‹ Vie de S. Vincent de PaulChapitre 93 sur 115 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

SA D£VOTION £If VERS LA TRIilS-SAinTE VIERGE, MERE DE DISU, BT LES AUTRES SAIHTS.

Nous devons honorer, dit le grand saint Bernard^ de tealaii» plus intimes affections de notre cœur la très-sainte Vierge lUriN parce que tel est le bon plaisk de celui qui a voulu qne, par rapMr mise de cette incomparable Vierge, nous eussions toates ao4eiil faveurs et de grâces ^ Ce n'est donc pas une inventian dje F,eifritkilr main, ni une production des sentiments de quelque éinMm pMlh culière, mais un ordre établi par la volonté de Dieu, que mjwiwi dionsun honneur très-spécial à celle qu'il a voulu lui-jnèaialMNiIlt jusqu'à ce point, que de la choisir pour être la mère de sen fnfi iils, et pour recevoir ensuite de ce divin fils les deYoin d'i et parfaite sujétion et obéissance.

' ToUfl meUullis corUlum, tolls prœcordiorum affecUbus, MuUbb Tenanemr: ^^ 9ki voluntas cjus qui totnm noi habere Yoluitper HuImdu Bim»

l\)ute rÉglisea toujours reconnu celle vérilé, cla douné en tous es siècles des témoignages de son respect et de sa dévotion envers la Lrcs sainte Mère de Dieu, par la célébration de ses fêtes, par la vénération de ses images, par les prières solennelles qu'elle lui a toujours olTcrleSy et qu'elle continue de lui offrir tous les jours, par les liymucs et cantiques qu'elle cliaute à sa louange, et par tous hé nutres moyens que le Saint-Esprit lui a suggérés. Pour cet effet, tous les plus grands saints sont entrés dans ces mêmes senlimcnts d'une vénération et dévotion toute particulière envers cette Reine des auges Ci des hommes; et par conséquent, il y a grande raison de croire que M. Vincent, qui avait une telle affection de se conformer à toutes les volontés de Dieu, et de suivre iidèlemeut la conduite de son Église ci les exemples des saints, se sera dignement acquitté de tous les devoirs de dévotion et de piété envers celte très-sainte Mère de Dieu. Aussi en a-t-il donné des preuves, et laissé des marques très-cousi- ^rables.

Car en premier lieu, parmi les règlements qu'il a donnés à sa Congrégation, il a mis celui-ci comme l'un des principaux, et dont il ■ ecommandait fort particulièrement Tobservance aux siens: • ^ous tûclit rons, leur dit-il, tous et un chacun, de nous acquitter parfaitement, Dieu aidant, du culte particulier que nous devons à la Irèslieureuse Vierge 31arie, mère de Dieu : T en rendant tous les jours, et avec une dévotion particulière, quelques services à cette très-digne Hlèro de Dieu, notre très-pieuse dame et maîtresse; 2^ en imitant autant que nous le pourrons ses vertus, et particulièrement son humilîtéct sa pureté; 3'' en exhortant ardemment les autres, toutes les iois que nous en aurons la commodité et le pouvoir, à ce qu*ils lui leudent toujours un grand honneur et le service qu'elle mérite. » Il a toujours recommandé et conseillé à un cliacun d avoir une spéciale dévotion a cette Heine du ciel; mais il Ta autant persuadé par son exemple que par ses paroles ; car il jeûnait exactement les veilles <|e ses fêles, et se préparait à Us cék-brer par plusieurs autres mort ifications et bonnes uiuvres; et par son exemple il a introduit cette «lainte pratique parmi les siens. Il ne manquait pas d*oiIicier solennellement les jours de ses fêles; et il le faisait avec de tels sentiments lie dévotion, que Ton pouvait aisément connaître quel était son cœur H l*égard do celte très-sainte Vierge ; il a^ait aussi une dévotion particulière de célébrer la sainte Me^se dans ses chapelles, et aux autels 4|ui étaient dédiés en son honneur.

