‹ Vie de S. Vincent de PaulChapitre 83 sur 115 · CHAPITRE U · texte numérisé non relu

CHAPITRE U

DB LA FOI DE M. VnVGElIT.

Puisque la foi est le fondement des autres vertus ^, et que la fermeté de l'édifice spirituel dépend principalement de cette mystique base, ayant à faire voir en ce troisième livre la structure admirable des plus excellentes vertus en la personne de M. Vincent, nous commencerons par la foi que ce sage avait posée pour fondement de toutes ses pratiques vertueuses, et sur laquelle il s'appuyait en tout ce 4u'il entreprenait et faisait pour le service de Dieu.

Et premièrement, comme les arbres qui sont battus des vents, et ébranlés par les orages, jettent de plus profondes racines, et s'affermissent davantage par ces agitations, de même on peut dire que. Dieu voulant rendre plus ferme et plus parfaite la foi de M. Vincent, a permis qu'elle ait été au commencement exposée à la violence de plusieurs tentations, et que son fidèle serviteur ait ressenti diverses attaques contre cette vertu. Il en est pourtant toujours demeuré victorieux par le secours de sa grâce, et sa foi s'est trouvée plutôt fortifiée qu'affidblie par toutes ces épreuves , desquelles Dieu s'est servi pour

* Maltai virUii latst» et latuUse non ipsias est damnam. Veniet qui conditam et seculi irtiBrumn^ dles pnblieet Senec., ep. 79.

rWBliintUiUlefandaiiieiitoin. Ànil>rot., in Psal. 40,

raffermir et pour la perfectionuer : de sorte qu'après toutes «es bon rasqucs, il est devenu nou-seuleiuenl plus foit| mais plus éclairé di ks vcriLès de la loi (comme lui-môme l'a déclaré eu quelque n (.'outre), les po^sédaut et goùtaut d'une manière aussi parfaite qa*i! se peul en celte vie.

Or iun des plus souverains remèdes qu'il employa pour forlil sa lui contre la violence de ces tenlalions, fut d'écrire et siguer prolc-hsioii de loi, el lu porter sur son cœur ; ayant supplié >olre-S gneur d agréer la résolution qu'il avait prise, que toutes les fois qi poiteruil^bu niuinsur cette piul'ession de foi, particulièrement lo qu il hcruit tenté, cela seruil une marque et un témoiguage qu'il J nouçail u la tentation, el un renouveilL-meut de la protCÀiatiou qc avait laite de per^everer jusqu'au dernier soupir daus la fui de i' glise, el de ci oire l'ermeineui toutes les vérités qu'elle euseigue.

fta loi était non-seulement lorle , mais aussi pure et simple^éti a[)puyee, non sur les connaissances acquises par i étude, ou par l'e penence ; mais uniquement sur la première vérité, qui est Diea, sur i'autoi'itc de son Lglise. C'est pourquoi il reprenait ceux, qui n lent examiner de trop près les ventés de la foi par la subtilité de le raisonnement, ou par la lumière de leur science, et se servait de œl coinparaibon, que « comme plus on porte ses yeux pour regarder boieii, et moins ou le voit, de même plus ou s'eli'orce de raisouuer i les vérités de notre religion, et moins on les connaît par la foi : G'i assez, disail-ii, que rjLgiise nous les propose, nous ue ^aurious flu quer de la croire, elde nous y soumeure. »

C'est par cette raison qu'il était toujours disposé de rendre uaepi faite obéissance a la conUuilo de i'iigiise, et qu'il recevait avec grt respect, et cro)ait avec une sincère bumiliie toutes le6 choses dA dees pur son auiorite ; au sujet de quoi il dit uu jour ces paroles i marquables : « L Lgiise esi le royaume de liieu, lequel iuspin ceux qu'il a préposes pour la gouverner, les bouues couduite» qu' tiennent. Son buinl-i^prit préside dans les couciieSy et c'est dtf que bonipiucedees les àuinieics répandues par toute la terre, qui< eeiuire Ilh bainis, oUnsque Icd mecuauio, développe les doutes, uia liste les \ entes, découvert les erreurs, et moiitre les \oics pari quelles l'église en gênerai, et chaque lideie eu particulier, peul tfi clitr avec assurance. »

