‹ Vie de S. Vincent de PaulChapitre 80 sur 115 · CES IMPORTANTS KENDUS PAR M. VINCENT A PLUSIEUKS ORDRES RELIGIEUX · texte numérisé non relu

CES IMPORTANTS KENDUS PAR M. VINCENT A PLUSIEUKS ORDRES RELIGIEUX

t l'affection que M. Vincent avait pourTétat religieux le jondre très-volontiers service aux personnes qni en fai-

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>'d\vu\ {'î-.hs-ïloîi, i't i-ailitriilicToinnît lorsqu'il s'atçwsait de rétablir nu ili- uiuiiiknir ic bou Dulrcdans leurs maisons. (Vrst à quoi il s'est l«)iij(nirs tjuplovt^ aY(T zc!e, ménageant soigneuî^cment touU^n les occasioiis (lui s*cu pri^seutaicul dans les conseils du roi el ailleurs, en sorte qu'on peut dire sans exagération que de tous les ordres religieux (|iii sont en France, il n'y eu a pas un qui n'ait res.*-enti quelque effet - (le sa charité, soit dans quelqu'un des membres en particulier, tant pour les besoins qu'ils ont eus de la protection et des bienfaits du roi qu'il a tâché de lour procurer, que par divers autres services qu*il s'est efforcé de leur rendre, et particulièrement à l'égard des reformes qu'il a toujours appuyées de tout son pouvoir,comme celles de Saint- Maur, de Saint-lkrnard, de Saint-Anloinc, des chanoines réguliers de Saint- Augustin j de Prémontré, de Graud-3Iont,etc. Kous rapporterons ici seulement quelques exemples sur ce sujet, passant sous silence un grand nombre d'autres qu'il est plus expédient de taire que de divulgmr, pour ne renouveler ia mémoire de divers désordres quil faut plutôt ensevelir dans un éternel oubli.

Un abbé régulier de grande vertu, poursuivant la réforme de son ordre contre les empêchements qu'y apportaient plusieurs personnes d'autorité, lesquelles avaient mi>me porté un prince à s'employer contre cette réforme, et ayant reçu toutes sortes d'assistances et de secours de la part de M. Vincent, lui en écrivit une lettre de remerciement en l'année 1G44, en laquelle il lui parle en ces termes : « II est bien nécessaire que Dieu vous donne une force extraordinaire pour un si grand ouvrage, ù vour, dis-je, qui défendez la cause de Dieu contre la puissance du monde. Kous ne pouvons que prier J)ieu et nous remettre à sa Providence et à votre zèle, Monsieur, qui êtes notre unique refuge en terre et le seul support de notre ordre désolé. »

Lu religieux non réformé s'étant fait élire abbé d'une abbaye fort considérable qui était chef d'ordre, en laquelle par conséquent il était très-important de mettre la réforme, demandait au roi la confirmation de son élection; mais M. Vincent étant bien informé des nullités de cette élection, s'employa autant qu'il fut en lui pour faire procéder à une nouvelle élection, et pour procurer qu'on élût un abbé réformé. Sur quoi il écrivit à un prélat en ces termes : > Il y a un an ou environ que je me donnai l'honneur de vous écrire au sujet de Télection de >\ pour abbé de A., afin qu'il vous plût de prendre la peine de venir jusqu'à Paris pour informer la reine des qualités du personnage et des bei>oins de l'abbaje; mais à cause de quelque incommodité qui vous en empêcha, vous eûtes la bonté de me marquer par une lettre les justes raisons qu'on avait d'empêcher que cette

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effet. La chose a traîné depuia sur Topposition de deui rdigieui électeura appelés à rélection un jour plus tard qu'elle ne s'est faite, laquelle opposition vient d'être vidée au parlement, par surprise, au gré dudit élu, qui en est d'autant plus échauffé à la poursuite de sa confirmation, pressant grandement Teipédition de son brevet. Et parce qu'il est porté de beaucoup de personnes puissantes, il y a sujet de craindre qu'il ne l'emporte, ce qui fait que votre présence est fort à désirer ici pour en dire un mot à la reine et donner poids aux raisons qu'on a d*cmpécher ce mal. Je sais que Sa Majesté, qui vous estime beaucoup, Taura'fort agréable, et M. le garde des sceaux a trouvé bon que je vous supplie, C'Omme jo fais très- humblement, d'y venir au plus tôt pour l'amour de Dieu. Je prends cette coniiance, sachant combien ses intérêts vous sont à cœur. Peut-être que de ce moment, ainsi que vous m'avez fait l'honneur de me mander, dépend la réforme de cette maison et de celles de sa filiation ; et que Notre- Seigneur veut que le mérite d'un succès si désirable vous soit imputé, comme à Tun des prélats du royaume qui a plus de sèle pour la gloire de son Église, etc. »

M. Vincent lit aussi tout son possible pour introduire la réforme et pour en appuyer les commencements dans un ordre qui en avait grand besoin. Voici en quels termes il en écrivit au générai en lui envoyant une lettre du roi :

« Mon révérendissime Père,

« La raison pour laquelle Sa Majesté écrit à votre révérence est que cela fut ainsi résolu dans le conseil des affaires ecclésiastiques, lorsqu'ayant vaqué un prieuré de votre ordre au diocèse de N., on considéra un de vos bons religieux, nommé le Père N., pour une pension, à condition d'y rétablir l'ancienne régularité, ainsi qu'il a fait en quelque autre de vos maisons, laquelle pension passerait de lui à ses successeurs en l'observance de c^tte règle : de quoi ayant fait rapport à la reine. Sa Majesté eu témoigna une grande joie et recommanda de tenir la main à l'expédition. Il y a sujet d'espérer, mou révérend Père, que le bon Dieu se servira de vous pour relever un ordre fii saint que le vôtre, qui a été très-célèbre en l'Église et à bénédiction à ce royaume, puisque, sous votre gouvernement, il commence à reprendre la même odeur qu'il a répandue en sa façon de vie, de laquelle les gens de bien souhaitent le rétablissement. Le roi y veut contribuer; et il semble que c^est le dessein de Dieu, en tant qu'il vous a donné ce bon religieux comme un instrument fort propre duquel votr» réfénaùd peut se servir, ce qu'elle fera très-utilement si •Ito t êg/sMlê df tai donner loii grand vicariat pour régir les mai-<

80D8 de N. N. N., avec pouvoir d'y recevoir des novices et des profès selon Tancienne observance, le tout sons votre autorité et sainte conduite. Je ne doute pas que votre révérence ne réponde au\ intentions de Sa Majesté en chose si raisonnable, qui tend à la gloire de Dieu et à la manutention d'un corps dont vous êtes le chef et sur lequel Kotre- Seigneur inOuera par vous et par vos ministres son esprit religieux pour y régner dans les siècles à venir, et par ce moyen rendre votre personne et votre zèle recommandables à la postérité, outre le mérite que votre révérence en aura devant Dieu, etc. »

Une abbaye très-considérable ayant été donnée à un jeune prince qui était sous la conduite et administration de madame sa mère, M. Vincent écrivit à cette princesse pour la porter à consentir qu'on mit la réforme en cette abbaye, qui en avait un grand besoin, Void en quels termes il lui parle :

