SON ZÈLE POUR LA GLOIRE DE DIEU ET POUR LE SALUT DB
Quoique M. Vincent se soit étudié d'imiter parfaitement Claist en la pratique de toutes sortes de vertus, c'est en ce!Ie-c }auius qu'il a excellé d*uiie manière particulière, ayant ezpr lui-même une vive imagedu zèle de ce divin Sauveur. Il pouvi (iliT aussi à son exemple que le zèle de la maison de Dieu lediv ri que sa vie se consumait dans les flammes dr cet ardent d procurer la gloire de Dieu, puisqu'il Texcitait < oatinueliemen tn prendre, à soutenir et à souffrir tout, soit pour empêcher qu lie fût offensé, soit pour réparer les offenses commises contre sa ilajcsté, ou enlin pour procurer Tavancement de son honneu ï^oii service. Car comme ilous enseigne fort bien saint Aagos pondant à la question qu'il s'était proposée à lui-même : c { cAai qui est dévoré par le zèle de la maisou de Dieu? C'est, saint docteur, celui qui désire ardemment d'empêcher que I soit offensé ; et lequel, quand il voit quelque offense commise sa Majesté divine, ne se donne aucun repos, mais s'emploie i !^on pouvoir pour faire en sorte que cette offense soit repaie s'il ne le peut, il gcmitdans son cœur, et ressent une grande p voir Dieu déshonoré ^ »
* Zelus domûs tus comedit me. Px. os.
,' Quis est qui comeditnr lelo ârmûs Dej ? Qui omnla qu» videt pervena lalag dure, cupit corrigera, dod quiescit; et si cmendare non poteat, tolérât al i in cap. 3 Jonn.
Voilà quel a été M. Vincent, comme on le peut assez connaître de tout ce qui a été rapporté dans les denx premiers livres de^a Vie et de ses œuvres; car l'on peut dire avec vérité qu'il n'a pas vécu pour Ini-méme, mais uniquement pour Jâtns-Christ, l'honAeur et lagloire duquel lui étaient incomparablement plus chers que sa propre vie : et pour ce qui est de ses œuvres, elles peuvent bien servir de preuve de Bon zèle, puisque tout ce qu'il a fait et entrepris n'a été que pour détruire le péché et pour procurer que Dieu fût connu, servi, aimé et glorifié en tous lieux, par toutes sortes de personnes : c'est pour cela qu'il a tant travaillé dans les missions, établi tant de conférences et de séminaires, assemblé tant de compagnies, en un mot qu'il a fait et souffert tant de choses pendant sa vie, laquelle il a enfin consumée dans les flammes de son zèle.
Et pour en dire quelque chose de plus par ticulier, le zèle de ce grand serviteur de Dieu lui faisait surtout ressentir vivement les offenses qui se commettaient contre sa divine Majesté : il ne se peut dire combien il en était sensiblement touché, quels efforts il faisait pour empêcher ces offenses, et quelles pénitences il s'imposait pour les réparer après qu'elles étaient faites. Mais il s'affligeait outre mesure lorsqu'il apprenait que quelque misérable pécheur était mort dans son péché, et qu'une âme s'était perdue, viiyant que cette perle était irréparable; et lorsqu'il en parlait, et qu'il représeutait combien valait une seule àme et ce qu'elle avait coûte à Jésus-Christ, ses paroles liraient les larmes des yeux de ceux qui l'entendaient.
