ : ce toutefois quand ceux que Jésus-Christ a choisis pour
adiflcare, et non potait consammare. Luc, cap. 14.
raUim eat aurum, mutatus est color optimu», diApersi sunt lapides
liullam platearum. Thren,, cap. 4.
— ifîO —
niiiiislivs de son I^^lise viennent à déchoir de la cbarîté et de! -?. ])vv(ccX\r.n qui doit accompaîjner leur état ; et que ceux qui appii g chent plus près de sou sanctuaire, et qui sont les dispensateurs de mystères, se laissent aller à la di^^sipation dans les grands chemioi ? iiu monde, et se rendent méprisables par le dérèglement de leur m ensuite de cela, leur ayant fait entendre que son dessein n'était de les porter à se séparer et retirer entièrement du monde, pour di meurer et vivre ensemble dans une même maison, ce qui eût pu r Aoir diverses difficultés, mais bien qu'en continuant à demeurer dtf ^ eux, ou chez leurs parents, ils fussent unis ensemble par un lienp» eulier de charité, et par une conformité d'exercices de vertus et A'fMr : plois ecclésiastiques ; se proposant à cet effet un même ordre et règlfr; ment de vie, pour l'observer fidèlement, et parce moyen se prémanfcj contre la corruption du siècle et s'acquitter parfaitement des obliglr: lions de leur vocation ; en sorte qu'on pût leur appliquer ce qu*a dit| un prophète: Stellœdederunt lumen incusiodiissuiSy et vocaiœ dUEt rnni: Adsumus; et hixerunl illi mmjucunditalej qui feciliUiu;é qu'ils fussent dans TKglise comme autant de brillantes étoiles qaiié^ pandissent la lumière de leurs bons exemples dans leurs familles, vir vaut dans une disposition continuelle d'aller travailler aux licaièt aux emplois où ils seraient appelés; afin que Jésus-Christ, autearde leur sacerdoce, eût sujet d\Hre content et satisfait de leur service.
Celui qui avait fait la |)remièro proposition de ce dessein à M. Viih cent ne se trouva pas en cette assemblée, étant pour lors occupé à tr* vailler en quelques missions hors de Paris ; c'est pourquoi M. Vincesl lui écrivit la lettre suivante :
n Dieu soit béni, Monsieur, de toutes les grùces et bénédictioD qu il répand sur votre mission. ]Ve vous semble-t-il pas que tan d'ouvriers qui demeurent oisifs seraient bien employés en la grand moisson à laquelle vous travaillez maintenant; et que ceux quiconnaisseiil le besoin que le maître de la moisson a d'ouvriers seron coupables du sang de son Fils, qu'ils laissent inutile faute d'appiica lion ? Oh ! que la pensée que vous me fîtes riionneur de me coin nunii(|u('r ces jours passés a été bien reçue de MM. les ecclésiastiques de tou'i lev^quels nous avons parlé en ^énéral,et de chacun en partico lier ! rsoiis les \Unes il y a quinze jours ensemble, et ils résolurento que vous me proposâtes dans une uniformité d'e.'^prit, qui parait tout de Dieu. Je commençai mon discours par les paroles que vous medi les, sans vous nommer, .sinon lorsqu'il fallut vous mettre de leuruon bie e*t rt'lenir votre place parmi eux. Ils se diHvent encore assemble aujourd'hui. 0 Monsieur, qu'il y asujcl d'espérer beaucoup de bien d
toeompaguie ! vou*) en <^tcs le promoteur, et vous avez intérér qu'elle iMiase à la gloire de Dieu. Priez-te pour cela, s'il vous plait, Monar, et pour moi particulièrement. »
Ces messieurs les ecclésiastiques s*étant donc derechef assemblés le mièmedu mois de juillet suivant, ils arrêtèrent Tordre qu'ils delent tenir dans leur conférence, firent choix de quelques officiers Br maintenir cet ordre, et déterminèrent le jour du mardi de cba- « semaine, comme le plus propre pour s'assembler, et pourconfé- ^ ensemble des vertus et des fonctions de leur ministère. M. Vin- It leur donna pour sujet de leur première conférence, qui se fit le 'do même mois, celui de l'esprit ecclésiastique, et le divisa en trois iiits. Le premier contenait les raisons et les motifs pour lesquels il porte aux prêtres et antres qui sont dans les ordres et ministères béa d'avoir l'esprit ecclésiastique; le second, eu quoi consiste cet rit ; et le troisième, les moyens de l'acquérir, de le conserver, et s'y perfectionner. Ce premier sujet de conférence, aubsi bien que
suivants, et ce qu'il y a de plus considérable touchant cette assem* Bf fut remarqué par un des premiers de cette compagnie, qui a mi les principaux mémoires des choses que nous en dirons. !es messieurs ont toujours continué depuis ce temps-làdes'asibler toutes les semaines, et de faire leur conférence sur les sujets
M. Vincent leur donnait, qui étaient toujours des vertus ou des Dtions propres et convenables à leur condition : et leur manière wrler dans ces conférences était humble, simple et familière, selon loovement que leur directeur leur en inspirait, et par ses exhorons, et par son exemple : car il avait une grâce particulière de 1er des vertus, et de tous les sujets de piété, avec efiicacc et bénéion : son langage était simple et sans faste, mais vigoureux et afif ; il n'employait pour l'ordinaire aucune étude pour se préparer I qo'il avait a dire dans les conférences, mais il le préméditait seulent devant Dieu dans l'oraison, d'où il puisait de grandes iumiè- ^ qa'il communiquait aux auires avec grâce. Ses discours étaient dés sur certains principes tirés de l'Écriture Sainte, et particuemeutdes exemples et des paroles du Fils de Dieu contenus dans Évangiles, qu'il pénétrait et goi!itait d'une façon très-particulière ; vent même il n'ajoutait rien, ou fort peu de chose, à ce que les res avaient dit, et se contentait de relever quelque bonne pensée, |oelque parole qui avait été avancée par un autre ; mais il dont une nouvelle force, car il traitait les choses les plus communes irdinaires d'une manière tout extraordinaire, et avec des exprèsisqoi touchaient et portaient coup dans les esprits, et produisaient
toujours de très-bons effets; ce qui faisait bien voir que Notre-Sct gncur Jésus-Cbrist parlait par sa bouche, et animait sa parole, lug bien que soo cœur. Kntre autres bous effets qui en réussissaient, l'in était d eutrcr dans hon même esprit, et d'agir et parler comme lai avec humilité, simplicité et sincérité : en sorte que dans ces confé reuces ou ne s'étudiait point à l'aire de beaux discours pour parallr docte et éloquent, ou pour taire estimer sou esprit; maison n'y cher chait autre chobc que i honneur et ta gloire de Dieu, i*avancement spi rituel des autres, et sa propre humiliation et confusion. 11 conseillai pourtant aux ecclésiastiques de la conférence de se préparer sur k sujets, mais plutôt par manière doraison que d'étude ; si ce n'êtai que la matière qu'où devait traiter demandât une application parti cuiiei'e,el une lecture attentive de quelque bon livre, pour eu rappoi ter ce qui serait de plus utile et de pius nécessaire, comme quand: s'agissait des offices et des emplois ecclésiastiques, et d'autres semUa bies sujets.