« Madame,

« Je prends la confiance d'écrire à Votre Altesse pour lui renouveler les offres de mon obéissance avec toute l'humilité et la soumission qui me sont possibles, et pour accompagner ce bon religieux qui va la trouver, pour avoir l'honneur de lui faire la révérence, et loi dire la disposition où se trouve l'abbaye de N. de recevoir la réfonne, avec les moyens les plus propres pour y parvenir. Il est de bonne réputation et de très-honnète famille. J'espère, Madame, que Votre Altesse aura la bonté de l'entendre ; premièrement, parce que je sais le grand zèle qu'elle a pour la gloire de Dieu, laquelle elle porte li avant, que de n'épargner pas même les personnes qui ont Thonnenr de lui appartenir; secondement, parce qu'en ce faisant, Votre Altesse sera cause que Jésus-Christ sera désormais davantage honoré etseni en cette maison-là, qui ne le peut être en l'état où elle est réduite, ainsi que ce porteur lui fera connaître ; troisièmement, à cause qne feu Mgr révoque de N. désirait avec tant d'ardeur l'introduction de la réforme en la même maison, qu'il m'en écrivit plusieurs fois ; et j'estime que cela se fût fait sans les empêchements qu'y apporta un des principaux religieux de l'abbaye, lequel avait grand cr^it parmi les autres ; mais il est mort depuis ce temps-là, et peut-être, Bladame, que Dieu a permis ce retardement, pour réserver à M. Tabbé, votre fils, et à Votre Altesse, le mérite d'une œuvre si grande. •

M. Vincent s'employait non-seulement pour procurer la réforme, mais aussi la paix et la réunion des maisons religieuses, a'affligeant grandement des différends et divisions qu'il y voyait survenir, et faisant tout son possible pour y remédier. Or, conune il agissait toujours avec grande prudence et circonspection, lorsqu'il s'appliquait i

ces œuvres de charité, etqa'il s'efforçait de réunir les esprits divisés, pour n^étre pas surpris par ceux de l'un ou de l'autre parti qui venaient lui parler, il procurait que quelques personnes de vertu et d'autorité se transportassent sur les lieux de la part du roi, pour prendre connaissance de la vérité, en écoutant les raisons qu'on alléguait de part et d'autre, afin que sur leur rapport on pût prendre les moyens les plus convenables et les plus assurés pour y rétablir la paix, comme il a fait en quantité de rencontres. Il procurait même que quelques grands prélats assistassent à leurs chapitres généraux, quand il en voyait quelque nécessité, tant pour empêcher par leur prudence et autorité l'emportement de quelques religieux auteurs du trouble, que pour maintenir un chacun dans la liberté des suffrages, et toute l'assemblée dans la facilité de régler les choses nécessaires pour le bien de l'ordre : et puis Sa Majesté étant informée, par le rapport de ces prélats, que les élections et délibérations faites en ces chapitres étaient bonnes et canoniques, il en appuyait l'exécution, et n'écoutait plus les plaintes que les esprits remuants pouvaient faire contre.

II s'est aussi plusieurs fois entremis lui-même pour accommoder amiablement les divisions et brouilleries de quelques maisons religieuses, en étant prié par les supérieurs; et il a reçu en divers temps des lettres de Rome, de la part des généraux de trois ou quatre ordres différents, qui Tout affectueusement remercié de toutes les assistances qu'il avait rendues à leurs ordres, et de ses entremises envers Sa Majesté pour leur procurer sa protection, le reconnaissant comme leur ange tutéiaire, etc.

Il déplorait grandement la ruine d'un certain ordre, qu'il voyait dans une telle désolation, qu'il n'y avait presque aucun moyen d'y remédier : et un religieux d'un autre ordre, oii il n'était pas content, lui ayant demandé son avis par lettre sur le dessein qu'il avait de passer dans cet ordre désolé, voici la réponse qu'il lui fit : « Je ne voudrais conseiller à personne d'entrer dans l'ordre prétendu de N., et encore moins à un religieux, docteur et professeur en théologie, et grand prédicateur, tel que vous êtes, parce que c'est uU'désordre et non pas un ordre ; un corps qui n'a point de consistance ni de vrai chef, et où les membres vivent sans aucune dépendance ou liaison. Je trouvai un jour M. le garde des sceaux en sa bibliothèque, lequel me dit qu'il était en la recherche de l'origine' et du progrès de cet ordre en France, et qu'il uen trouvait aucun vestige. En un mot, ce n'est qu'une chimère de religion, qui sert de retraite aux religieux Hberttns et discoles, lesquels, pour secouer le joug de l'obéissance.

s'enrôlent en cette religion imaginaire, et vivent dans le dérèglement. C'est pourquoi j'estime que telles personnes ne sont point en sûreté de conscience, et je prie Notre-Scigneur qu'il vous préserve d*ane telle légèreté. »

Cette lettre désabusa ce pauvre religieux tenté, et lui ayant oavert les yeux pour connaitro le précipice où il s'allait jeter, le fit rentrer en lui-même, et prendre résolution de perse vcrcr en sa religion.

Un autre religieux très-célèbre et dedans et dehors son ordre, tant pour sa vertu que *pour avoir prêché dans les premières chaires da royaume, représenta un jour à II. Vincent ses longs travaux, Taustérité de sa règle, la diminution de ses forces, et la crainte qu'il avait de ne pouvoir continuer longtemps ses services à r%lise, et en même temps lui proposa un moyen qui lui était venu en la pensée, par lequel il lui semblait qu'il pourrait se mettre en état de travailler encore utilement : c'était d'être faitsulTragantdc l'archevêché de Reims, parce que la dignité d*évêquc le dispensant du jeûne et des autres austérités de son ordre, cela lui conserverait ses forces pour prêcher et agir avec plus de vigueur et de fruit. Sur quoi il pria M. Yincent de lui mander son avis, et au cas qu'il approuvât cette pensée, de l'aider à le faire nommer par le roi pour cette suffragance, se promettant pour cela d*étre appuyé de la recommandation de quelques autres personnes de crédit. M. Vincent s'aperçut aussitôt que la pensée de ce bon religieux n'était qu'une tentation : ce qu'il lui montra bien clairement par la réponse qu'il lit à sa lettre, dans laquelle, dprès lui avoir témoigné l'estime et Taffection très-particulière qu'il avait pour sa personne et pour son ordre, et l'avoir congratulé des talents qu'il avait reçus de Dieu pour prêcher, et de rédifiration qu'il avait donnée jusqu'alors à son ordre, il ajouta ce qui suit :

« Je ne doute point que votre révérence ne fit merveille dans la prélature, si elle y était appelée de Dieu ; mais ayant fait voir qu'il vous voulait en la charge où vous êtes, par le bon succès qu'il a donné à vos emplois et à vos conduites, il n'y a pas d'apparence qu'il vous en veuille tirer : car si sa Providence vous appelait à l'opiscopat, elle ne s'adresserait pas à vous pour vous le faire rechercher; elle inspirerait plutôt à ceux en qui réside le pouvoir de nommer aui charges et dignités eceie.siasti(|ues, de vous choisir pour celle-là,saD8 que vous en lissiez aucune avance, et alors votre vocation serait pore et assurée; mais vous produire vous-mùnie, il semble qu'il y lurait quelque chose à redire, et que vous n'auriez pas sujet d'esptorbi bénédictions de Dieu dans un tel changement, qui ne peut A i

ni poursuivi par une àme véritablement humble

puis, mon Révérend Père, quel tort feriez- vous à votie saint ordre, de le priver d'une de ses principales colonnes, qui le soutient et qui l'accrôdile par sa doctrine et par ses exemples ! Si vous ouvriez celle porte, vous donneriez sujet à d'aulres d'en sortir après vous, ou pour le moins de se dégoûter des exercices de la pénitence : ils ne manqueraient pas de prétexte pour les adoucir et diminuer, au préjudice de la rèjîle : car la nature se tasse des austérités; et si on la consulte, elle dira qi e c'est trop ; qu'il se faut épargner pour vivre longtemps, et pour servir Dieu davantage; au lieu que Notre-Seigneur dit : Qui aime son àme,Ia perdra; et celui qui la hait, la sauvera. Vous savez mieux que moi tout ce qui se peut dire sur cela, et je n'entreprendrais pas de vous en écrire ma pensée, si vous ne me l'aviez ordonné. Mais peut être que vous ne prenez pas garde à la couronne qui vous attend : ô Dieu, qu'elle sera belle î Vous avez déjà tant fait, mon Révérend Père, pour l'emporter heureusement; et peut-être no vous reste-t il plus que peu de chose à faire : il faut la persévv;rance dans le chemin étroit où vous êtes entré, lequel conduit h la vie. Vous avez déjà surmonté les plus grandes difScultés. Vous devez donc prendre courage, et espérer que Dieu vous fera la grâce de vaincre les moindres. Si vous m'en croyez, v(ms cesserez pour un temps les travaux de la prédication, afln de rétablir votre santé. Vous êles pour rendre encore beaucoup de service» à Dieu et à votre religion, qui est une des plus saintes et des plus édifiantes qui soient en rÉglise de Jésus-Christ, etc. >