On lui a sou\eni oui dire « qu'il lemeiciait Dieu de ce qu'il l'af conserve dans 1 integnic de la loi, au milieu d'uu siècle qui avaitp duit tant u'erreurs et d opinions scaudaleuseS| et de ce que JIimiJ avait la fait la gr&ce de u'avoir jamais adb^Di ^MMfti

— I&9 tti contre celui de rjEglise ; et que, nonobstant toutes les occasions périlleuses qui s'étaient présentées pour le détourner du droit chemin, il s'élait toujours trouvé, par une proleelion spéciale de Dieu, du parti de la vérilé. »

La lui de M. Vincent ne tenait pas ses lumières renfenuic^dans son esprit, mais elle les communiquait au dehors d aulant pius libéralement, qu elle était animée d'uue plus partaile charité. >ioub avons \u avec combien de zeic il s'employait au coiumencemenl a taire des ca.échismes et instruclious, particulièrement daus les lieux qu'il jugeait en avoir plus de besoin, comme daus les vihages, cl parmi les pauvres, qui sont ordinaireincut les moins iuslruils di^s veriies de la fui. 11 alléguait à ce sujet la parole du prophète qui uisait : J'ai crUy et pour cela f ai parlé* ; la foi a délié ma laïujue^ei la reconnaissance que Dieu ma donnée de ses vérilés m*a obltijé de les annoncer aux autres. Il ne se contentait pas encore de le luire pur lui-même, il y excitait et portait tous ceux qu*il estimait capables de cet ollice ue cnarite; et il n'a point cessé qu'il n'ait euiin établi une Gongregaiion toute dédiée a la culture de cette divine plante de la loi daus les terres les plus stériles, où néanmoins, par le secours de la grâce, les ouvriers de cette compagnie ont Iructilié avec grande bénédiction.

Sa même foi n'a pas seulement produit ces biens parmi les pauvres qui vivaient dans rignorauce des choses de leur saint; mais il eu a fait aussi ressentir la vertu et rellicace aux âmes qui étaient travaillées des tentations contre cette même vertu.

Lu \ertueux prèti-e a rendu témoignage qu'étant un jour molesté d*Qne très-giande peine d'esprit toucbaut un article de la loi, il le découvrit à M. Vincent, et que la parole de ce saint homme le délivra entièrement de cette peine ; ce que u'avaicut pu taire tous les avis et toutes les exhortations de plusieurs autres personnes de grand mérite qu'il avait consultées sur ce sujet.

Comme cette vertu de la foi portait M. Vincent à travailler pour établir et affermir les vérités de notre religion, eiie 1 exutait aussi à s'oi>poser constamment et courageusement à tout ce qui lui était contraire. Xous avons vu dans les deux livres précedeuts avec combien de zèle il a travaillé pour empêcher ce progrès de la nouvelle hérésie du livre de Jansénius; a quoi une des piUS fortes armes dont il s'est toujours servi, comme on a su de lui, a été l'oraison; car même avant les décision^ de 1 .Lglise, et dès lors que les questions de la Gr&ce qui ont lait tant de bruit commencèrent à èUe débattues & (ariB et' que ceux qui soutenaient les nouvelles doctrines s'appli- • CkdWL Miplir «Md looatiii sunu f «al ili.

qaaient avec tant d* ardeur à feailleter les livres, pour y troater & quoi colorer leurs erreurs, il avait recours par l'oraison à Dieu qui est le père des lumières, et il dit en même temps h quelque penonni de confiance, « qu'il y avait trois mois qu'il faisait sa méditatioiinr la doctrine de ia Grdce, et que Dieu lui donnait tous les jours de non velles lumières sur ce sujet, qui réioignaient de plus en plus d(f opinions dangereuses qu'on Uichait d'insinuer dans les esprits. •

il veillait surtout, comme il a dcjà été dit, pour empêcher que cette zizanie ne vint û se répandre dans sa Congrégation; et le sapérieur d'une de ses maisons a témoigné qu'au commencement qu'il étudiait on théologie, M. Vincent l'avait sondé sur ce point, et lui avait donné une horreur de toutes ces pernicieuses nouveauté; qu'il leur avait mènie ùté un régent de théologie, ainsi que plusieurs de la Gongrégaliun savent, parce qu'il donnait quelque sujet de le soupçonner de jansénisme; et que, nonobstant toutes les instances que lui firent ceux qui étudiaient avec lui sous ce même régent, pour qui ils avaient all'ection, aiin de le faire rétablir, il n'y voulut jamais consentir ; et qu'enfin étant allés tous ensemble le trouver en sa chambre pour lui réitérer cette même prière, il ne les voulut point éooater, et les renvoya avec une sérieuse réprimande.