« Or, pour attirer plus de bénédiction sur cette compagnie d'ec clesiastiqucb, M. Vincent jugea a propos d'y établir quelque ordi par iorme de règlement. Il porte, entre autics choses, que les eocU biustiques désirant conserver les bonnes dispositions qu'il avait pi a Dieu leur donner pendant les exercices de l'ordination, avaient pr resolution, sous le bon plaisir et avec la permission de Mgr Tarclu vèque de Paris, de s unir ensemble, et de faire des o-onférences en i maison de Saint-Lazare, pour honorer la vie de Kotre-Seigneur Ji hUS-Lhrist, sou sacerdoce éternel^ sa sainte famille, et son amoi envers les pauvres : et cela en s'eff'orçant de conformer leur vie à. sienne, et de procurer la glon*e de Dieu dans l'état ecclésiastique, dai leurs familles, et parmi les pauvres, non-seulement des viiks, ma aussi de la campagne, selon la dévotion d'uu chacuu ;
« Que cette compagnie serait composée seulement d'ecclésiastiqa promus aux ordres sacres, qui n'y seraient reçus qu'après une longi perquisition de leur vie et mœurs : et après avoir lait les exercie spirituels, qu'ils tùclieraient encore de faire tous les ans autant qu'j pourraient ;
« Qu'iiss'assembleraient les mardis de chaque semaine, pour coni rerdis sujets qui leur seraient proposés, et qui seraient ordinair ment des vertus et des fouctions et emplois propres à leur ministèr « Qu'ils se repre^enteraient euffn que JNotre-Seigneur les avaitU ensemble d'un nouveau lien de son amour, pour les tenir parfait ment unis en lui, et que pour cela ils devaient s'entre-chérir, se vii ter, et se consoler les uns les autres dans leurs aftlictioas et mal
B^et assister à renterrement de ceux d'entre eux qui décéderaient, % rintention desquels chacua des prêtres offrirait trois fois le sacrifiée de la Messe, et les autres feraient quelque communion.
• Us se prescrivirent outre cela un petit ordre pour l'emploi de la journée, qui contenait entre autres choses : qu'ils se lèveraieiil tous Ici jours à une certaine heure, après avoir pris un repos suffisant; que tous les matins ils feraient au moins une demi-heure d*oraison ■eotale, célébreraient la sainte Messe, et ensuite liraient un chapitre du Nouveau Testament à genoux, et tète nue, accompagnant cette 'ketare de ces trois actes intérieurs, dont le premier est : adorer les lérités contenues dans le chapitre qu'on a lu; le second : entrer dans k sentiment de ces mêmes vérités ; et le troisième : se proposer la pntique des choses qu'elles enseignent; qu'après cela, ils s'appliquenient A une étude convenable à leur condition ; qu avant le diner ils feraient un petite récollection intérieure, ou examen particulier; fi'ils emploieraient quelque temps l'après-dlnée à la lecture d'un Ine spirituel, et le reste du temps à quelques études, ou autres Hercîces convenables à leur état. »
SECTION IL
US PROGRÈS DE CETTE COMPAGIflB, ET LES FRUITS QUI EN ONT REUSSI.
Cette compagnie ayant eu de si bons commencements par la sage conduite de M. Vincent, a toujours continué avec de nouvelles bénédktions que Dieu y a répandues par les mains de son iidèle serviteur. L'on peut mettre entre ces premiers fruits sa multiplication et son aocroissement, qui s'est fait en fort peu de temps, en telle sorte que plus de deux cent cinquante ecclésiastiques y ont été reçus pendant h vie de BI. Vincent ; entre lesquels il s'en est trouvé plusieurs trèsconsidérables, soit pour leur naissance, soit pour leur doctrine, y en ajant eu plus de quarante qui étaient docteurs en la faculté de Paris. Or^ quoique le dessein de M. Vincent et de tous ceux qui la componient ne fût point de se produire, mais plutôt d'honorer la vie cachée de Nôtre-Seigneur, demeurant inconnus autant qu'ils pourraient, travaillant avec humilité dans les emplois les moins estimés, mais ks plus utiles et avantageux au salut des âmes, particulièrement des paavres, allant catéchiser et confesser daus les hôpitaux, dans les prisons ou dans les villages ; Dieu n'a pas voulu néanmoins que cette ^tite cité qu'il avait édiliée par la main deson serviteur, sur la montagnede lâchante, demeurât longtemps cachée; mais il Ta manifestée en divemes occasions, ainsi que nous allons voir, par les bénédictiaDS
qu'il lui a plu verger 8ur ses emplois, et outre cela sa providence en a voulu tirer jusqu*à vingt-deux prélats, tant archevêques qu'évëques, pour travailler très utilemeut, comme ils ont fait et font encore dans leurs diocèses ; auxquels on pourrait ajouter un grand nombre de vicaires-;;>cnéraux, oiiieiers, archidiacres, cures, chanoines, ' directeurs de séminaires, supérieurs, visiteurs et confesseurs de religieuses, qui sont sortis de la même compagnie, et qui répandent de tous cotés la bonne odeur de Jésus Christ par l'exemple de leurs vertus.