Enfin, la charité de M. Vincent étendait ses soins aussi bien sur le temporel que sur le spirituel des communautés religieuses; et il s'est plusieurs fois employé pour procurer que diverses maisons religieuses, et autres communautés et hôpitaux, pussent recevoir avec facilité les rentes qu'ils avaient sur les domaines du roi, dont ils avaient bien de la peine à se fairo payer durant le mauvais temps des guerres; et il se rendait à cet effet leur solliciteur envers la reine et M. le cardinal, pour faire donner ordre qu'ils fussent satisfaits. Il procura ausiri que les htNpitaux des frontièn^ du royaume fusssnt mis en sauvegarde particulière contre les entreprises des gens de guerre, et que plusieurs autres fussent maintenus en jouissance des dons, grâces et privilèges qui leur avaient été accordés.

SECTION Vlll.

AUTRES OFFICKS DE CHARITE RENDUS PAR M. VINCENT A DIVERSES ARBAYE8 ET MONASTERES DE FILLES.

Saint Cypricn disait avec grande raison que plus l'honneur et la gloire de l'état des vierges (*onsacrées à Dieu est sublime, plus grand aussi doit être le soin qu'il faut preudre pour le maintenir en sa perfection : le déchet en étant d'autant plus facile et fréquent, que le sexe est plus fragile, et que la constance dans le bieI^est plus difficile et plus rare, même parmi les hommes. C'est ce qui a excité M. Vincent à étendre particulièrement la charité qu'il avhit pour l'état religieux sur les abbayes et monastères des filles, soit pour y conserver le bon ordre, s'il y était déjà établi; soit pour le rétablir, s'il ne s'y trouvait pas.

Il s'est toujours principalement employé autant qu'il a pu pour maintenir le droit d'élection dans les abbayes où il était en usage, et s'est fortement opposé aux prétentions de certaines religieuses, lesquelles ne pouvant espérer de parvenir à la dignité d'abbesse par voie d'élection, pour n'en avoir ni la capacité ni le mérite, s'efforçaient d'y monter eu s'appuyaut sur l'autorité du roi et le crédit de leurs parents. Il s'est comporté de même à l'égard de celles qui ayant été élues par la communauté pour trois ans, selon l'nsage de leurs monastères, tâchaient d'obtenir des brevets du roi pour se perpétuer dans la charge. Un jour un prélat fort vertueux avait procuré l'élection d'une fort bonne religieuse pour la conduite d'une abbaye de son diocèse, et poursuivant la confirmation du roi, il voulut persuader à M. Vincent que la perpétuité des supérieures était plus avantageuse que la triennalité : mais outre que ce sage prêtre n'approuvait en aucune façon les innovations qui se faisaient contre un usage canoniquement établi dans les communautés religieuses, il lui re^ montra avec respect et humilité que les élections triennales étaient pour beaucoup de raisons plus à souhaiter qua les perpétuelles à Têtard des filles qui ont moins de fermeté dans le bien, et qui peuvent plus facilement se méconnaître dans les grandes charges, quand elles s'y voient une fois établies pour toute leur vie.

Lorsque les abbayes des filles qui étaient à la nomination du roi ^ enaient à vaquer, les brigues et sollicitations étaient ordinairement grandes et fortes pour des filles de naissance et de condition : les parents ne se contentant pas de s'agrandir dans le monde^ mais portant

encore leur ambition jusque dans les lieux saints, et pour cet effet faisant tous leurs efforts afin de procurer que leurs filles ou leurs soeurs commandassent dans les cloîtres. On livrait souvent à ce sujet d'étranges assauts à M. Vincent, lequel, connaissant que le bon ouïe mauvais ordre des religieuses venait pour Tordinaire de celles qui en étaient supérieures, mettait tous les respects humains sous les pieds, et tenait ferme pour faire en sorte qu'on nommât pour abbesses celles que Ton savait être les plus capables, les plus éprouvées et les plus exactes aux observances régulières.

Un seigneur qui avait une fille dans une abbaye vacante, nièce de la défunte abbesse, le' vint trouver un jour à Saint-Lazare, pour se plaindre de ce qu'il empêchait que cette fille ne succédât à sa tante, comme cette tante avait succédé à Tautre tante ; et la patience de H. Yincent provoquant encore davantage sa colère et son ressentiment, il le chargea de reproches et d'injures, et y ajouta les menaces, criant et faisant un très-grand bruit, comme ferait un homme à qui on enlèverait son bien ; et cela pendant une heure ou davantage. Il lui était avis que cette abbaye était comme un bien héréditaire en sa maison, et qu'on lui faisait grand tort de la lui ôter. Aussi le mari, la femme et toute la famille avaient-ils de tout temps coutume d'aller plusieurs fois Tannée en cette abbaye, comme à une maison de plaisance, et d'y demeurer et vivre aux dépens de la communauté, qui en était notablement incommodée; ce qui faisait gémir et murmurer toutes les religieuses, lesquelles voyant Tabbesse morte s'opposèrent à la nomination de cette nièce et firent grande instance pour avoir une autre supérieure. JI. Vincent, qui était très-bien informé des qualités de cette prétendante, répondit au père, fort doucement et respectueusement, qu'elle était encore très-jeune, et qu'il était obligé en conscience de conseiller à la reine qu'entre les religieuses de divers monastères pour lesquelles on demandait cette abbaye, elle eût agréable de choisir celle qui serait la plus capable et la plus proi)re. Après cette réponse il laissa parler ce seigneur dans tous ses emportements, et décharger sur lui l'amertume de sa colère, avec une patience incroyable ; et puis l'ayant accompaj^jnc à la porte, il témoigna êli;e fort aise d'avoir été chargé d'injures et couvert d'opprobre pour soutenir les intérêts de Notre-Seigneur.

Il s'est trouvé souvent quantité d'abbesses, lesquelles conservant (quelque attache pour leurs parents, et ayant quelques sœur, nièce ou cousine religieuses, les demandaient pour leurs coadjutricos, sons prétexte d'âge ou d'infirmité. Mais M . Vineenl , qui se déliait toi.jours de la chair et du sang, ne fut jamais d'ayis qu'on accordât ces coad-

jutorerios sans ^Taii:lc nécessité : en quoi il se montra inébranlable; et sa raison v\va\ qui* hi vacance «les ai»Irives arrivant par mort, oa avait la liberlc'î iIj choisir des Hilcs vcrliicuscs el capables pourj muinlcnir le J)on ordre, s'il y était, ou s'il n'y était pas, pour l'j établir.

Lorsque quehjue abbcsse avait résipu» son abbaye, et qu'on rapportait des certilittals de la suffisance et des bonnes mœurs de celle au profit de laquelle la résignation été avait faite, il ne s'en rap()ortait pas toujours à ce (|ue contenaient ces cerlilicats, parce que, selon son sentiment, le ténioif,'naj;e de beaucoup de personnes ne peut pas faire grande foi eu ces sortes d'alFaires. Cest pourquoi il prenait du temps pour s'informer avec plus de eerlilutle des qualités de la piT sonne ; cl lorsqu'il apprenait (pie le choix en était bon et qu'il serait avantageux à l'abbaye, il faisait admettre la résiguation ; sinon, il In rejetait.