Or, pour empêcher cette perte des âmes qu'il voyait être si chères à ce divin Sauveur, il n'y avait rien qu'il ne voulût foire et souffrir ; et il exhortait les siens de concevoir et nourrir dans leurs cceurs ce même zèle dont il était animé. Voici en quels termes il leur parla un |our sur le sujet de ce que souffraient les missionnairos qui étaient à Gênes, au temps que la peste affligeait cette ville : « Ils souffrent, ditil, comme il faut, par la grâce de Dieu, et en cela ils sont bienheureux de souffrir; premièrement pour rendre service à Dieu, et puis pour procurer le salut des âmes. Or nous devons, Messieurs, avoir en nous une semblable disposition, et un même d(^ir de souffrir pour Dieu et pour le prochain, etde nous consumer pour cela. Oui,Messieurs et mes Frères, il faut que nous soyons sans réserve à Dieu et au service du prochain : nous devons nous dépouiller pour le revêtir, donner nos vies pour procurer son salut, nous tenir toujours prêts de tout faire et de tout souffrir pour la charité, être disposés d'aller où il plaira à Dieu pour ce sujet, soit aux Indes ou eu d'autres lieux encore plus éloignés, et enfin d'exposer volontiers nos vies pour
procurer le bien spirituel de ce cher prochain et pour amplifier Tempiro de Jésus-Christ dans les i\mes. £t moi-même, quoique yienx et caduc comme j(i suis, je ne dois pas laisser de me tenir dans cette disposition, et même de m'en aller aux Indes pour y gagner des èmei à Dieu, encore que je dusse mourir par le chemin; car ne pense? pas que Dieu demande de nous les forces et la bonne disposition du corps; non, il ne demande que notre bonne volonté, et une véritable d sincère disposition d'embrasser toutes les occasions dv- le servir, même au péril de notre vie, entretenant dans nos cœurs un désir de la sacrifier pour Dieu, et, s'il le voulait ainsi, de souffrir le martvre; et ce dés st quelquefois autant agréa])le à sa divine Majesté, que si on le i: . offrait en effet ; et même V Église a un tel sentiment de celte disposition, qu'elle honore comme martyrs plusieurs Sainte qui ont été seulement exilés pour la foi, et qui sont morts dans cet eiil de leur mort naturelle. 0 que nos confrères qui travaillent dans les pan étrangers sont savants en cel te science de souffrir ! les uns étant eiposés aux dangers de la peste, en servant même les pestiférés ; les autres parmi les périls de la guerre ; les autres dans les incommodités de li faim; et tous dans les mésaises, les travaux et les souffraiiccs : maïs nonobstant cela ils demenn^nt fermes et inébranlables dans le biei qu'ils ont entrepris. Beconnaissons, Messieurs, la grâce que Dieufût à cette pauvre et chétive Congrégation, de se voir composée de telki personnes, et de tels membn^s si fidèles et si constants à souffrirpoor le service et pour l'amour do sa divine Majesté. »
Ces paroles de M. Vincent font assez connaître le débir qui brûlait dans son cœur de sacrilier sa vie par le martyre, ou deTaller consumer dans les travaux des missions : ce qu'il aurait exécuté, si les douleurs extrêmes de ses jambes et les autres incommodités dont il était continuellement travaillé le lui eussent pu permettie; et, en effet, six ou sept ans avant s i mort, étant déjà âgé d'environ quatrevingts ans, il alla encore en mission pendant le temps d'un Jubilé,et il y travailla avec un très-grand fruit et une merveilleuse édification de tous ceux qui voyaient ce saint vieillard dans un âge si avancé, et parmi tant d'incommodités, s'employer avec tant de zèle à catéchiser, prêcher, confesser, et vaquer à d'autres semblables exercices ; mais quoique son âge et ses indispositions presque continuelles, a^ec tou« tes les autres affaires importantes dont il était chargé, ne lui permissent pas de continuer ce saint exercice, il ne laissait pas pourtant d'en retenir toujours l'affection dans son cœur; et un jour, éciivuDt i l'un des siens, et lui déclarant ses sentiments sur ce sujet : <t 0 qoa bienheureux, lui dit-il, sont ceux qui se donneut à Dieu de lu bonne
K>rtc, pour faire ce que Jésus-Christ a fait et pour pratiquer à son exemple les vertus qu'il a pratiquées, la pauvreté, rbnmilité, la paiencc, le zèle de la gloire de Dieu et du salut des âmes! Car ainsi ils leviennent les vrais disciples d'un tel maître : ils vivent purement le sou esprit, et répandent avec l'odeur de sa vie le mérite de ses acdons pour la sanctification des èmes, pour lesquelles il a voulu mourir. ^^