Sur quoi il faut observer que c'est principalement du chef de cette compagnie, savoir, de M. Vincent, que cette bénédiction s'est répandue sur tous les membres qui la composent, lesquels, par la dépendance et liaison qu'ils ont eues par ce moyen avec ce père des missionnaires, ont participé en quelque façon aux influences salutaires qu'il communiquait à tout le corps de sa Congrégation, dans lequel il avait dès le commencement introduit cette sainte pratique de faire des conférences pour s'entretenir sur les vertus et sur les devoirs de la vie ecclésiastique : en sorte que \0}'ant par expérience le grand bien qui réussissait de ces conférences spiiituelles pour ravaucement intérieur des sujets de sa Congrégation, il jugea que Tusagedeces mêmes conférences ne serait pas moinsavantageux aux prêtres de dehors; et cefut dans cette vue qu'il rétablit en la manière que nousavons dite en la section précédente. A ce sujet, parlant un jour à sa communauté de Saint La/are, il dit: « S'il y a des personnes au monde qui soient obligées de se servir et de proiiter des conférences, il semble que ce sont les prêtres de la Congrégation de la Mission; parce que c'est à eux à qui Dieu s'est adressé pour introduirei dans le mondes parmi les ecclésiastiques, cette manière de faire des conférences sur les vertus particulières. Quand je vins à Paris, je n'avais jamais vu de semblables conférences, au moins sur des vertus propres à sou état particulier, et pour bien vivre en sa condition ; mais bien des académies où Ton conférait de quelques points de doctrine, et en quelques lieux des cas de cousciiMice. 11 y a environ cinquante ans que Mgr le cardinal de Sourdis introduisit dans son diocèse de Bordeaux cette manière de traiter de quelques points de la théologie morale, assemblant les curés et les autres prêtres, pour leur donner le moyen de s'en mieux instruire, et cela avec succès: mais sur des vertus propres a son état, et eutredes ecclésiastiques du clergé comme nous, il nes'en était point vu jusqu'à nous, et pour le moins je ne l'ai point vu ni ouï dire. Il est bien vrai que plusieurs bons religieux sont dans cette sainte pratique, ainsi que les anciens moines y étaient autrefois :
sqaoi qu'il en soit, c'est à cette chétive Congrégation qu'il a plu à Dieu s^adresser en ce siècle pour l'établir au dehors^ non-seulement eomme un antidote propre pour les bons prêtres, qui demeurent exposés pour le service des âmes à l'aircorrompu du monde, mais aussi pour les aider à se perfectionner en leur profession. C'est donc à la Congrégation de la Mission que Dieu a inspiré de s'exciter et de s'affectionner, en la manière que nous le faisons, à Texercice des vertus par les conférences, dans lesquelles on traite des motifs de les acquérir, de leur nature, de leurs actes particuliers, des moyens de les aettre en pratique, et enCn des obligations de notre état, tant envers Dieu qu'envers le prochain : voilà quelle est la fin de ces conférences. I Or que serait-ce de nous si nous étions les premiers à les négliger ? I Qoel compte aurions-nous à rendre à Dieu si nous venions à mépriser des moyens si utiles et si efficaces, que ces anciens pères et anacborètes embrassaient avec tant d'avidité, ainsi que Cassien le rapporte dans un livre qu'il en a fait? Il faut que j'avoue par ma propre npérience qu*il n'y a rien de si touchant, rien qui m'attendrisse tant, rien de tout ce que j'entends, que je lis ou que je vois, qui me pénètre à l'égal de ces conférences. >
Outre ces premiers fruits, qui ont été comme intérieurs à cette compagnie des ecclésiastiques qui s'assemblent à Saint-Lazare, il y en I eu plusieurs autres très- considérables qu'elle a produits au dehors. Et premièrement l'on peut rapporter entre ces fruits les effets salutaires que les bons exemples des ecclésiastiques de cette compagnie ont produits parmi les autres, car ces messieurs de la conférence étant pour la plupart assez considérables à raison de leur condition, ou de leur doctrine, ou des charges et bénéfices qu'ils tenaient dans l'Eglise, leur vie exemplaire a été de grand poids pour porter les autres à les imiter, soit en la modestie de leurs habits et de leurs cheveux, ioit en leur éloignement des compagnies et des façons de faire du Boode, soit en leur application aux œuvres de charité et autres fonotioitt propres de leur ministère; à quoi un grand nombre d'autres ont été attirés et se sont portés à faire le semblable : ce qui a donné en plusieurs lieux un grand sujet d'édification.
En second lieu, M. Vincent a souvent employé les plus savants et les plus pieux de cette compagnie à faire les entretiens de l'ordination, afin que leurs exhortations, qui étaient jointes aux exemples de leor vie, puisent profiter doublement à ce grand nombre d'ordinands qui se trouvent à Paris, de tous les diocèses de France ; voyant d'un cAtédes modèles parfaits de la forme qu'ils devaient prendre, et d'un antre apprenant de leur bouche ce qu'ils devaient savoir et faire pour T. I. 30
leur ressembler. En quoi M. Vinccut a imité le grand ouvrier de k'' ^ nature, qui fait que les fruits d*un arbre produisent d'autres arbra ; semblables, et que les enfants d'un père deviennent les pères d'au* très enfants; car cette compagnie d'ecclésiastiques étant une pro* duclion des premiers exercices de rordinatiou, elle est aussi devenus la cause de plusieurs bons ciïels à fégard de ceux qui passent par les mi>mes exercices.
En troisième lieu, messieurs les ecclésiastiques de la même corn* pagnie ont été souvent envoyés ou appelés exprès en d'autres diocèses pour y travailler y soit aux exercices des ordinands, on aux retraites spirituelles que quelques-uns de MM. les évéques ont fait faire aux curés, vicaires et autres ecclésiastiques de leurs diocèses. Quelques-uns même étant allés aux champs i)Our leurs affaires, se sont servis de l'occasion de leurs voyages pour assembler les ecclésiastiques des lieux où ils se trouvaient, et les porter à faire &h Ire eux des conférences spirituelles touchant leurs fonctions et emplois; comme aussi à s*adonner à Toraison mentale, et à la pratique des vertus conformes a leur vocation. Et comme une des fins de leor compagnie est de s'employer autant qu'ils pourront pour procurer le bien spirituel des prêtres, ils ont souvent et notablement contribué de leurs soins et de leurs aumônes à l'égard des pauvres prêtres qui se trouvaient non-seulement dans la nécessité, mais aussi dans le désordre, lesquels ils ont portés a une véritable conversion» et ont par ce moyen ôté le scandale de ITglise.
SECTIOX III.
DIVEBSES MISSIONS FAITES PAR LES ECCLÉSIASTIQUES DE LA MÊME COMPAGNIE EN QUELQUES HÔPITALX ET AUTHES LIEUX DE U VILLE DE PAHIS.