Couîme il arrivait quelquefois du désordre h plusieurs monaslères de filUs, taîil pur les îroublescl divisious des religieuse», que par d'autres abus qui s'y glissaient, il s'employait avec grand zèle pour y remédier, fai^ant en sorte qu'on envoyât des personnes de vertu et d'cx|)érience, (pii fus-^ent autorisées du roi, soit pour apaiser le différend, ou y.mw établir la clôture si elle ny était point, et pourvoir aux autres besoins : et il faisait écrire de la part de Leurs Majestés aux supérieurs des mêmes ordres et aux évèques des lieux, pour y tenir la main.

Une al)baye de filles se trouvant en une grande division, à laquelle le supérieur ordinaire n'avait pu mettre ordre, quoiqu'il s'y fût employé de tout son pouvoir, M. Vincent fut convié d'y travailler ; elil lit en sorte qu'on y envoyât pour visiteur un abbé du même ordre, fort say:e et fort zélé. Celui-ci ayant découvert la source du mal, lui écrivit qu'il était irrémédiable, si on ne donnait à ces lilles un autre confesseur, qui eut une grâce et une adresse particulière pour disposer les esî>rils à !a paix et les y maintenir ; ce qui obligea M. Vincent de prier un ccc!esiasli(]ue de condition et de vertu, très expert en la direclion des re igieuses, de se donner à Dieu pour aller passer quelque temps vn celte abbaye ; comme il fit avec grande bénédiction, ayant peu à peu réuni les cœurs, et remis en bon état toutes les parties de la communauté.

Il s'est trouvé des monastères de filles où l'esprit malin avait fait glisser des maximes pernicieuses et des pratiques damnables, sotf prétexte de quelques fausses révélations faites à leurs supërieurs, lesquels ayant Timagination troublée par les illusions de Tango dei

ténèbres, prétendaient que Dieu leur avait fait connaître des voies, extraordinaires pour conduire les âmes à la perfection, et même pour réformer TÉglise, et annonçaient beaucoup d'erreurs qui avaient grand rapport à celles des illuminés. M. Vincent, en ayant eu avis, procura qu'on envoyât des personnes doctes et vertueuses pour visiter CCS maisons, el prendre connaissance de ces abus et illusions diaboliques, qui avaient déjà surpris quantité de personnes de toute condition et de tout sexe, et par ce moyen, le mal ayant été découvert, il a plu à Dieu d'en arrêter le cours.

SECTION IX

DIVERSES AUTRES AFFAIRES DE PIETE AUXQUELLES M. VIKCEST 8 EST EMPLOYÉ DAKS LE CONSEIL DU ROI.

Le zèle de M. Vincent pour tout ce qui concernait les intérêts du service et de l'bonneur de Dieu le tenait dans une attention conlinuelle sur toutes les occasions qui se présentaient pour en procurer l'avancement, et pour détourner ce qui pouvait y apporter quelque obstacle. C'est à quoi il employait le crédit que sa vertu lui avait acquis dans le conseil de Sa Majesté ; estimant cette journée-là heureuse, en laquelle il avait pu empêcher quelque mal, ou procurer quelque bien.

11 a fait entre autres choses tout ce qu'il a pu pendant la guerre pour a[)porter quelque remède aux désordres que les soldats commettaient de tous côtés, et particulièrement aux profanations des éj^lises, et aux vexations injustes des personnes consacrées à Dieu. Kt voyant bien qu'il était impossible d empêcher tout ce mal, au moins il s'effoiçait de le diminuer ; et quand il ne pouvait autre chose, il recourait à Dieu par la prière et par la pénitence, pour implorer le secours de sa grâce et de sa miséricorde, tant en faveur de ceux qui souffraient ce mal, que des autres qui le commettaient.

Il y avait un autre désordre fort pernicieux aux bonnes mœurs, qui était que certains comédiens représentaient sur le théâtre des choses non-seulement indécentes, mais aussi scandaleuses, et qui ne se pouvaient dire, ni entendre, ni voir, sans une f;randc olFense de Dieu. M. Vincent en ayant été averti, et reconnaissant les pernicieux effets que cette licence pouvait produire, fit en sorte par ses remontrances (|ue cela leur fut absolument défendu.

Les troubles de l'État et les diverses entreprises contre le service du roi avaient obligé Sa Majesté de s'assurer de diverses personnes coavertes ou snspeeteSi et de le$ retenir dans la Bastille ; od, quoique

— \\n — le^<S<;-rs nécessaires De leur iDanqna«seDt point, néanmoins il M Kc }.!-.;•. jjait presque aucan exercice de piété parmi eux, n'y ayut [>.:r*' -îi!!»^ fK>ar les y exciter et aider. M. Vincent Tayant sa, fit agrâf "jîjri MTtueux ecclésiastique de la Conférence qui se tient à Sainl- ••/-î l!.jt ^i-i1er ces prisonniers et leur faire quelques exhortii.tjii^, \iriT le moyen df^-qtiriles le< prit-rtrs du soir et du matin fiiiCBk introduite [larmi eux, avec plusit^urs autres pratiques chrétienna, au uvàUii Lien et profit spirituel de leurs âmes.

J^'iKJant que le dérnon, ennemi de la paix, allumait de tons eMA Il LUI rri; tt la disiorde en ce royaume, et jetait en tous les lieudff • ;ii»:iu:<'s de désobéissance et de rébellion contre le service dn roi,3 i.i- ÎL'iit alJ^^i plusieurs esprits à se révolter contre Dieu, et à fnn tî.\iTsf's entreprises contre la religion ; et entre les autres, iU'a troina rpii lâchaient de renouveler les maximes et erreurs damni- UU-^ dt:M illuminés. M. Vincent ayant découvert ce mal, qui comineB- <;ait â se répandre en divers endroits de la France, particulièreoieDt a l'uris et en quelques lieux du diocèse de Bazas, procura par Kl soins et par son zèle qu'on y apportât uu si prompt remède, qaece nioijstre lut érotiiïé daii< son berceau, avant qu*il pût faire un plus grand dv'^hi dans rî'l-îiî-c.

La liberté que chacun se donnait pendant les troubles de ce rojinnie de parler comme bon lui semblait des choses qui concemaieBt la re!i<:ion, aussi bien que de celles qui regardaient TÉtat, onnitU porte a une autre lic«*ne.e encore plus pernicieuse, d'écrire et depnbiiur toutes sortes de libelles, même contre la foi et les bonnes nueurs. M. Vincent l'ayant représenté au conseil, lit en sorte qoe cett(î licence fut ré[)rimée, Tordre ayant été donné de chercher et de saisir les mauvais livres, avec défense anx imprimeurs et libraiici d'en imprimer ou débiter.

(liî saint homme s'est aussi employé avec grande affection pour coopérer en toutes les manières qu*il a pu, soit par ses remontrances ei sa^M's conseils, soit par ses sollicitations et entremises, afin que la ])ralique damnable des duels fiit entièrement abolie : ce qui a été enliii heureusement exécuté par la piété de la reine, et par le «le et rautorité du roi, leijuel dès son plus bas ûge, comme un Hercule ehrélien, a eu la force et le bonheur d'étoufler ce dragon, que les roih ses |)rédécesseurs n'avaient pu terrasser avec tous les foudres (V s !^i:'' ( r 'rs orrlonnnnces qu'ils avaient lancés contre ce monstre; Dieu avant voulu réserver la gloire de celte défaite u noire grand nionun|ue, et signaler les premières années de son r^neparan f'xnîoil héroïque, qui a sauvé la vie dn I ^àm^ | ijû uSr

ion de gentilshommes français, et empêché la mine et le dernier malheur d'une infinité de très-nobles familles, qui lui seront étcrlellemcnt redevables de leur bonheur et de leur salut.