Un autre prêtre de sa Congrégation a dit que, lui étant nn jour échappé par mcgarde, dans une conversation, d'avancer quelque proposition qui semblait favoriser les erreurs coudamnées par TÉglûe, M. Vincent i* appela en particulier, pour le faire expliquer sur ce sujet : ce qu'ayant fait avec une entière satisfaction, il lai dit alon ce qu'il a dit à d'autres en plusieurs occasions : « Sachez, Monsieur, que cette nouvelle erreur du jansénisme est une des plus dangereuse; qui aient jamais troublé l'Église; et que je suis obligé très-parlicalièrement de bénir Dieu et de le remercier, de ce qu'il n'a pas permis que les premiers et les plus considérables d'entre ceux qui professeol cette doctrine, que j'ai connus particulièrement, et qui étaient de mes amis, aient pu me persuader leurs sentiments. Je ne ToassauniF exprimer la peine qu'ils }' ont prise et les raisons qu'ils m'ont proposées pour cela; mais je leur opposais entre autres choses l'antoritc du Concile de Trente, qui leur est manifestement contraire ; jet Toyut qu'ils continuaient toujours, au lieu de leur répondre, je récitais tmit bas mon Credo; et voilà comme je suis demeuré ferme en la créanee catholique : outre que de tout temps, et même dès mou bas Age, j'ii toujours eu une secrète crainte dans mon âme, et je n'ai rien tant appréhendé que de me trouver par malheur engagé dans le torrent de quelque hérésie qui m'emportât avec les curieax de nonYeaatAyet

me fit faire naufrage en la foi. • Voilà ce qnll a dit en diverses ren« contres; et une personne fort vertueuse, qui est déoédée avant lui, a déclaré que c*était le premier qui lui avait fait voir et reconnaître ce qu'il y avait à redire en la doctrine des jansénistes, et qui lui avait donné horreur de leur conversation longtemps avaut que leurs erreurs eussent été entièrement découvertes.

EnHuy lorsque la condanmation de la doctrine de Janséaias, contenue dans les cinq propositions, eut été envoyée de Rome, et que feu Mgr l'archevêque de Paris en eut ordonné la publication par tout son diocèse, H. Vincent dit à sa Communauté, « qu'il fallait remercier Dieu de la protection qu'il donnait à l'Église, et particulièrement à la ïrance, pour la purger de ces erreurs qui allaient la jeter dans un grand désordre. A quoi il ajouta^ qu'encore que Dieu lui eût fait la grâce de discerner l'erreur d'avec la vérité avant même la définition du Saint -Siège apostolique, qu'il n'avait pourtant jamais eu aucun sentiment de vaine complaisance, ni de vaine joie, de ce que son jugement s'était trouvé conforme à celui de l'Église, reconnaissant bien que c'était un effet de la pure miséricorde de Dieu en- ▼ers lui, dont il était obligé de lui rendre toute la gloire. »

Outre cette pureté, simplicité et fermeté de foi, en laquelle M. Vincent a excellé, on peut encore dire qu'il en avait une plénitude ; yu que sa foi, non-seulement éclairait son esprit, mais aussi remplissait son cœur, et animait ses actions, ses paroles, ses affections et ses pensées, et le faisait agir en tout et partout selon les vérités et les maximes de l'Évangile de Jésus-Christ : en telle sorte que ce que la plupart des chrétiens font ordinairement, ou par des mouvements naturels, ou par des raisonnements humains, il le faisait par des principes de la foi; laquelle iUUt^ selon la parole d'un prophète, comme une lampe allumée qu'il tenail loujours en main pour se ' conduire^ et pour dresser tousses pas dans les sentiers de la justice \ C'était sans doute un don très-particulier qu'il avait reçu de Dieu, desavoir appliquer les lumières de la foi à toutes sortes d'occasions et dei*encontres, et d'en faire d'excellentes pratiques, dans les affaires même purement temporelles et séculières; ne les entreprenant que par des moti& que la foi lui inspirait, ne s'y conduisant que par ses lumières, et les référant toujours à des fins surnaturelles qu'elle lai proposait.