Comme entre tous les emplois auxquels les ecclésiastiques puissent s'ai)pliqucr, les missions ont toujours été estimées des plus utiles d avantageuses au salut des âmes, aussi M. Vincent écDulait volontie« les oUres que messieurs de celte compagnie lui faisaient d'y aller travailler selon qu'ils le jugeraient expédient : et à cet effet plusieun d'entre eux, avec son agrément, se joignaient aux prêtres de sa Congrégation pour les aider dans leurs misîjions. De plus, quelques-uni d'entre eux ont été souvent dépults par kur compagnie, pour fain de leur chef plusieurs autres missions en divers diocèses, avec la per mission et approbation de 31M. les évêques, et particulièrement dan les plus grosses villes, où les prêtres de la Congrégation delà Missioi
ET Vont' tN»; tear hnmilité les ayant portes à se réserver entièrement Mr les panyres lieux de la compagnie, comme nous avons dit ailsurs. Et il a plu à Dieu donner de telles bénédictions à ces missions, m'oB y a vn souvent des conversions qui ont donné autant d'étonnelenl que d'édification, par les restitutions, les réconciliations et auita effets extraordinaires qui s'en sont suivis.
Mais outre ces missions, auxquelles ils se sont appliqués depuis toente ans en quantité de villes et autres lieux de ce royaume, ils en int fait d'autres non moins profitables dans la ville de Paris.
Avant que THôpital général eût donné retraite aux pauvres menhnts, ils en ont assemblé plusieurs fois un bon nombre, auxquels fe distribuant quelques aumônes ils faisaient des instructions néces- IrireB pour les disposer à faire de bonnes confessions, et à mener une ^plus chrétienne que par le passé. Ils réussirent paiticuliërement inee grande bénédiction en la mission qu'on fit aux pauvres Lorhins réfugiés à Paris, dont il a été parlé au premier livre.
Ds en ont fait aussi aux soldats du régiment des gardes du roi, (a^ils faisaient assembler en des lieux propres, avec l'agrément de kùrs capitaines. Ils en ont fait encore en divers temps, en plusieurs prands et nombreux ateliers de la même ville de Paris, aux maçons etnanceuvrcs qui y travaillaient ; ce qui a toujours réussi avec fruit pour le bien spirituel de ces bonnes gens, qui pour la plupart n'asflitaient guère aux instructions et catéchismes de leurs paroisses, et [essaient leur vie dans une grande négligence des choses de leur salât. Et pour ne les point détourner de leurs ouvrages. Ton prenait les lieores de leur relâche pour les instruire, et pour les disposer à faire le bonnes confessions générales.
Us ont fait diverses missions en plusieurs hôpitaux de la même rille de Paris; Ils commencèrent dès l'année 1G33 à faire mission dans rhôpital des Quinze-Vingts, tant aux pauvres aveugles et à leurs fa- Bifles, qu'au peuple de la ville qui voulut y prendre part. Ils ont fait kplus quantité de missions à diverses fois aux pauvres de l'hôpital le la Pitié, et particulièrement du Refuge, qui étant un lieu de retraite forcée aux femmes et filles qui se trouvaient dans le désordre, avait m particulier besoin d'être assisté pour le spirituel ; et c'était le infncipal motif pour lequel M. Vincent, qui avait grande compassion le ces pauvres misOrables créatures, portait volontiers les ecclésiastipies de cette compagnie, non- seulement à leur faire des missions de mps en temps, mais encore à les visiter les dimanches et fêtes, pour cnr administrer les sacrements et leur prêcher la parole de Dieu, avec ipentission et approbation de Algr l'archevêque.
Ilfl ont fait aussi une mission à ThApital des Petites-MaisonSi dfl i lequel, outre les pauvres aliénés d^esprit auxquels la mission ne \ait profiter, il se trouve quantité de pauvres familles avec lesqoeUl plusieurs habitants du faultourg prirent part aux instructions s'y firent. Ce fut en cette mission que Ton composa et rédigea ï. cice du Chrétien en une feuille^ d*une manière fort succincte et lière, afin que les plus simples et les plus ignorants le pussent entendre et pratiquer. Et il a plu à Dieu y donner une telle bénéibf tion, que Ton en a depuis distribué dans toute la France et aiUen jusqu'à des millions, en peu de temps, avec un fruit incroyable panu les pauvres, et autres personnes de toute sorte de condition. '
Ils ont fait plusieurs missions à l'hôpital des galériens à la T(Nl^ nelle, qui est le lieu où ces pauvres criminels sont conduits, et gaidfe jusqu'au temps qu'on les mène aux galères : et comme leurs bcMUM spirituels sont pour lors rxtrémes, aussi les instructions etassistanM charitables qu'ils ont reçues de temps en temps de ces messieurs lea ont été d'un très-grand profit.
Ils se sont encore employés en tout temps à rendre diverses asû tances spirituelles aux pauvres malades de rHôtel-Dien de Paris: a une des principales rés(»lutions de leur compagnie étant de procure le bien spirituel des pauvres, et cela ne se pouvant exécuter avec plu de fruit que dans THÔlel-Dieu de Paris, 0(1 il y en a un très-gnn nombre, il fut premièrement résolu entre eux d*y aller tous en oorp pour porter et disposer les pauvres malades a faire des confessions gi nérales; ensuite ils iléputèrent de temps en temps quelques-oi d'entre eux, pour y aller tous les jours, et continuer cette même chi rite; et tous les vendredis il y en a eu toujours quelques-uns de eeti compagnie qui ont été employés pour y faire des exhortations et A catéchismes aux convalescents. Enfin ces messieurs, de l'avise AI. Vincent, et par c<»ncert avec lui, y firent une mission entière c Tannée 1G39, selon le désir qu'en avaient témoigné les sopérienr tant pour les malades, ofliciers et serviteurs, que même pour lesrd gieuscs de cet hôpital, auxquelles ils faisaient des conférences spir tuelles trois fois la semaine.