M. Vincent a fait aussi ses efforts pour déraciner les blasphèmes, lyant à cet effet procuré qu'on renouvelât les ordonnances faites îontre ce détestable crime, et même proposé divers moyens pour l'exterminer entièrement ; et quoiqu'il n'en ait pas vu l'effet tel ju'il souhaitait, il ne laisse pas d'en avoir le mérite, et il faut espérer que Dieu exaucera quelque jour les ardentes prières qu'il Ini a offertes pour ce sujet, qu'il inspirera à notre incomparable monarque l'employer les moyens les plus efficaces, et même, s'il le juge expéiient, le fer et le feu, à l'imitation de saint Louis son aïeul, pour purifier son État de cette gangrène infernale qui le corrompt et infecte en plusieurs de ses parties, même des plus considérables et des plus nobles.

SECTION X

II. VINCENT A TOUJOURS GARDE UNE FIDÉLITÉ INVIOtARLE AU ROT, ET UNE AFFECTION CONSTANTE POUR SON SERVICE, MEME PENDANT LFS TEMPS LES PLUS PÉRILLEUX ET DIFFiaLES.

Il ne suffit pas de rendre à Dieu ce qui appartient à Dieu , mais, suivant la doctrine de l'Évangile, il faut aussi rendre à César ce qui appartient à César ; et la même loi divine qui oblige d'adorer Dieu, de lui obéir et de l'aimer par-dessus toutes choses, oblige aussi d'honorer et de respecter les rois, comme les images de sa souveraine Majesté sur la terre ; leur rendre avec affection le service qui leur est dû, et leur garder une inviolable fidélité ; de sorte que les princes chrétiens ont cet avantage par-dessus les autres monarques qui ne croient point en Jésus-ChrLst, que leurs sujets sont attachés à leur service, non- seulement par la force de leurs ordonnances ou par la crainte de leur souverain pouvoir, ou par la considération des faveurs et récompenses qu'ils peuvent espérer de leur libéralité ; mais par des liens encore bien plus forts et plus nobles, qui sont l'autorité de la loi divine , et les principes de leur religion : et comme ils ne peuvent manquer à ce qu'ils doivent à leurs rois sans contrevenir aux volontés de Dieu, aussi l'obéissance, l'affection et la fidélité qa'ils leur rendent ne se terminent pas à leurs seules personnes, mais font jusqu'à Dieu, qui se tient honoré, obéi et aimé en la perisonne de ceox qu'il a établis ses lieutenants pour le gouvernement tem- Iponl fh MB peuples. D'oii il s'ensuit qu'entre les sujets d'un prince

chrétien, ceiu-Ià sont les plus fidèles, les plus soumis et ksplM attachés à t^oii service, qui sont lis plus vertueux et les plus nniià Liîu pur la gnkc cl par la charité ; et qu'au contraire, ou ne doit ])as ultinJrede ceux qui niauquent à ce qu'ils doivent à Dieu une hdéiitc hieu couslaule, ni nue alTcclion bien sincère pour le service de leur prince.

Cela |)lli^up|)(>sé, il ne sera pas difficile d'inférer de ce qui a été dit, tant en ce chapitre que dans tous les autres do ce second livre et inèiiie (lu premier, que M. Vincent ayant toujours été trës-Gdëleà touU's les vulonttN de Dieu, et lrè.s-zelc pour son honneur et pour sa fr oire, il a par cunsèquenl gai de une iidciitc inviolable au roi et une ull'eclion toute singulière au bien de son service, puisque le second dépend du premier, et que lu mesure de [*affecliou et delà fidélitétprona pour>on prince se doit |)rendre de celle qu on a pourDieo.

Mais outre cette considération générale qui est très-forte, nous en pouvons produire ici d'autres preuves plus particulières et non moins convaincantes, en rapportant de quelle manière ce saint homme s*e>t comporté quand il a élé question de se déclarer serviteur du roi durant leif temps les plus diiiieiles et les plus périlleux, et d'expo:»er Kcs biens, sa vie et toute sa compagnie pour témoigner sou zèle et sa lidélile au ser\icc de Sa Majesté.

i.a mémoire n'est encore que trop récente de Tétat déplorable oà se trouva la iMance durant les années 1(>)9, 1652, etc., et il y i sujet de dire qu'en ce temps-la Dieu permit par un secret jugement que ce funeste puits de Tabime, dont il est parlé dans les saintes Lettres, lût entr ouvert et qu'il s*en exbalùt comme une noire fumée sur tout ce royaume, qui remplit les esprits des irançais de ténèbres si obscures, ({ue plnsieurs d entre eux semblaient avoir perdu le discernement de ce qu'ils étaient obligés de rendre a leur souveroin: et quoique dans le cœur ils retinssent toujours raffectioa qu*ils loi di-N aient, leurs actions néanmoins démentaient leurs intentions; et ù mènic temps qui. s pensaient travuilleret combattre pour le service du roi, iiS employaient leurs armes et leurs eU'orts pour déprimer son autv/rité, pour perdre ses plus iidèles serviteurs, et pour porter la dé^olalion et la ruine en tous les endroits de sou royaume.

Or, comme une étoile brihe durant la nuit avec une clarté plus vive quand Cile se trouve environnée de nuages, qui ne servent qaà rehausser l'éclat de sa lumière ; de même l'on peut dire que tous oes troubles de la iTance ont fourni a M. Vincent une occasion de faire mieux paraître quclie était la perfection de sa iidéiilé envers le roi^ et la constance de son zèle pour son service. Il est vrai que pendant ce

déplorable temps, la confasion était si grande en divers lieux, gae la plupart des meilleurs Iw-aiiçais et des plus altarhés au\ inlérèts de leur prince ne pensaient pouvoir faire aulre chose que de se tenir dans le silence et de gémir; connaissant bien tout ce qu*ils eussent essayé de dire ou de faire pour apaiser les esprits mal disposés n'eut servi qu'a les aigrir davantage, et peut-être a Us porter à d'autres extrémités plus fâcheuses, que la prudence leur suggérait d'éviter. Mais M, Vincent, quoique d'ailleurs très- prudent et Irès-circonspect, •ne put se contenir dans une telle conjoncture, et le zèle qu*il avait pour le service de son prince ne lui permettant pas de garder le silence, il se déclara hautement >erviteur du roi, et lit profession ouirerle de vouloir obéir à tous les ordres qui viendraient de la part de Sa Majesté ; cl non content de se comporter de !a sorte en particulier, il tâcha de porter les autres en toutes les rencontres à faire le môme ; mais comme sa voix ne pouvait être entendue dans les lieux où il n'était pas présent, il y lit par ses lettres ce qu'il ne pouvait par ses paroles, écrivant à diverses personnes sur ce sujet, et |>articulièrement à plusieurs évéques, comme il a été dit dans le premier livre, pour leur persuader de demeurer en leurs diocèses, et d'y empioyer leur autorité, afin de contenir les peuples en Tobeissance du roi. Il donna encore des preuves plus signalées de sa fidélité et de son zèle pour le service du roi, mettant sous les pieds tous ses propres intérêts et ceux de sa Compagnie, quand il fut question d'aller trouver Leurs Majestés à Saiut-Germain-en-Laye, après leur sortie de Paris, pour leur faire offre de ses services ; ayant pour lors laissé comme en proie à la passion de ses ennemis sa maison de Saint- Lazare et tous ses chers enfants, lesquels, à l'exemple de leur père, souffrirent avec patience et môme avec joie de se voir dépouillés de leurs biens, et maltraités pour un tel sujet.