C'était dans ce même esprit et par ce même zèle qu'il exhortait et BDCourageait les siens dans les travaux où ils étaient engagés pour le service de Kotre-Seigneur. Voici en quels termes il écrivit à Ton de ses prêtres qu'il avait envoyé eu des lieux fort éloignés, où il jr avait beaucoup à travailler et à souffrir pour le service de Notre- Seigneur : • 0 Monsieur, que j'ai de consolation de penser à vous qui êtes tout à Dieu, et à votre vocation qui est vraiment apostolique! 4imcz donc cet heureux partage qui vous est échu, et qui doit attirer sur vous une infinité de grâces, pourvu que vous soyez bien Qdèle à l'usage des premières. Vous aurez sans doute beaucoup à combattre, car l'esprit malin et la nature corrompue se ligueront ensemble pour s'opposer au bien que vous voulez faire ; ils vous en feront paraître les difiicultés plus grandes qu'eilcA ne sont, et feront leurs efforts pour vous persuader que la grâce vous manquera dans le besoin, afin de vous attrister et de vous abattre ; ils susciteront des hommes qui vous contrediront et persécuteront, et peut-être que ce seront ceux-là mêmes quo vous tenez pour vos meilleurs amis, et qui levraient vous soutenir et vous consoler. Si cela vous arrive. Monsieur, vous devez prendre courage et le considérer comme un bon signe ; car vous aurez par ce moyen plus de rapport à Notre-Sei- 3;neur, lequel étant accablé de douleurs, s'est vu délaissé, renié et trahi par les siens, comme abandonné par son propre Père. 0 que bienheureux sont ceux qui portent amoureusement leur croix en suivant un tel maitre ! Souvenez- vous. Monsieur, et le croyez fermement, que quelque chose qui vous arrive, vous ne serez jamais tenté lu-delà de vos forces, et que Dieu même sera votre appui et votre rertu, d'autant plus parfaitement que vous n'aurez ni refuge ni con- Ganox; qu'en lui seul. »
Ft écrivant à un autre des siens qu'il avait engage à une mission Tort laborieuse et difficile : « Béni soit, lui dit-il, le Père de Motre- Beigueur Jésus-Clirist, qui vous a si suavement et si fortement inspiré la mission que vous avez entreprise pour la propagation de la foi; et béni soit le même Seigneur qui non-seulement est venu au mond^ pour racheter les âmes que vous allez instruire, mais encore pour
vous méritftr les grâces qui TOtii sont nécessaires afin de pro leur salut et le v6tre. Puis doue que ces gràces-là vous sont bulc» 1 préparées, el que le bon Dieu qui les donne ne désire Heo tint qm d'eu faire largesse à ceux qui s'en veulent bien eeniîr, à quoi liéedra-t-il que yous n'en soyez rempli^ et que par leur vertu vous m détruisiez en tous les restes du vieil homme, et dans ee peuple b ténèbres de rignorance et du péché? Je veux espérer que de w\rv côtévouH n'; épargnerez oi les travaui, ni la santé, ni la vie;cVfî pour cela que vous vous êtes donné k lui, et exposé au péril d*UQ k% Toyage; et partaut il ne reste plus sinon que vous preniez une fa résolution de met Ire tout de bon la main à rœavre. Or, pour commencer et pourbieu réussir, souveuez-vous d*agir dans Yî de Notre-Seigneur^ d'unir vos actions aux siennes, et de leur domtfr une £n toute noble et toute divine, les dédiant à sa plus grande gloire; moyennant quoi Dieu versera toute sorte de béuédidlioiiiiaT vous et sur vos œuvres ; mais il arrivera peut-être que vous oe to verrez pas, au moins dans toute leur étendue, car Dieu cac quefoisàses serviteurs les fruits de leurs travaux, pour detj très-justes [ mais il ne laisse pas d'eu faire réussir de très-grands, laboureur est longtemps avant de voir ceux de son labour, et< quefois il ne voit point du tout la moisson abondante que sa ! a produite : cela même est arrivé â saint François Xavier, lequel I pas vu (le son temps les fruils admirables que ses saintâ travaux i produits après sa mort, ni les progrès merveilleux qu^ontmishs mîs.<«ions qu'il avait commencées. Cette considératioti doit tenir Totrt coeur fort au large et fort élevé en Dieu, dans la couSanee quel ira bien, quoiqu'il vous semble le contraire. •