Comme il faisait l'ouverture des conférences et des assemblées où l se trouvait par l'invocation du Saint-Esprit, il les terminait aussi

lextéricoffl

toujoars par quelque ûnti€QDG et oraison en l'honiieur dâ celte ttte gaîale MtTe de Dieu.

Il portait toujours un chapelet à sa ceinture, tant pour le goovent, comme il faisait, que pour faire par cette marqae une profession ouverte de sa vénc^ratiou et dcTOtion envers cette Rom du ciel, et se déclarer publiquement pour Tuu de ses très-ftdy«|j trèfl-dévots serviteurs.

Eu quelque lieu qu'il fîe trouvât, soit en sa maison, oo en<fâi de la ville, quoique ce fût eu la compagnie des personnes considÉtbleâ, aussilâi quHl entendait sonner la Salutation Angélique, il it ïiieltûit h genoux (hors le temps pascal et les dimanches, qu ou II dit debout) pour lui offrir cette prière avec le respect convenable; d mn exemple obligeait les autres à faire le même.

il allait très-sou veut visiter par dévotion les églises dédiées à Dis sous rinvocation de cette bienheureuse Vierge; et pendant l€spa^ res et les troubles de ce ro} aume, il portait les ecclésiastiquâ dvk ConfércDce de Saint- Lazare à faire divers pèlerinages en cesméM églises, pour demandera Dieu, par renlremise de cette Mëredei^ fiéricorde, la paix et tranquillité publique, et la réduction des wjeO du roi à l'obéissance de 8a Majesté, 11 conviait aussi les dames de li Compagnie de la Charilé à faire de semblables pèlerinages en diffls lieux dtidiës eu rhontieur de la même sainte Vierge, pour implonr par son moyen le secours de la divine bonté dans les calamités pH' bliques; et lui<méme allait en ces lieuxlà pour y offrir le tr^saiil sacrifice de la Messe et les communier de sa main* Il alla m«^e fois exprès en pèlerinage en l église de Chartres, afin d'obteuir riutercessiou de cette puissante Avocate les lumières nécessaires eeclÉsiastique nommé à nu évèché, pour eonualtre ta vocatif Dieu sur lui à ce sublime état, où il esUmait qu'il pourrait rendi très- grands services à T Église, quoique ce vertueux ecclësiastii eût grande peine à s'; résoudre, par des sentiments d'une très-] humilité*

La dévotion de ce saint homme envers la Mère de Dieu a pât aussi grandement par les prédications qu'il a faites en son boi dans les missions où il a travaillé, et par ta pratique qu'il aiitt duite parmi les siens de faire le même, et d'instruire soigneu! le peuple des obligations particulières que les chrétiens ont d'In rer, servir et invoquer cette très-sainte Mère de Dieu, et de reco( à elle en leurs besoins et nécessités, linfin, le grand nombre d^ «mfréries qu il a établies et fait établir de tous côtés pour homm Notre-Seigneur par Texercice de la charité envera les panv

— 24! — qu*il amises sous la protection spéciale de sa très-sainte Mère, aussi bien que toutes les autres compagnies et assemblées de piété dont il a été Fauteur, sont des marques bien expresses, non-seulement de sa dévotion envers la très-sainte Vierge, mais aussi de l'affection et da zèle qu'il avait delà répandre dans tous les cœurs.

Ayant donc été animé de cet esprit, et 8*étant toujours étudié de rendre tout Thonneur et tout le service qui lui a été possible à cette Reine des auges et des hommes, faut-il s'étonner si tous ses travaux et toutes ses saintes entreprises ont été favorisés de si bons suecès, et accompagnés de tant de bénédictions, puisqu'il s'était mis d'une façon si particulière sous la puissante protection de la Mère de Dieu?