Ce qui a fait voir encore plus clairement jusqu'où pouvait aller cette fidélité et cette affection de M. Vincent pour le service de Leurs Majestés, est qu'ayant eu la pensée de leur donner un conseil qu'il estimait salutaire, et en quelque façon nécessaire dans la disj;osilion où se trouvaient alors les affaires de l'Etat, et néanmoins ayant grand sujet de craindre qu'il ne fut pas favorablement reçu de ceux qui tenaient en main les roues du gouvernement, et que cela ne fut suivi de quelque refroidissement à son égard, il aima mieux s'exposer au danger de tomber daus cet inconvénient qui est si redoute de plusieurs, et d'ii;courir môme la disgrâce de Leurs Majestés, que de manquer a faire une chose qu'il croyait pouvoir être utile à leur service. Il est vrai que la reine, coiiuaissant la sincérité desoncœur^

reçut en bonne part ses avis, et M. le cardinal Mazarin loi donna une audience favorable, sacliaut bien qu'il n'avait autre prétention que de rendre un fidèle service à Leurs Majestés; et quoique pour lors son conseil ne tut pas suivi, cela ne diminua en rien, mais plulùt augmenta la créance qu ou avait toujours eue de sa fidélité et de son ailection, vovanl qu*eu cette occasion, après avoir tout abandonné pour le service de son prince, il avait eu le courage de s'eiposer niênieâ souiïrir quelque diminution de sa bienveillance, qni lui éluil plus chère que tout le reste, pour ne manquer à donner on conseil qu'il jugeait lui être utile.

SECTION XI

M. VIKCLKT A SERVI LK UOI AVKC UN ENTIEB DEGAGEUEHT DK TOUT IMÉllKT.

>ons ne prétendons pas ici donner aucun blAme à ceux qui ser^ Vint lidèlenunl le roi, dans respérance que Sa Majesté, agréant lenn services, les rcconi|)ensura de ses laveurs : au contraire, nous disons qu'il ne serait pas juste ni raisonnable de censurer un tel procédé; étant expédient pour le bien de l'État que, comme les lois établissent des châtiments contre les rebelles et réfraetaires aux volontés du souverain, qu'aussi sa libéralité déploie ses grâces et ses récompenses envers ceux qui lui rendent uu lidèle service ; et que, comme la crainte de la punition sert de frein pour retenir les sujets diseoles dans les termes de leur devoir, de même Tespérance de la récompense serve d'un aiguillon plus puissant aux bons à faire des actions dignes des faveurs de leur prince.

Or, quoiqu'il soit permis et même louable de servir fidèlement son prince dans la vue des récompenses qu'on espère de sa libéralité, on ne peut nier toutefois que ce ne soit une disposition bien plus excel-' lente, plus noble et plus parfaite, de n'avoir d autre vue ni préten* tion eu servant son roi que le bien de son service; et encore davan* tage lorsque, pour se porter plus constamment à s'acquitter de ses devoirs, on regarde eu la personne du roi celle de Dieu même, et qu*on le sert avec toute l'aflection et la fidélité possible, dans la seule vue que ce service est agréable à Dieu ; en sorte que la principale et n)ême Tunique prétention eu servant le roi soit de plaire à Dieu, et d'accomplir ce qu ou sait être conforme aux ordres de sa volonté.

Mais n'aurions-nous pas sujet de faire ici la môme exclamation que fait le sage , parlant de celui qui ne laisse point aller son ooeor après Tor, et qui ne met point ses espérances dans les

Quis est hiCy et laudabimus eum? Qui est ce personnage admirable qui a emporté une telle victoire sur la plus indomptable de toutes les passions? Et où est-ce que nous le pourrons rencontrer, afin que nous lui donnions les louanges que sa vertu mérite? Or le voici heureusement trouvé ; et nonobstant la corruption du siècle, la France a eu le bonheur de produire en nos jours un si rare chef-d'œuvre de vertu en la personne de Vincent de Paul, duquel on peut bien dire avec vérité que son cœur ne s'est point laissé aller après l'or, et qu'il n'a point mis sou espérance et son affection dans les richesses ; car quoiqu'il fût auprès de la source d'où découlent ordinairement les plus riches trésors et les plus magnifiques récompenses, il en a néanmoins détourné ses yeux et son cœur, n'ayant jamais eu d'autre vue ni d'autres prétentions, en servant fidèlement le roi, que le bien de sou service, et la gloire qui en pouvait revenir à Dieu. C'est ce seul motif qui l'a porté à accepter les charges et les emplois qui lui ont été confiés; c'est le lien qui l'a retenu inviolablement attaché au service de Leurs Majestés dans les temps les plus difBciles; c'est cette intention de rendre gloire à Dieu en servant fidèlement son prince, qui lui a inspiré la force, la constance et la persévérance en ce service, parmi toutes les contradictions, calomnies et persécutions qu'il a soufferlcf*, et au milieu des périls auxquels il s'est exposé pour ce sujet.

£t premièrement, lorsque la reine-mère, au commencement de Fa régence, lui fit l'honneur de l'appeler dans le conseil des affaires ecclésiastiques, ce fut la seconde obéissance qu'il crut que Dieu voulait qu'il rendit aux ordres de Sa Majesté, et le zèle qu'il avait de procurer le bien de la religion et l'avancement de la gloire de Dieu, qui le fit résoudre d'accepter cet emploi, nonobstant l'extrême répugnance que son humilité y ressentait, et tout ce qu'il prévoyait qui pourrait lui arriver de contraire à l'affSBCtion du repos et au désir qu'il avait d'achever sa vie en paix et en tranquillité dans l'âge où il se trouvait. Il avait dans cet emploi des occasions favorables pour procurer l'avantage temporel de sa Congrégation, s'il eût voulu s'en servir, ainsi qu'il le pouvait licitement faire, et qu'il semblait même y être en quelque façon obligé par la charité qu'il devait avoir pour les siens : et comme la distribution de quantité de bénéfices passait par ses mains, il ne lui eût pas été difficile d'en obtenir quelques-uns pour les unir aux maisons de sa Congrégation, laquelle étant encore naissante, et assez peu accommodée de biens temporels, pour ne pas dire pauvre et incommodée, avait par conséquent grand besoin de 8eooiurs.poar s'affermir et s'étendre, et même pour pouvoir soutenir ihlflt m^ginÀM an lervice de Dieu et de l'Église, qu'elle a entrepris de T. vu 10

- liG —

faire grahiitomont. Nëannioins, il n'a point voula se servir de ei moyen, il n*a jamais demandé dI reclierclié directement ni indirectement quelque bénéfice que ce fût pour aucune des maisons de sa Congrégalion; cl si Ton en a uni à quelques-uns de ses séminaires, cela n*aélé fait qu'à l*instante prière de ceux Ynëmes qui en étaient les possesseurs, ou qui avaient droit de les conférer; lesquels ont souvent employé autant de sollicitations envers lui pour l'obliger à les accepter, qued*autres en eussent fait pour les rechercher; et son dessein, en les acceptant, n'était pas d'enrichir sa maison ni de mettre les siens à leur aise, mais d'en employer fidèlement les revenus à instruire et former ceux qui étaient appelés au ministère de TÉgiise.

L'un de ses plus intimes amis vint le trouver un jour, et lui offrit une très-grosse somme d'argent (on a su qu'elle allait à cent mille livres) de la part de quelques personnes, à condition qu*il 8*emploierait dans le conseil pour procurer qu'on reçût leurs propositions, el qu'on leur accordât l'exécution de quelques avis qu'ils avaient présentés, lesquels semblaient fort raisonnables, et n'étaient nullement à la charge du peuple, mais qui pouvaient en quelque façon préjndider aux intérêts du clergé : à quoi ce saint homme, levant les yeux au ciel, ne fit autre réponse, sinon : « Dieu m'en garde : j'aimerais mieux mourir que de dire une seule parole pour ce sujet. >

Secondement, comme il n'a jamais rechen*.hë aucun profit temporel dans le service qu il rendait à Leurs Majestés, il ne s'est non plos mis en peine de se procurer la faveur des personnes puissante» dans les occasions où il les pouvait obliger. Ce n'est pas qu*il eût une vertu sauvage et farouche, comme quelques-uns qui font gloire de cboquer les plus grands : au contraire, il les traitait toujours avee un singulier respect, et s'eiTorçait en toute renccmtre de contenter jusqu'aux ](tlus petits, avec cette condition toutefois, que Dieu fùl k premier content et satisfait : en sorte que s'il voyait que ce qu'on dtf* sirait de lui fût selon l'ordre de la volonté de Dien, il l'accordait hcilement et de bonne grAce ; mais s'il jugeait ne le pouvoir faire sans manquer à Dieu, il n'y avait aucun respect humain, ni aucune crainte de disgrâce ou malveillance de qui que ce fût, qui le pût fléchir; il n'avait aucun égard à la puissance de ceux qu'il refusait; il ne s'étonnait point de leurs menaces; il ne se mettait en aucune peine des dommages ou des persécutions qui lui en pouvaient arriver ; mais il regardait uniquement Dieu, auquel seul il désirait plaire, et aoçMi seul il craignait de déplaire.