Parlant un jour à ceux de sa communauté dans ce même esp - Voilà, leur dit-il, un beau champ que Dieu nous ouvre, Uiil~ Madagascar qu'aux lies Hébrides et ailleurs* Prions Dieu qu'il < brase nos cœurs du désir de le servir; donnons-nous à lui pour faire ce qu'il lui plaira* Saint Vincent Ferrier s'encourageait en vue qu'il devait venir des prêtres, lesquels par la ferveur de Imti embraseraient toute la terre. Si nous ne méritons pas que Dieuiid fasse la grâce d'être ces prêtres- là, gupplions-le qu'au moins il i en fasse les images et les précurseurs : mais, quoi qu*il en soit, ! lions pour certain que nous ne serons point véri tables ebrétteits j qu'à ce que nous soyons prêts de tout perdre, et de donner mit notre vie pour I*amour el pour la gloire de Jésus-Christ, nou^ii solvant avec le saint Apôtre de choisir plutôt les tourments et lu J même, que d'ftlte ^çarés de la charité de ce divin Sauveur. •
7 Une autre fois ayant fait le récit à sa commanauté de quelque per- { sécution arrivée aux missionnaires qui étaient en Barbarie, il ajouta ■ ensuite : « Qui sait si Dieu n'a point envoyé cet accident pour éprou- I Ter notre fidélité ? Les marchands laissent-ils d'aller sur mer pour les dangers qu'ils courent, et les soldats à la guerre à cause des plaies ! et de la mort même à laquelle ils s'exposent? £t faut-il que nous ; laissions de faire notre office de secourir et de sauver les âmes pour : les peines et pour les persécutions qui s'y rencontrent ? »
Il encourageait ainsi par l'ardeur de son zèle ceux de sa compa- I gnie à continuer leurs travaux pour le service de Notre-Seigneur ; et I comme son zèle était vraiment désintéressé, il ne se réjouissait pas , seulement avec eux des bénédictions que Dieu donnait à leurs misj siens, dans lesquelles ils faisaient ce qu'il eût désiré faire lui-même, I tà son âge et ses infirmités ne l'en eussent empêché ; mais il concci Tait aussi une sainte joie du bien que faisaient les autres communau- , tés, et des services qu'elles rendaient à l'Église. Voici ce qu*une g personne de grande vertu en a témoigné :
I « M. Vincent s'est toujours réjoui quand il entendait les grands g fruits et progrès que faisaient les autres communautés; et bien loiu d'en concevoir aucune envie ni jalousie, il témoignait hautement l'es time qu'il en faisait ; il leur donnait de très-grandes louanges, et leur rendait dans les occasions toutes sortes de services et d'assistances. Il avait un zèle semblable à celui de Hoise, disant comme luiiUtinam omnes prophelent, et souhaitant que les grâces qu'il recevait de Dieu fussent communiquées aux autres. Et en effet qu'est ce qu'il n'a point fait, soit par lui-même, soit par autrui, pour renouveler cet esprit apostolique et ecclésiastique que nous voyons aujourd'hui refleurir dans l'Eglise? 11 a employé tout le monde pour ce sujet, la langue des uns, la bouche des autres, la faveur des grands, le soin des petits, les prières des gens de bien; en un mot, son zèle n'a point eu de bornes ni de limites, et presque toutes sortes de personnes en ont ressenti les effets; il n'y a pas jusqu'aux petits orphelins et aux pauvres vieillards qui ne le publient. »
Dans ce sentiment il parlait souvent avec estime et éloge des religieux de la sainte Compagnie de Jésus, louant Dieu des grandes choses qu'il a faites par eux en toutes les parties du monde, pour la propagation de l'Évangile et pour l'établissement du royaume de Jésus-Christ son Fils. Et un jour entre autres, parlant sur ce sujet à ceux de sa communauté, par un mouvement de ce même zèle accom pagné de son humilité ordinaire, il leur dit : « Soyons, mes Frères, comme ce paysan qui portait les bardes de saint Ignace ^\.4a^^
compagnons fatigués da chemin, et qui voyant qo'ils se mettaient à genoux lorsqu'ils étaient arrivés en quelque lieu pour s'y arrëter,fl s*y mettait aussi ; les voyant prier, il priait de même : et comme oh saints personnages lui eurent une fois demandé qu^'est-ce qu'il faillit là, il leur répondit : Je prie Dieu qu'il fasse ce que vous lai demaadez; je suis comme une pauvre bète qui ne saurais faire oraison, ji le prie qu'il vops écoute; je voudrais lui dire ce que vous lai dits, mais je ue saurais, et ainsi je lui olfre vos prières. O Messieurs et ma Frères ! nous devons nous considérer comme les porte-sacs deceidignes ouvriers ; comme de pauvres idiots qui ne savons rien dire et qui sommes le rebut des autres, et comme de pauvres petits glanenn qui viennent après ces grands moissonneurs. Remercions Dieu de et qu'il lui a plu agréer en cela nos petits services ; offrons-lui aveciui petites poignées les grandes moissons des autres, et soyons totqoun* prêts à faire ce qui est en nous pour le service de Dieu et pour rn^ sistancedu prochain. Si Dieu a donné une si belle lumière et fût W si grande grdce à ce pauvre paysan, que pour cela il a mérité qall fut parlé de lui dans Thistoire, espérons que faisant notre possibk^ comme il a fait, pour contibuer à ce que Dieu soit bonoré et servira divine bonté recevra en bonne part nos oblations et bénira nospe* tits travaux. »
