SON AMOUR ENVERS DIEU
Quoique l'amour de Dieu ait son siège dans le cœur et que ses ptai nobles et plus parfaites opérations ne soient connues que de celui qd les pratique, et de Dieu qui en est l'auteur par sa grâce, il ne liiaie pas quelquefois de se produire au dehors par ses effets extériean, comme le feu renfermé dans une fournaise, par les flammes qu'il en fait sortir. Il est bien vrai que, pour connaître quel a été Tarnoorde M. Vincent envers Dieu, il faudrait que son Saint-Esprit nous découvrit ce que ses divines inspirations ont opéré dans son cœur, et la fidèle coopération qu'il lui a rendue; mais puisque cette manifesta* tiou est réservée au dernier jour, auquel Dieu révélera les secffU
des cœars, nous nous contenterons de remarquer ici seulement quelques-unes des élincelles que le feu sacré de cet amour n*a pu retenir, et qui ont paru au dehors.
£t premièrement, si c*est une marque assurée d'un parfait amour de Dieu, selon le témoignage du disciple bien-aimé et bien aimant, de garder la loi de Dieu et se rendre obéissant et fidèle à sa parole % on peut dire avec vérité que M. Vincent a beaucoup aimé Dieu, puisqu'il a été si fidèle et si exact à observer la loi de Dieu, et à suivre ce qui est precrit par sa sainte parole, que ceux qui Pont le plus hanté, et qui ont considéré de plus près tous ses déportements, assurent qu'il u eût pas fallu être homme pour y manquer moins que lui ; et qu'il était tellement attentif sur lui-même, mortifié en ses passions, équitable en ses jugements, circonspect en ses paroles, prudent en sa conduite, exact en ses pratiques de piété, et enfin si parfaitement uni à Dieu, autant qu'on en pouvait juger par l'extérieur, qu'il paraissait assez que c'était l'amour de Dieu qui animait son cœur, et qui régnait sur toutes les puissances de son âme, et même sur les organes et fîicultes de son corps, pour régler tous leurs mouvements et toutes leurs opérations selon les ordres de cette loi éternelle, qui est la première règle de toute justice et sainteté. Et l'on peut dire que toute sa vie était un sacrifice continuel qu*il faisait à Dieu non-seulement des honneurs, commodités, plaisirs, et autres biens du monde, mais de tout ce qu'il avait reçu de sa main libérale, de ses lumières, de ses affections, de sa liberté, et de tout ce qui pouvait tomber en sa disposition ; et que la plus grande et la plus intime joie de son cœur était de penser à la gloire incompréhensible que Dieu possède en lui-même, à Tamour ineffable qu*il se porte, et aux infinies perfections qui sont renfermées dans Tunité et simplicité de sa divine essence.
Que ses plus ardents et continuels désirs étaient que Dieu fût de plus eu plus connu, adoré, servi, obéi, aimé et glorifié en tous lieux, par toutes sortes de créatures; et que tout ce qu'il faisait et disait ne tendait à autre fin qu'à graver, autant qu'il était en lui, ce divin amour dans tous les cœurs, et particulièrement dans ceux de ses enfants, qui ont admiré et éprouvé la grâce de cette parfaite charité qui était en lui, et qui faisait ressentir ses ardeurs à ceux qui s'approchaient de sa personne : c'est ce qui les portait toujours à écouter avec grande estime et dévotion toutes ses paroles, et même quelquefois à les recueillir jusques aux moindres : et néanmoins ils ont reconnu et confessé que les paroles de ce grand serviteur de Dieu avaient toute autre
■ Hsec (Si charitas Del, at mandata ejus cuatodiamuf. i. Joan, S. Qui serval v^rbum failli, ferè in hoc tharilai Dei perftcta m\, 1. Joan, 2.