Troisièmement, il a fait paraître son dégagement de tout iatMly non-seulement en ne recherchant point ses avantages,

plus eu souffrant voloutiera les pertes qui lui sont arrivées, commit nous a\ ODS dit, en servant fidèlement Leurs Majestés : en quoi il y a une circonstauce remarquable et très-digne d'être ici rapportée, qui est que toutes ces grandes pertes qu'il a faites pendant la guerre, et tous les mauvais traitements qu'il a reçus, ne lui étant arrivés que par la mauvaise volonté de quelques personnes, en haine de ce qu on le voyait très-fidèle et très- affectionné au service du roi, on ne lui en a point ouï pourtant faire une plainte, et il n'en a jamais demandé aucune récompense ni dédommagement : et ce qui est plus étonnant, c*est que, par une adresse d'une charité vraiment désintéressée, il a quelquefois détourné adroitement les effets de la bonne volonté de la reine envers lui, pour les faire découler sur les autres, lorsqu'il pensait le pouvoir faire sans blesser Tordre de la justice ou de la charité. Certes, il faut avouer que c'est là servir sou roi avec un entier dégagement de tout propre intérêt, et que M. Vincent a pratiqué cette huroique vertu d'une manière d'autant plus admirable qu'elle est aujoui'dhui plus rare dans les cours des princes.

S£CÏ10K XIL

QUE M. VlIfCEIlfT s'est TOUJOURS COnDUri AVEC CHAUDE PRUDENCE KT CilvCONSPEClIOR DAAS LES AFFAIRES QUI REGARDAIENT LE SERVICE DU ROI.

il est vrai que les affaires qui concernent le bien d'an £tat et le service d'un souverain sont de telle conséquence, que le maniement et la conduite n'eu doit être couiiée qu'a des personnes non-seulement fidèks et bien affectionnées, mais aussi prudentes et discrètes, qui aient un esprit mûr, un jugement solide et une expérience proportionnée a la grandeur des choses qui leur sont commises : et comme il cbt ceitaiu que tous ceux qui fout profession de piété n'ont pas ces qualités natuiciictt, 1 on ue ptut pas nier aussi que parmi les persouneb vcrtucubcsii ue s'en tiouvc qui, les ajfant reçues de Dieu, et qui les joignant a u'auti es encore meiacures, ue soient capables d'en faire un ucirbon usage, et de les employer utilement pour le service de leur pnuce et pour le bien de bon J:.tat. lie sorte que, comme ce serait uue impiuueuce de recevoir et suivre iudiuéremment en toutes soncb u uuaires les a\u» de ceux qu ou estime vertueux, s'imagiuaut qu'ils ne bauraicut ètie que bous et salutaires; aussi serait-ce une Itfuierile accompagnée de quelque ii^ustice de rejeter ou de tenir sut* pecU iiW moseili d'uu iioinune de bifiOi à cause qu'il fait une partv*

culière profession de piété, comme si la piété ne pouvait subsister avec la prudence, et que ce fût chose incompatible de rendre un service agréable à Dieu et de servir utilement son roi.

Il 8*en trouve néanmoins qui se persuadent, et tâchent de persuader aux autres, qu'un homme qui s'adonne au\ exercices de piété et qui s'est dévoué au service de Dieu (car c'est proprement ce que signifie le nom de dévot^ qu'ils décrient si fort) n*est point propre pour le service d'un prince, ni pour la conduite de ses affaires; que raffection qu'il a pour le ciel l'empêche d'apporter rattention nécessaire à œ qui se passe sur la terre ; que la dévotion est ordinairement accompagnée d'un zèle, sinon indiscret, au moins qui n'est pas assez considéré, et qui fait que celui qui est dévot ne prévoit pas la suite des affaires qu'il conseille d'entreprendre, lesquelles il croit utiles, parce qu'elles lui paraissent bonnes : ce qui n'empêche pas qu'elles ne soient le plus souvent fort préjudiciables au service du prince et au blende son Etat. Et de cette sorte ils rendent la piété tellement suspecte, que, selon leurs avis, il ne faut pas moins se donner de garde dans la ooor d'un prince, d'un homme vertueux et dévot, que d'un espion déguisé, ou d'un pensionnaire de quelque prince étranger et ennemi.

Ceux toutefois qui veulent paraître les moins passionnés avouent qu'un homme vertueux peut avoir une vraie et sincère affection pour le service de son prince, et lui garder une fidélité inviolable, et mènie le servir dans un entier dégagement de tout propre intérêt; mais ib ne >eulcntpas reconnaître ni confesser que la dévotion se trouve avec la discrétion et prudence requise dans les affaires importantes, ni que les règles de la piété puissent s'accorder avec les maximes de la politique.

Certes, 8*il en était de la sorte, comme ils le veulent faire croire, il faudrait avouer que la condition des rois et des princes souverains serait bien misérable, de se voir réduits à une si fâcheuse nécessité que d'être obligés de bannir de leur cour les hommes les plus vertueux, ou bien de s'en donner continuellement de garde, comme de personnes qui leur seraient suspectes, et dont les meilleurs avis pourraient être préjudiciables au bien de leur Eut. Et s'il est vrai, comme nous avons déjà dit, que ceux qui sont plus unis à Dieu par la vertn et par la charité ont une affection plus sincère et une fidélité plu constante pour le service de leur prince, quelle peine serait-ce à an souverain de voir que ce qui devrait lui donner plus de confiance en l'affection et en la fidélité de quelques-uns de ses sujets, ce serait odi même qui l'obligerait à les exclure de son service, et qa'il aenit ptf conséquent nécessité de commettre la conduite de ses fiH

tes affaires, et de se servir da conseil de ceux auxquels il aarait moins sujet de se fier?

Mais il ne serait pas difficile de faire voir la fausseté de cette persuasion par les exemples de plusieurs grands princes, qui ont appelé dans leurs conseils et employé dans la conduite de leurs affaires avec un succès fort avantageux divers personnages aussi recommandables pour leur vertu et piété que pour leur expérience et sagesse, desquels ils ont toujours reçu des avis fort salutaires et un service très-fidèle et très-utile au bien de leurs États. Et, pour ne nous étendre hors de notre sujet, il suffira d'en produire un qui sera d'autant plus con- Taincant que la mémoire en est plus récente : c'est du grand servitenr de Dieu, Vincent de Paul, qui a su joindre heureusement la piété avec la sagesse, le zèle avec la discrétion, et la science des saints avec l'expérience et la connaissance nécessaire pour servir utilement son prince. Nous ferons ici seulement quelques remarques particulières sur diverses occasions et occurrences d'affaires dans lesquelles il a fait paraître qu'il possédait en perfection ces excellentes qualités.

