OBSERVATIONS GÉNÉRALES SUR LES VERTUS DE M. VINCENT
Avant qae de descendre au particulier des vertus de M. Vincent, lOQS avons jugé nécessaire de faire Quelques observations sur quatre
0tt cinq circonstances remarquables qui ont beaucoup contribué à
^ leur perfection.
Premièrement, M. Vincent n*a rien recherché ni affeclé d'extraordinaire ni de singulier dans l'exercice des vertus ; il s'est toujours plus volontiers appliqué la pratique de celles qu'on estime les plus communes, comme de Thumilité, de la patience, de la débonnaireté, de la mortifiiuition, du support du prochain, de l'amour de la pauvreté et autres semblables ; mais il les a pratiquées d'une manière qui n'était pas commune, et il a su mettre parfaitement en œuvre ces pierres précieuses de la Jérusalem céleste, et relever leur éclat par les dispositions excellentes qu'il y apportait; les exerçant toujours par un principe de grâce, et avec des intentions très-nobles; les regardant en Jésus-Christ comme dans l'original de toute perfection, pour se conformer à ses exemples, et les rapportant fidèlement à la gloire de Dieu comme à l'unique fin qu'il se proposait en toutes ses actions.
Secondement, il ne s'est pas restreint à Texercice de quelque vertu particulière ; mais il avait reçu de Dieu une latitude et capacité de cœur, qui lui faisait embrasser toutes les vertus chrétiennes, qu'il a toutes possédées en un degré très-parfait : et ce qui est merveilleux, est qu'on fa vu exceller en même temps dans l'exercice de plusieurs vertus, dont les pratiques étaient fort différentes, et semblaient môme en quelque façon opposées. Il avait une humilité très-profonde, et un grand mépris de soi-môme, et tout ensemble une courageuse magnanimité quand il était question de soutenir les intérêts de Dieu. On remarquait en lui une force d'esprit infatigable pour s'appliquer aux plus grandes affaires, et une condescendance merveilleuse pour s'accoouDoder aux faiblesses des plus simples. Il savait joindre ^v-
cellemmcnt l'office de Marthe et de Marie, et s'adonner en mè» temps ù l'action et à la contemplation, sans qne l'une apportât mpêchement à l'autre : on a souvent admiré la paix et la tranquilli» de son esprit, qui reluisait en la douceur et sérénité de son yîsage, parmi les accablements d'une multitude innombrable d'affaires, el les pressantes importunités de toutes sortes de personnes anxquelte sa charité l'exposait. Enfin les chapitres suivants feront voir l'hcoreax assemblage qu'il a fait en son cœur de toutes sortes de vttrtw qu'il a possédées en un très-haut degré de perfection.
Troisièmement, il ne se contentait pas d'avoir les vues et les aieetions des vertus, mais il s'appliquait continuellement à les mettre» pratique : il était bien dans le sentiment de cet ancien Père qmi dit que « le travail et la patience est le moyen le plus assuré por acquérir les vertus, et pour les affermir dans nos cœurs *. • A quoi il ajoutait « qu'on pouvait facilement perdre les vertus qui avaient été acquises sans travail *, et sans peine ; et que celles-là jetaient dci racines bien plus profondes dans le cœur, qui avaient été battues pir les orages des tentations, et qui avaient été pratiquées nonobstant les difficultés et les répugnances de la nature. >
Quatrièmement, comme il était infatigable en l'exercice des vertm, il était aussi insatiable en l'acquisition des mêmes vertus ; et l'on peut dire avec vérité qu'il était du nombre de ceux qui ont nne fiôm et une soif continuelles de la justice ^. Il ne croyait avoir jamais asHi fait pour une si noble conquête; mais à l'imitation du saint ApAtfSi mettant en oubli tout ce qu'il avait pratiqué de bien par le passé, il employait toutes ses affections pour avancer et pour parvoir m sommet de la perfection où Dieu l'appelait *.
Cinquièmement enfin, quoique ses vertus fussent connues de tooi ceux qui le fréquentaient, nonobstant toutes les industries qa'il tmployait pour les cacher, il n'y avait que lui qui ne les voyait ptiint, son humilité lui mettant continuellement un voile devant les yeox qui lui en dérobait la vue : de sorte que, par des sentiments fort opposés à ceux de ce personnage dont il est parlé dans l'Apocalypnei quoiqu'il fût riche et abondant en vertus et dons célestes, il s'esti-
■ Labor et patientia sunt exercitia et corroboramenta Tirtatnm. LacîamU BuA Ckr^ îib. 3.
* Nullt vlrtos sine labore perOcitur. Cassian., col, 7, cap. S. ^ ' Nimqnamjiiptiis nibitrntiir se comprphrndisse; nunifiiimdlidtfi S9tfssil|:SrtlMi^
per c&urit sititquejustitiam. /Bernard. Epût. 243.
* Kgo me non arbitrer comprehcndisse. Unam ai ccTiB, ad ea verô qoa sunt priera extendens vfnm gupema TocatioDli. Philipp., 8.
mait néanmoins pauvre, indigent, misérable, e^t dénué de toutes sortes de biens spirituels ; et dans cette vue, la qualité plus ordinaire qu'il se donnait parlant de lui-même était de dire : ce misérables Et quoique sa vie fût toute innocente et toute sainte, et que ses jours eussent été vraiment des jours remplis de toutes sortes de saintes œuvres, il ne parlait pourtant jamais de ce qu'il avait fait que d'une manière très-humiliante ; disant ordinairement qu'il avait grand besoin de la miséricorde de Dieu pour toutes les abominations de sa vie. C'était là véritablement posséder un trésor de vertus, mais un trésor d'autant plus assuré qu'il était plus caché à celui même qui le possédait ; lequel avait autant d'affection de cacher non-seulement aux autres, mais encore à lui-même, les vertus et les dons excellents de grâce qu'il avait reçus de Dieu, que les amateurs de la vanité ont de passion pour manifester et liublier le bien qu'ils pensent avoir, et dont le plus souvent ils n'ont qu'une fausse et trompeuse apparence.