Comme M. Vincent savaitfort bien, et l'enseignait souvent dans les missions, que Thonneur qu'on rend non-seulement à la très-sainte Mère de Dieu, mais aussi à tous les saints, retourne à ce divin Maître, dont ils sont les véritables serviteurs, il leur rendait en cette vue un grand honneur, et particulièrement aux Apôtres, comme à ceux qui avaient eu le bonheur d'approcher de plus près la personne du Fils de Dieu, et de puiser dans les fontaines du Sauveur cette eau qui rejaillit jusqu'à la vie éternelle ; il les considérait et honorait comme les premiers et grands missionnaires qui avaient porté la lumière de TEvangile par toute la terre, et travaillé avec de très-amples bénédictions à l'instruction et à la conversion des peuples. Entre les A^iAtres il aimait et respectait particulièrement saint Pierre, comme celui qui avait aimé Jésus-Cbrist plus que tous les antres, et qui avait été par lui établi son premier vicaire sur la terre, et le chef et souverain pasteur de son Église. Il avait qussi une vénération et une dévotion très-spédale^pour saint Paul, comme pour celui qui était le|maître et le docteor des Gentils, et qui avait plus travaillé que tons les autres ; et comme il en portait le nom, il s'étudiait aunsi d'en imiter les vertus.

U a toujours fait paraître une dévotion singulière envers son saint ange gardien, et il n'entrait jamais dans sa chambre et n'en sortait point qu'il ne le saluât et ne lui rendit quelque honneur ; il a introduit cette pieuse coutume parmi les siens, de faire le même à l'égard de leurs saints anges tutélaires lorsqu'ils entrent et sortent de leurs chambres.

Il était aussi fort dévot au glorieux martyr saint Vincent son patron ; et ayant un jour appris qu'une personne de mérite et de piété avait des habitudes et connaissances en Espagne, il la pria d'employer son crédit pour avoir des mémoires de la tradition de ce royaumelà, touchant la vie et le martvrc de ce bienheureux saint, plus am-

pies qae ne sont ceu qpi se troatent dans râbrëgé de son bfatain. II avait encore une Ténération spéciale pour saint Yinoent Feniir, et on a remarqué qn'en plusieurs de ses retraites spirituelles ilfttal sa lecture dans le livre que ce saint a composé, et par cette kdn il avait si bien imprimé dans son esprit ses actions les plus THffqnables et ses plus saintes maximes, qu'il les rapportait souvent di|p ses discours, et était encore plus soigneux de les mettre en pnCqri^ imitant particulièrement le zèle que ce grand saint avait en pour pé* curer la conversion des pécheurs et le salut des finies.

Il honorait avec de grands sentiments de piété les reliques des sibÉ; et parlant un jour à sa communauté sur le sujet d*ane procession tfÉ Messieurs du chapitre de Notre-Dame de Paris ont accoatamé deflBR à Saint-Lazare, en laquelle ils portent ordinairement les piindpdl reliques qu'ils ont en leur église : « Noas nous mettrons, leur ébi, en disposition de recevoir ces précieuses reliques, conmle si c*étalÉt les saints mêmes dont elles sont les reliques qui nous fissent VhonBÉt de nous venir visiter ; et ainsi nous honorerons Dieu en Éèi sainbL'él nous le supplierons qu'il nous rende participants des gtftéês qui i si abondamment versées dans leurs ftmes. »

Or, l'intention principale de M. Y incent dans la dévoHoii ^ifD M pour les anges et pour les saints, était d'honorer en eux les donià Dieu et son Saint-Esprit, dont ils étaient les temples ; éà sorti |É l'honneur qu'il leur rendait et les prières qu'il leur offrait atàienfutf pour principal objet et pour dernière fin ; et tous les devours de pÉ y dont il s'acquittait envers eux n'étaient que des moyens ^nr niÉI ù sa divine Majesté une gloire plus étendue, et pont rinvoqfdttr |lii efficacement par leurs interccHsions : suivant en cela les Intenti^É l'Eglise, auxquelles ce grand serviteur de Dieu s*étndiaît bHqoanfV conformer les siennes, se tenant fidèlement et constamment Ainsfsii les sentiments de cette mère commune de tous les enfaints 6b lUëEu'f se soumettant en toutes choses à sa conduite qnil recônAaÏÉBÉÏttMlll sainte, comme lai étant inspirée par celui qni est rAoleiùr deUS sainteté.