Il est certain qu'une des dispositions les plus nécessaires pour agir prudemment dans les affaires est d'avoir l'esprit libre et dégagé de toutes les affections et passions déréglées, parce que le trouble qu'elles excitent obscurcit l'entendement et Tempéche de voir l'état vâritable des choses présentes, et de prévoir les suites de l'avenir ^ Or, toutes les personnes qui ont connu et fréquenté M. Vincent peuvent témoigner que, soit par grâce, soit par la force do son esprit, il semblait presque entièrement exempt de o^ émotions et saillies désordonnées, qui ne sont que trop fréquentes dans la plupart des hommes; ou, s'il les ressentait, il avait acquis par sa vertu un tel empire sur lui-même et sur tous les mouvements de son àme, qu'il n'en paraissait rien au dehors, ni en ses gestes, ni en ses paroles, ni même en son visage, sur lequel on voyait reluire une sérénité presque toujours égale en toutes sortes d'accidents, et même parmi les affronts et les injures les plus sensibles. Et tant s'en faut qu'on aperçût en lui aucune altération d'esprit dans les premiers mouvements que l'on ressent ordinairement en ces rencontres, qu'au contraire c'était alors qu'il paraissait plus modéré et plus présent à lui-même, et qu'il parlait et agissait avec plus de circonspection.

Il avait encore une autre disposition d'esprit qui ne contribuait pas moins à la prudente et sage conduite dont il usait en toutes occasions : c'était de ne jamais précipiter ses avis, et de ne rien déterminer trop

* Hos qui de rèbas dotiis eonsUimii caplunt, ib affectlbus yacaos esse dccet; nam kand llidlè ttripiMiimmpenridet, obi illa officiant. SallutU in Catilin.

— ISO — promptement^sartont dans les affaires de consëqneDOèy mais de donner à son esprit tout le temps et le loisir nécessaire pour en nonsidérer attentitement les diverses circonstances, bien peser les raisons de part et d'autre, et prévoir les suites ; ce qui faisait que ses conseils étaient solides et assurés, et qu'on pouvait les suivre sans crainte de se tromper. Il tenait pour maxime ce qu'a dit un ancien^ qu'il n'y a rien de plus pernicieux aux délibérations dans les grandes affaires que d*7 procéder trop à la bâte, parce que cela empêchait de voir, et en« core plus de prévoir ce qui était requis pour donner ou pour recevoir un bon conseil ' ; qu'il fallait délibérer et prendre ses résolutions avec loisir , mais qu'il fallait exécuter avec diligence ce qu'on avait résolu \

Après qu'il avait mûrement considéré une affaire et balancé toutes les raisons qu'on lui proposait ou qui se présentaient à son esprit, et qn'enHuite il avait pris une résolution et donné un conseil, alors quelque événement qui s'ensuivit, bien que contraire à ses desseins on à ceux des autres, il ne s'en troublait point, mais demeurait en paix; tenant cette maxime d'un ancien Père : Que c'est le propre des sages déjuger de? choses, non par leur événement, mais par l'intention et le conseil avec lequel on les avait commencées; et que c'est une erreur de plusieurs qui se persuadent qu'une affaire aura été bien entreprise lors seulement qu'elle aura réussi avec bonheur *.

On a encore remarqué une autre disposition en la personne de M. Vincent, qui était une marque de sa prudence, et qui aussi contribuait beaucoup à la perfectionner : c'était la tacilurnité, qui est une condition grandement requise dans le maniement des affaires importantes ^ ; on ne l'entendait jamais parler de ce qui s'était passé ou qui avait été résolu dans le conseil, sinon quand il était absolument nécessaire de le déclarer : il tenait sous le sceau du silence non-seulement les secrets qui lui étaient conliés, mais même toutes les autres choses qu'il ne jugeait point nécessaire de dire ; et dans ses entrettens familiers, lors même qu'il revenait de la cour, il ne parlait non plos des affaires qui s'y traitaient que s'il fût retourné de la cellule d*an chartreux.

■ Constat nihil maenisconsiliistnin inimiciim osse, quam celerilntera. Livhu, libAU Omnia non propernnti clara rertnque f>unt; fcstinntio ImproTldaeat et csca. M. lib. SI*

■ ron^ulf re quidem oporlct lantè, dfl berata autem celeriler exequi. In'tlof. tH M^- * Hi qui papientrs hnl>enl*ir non nb éventa, eed ab tnlmt inetUuto at wlnnlali M

pondérant. Itidor,, Ep. 205, lih, 3. Hrror plurimoram est non rarum mérita, aedeviDtum f'>rtunie ppcetare; eaqiie tintum Judicare proylsa^ qua fSeDcntS iwMhimiltliliff' Boet. lib, I de Consolai, pros. 4.

^ Taciturnitas optimum atque tutisiimum rorum adm! Mar, iib, tu Nfc rei masuta tuiWneiV ^^t^inlab eoeol

Or, bien qn'il procédât dans Jes affaires avec cette circonspection et pradence, il y gardait néanmoins une telle modération, qu^encore qu'il parût ferme et constant en ses avis, il n'y était pas pourtant arrêté avec excès, il ne les soutenait point avec chaleur et ne faisait pas comme ceux qui se montrent toujours contraires aux meilleurs conseils des autres, parce qu'ils n'en sont pas les auteurs ' . Il cédait nonseulement à l'extérieur au sentiment des personnes qui lui étaient supérieures, mais il y soumettait son esprit quand il le pouvait faire sans blesser sa conscience ; il ne blâmait jamais leurs sentiments, quels qu'ils fussent, ni ne s'en plaignait point; et, après avoir fait ce qu'il jugeait être de son devoir, il se tenait dans le respect et dans le silence, laissant à la providence de Dieu l'événement des affaires.

Mais le principal fondement sur lequel il appuyait toute sa prudence était Tordre de la volonté divine, laquelle lui était manifestée par sa loi et par son Évangile. Il tenait cette maxime inviolable de ne prendre jamais en quelque affaire que ce fût aucune résolution contraire à la volonté de Dieu, laquelle il considérait, suivant le sentiment d'un ancien Père, comme un assuré gouvernail pour se conduire heureusement dans les conseils qu'il lui fallait donner ou dans les résolutions qu'il lui fallait prendre ^. Outre cela, il se conformait toujours, autant qu'il pouvait et que la nature des affaires lui per mettait, aux maximes de l'Évangile de Jésus-Christ, duquel il reconnaissait la parole comme la fontaine de toute véritable sagesse ^ ; et c'était dans cette divine source qu'il puisait toutes les lumières dont son esprit était éclairé et tous les salutaires avis qu'il donnait aux autres avec tant de bénédiction.

Nous pourrions ajouter à ces remarques divers exemples plus particuliers de cette rare et singulière prudence avec laquelle iU'est conduit dans les affaires les plus difficiles et dans les rencontres les plus périlleuses ; comme aussi de cette modération et circonspection merveilleuse avec laquelle il s'est comporté dans les conseils ; ne dissimulant rien de ce que la fidélité l'obligeait de dire pour le bien du service de Leurs Majestés» et ne disant pourtant aucune chose qui pût en aucune façon blesser le respect et la soumission qu'il leur devait : nous nous en abstenons toutefois, tant pour éviter beaucoup de re dites ennuyeuses au lecteur que parce qu'un chacun pourra en faire

I GoosUll, qaamvU egregil, qaod Ipsi non affenint, semper'iaimici. Taciu lih. i

sut.

* GoodUoram gubeniBealom taUHlmiim lex divlna. Cyprian. apui Lipt. Hb, 8. Po

^Wm^mêmm imIiiiih DsL lecW,, i. ^

aisément rapplication, et reconnaître non-seulement par ce qui a été rapporté en ce dernier chapitre, mais aussi en la plupart des autres précédents de ce second livre et même du premier, que M. Vincent a été doué, et par la nature et par la gr&ce, d'une très-grande prudence qui lui a servi comme d*un flambeau pour l'éclairer et le conduire par des voies droites et assurées, parmi une si grande multitude et variété d'emplois et d*affaires où la Providence divine l'a vonla engager ; s'étant toujours comporté avec une telle droiture, modération et sagesse, que pendant sa vie il a heureusement réussi en tout ce qu'il a entrepris et exécuté pour la gloire de Dieu et pour le service de ceux qui le représentent sur la terre ; et qu'après sa mort, sa mémoire est demeurée en bénédiction parmi les hommes.

Fin DU SEGOflD LIVRE.

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