Enfin les pauvres mendiants ayant été renfermés dans l'Hôpital gi lierai, et le premier recteur de cet hôpital ayant été tiré de cette cou pagnie, comme l'intention de tous ceux qui ont contribué à ce grai œuvre, et particulièrement de messieurs les administrateurs et dire teurs nommés par le roi, était uon-seulement de pourvoir à la mei dicité et de retrancher tous les désordres qu'elle prodaiaait, mi auiftsi de procurer 1 e bien spirituel des pauvres qa'oo enflBniudty et (
* efficacement à leur aalat, il fut jugé expédient et même nélire dès le commencement de cet établissement de faire des mism dans tontes les maisons de cet hôpital : à quoi messieurs les Mastiques de cette compagnie s'employèrent avec un très-grand ^ et nn succès plein de bénédiction. Et comme il entre tous les 1 de nouveaux pauvres dans cet hôpital, et qu'il en sort aussi teirs, on y a souvent réitéré les missions ; et outre les assistances qoe continuelles que les ecclésiastiques de cette compagnie rentpmdant le cours de l'année dans tontes les maisons de cet hôpiy allant ordinairement les dimanches et fêtes pour prêcher et con- Bf 9 et en d'autres occasions, auxquelles ils ont été conviés par i qni a succédé an premier recleur, lequel a aussi été tiré de la ae compagnie, il ne s'est guère passé d'années qu^ils n'y aient fait Iqœ mission, selon que le recteur Ta jugé expédient pour le plus id bien des pauvres.
SECTION IV
ÏÀgJtS FEUnS BEMAEQUABLES DE DEUX mSSIOES FAITES PAE LES ECCLÉSIASTIQUES DE LA MÊME COMPAGEIE.
rcit pour abréger, et faire voir comme un échantillon des bénédic- •qu'il a plu à Dieu donnera ces ecclésiastiques, travaillant sous Ireetion et selon l'esprit de M. Vincent, que nous rapporterons lanent ici ce qui s'est passé de plus remarquable en deux missions la ont faites, laissant toutes les autres, pour ne pas ennuyer le mr des redites qui seraient inévitables.
1 y a plusieurs années que ces messieurs ayant entrepris de faire rion dans un gros bourg qui était habité pour la plupart d'oflSciers aatioe et de cabaretiers, ils y trouvèrent beaucoup de désordres m les uns et les autres. Les cabaretiers étaient comme en posseside recevoir inpunément les habitants du lieu pourboire et ivror las jours des dunanches et fêtes pendant le service di^ in. Et pour pi est des oflSciers de justice^ il y avait de grands abus qui allaient p'au scandale. Les juges allaient boire et manger avec les parties, Ica traitaient dans les cabarets. Les procureurs n'en faisaient pas tUf et ne voulaient travailler pour leurs parties que dans ces mê- I cabarets, oii ils se faisaient traiter sans aucune diminution de Bi droits, et usaient de tant de sortes de chicaneries pour prolon- » procès, que souvent il se trouvait qu'un pauvre paysan avait toat son bien en frais avant que son procès fdt eu état d'être laaa jogements ne se rendaient presque pointa l'audience,
mais ils faisaient toujours appointer les parties pour en tirer pb^ d*argcnt et les consumer tout eu frais.
Les sergents ne faisaient pas moins de désordres et d'injustices;, ce qui avait tellement décrié tous les officiers de ce lieu-là, que, sdod le commun proverbe du pays, le lieu où se tenaient les séances pov rendre la justice était appelé un piller d'enfer. \
Or voici ce que les ecclésiastiques de cette compagnie, ou plutôt Diei par eux, fit pour remédier à tous ces désordres. Premièrement ik parlèrent fortement en plusieurs de leurs prédications contre Taboi et le désordre qui se commettait clux les cabaretiers aux jours da dimanches el fûtes. Ils persuadèrent après à celui qui était chef délit police de faire un règlement et des défenses telles qu'il était uécei- r saire sur ce sujet ; de faire lui-même la visite des cabarets dans cei f jours-là, et de punir par amendes et autres peines tant les cabare- 1 tiers que ceux qu'ils y rencontreraient pendant le service divin. !
Après cela ils furent voir le prévôt, qui était le premier magistral ! du lieu, et eurent diverses conférences avec lui, dans lesquelles ils ' lui remontrèrent qu'outre la gloire de Dieu et le devoir de sa couscience, il y allait de son honneur et même de son intérêt de ne [nu Roufl'rir ces désordres et toutes ces injustices, et de prendre une forlc résolution de travailler à les déraciner. Enfin ils lui persuadèreut (l'employer son autorité et imposer des peines, soit d'amendes, o* inlLTdictiou aux procureurs, sergents, ou autres ofliciers de justiot: qui manqueraient à leur devoir; leur faisant défense d*aller avec leurs [)artics dans les cabarets, tenant la main à ce qu'ils neproIOD^ geasscnt les procès par leurs chicaneries, et jugeant aux audiences tous les procès qu'il pourrait, sans les appointer à écrire, qu'en une ahsoliie nécessité. Après quoi comme parmi ceux qui travaillaiei.! en v(:\w. mission il y en avait qui appartenaient à des présidents e! coiis'jillersdu parlement, ils lui donnèrent assurance qu'eu cas qu'ozi intorjcîàt a[)pcl dos règlements qu'il ferait ou des amendes et peines qu'i! imposerait pour ce sujet, Ton s'emploierait pour les faire main tenir ot autoriser par les juges supérieurs. Ce qu'il promit d'accom l)iir, et d'y ùlre ferme et constant à l'avenir .
l'Insulte ils firent assembler tous les procureursdu lieu, et dans um ciîulVrence qu'ils eurent avec eux, ils leur représentèrent la uéctss.té ({u'il yavaitde réformer tous ces abus et désordres auxquels ils s« i tissaient aller, qu'ils ne pouvaient absolument faire leur salut tau (iirils demeureraient en cet état, et que môme on ne pouvait pas licitement ni validemeat leur administrer le sacrement de pénitence b'ûi ne preiiaient une entière et ferme résolution de se comporter autre-
mcQtqu*ils n'avaient lait, et (l'ol)éir siin|)leuieut aux règlements qu'on leur devait prescrire sur ce sujet. Enfia ils les exhortèrent et prièrent instamment défaire de leur bonne volonté et pour l'amour de Jésus- ^ Christ ce à quoi M. le prévôt pouvait les obliger, et même les contraindre par l'autorité de sa charge : à quoi ils acquiescèrent et le promirent de grand cœur.