Et non -seulement il se conduisait par cet esprit de foi en toutes ses affaires et entreprises, mais il Tinspirait autant qu'il pouvait aux autres personnes, et particulièrement à celles qui étaient sous sa con-

* Luoema p^dibas mels Terbum taum, et lumân MmlUs tat\è Psal, i 1S.|

duitc : au suj('t de quoi mademoiselle I.e Gras, fondatrice etpr^Bièft supérieure des Tilles de la Charité, dont nous avons parlé aax premior et second livres, lui ayant un jour témoigné quelque petit empressement dVsprit touchant ce charitable Institut, duquel il était le père, il fit la réponse suivante : • Je vous vois toujours un peu dans les sentiments humains, pensant qu(^ tout est perdu dès lors que vous me voyez malade. 0 femme de peu de foi, que n'avez -vous plus de confiance et d'acquiescement à la conduite et à l'exemple de Jésut- Christ! Ce Sauveur du monde se rapportait à Dieu son Père pour l'état de toute l'Église; et vous, pour une poignée de filles qneia providence a notoirement suscitées et assemblées, vous peiiseï qall vous manquera! Allez, Mademoiselle, humiliez-vous beaucoup devant Dieu, etc. »

Il disait souvent que le peu d'avancement à laTcrtu et le dëfantli progrès dans les affaires de Dieu provenait de ce qu'on ne s*étab&i* sait pas assez sur les lumières de la foi, et qu'on s'appuyait trop sur les raisons humaines. « Non, non (dit-il un jour), il n'y a que les vérités éternelles qui soient capables de nous remplir le cœur, et de nous conduire avec assurance. Croyez-moi, il ne faut que s'appuyer fortement et solidement sur quelqu'une des perfections de Dieu, comme sur sa bonté, sur sa Providence,8ur sa vérité, sur son imiiienttté,ele. Il ne faut, dis-je, que se bien établir sur ces fondements divini pour devenir parfait en peu de temps. Ce n'est pas qu'il ne soit boa aussi de se convaincre par des raisons fortes et prégnantes, qui peuvent toujours servir, mais avec une subordination aux vérités de k foi. L'expérience nous apprend que les prédicateurs qui {nichent conformément aux lumières de la foi opèrent plus dans les émesque ceux qui remplissent leurs discours de raisonnements bomaiiis elds raisons de philosophie, parce que les lumières de la foi sont toiqoiin accompagnées d'une certaine onction toute céleste, qui se r^pêjai secrètement dans les cœurs des auditeurs ; et de là on peut jagers'il n'est pas nécessaire, tant pour notre propre perfection que pour pn^ curer le salut des âmes, de nous accoutumer de suivre toiyoaiS|'€l en toutes choses, les lumières de la foi. »

11 tenait encore cette maxime de ne pas considérer les obotes dm le seul extérieur et selon leur apparence, mais selon ceqa*eUiBfijl^ vaient être eu Dieu et selon Dieu ; alléguant 6 ce sujet les | l'Apôtre ; Quœ videnlurj temporaïia sunl; quœ auitmfn œterna svnt. « Je ne dois pas considérer, dit-il, un pMVW ou une pauvre femme selon leur extérieur , ni selcm »igà la portée de leur esprit; d'autant que bien souTent 4||

presque la figure ni l'esprii d« personnes raisonnables, tant Us sont grossiers et terrestres. Mais tournez la médaille, et vous verrei, par les lumières de la foi, que le Fils de Dieu, qui a voulu ôtre pauvre, nous est représenté par ces pauvres; qu'il n'avait presque pas la ligure d*un homme en sa passion, et qu'il passait pour fou dans Tes* prit des Gentils, et pour pierre de scandale dans celui des Juifs; et avec tout cela il se qualifie Tévangéliste des pauvres, wangelizarê pauperibus misit me. 0 Dieu, qu'il fait beau voir les pauvres, si nous les considérons en Dieu et dans l'estime que Jésus-Christ en a faite I mais si nous les regardons selon les sentiments de la chair et de l'es-* prit mondain, ils paraîtront méprisables. •

£n(iu, pour connaître combien grande et parfaite a été la foi da M. Vincent, il faut jeter les yeux sur toutes ses autres vertus, puis-* qu'elle en est comme la racine, selon le sentiment de saint Am-* broise ' ; et l'on pourra juger quelle a été la vigueur et la perfectioo de cette mystique racine, en considérant la multitude et l'eicellence des fruits qu'elle a produits, dont nous allons parler dans les chapitres suivants.

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