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tùtëé eri ta boocbe que sur le papier, et qae le m^me esprit qnî aulmmi son ccear domiaît une Terlu et une énergie toate partîealière à ses paroles; eo sorte qu'on pouvait dire qne c*élaient des parold de grâce j qui pénétraient jusqtf'itn ecear de ceux qui l'écoiitaîeut. A ce propos^ noe personne de grande Tertn, qui est maintenaut derai Dieu, B*etant tin jour trouvée à un eatretieo qu*il fit aux Dames de Compagnie de la Charité de Paris, fie sentit tellement touchée de qu'elle avait entenda, que se tournant vers quelques autres des plui qualifiées de cette assetnblée : * Hé bien, Mesdameiî, leur dit-cUe, oe pouvons-nous pas, à rimitatioil des disciples qui allaient en Emmatis, dire qne nos cœurn ressentaient les ardeur* de Tamour de Dieu pen* dant que M. Vincent nous parlait? Pour moi, ajoula-t-elle, quoique je sois fort peu seusible en toutes les cboses qui regardent Dieu, je vous avoue néanmoins que j'ai le cœur tout embaumé de ce que ce saint homme nous vient de dire. Il ne faut pas s'en étonner, répoodMd une de cesdame?^ il est t ange du Seigneur, qui porte sur ses lèvres I^P^ citarbons ardents de Tamour divin qtii brûle dans son cœur. Cela est trôs-vérilable, ajouta une autre de la compagnie, et il ne tiendra qu'à Lions de participer aux ardeurs de ce même amour. *
Une autre fois, plusieurs prélats s'étant troutés à la conférence d ecclésiastiques qui s*assembleut à Saint-Lassare, et M, Vineeut li ayant déféré par honneur la conclusion de la conférence, comme avait coutume de faire quand quelque prélat y était présent, tous tiuittimement le prièrent de la faire lui-même ; et comme II s'en exeusarl, le plus ancien d'entre eux lui dit : « Monsieur YiUcenl,!! ne faut p^^ que vous priviez la compagnie^ par votre humilité, des bous seuHl^^ ments que Dien vous a communiqués sur ce sujet qu'on traite. M y a je ne sais quelle onction du Saint Esprit en vos paroles, qui toucl un cbacnu : et pour cela tous ces Messieurs vous prient de leur fai [part de vos pensées, car un mot de votre bouebe fera plus d'effet que [tout ce que nous pourriotts dire* »
Or, ce grand amour que M, Vincent avait [lour Dieu s* est fait particulièrement connaître par là droiture et pureté de ses intention! qtiî tcndciietit uniquement et iucessammeutà là plus grande gloire sa divine Majesté* H faisait chaque chose, et même celles qui sei blalenl les plus petites^ dans la vue de Dieu pour lui plaire, et pour accomplir ce qu*il reconnaissait !ui être le plus agréable» Aussi disai il souvent, • que Dieu ne regardait pas tant rcxtérirur deuos acli iqtje le degré d*amour et de pureté dlnteutiou dans lequel nous faisons; que les petites actions faites pour plaire à Dieu ne sout {m ' ai sujettes à ta vaiue gloire que les autivs iciions plus écUtautea, qid
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bien souyent s'en Tont en famée ; et enfin que, tà nous voulons plaire à Dieu dans toutes nos actions, il faut nous habituera lui plaire dans les petites. »
Un jour quelqu'un dos siens s*étant accusé devant les autres d'avoir fait quelque action par respect humain, H. Vincent, tout animé de Tamour de Dieu, dit, « qu'il vaudrait mieux être jeté pieds et mains liés parmi des charbons ardents, que de faire une action pour plaire aux hommes. » Ensuite s'étant mis à faire d'un côté le dénombrement de quelques-unes des perfection^ divines, et de l'autre des défauts, imperfections et misères des créatures, pour faire mieux voir l'injustice et la folie de ceux qui négligent de faire leurs actions pour Dieu, et qui perdent leur temps et leur peine pour n'avoir en ce qu'ils font que des vues basses et humaines» U ajouta ces paroles dignes de remarque : • Honorons toujours les perfections de Dieu ; prenons pour but de tout ce que nous avons à faire celles qui sont les plus opposées à nos imperfections, comme sa douceur et sa clémence, directement opposées à notre colère; sa science, si contraire à notre aveuglement; sa grandeur et sa majesté infinie, si fort élevées audessus de notre bassesse et vileté ; son infinie bonté, toujours opposée à notre malice : étudions-nous de faire nos actions pour honorer et glorifier cette perfection de Dieu, qui est directement contraire à nos défauts. » Il ajoutait que c'était cette direction et application qui était comme l'Âme de nos œuvres, et qui en rehaussait grandement le prix et la valeur; se servant à ce sujet d'une comparaison familière des habits dont se revêtent les princes et les grands seigneurs aux jours de leurs triomphes et magnificences : <c Car, disait-il, les habits ne sont pas ordinairement tant estimés pour l'étoffe dont ils sont faits, que pour les passements d'or et enrichissements de broderies, perles et pierres précieuses, dont ils sont ornés : de même, il ne faut pas se contenter de faire de bonnes œuvres, mais il les faut enrichir et relever par le mérite d'une très-noble et très-sainte intention, les faisant uniquement pour plaire à Dieu et pour le glorifier. »
C'est dans cette même droiture d'intention qu'il avait souvent en bouche et encore plus dans le cœur ces paroles de Notre-Seigneur Jésus-Christ rapportées dans l'Évangile : Cherchez premièrement le royaume de Dieu. « Notre-Seigneur, disait-il sur ce sujet, nous recommande ces paroles, de faire régner Dieu en nous, et puis de coopérer avec lui à étendre et amplifier son royaume dans la conquête des âmes. N'est-ce pas là un grand honneur pour nous que d'être appelés à l'exécution d'un si grand et si importait dessein? î('#st-oe pas agir comme les anges, qui- tipavftit lent imMSaouMui «I unique-
ment potir ragrandissement d« ce royaume de Dieu? Y a-t-il eoûditionqui soit plus désirible que la nôtre, qui ne devons nm ni agir que pour établir, accroître et agrandir le rojauine de Diert À quoi tiendra-t-il, mes Frères, que nous ne répondions dignemaot à une voeation si sainte et si sanctifiante ? ■