Ils curent une semblable conférence avec les sergents, lesquels leur présentèrent une grande liste de tout ce qui regardait la fonction de leurs charges, qui contenait vingt-cinq ou trente articles, à la marge de cliacun desquels Ton écrivit la manière selon laquelle ils devaient s'y comporter; à quoi ils se soumirent tous, et, pour une marque plus assurée de leur soumission, ils en dressèrent un acte, auquel tous souscrivirent.
Après ces conférences et les résolutions qui y furent prises, tous cesolEciers de justice se présentèrent au sacrement de pénitence, avec grande édification pour le public. Et Ton a su depuis que toutes ces choses avaient été exécutées et observées avec une telle exactitude, que même le prévôt n*épargna pas son propre père, qui était procureur^ l'ayant en pleine audience condamné à l'amende pour avoir voulu dans un procès user de quelques chicanes et employer des formalités inutiles.
L'autre mission dont nous avons à parler dans cette section se fit au faubourg Saiut-Gcrmain de la ville de Paris en Tannée IG H, à laquelle les ecclésiastiques de cette compagnie travaillèrent avec grande bénédiction. Ce faubourg était alors comme la sentine, nonseulement de Paris, mais presque de toute la Trance, et servait de retraite à tous les libertins, athées et autres personnes qui vivaient dans l'impiété et dans le désordre; la grande difficulté d'y apporter remède, qui passaitdanslVspritdeplusieurs pour impossibilité morale, leur donnant occasion de se licencier en toutes sortes de débauches et de vices avec une entière impunité, l-ne dame de grande vertu, touchée de ressentiment de tant de péchés énormes qui se commettaient contre Dieu, en déchargea son cœur à M. Vincent, et, connaissaut les effets admirables que Dieu opérait de tous cotés par ses missions, elle lui proposa la pensée qu'elle avait eue qu*on en fit une dansée faubourg. M. Vincent lui représenta que cela ne se pouvait pas faire par les siens, lesquels par leur institut ne devaient point faire mission dans les villes épiscopales, et que d'ailleurs il voyait des obstacles et des difJicullés presque insurmontables à entreprendre un tel ouvrage dansée faubourg, eu égard à tous les déî-ordrts qui y régnaient et au peu de disposition qui s'y trouvait. Cette dam e
ne désista point pour cela, mais redoubla ses prières avec de n forta instances, qu'enfin M. Vincent, croyant que c'était Dieu qui l'inspirait d'agir de la sorte, en parla à la compagnie des ecclésiastiques qn s'assemblent à Saint-Lazare, et leur proposa d'entreprendre œttt mission. Ils y ressentirent d'abord beaucoup de répugnance, et représentèrent à M. Vincent diverses raisons très-fortes pour lesquelles ils n'estimaient pas se devoir engager à une telle entreprise, de laquelle, selon toutes les apparences humaines, ils ne pouvaient attendre aucun bon succès. Néanmoins M. Vincent, après avoir beaucoup recommandé cette affaire à Notre-Seigneur, persista dans ses premiers sentiments, et leur dit qu'il y avait sujet de croire que Diea demandait d'eux ce service, et que sa bénédiction et sa grâce pouvaiait surmonter tous les obstacles, et en tirer quelque grand bien, malgré tous les efforts de la malice des démons et des hommes. Et voyant que sa fermeté faisait peine à quelques-uns de ceux qui avaient opiné au contraire, il se mit à genoux, et demanda pardon à toute la compagnie de ce qu'il avait été si misérable que d'avoir trop soutenu son sentiment, mais qu'il avait été pressé intérieurement de le faire ainsi, parce qu'il croyait que Dieu demandait ce service de leur piété et de leur zèle. La grande humilité de ce saint homme fit un tel eBA sur les esprits, que ceux qui étaient les plus opposés à cette mission donnèrent aussitôt les mains, et d'un commun consentement, par un esprit de soumission, résolurent de l'entreprendre. Mais avant qae de la commencer, ils concertèrent avec M. Vincent de tout ce qu'ils y avaient affaire, voulant absolument se conduire selon ses avis et ses ordres. £t, ce qui est digne de remarque, lui ayant demandé de quelle façon et avec quelle méthode ils devaient faire les prédications et les catéchismes, vu que les personnes auxquelles ils auraient à parler étaient bien différentes des gens de la campagne, et qu'ils seraient exposés aux censures et répréhensions de plusieurs, ce grand serviteur de Dieu leur répondit que la façon et la méthode qu'il estimait la plus propre et la plus utile était d'agir avec la même simplicité qu'ils avaient fait dans toutes les autres missions, auxquelles il avait plu à Dieu donner tant de bénédiction : que l'esprit du monde dont ce faubourg était rempli ne se pouvait combattre ni abattre avec plus de succès que par l'esprit de Jésus-Christ; qu'ils devaient entrer dans ses mêmes sentiments, et chercher comme lui, non leur propre gloire et estime, mais uniquement la gloire de Dieu ; mais se mettre comme lui dans la disposition d'embrasser les abjections et les mépris, et même de souffrir les contradictions et les persécutions, si telle était la volonté de Dieu ; prêcher et parler comme lui, sim-
plement et familièrement, avec humilité et charité, et par ce moyeu ils pourraient avoir cette confiance que ce ne serait point eux, mais Jésus-Christ qui parlerait par eux, et qui se servirait d'eux comme des instruments de sa miséricorde et de sa grftce pour toucher elBcacernent les cœurs les plus endurcis et convertir les esprits les plus rebelles.