Que si la ferveur delà dévotionleporUdtàexhortcr les anÏNBd'É^ trer dans les mêmes sentiments dont il était animé , elle fidsait ail qu'il déplorait grandement la froideur et l'indévotibn de la plnpirt des chrétiens de ce temps ; et on l'a vu souvent les liirïnes anx JM parler de la ferveur et de l'exactitude des Turcs pour les exeraioei ê leur.fausse religion, leurs assujettissements, leur silenceyleariuisi" tie et retenue dans leurs mosquées ; et sur cela il disait qa^il j aW grand sujet de craindre que ces pauvres infidèlfiB ne IMÉàt »JlV

igeSy et quMls ne condamnassent devant Dieu notre tiëdenr et indévotion.

IIS ne devons pas ici omettre la dévotion particalière qu'il avait )curer le soulagement et la délivrance des âmes fidèles qui soufdans le purgatoire; il exhortait souvent les siens à ce devoir de et disait qu'il fallait considérer ces chers défunts comme les )res vivants de Jésus-Christ, animés par sa grâce, et assurés de âper un jour à sa gloire; et que pour cotte considération nous > ol)Iigés de les aimer, servir et assister de tout notre pouvoir, cet ciTcL il priait et offrait souvent lo très-saint Sacrifice de la \ à leur intention. 11 faisait aussi prier et offrir le même Saciiour eux par les autres prêtres de sa maison ; et le sacristain de -Lazare a déclaré qu'il lui ordonnait fort souvent de faire dire Cesses pour les âmes du purgatoire qui y sont détenues depuis emps, et qui n*out personne qui piîe particulièrement pour 11 établit encore pour ce môme sujet, dans toutes les maisons Congrégation, cette sainte pratique de dire trois fois le jour en lunle De profundis, c'est à savoir après les deux examens parers qui se fout devant les repas et au\ prières du soir. lissons ce chapitre par le témoignage que deux ecclésiastiques vertueux ont rendu touchant la dévotion et piété qu'ils ont renée en ia personne de M. Vincent. Yoici ce que l'un d'eux en a é par écrit :

Quoique xM. Vincent fût surchargé d'affaires, et qu'il eût à trairesque continuellement avec des personnes si différentes, ce qui 'te d'ordinaire un grand empêchement à la dévotion, l'on peut léanmoiiis, puisque la dévotion n'est autre chose que la charité luée avec affection st promptitude, qu'il ff vait toujours le cœur 11 de dJvotion, puisqu'on le voyait accepter toutes les occasions ) présentaient, quelque difficulté qu'il y eût, pour procurer l'aiment de la gloire de Dieu et le bien du prochain, et se porter tant de charité à secourir ceux qu'il voyait les plus abandonnés ns les plus grands besoins. L'on peut même assurer qu'il tellement l'esprit de dévotion, qu'on ne pouvait converser lui sans en être touché, ni l'entendre parler de Dieu, comme sait, avec des termes toujours respeclùeui et affectifs, qu'on 3ssentU en soi quelque étincelle de cette ardeur sacrée que aroles de Jésus- Christ ressuscité ont produite dans le cœur s deux disciples^qui allaient en Emmaûs; ce qui faisait bien lue c'était le même Jésus-Christ qui animait ses paroles aussi [ne ses autres actions. »

L'autre u'en dit pas moins, ayant donné par écrit le tëmc suivant : a Pour ce qui est de la dévotion de M. Vincent| il \ iait que le voir aux fonctions, soit du chœur ou de l'autel^ c les autres exercices de piôté,[et même dans ses actions ordinaii Ku posture, sa modestie, son recueillement étaient comme do crayons qui représentaient sa dévotion; et ce qui est plu vcilieux, est que le ton, Tacx^nt et même la seule inflexîo voix touchait les cœurs, et inspirait aux autres la dévotiou était rempli. Plusieurs de Messieurs les ecclésiastiques de la ivnce de Saint-Lazare ont avoué qu'ils venaient principale vviie Confûieuce pour Tentendre parler, et qu'ils s'en retoo: contristés lorsque, par modestie, comme il arrivait quelque n'avait rien dit. •

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