Ces messieurs reçurent tous ces avis comme si Jésus-Christ leur eût parlé par la bouche de son serviteur. Ils commencèrent donc à travailler à cette mission dans un parfait acquiescement à la volonté de Dieu et une grande confiance en sa bonté : il lui plut aussi y verser des bénédictions toutes extraordinaires, et communiquer des grâces si abondantes et si eflicaces qu'elles opérèrent des conversions presque miraculeuses, dont ceux même qui travaillaient à cette misnon étaient tout remplis d*étounement, voyant si peu de proportion entre les moyens qulls employaient et les eifets qui en réussissaient: car, outre le grand concours qu'il y avait ordinairement à leurs prédications et catéchismes, quoiqu ils les fissent d'une manière fort simple et familière, selon les avis de M. Vincent, ils étaient surpris d'admiration voyant ensuite des pécheurs invétérés, des usuriers endurcis, des femmes abandonnées, des libertins qui avaient passé toute leur vie dans les désordres, enfin des hommes sans foi et sans Dieu, qui se venaient jeter à leurs pieds, les yeux tout baignés de larmes et le cœur vivement touché du regret de leurs péchés, qui demandaient miséricorde. L'on pouvait bien reconnaître par là, et dire avec vérité : Digilus Dei Kxc eslj ou bien, iVon manus nostray sed Domimis fecil hœc omnia. Et certes s'il fallait rapporter en détail tous les biens qui se firent en cette mission, toutes les conversions, réconciliations, restitutions, etc., il y aurait de quoi remplir un volume. Il suffira de rapporter ici une chose très-digne de remarque qui arriva à la fin de la mission. Un bourgeois de Paris ayant eu dévotion d'assister à toutes les actions qui s'y étaient faites, et ayant vu les grands biens que Dieu y avait opérés, en fut tellement touché qu'il vint un jour dans la maiion où ces ecclésiastiques prenaient leur réfection, et ayant demandé à parler aux principaux d'entre eux, il leur dit qu'il était homme Teuf, Dieu ayant retiré de ce monde sa femme et ses enfants, et qu'il Tenait leur offrir tous ses biens temporels, qui consistaient en sept on huit mille livres de rente, et sa personne même pour les servir le reste de sa vie, pourvu qu'ils voulussent toujours demeurer ensemble et continuer en d'autres lieux le travail qu'ils avaient fait en ce faubourg, ajoutant qu'il ne croyait pas pouvoir rendre à Dieu un meilleur service ni procurer un plus grand bien à l'Église, ni par couse-
qaent mieux employer sa personne et ses biens. On le remercia fort affectueusement de cette bonne volonté, et on lui représenta que, quoique tous ceux qui avaient travaillé à cette mission fussent dans li résolution de servir Dieu toute leur vie en des emplois semblablss, , qu*ils ne pouvaient pas néanmoins pour plusieurs raisons se lier ensemble en la manière qu'il désirait, et que Dieu néanmoins aurait bien agréable sa bonne volonté.
La providence de Dieu voulut se servir de cette missioUi uon-sealement pour les biens qu'elle opéra pour lors, mais aussi pour disposer le faubourg aux bénédictions et gnkes qu'il voulait y répandre dans la suite du temps, par le ministère de M. l'abbé Olier, lequel, peu après, fut appelé à la cure de Saint- Sulpiee, où, avec messiears de sa communauté et de son séminaire, il a non-seulement conservé, mais augmenté et perfectionné le bien qui avait été fait en cette mission.
SECTION V
LA COMPAGNIE Ï»ES ECCLESIASTIQUES QUI S*ASSEMBLE!ST A SAÏNT-LAZARÏ A DOMINÉ COMMENCEMENT A PH:SIEURS AUTRES SEMBLABLES GOMPA- GJNIES gui ONT ÉTÉ ÉTABLIES EN DIVERS DIOCESES.
Comme c'est le propre de la charité de se communiquer, aussi ces bons ecclésiastiques, étant animés de cette vertu, en quelques lieui qu'ils se trouvassent, étaient dans un désir continuel de rendre les autres participants du mùme esprit que Dieu leur avait communiqué par l'entremise de M. Vincent. De là est venu que plusieurs d'entre eux se rencontrant en d'autres diocèses, soit qu'ils y fussent allés pour leurs affaires particulières, soit qu'ils y eussent été appelés pour travailler aux missions ou pour remplir quelques charges ou bénéiices, tùcbaicnt, en toutes occasions, de porter les autres ecclésiastiques à faire des assemblées entre eux, avec la permission et Fagrément de leurs évèques, pour conférer et s'entretenir ensemble de tout ce qui pouvait concerner les vertus et les emplois propres de leur état. Lt même plusieurs prélats ayant eu connaissance de grands avantages que ces conférences pouvaient produire dans leurs diocèses, les y établirent, non-seulement dans leurs villes épiscopales pour le clergé de leurs églises, mais encore en divers lieux de leurs diocèses, pour les curés et vicaires de la campagne.
Or, pour faire voir quelque petit échantillon des fruits que ces assemblées et conférences ont produits dans les lieux où elles ont été
établies hors de Paris, nons rapporterons ioi les extraits de quelques lettres qui ont été écrites sar ce sujet.
Feu M. l'abbé Olier, qui était un des premiers de cette conférence de Saint-Lazare, étant allé faire mission dans les lieux dépendants de son abbaye de Pébrac en Auvergne^ avec quelques prêtres de la Congrégation de la Mission, et quelques autres de la Conférence, en Fannée 1 636, il porta messieurs les chanoines de Téglise cathédrale du Puy à former une semblable compagnie, et leur donna les mêmes règlements, accommodés néanmoins à leur profession de chanoines ; et à ce sujet ils écrivirent une lettre à messieurs les ecclésiastiques de la compagnie de Paris, contenant que, M. l'abbé de Pébrac leur ayant fait récit de ce qui se pratiquait en leur compagnie, ils eu avaient conçu un très-grand désir de Timiter ; que pour cela ils s'étaient prescrit un règlement à peu près conforme à celui de Paris, à la réserve de quelques articles qu'ils avaient ajustés à leurs exercices particuliers, lesquels ils leur envoyaient, les suppliant de les voir et d*y changer ce qu'ils jugeraient à propos, et de les associer à leur compagnie, leur faisant part de leurs prières et sacrifices.
Le même sieur abbé, écrivant aux ecclésiastiques de la compagnie de Paris sur le sujet de celle qui avait été nouvellement établie au Puy : « Vous êtes établis, leur dit-il, par Notre-Seigneur dans la ville de Paris, comme des lumières posées sur un grand chandelier pour éclairer tous les ecclésiastiques de la France ; à quoi vous devez être particulièrement encouragés par les grands fruits et profits spirituels que fait, dans la ville du Puy, la compagnie de Messieurs les ecclésiastiques, qui ont heureusement participé à votre esprit. Ils donnent des exemples de vertu qui ravissent toute la province : les catéchismes se font par eux en plusieurs endroits de la ville ; la visite des prisons et des hôpitaux y est fréquente ; et à présent ils se disposent pour aller faire des missions daus tous les lieux qui dépendent du chapitre. Je demeure confus, voyant leur zèle, et de ce qu'ils désirent que j'aille faire Touverture de celte mission, en étant si peu capable. • Messieurs les chanoines de l'église cathédrale de ^'oyon ayant formé une semblable compagnie par les soins de M. fiourdin, docteur en théologie et archidiacre de cette église, qui était aussi du nombre des ecclésiastiques de la compagnie de Paris, leur écrivirent, au mois de novembre 1637, en ces termes: « Messieurs, voici un petit ruisseau qui retourne à sa source ; nous prenons la liberté de vous parler de la sorte, puisque notre petite assemblée naissante ne reconnaît, après Dieu, autre principe de son établissement et de son être, que votre vénérable compagnie, dout la renommée, les saintes pratiques de
charité et de piété qai s'y exercent continnellement, les aTantages singuliers qu^en reçoit la sainte Église, les fruits incomparables qu'en retirent les ecclésiastiques qui ont le bonheur d'y être admis, nom ont excités d'en établir une semblable parmi nous. Pour ce sujet nous nous sommes assemblés plusieurs fois, et après avoir bien concerté et enfin conclu l'aflaire, nous avons dressé ce petit règlement que nous vous envoyons ; et, bien que nous ayons tâché de le confo^ mer au vôtre et ajuster le plus que nous avons pu à la condition des chanoines et des autres ecclésiastiques ; néanmoins nous vous supplions humblement nous faire la charité de le voir, Texaminer, y ajouter, retrancher et changer ce que vous jugerez à propos. Quand il aura passé par votre censure, nous le suivrons avec plus d'indinatiou et d'assurance. Au reste, nous ne saurions vous exprimer les obligations que nous avons à sa divine bonté de nous avoir inspiré un désir si avantageux, et à vous. Messieurs, de nous avoir donné un si bel exemple, et frayé un chemin si favorable et si assuré poar nous porter aux saints devoirs de notre condition. Nous en bénirons à jamais, Dieu aidant, son éternelle providence, et tâcherons de reconnaître en votre endroit, par nos prières, le bénéfice singulier que nous avons reçu de vous. Cependant permettez-nous encore. Messieurs, de prendre cette liberté, que de vous demander par écrit le résultat d'une de vos conférences sur l'esprit particulier de Totre compagnie, afin que nous puissions tous nous bien revêtir de cet esprit, sans lequel nous ne pourrions jamais bien réussir en notre entreprise. Nous demandons encore à votre charité qu'il vous plaise nous assurer de votre association, et de nous faire part de vos saints sacrifices et prières, ut quicœpit in nobis opus bonum^ ipse perfidaisO' lidetque; ce sont les obligations éternelles que nous vous aurons, etc. »
Les ecclésiastiques de la ville de Pontoise ayant formé entre eux une pareille association, en écrivirent à M. Vincent, au mois de mai de l'année 1642, par la plume de l'un des principaux de leur compagnie, en ces termes :
« La petite compagnie de la Conférence des ecclésiastiques de Pontoise m'a obligé de vous écrire, pour vous témoigner les satisfactions que nous ressentons tous de notre petite assemblée. Il faut que je vous confesse qu'au commencement nous ne savions pas encore ce que c'était ; mais à présent nous goûtons tous les jours de plus en plus les grâces et les bénédictions qu'il plait à Notre- Seigneur d'y verser. Nous voyons tous quel profit nous en peut arriver en notre p;n liculicr, et dans tout le corps de l'Église. C'est à vous, Monsieur, a qui, après Dieu, nous avo!:s toutes les obligations de nous avoir
reçus pour être associés à Totre bonne et vertnease compagnie dt Paris. Nous avons tiré de vous les premières instructions pour cette petite compagnie, qui nous ont servi de semence pour produire plusieurs biens qui s'y présentent tous les jours à faire, et auxquels Dieu donne accroissement et bénédiction. Mous vous demandons une grâce, qai est que, comme nous ne sommes encore que des enfants en la vertu, qui n'avons pas assez de force pour nous soutenir et pour nous conduire, il vous plaise nous accorder de fois à autre la visite de quelqu'un des ecclésiastiques de votre compagnie de Paris, qui nous apprenne à marcher avec plus de solidité dans les exercices que nous commençons tous avec grand courage. Nous vous découvrons ainsi notre faiblesse, afin que vous nous fassiez le bien de nous vouloir assister. »
Une semblable compagnie ayant été établie en la ville d'Angoulème, l'un des ecclésiastiques qui la composaient écrivit la lettre suivante, en Tannée 1 644, à H. Vincent, au nom de tous les autres:
• Notre compagnie, lui dit-il, a cru ne devoir pas différer plus longtemps à vous rendre ses devoirs, et vous témoigner qu'elle ne se leconnait pas digne de Ihonneur que vous lui faites, de prendre part en .ce qui touche son avancement et sa perfection. £lle vous mpplie très-humblement, Monsieur, de lui permettre qu'elle vous reconnaisse pour son grand-père, puisque c'est un de vos enfants de qui Dieu s'est servi pour la mettre au monde ; et que vous ajoutiez encore cette obligation à la première, de la regarder non comme une étrangère, mais comme votre petite-fille, et de faire en sorte que eette belle et illustre compagnie de Paris, qui est comme votre fille ainée, ne dédaigne pas de la tenir pour sa sœur, quoiqu'elle lui soit inférieure en toute manière. »
Nous laissons quantité de semblables lettres écrites d'Angers, de Bordeaux, et d'autres villes de ce royaume, et même d'Italie, où de pareilles compagnies et conférences ont été établies à l'exemple de celles de Paris ; et nous finirons ce chapitre en rapportant les sentiments que M. Godeau, alors évèque de Grasse, et maintenant de Vence, témoigna de cette compagnie, en l'année 1637, par la lettre suivante, qu'il écrivit un peu avant son départ :
• Messieurs, je pensais bien aujourd'hui avoir l'honneur de vousdire •dieu, mais je suis tellement accablé d'affaires, que je ne me saurais donnerce contentement. Trouvez donc bon, s'il vousplait, que je vous eonjnre par cette lettre de vous souvenir de moi dans vos sacrifices; et croyez que je tiens à une bénédiction singulière d'avoir été reçu
L TOUS. Le souvenir des bons exemples que j'y ai vus et des dio-
ses excellentes que j'y ai entendaes rallumera mon zèle quand il Un éteint, et vous serez les modèles sur lesquels je tâcherai de former de bonspnMrcs. Continuez donc vos saints exercices dans le même esprit, et répondez fidèlement aux desseins de Jésus-Christ sur vous, qui veot sans doute renouveler par votre moyen la grÂce du sacerdoce en s(m Kfjrlise. "