Si M. Vincent a fait paraître en tant de manières l'ardeur deioi zèle, il nVn a pas moins fait voir la force et la constance, persévérut dans les saintes entreprises que Dieu lui avait inspirées, nonobstii||t les difficultés, les oppositions, les pertes et toutes les autres plnsfir cbeuses traverses qui lui sont arrivées. Il est certain qu'entre toolfli les missions auxquelles il s*est engagé, une des plus pénibles et dn plus domniag<>ables à sa Congrégation a été celle de l'Ile de Nadigascar, dont nous avons amplement parlé au second livre; car Doai avons vu comment cette mission lui a consumé plusieurs bons oivriers; la plupart y sont morts peu de temps après leur arrivée, sibi avoir pu y travailler ni faire le fruit quHls s'étaient proposé; d'antM ont fait naufrage au milieu de leur route ; d'autres sont tombés entn les mains de ceux avec qui pour lors ou était en guerre ; enfin iliefr blait que les éléments et les hommes fussent opposés au deneiB qu'il avait conçu de secourir et instruire ces pauvres insulaires. B certes, après tant d'accidents et de pertes, une vertu moindre qae celle de M. Vincent eut ployé sous le faix de tant de f&cheuses tnverscK, et eût abandonné iicWe bonne œuvre, sous prétexte deqaelQtf sorte d impossibilité ; mais le courage et le zèle de ce saint bonw se relevait comme la palme, lorsqu'il semblait devoir être accablé pir
.tons ces funestes accidents; pins il voyait d'opposition de la part 'des ciéatureSy plus ii témoignait de constance et de résolution à persévérer dans ses bonnes eutrepiises pour la gloire de Dieu; cl tant s'en faut que ces pertes et ces oppositions le portassent au déiumra- ^ gemeut, qu'au contraire il prenait de là sujet d'y animer davantage 'les siens; de sorte qu'ils étaivUt encore plus affectionnés et plus dis- ^l>osés de s'en aller en ces mêmes lieuxi nonobstant tous ces renv ^rse- *inents qui donnaient sujet de craindre qu'il n'en arrivât de Si^nibla* *hles. Voici ce qu'il écrivit à l'un de ses prèlres sur cr sujet :« L'homme '{iroptKcc et Dieu dispose de.i événements comme il lui plait.Les me- ^sures que nous avions prisvs pour la mission de Madagascar oi.tétc l'tanl de fois rompues qu'il semble que nous ne pouvons plus nous eu ^rien promettre. J'estimi^m^anmoins que nous devons toujours, |Our ''Botre égard, tendre à l'exéi ution de ce dessein, on tant qu'il coniTme. "la gloire du Maître que nous servons, lequel donne souvent à la perrsc^vérance les succès qu'il a refusés aux premiers efforts, et qui se plait ^à beaucoup éprouver ses ouvriers avant que de leur confier les œu- ^nes plus fortes et plus difliciles, pour leur faire mériter par l'exercice (le leur foi, de leur espérance et de leur amour, la grâce d'aller 'plauter ces vei tus dans les âmes qui en sont destituées. »
Lt dans une autre lettre : « Nous avons, dit- il, pleuré la mort do làos < liers défunts que la mission de Madagascar nous a enlevés, et je lie puis dissimuler que cette nouvelle nous a grandement affligés, et ^e nous avons grand sujet d'adorer en cette occasion surprenante !es iTssorts incompréhensiMes de la conduite de. Dieu. Cotte affliction pourtant, non plus que loutes les autres pertes précédentes ni tous tes accidents fâcheux qui sont arrivés depuis, n'ont pas été capables do rien rabattre de notce résolution à secourir ce pauvre peuple. »
Eu une autre occasion le supéiicur de la maison de la mission de Mai scille lui ayant représenté qu'il serait bien diflicile de continuer les missions de Barbarie, et que tout le bien de sa Congréguliou ne suffimit I as pour les entretenir et pour payer toutes les avanies que les l'iiics faisaient souffrir à ses missionnaires, il lui répoitdit « qu il ne pouvait se résoudre d'abandonner cette œuvre ; car, dit -il, si le salât ll*uno seule àme est d'une telle importance qu'on doive exposer sa vie teipporelle poui le procurer, comment pourrions-nous en abandon- Kier un si grand nombre pour la crainte de quelque dépense? l'.t cjuand ii n arriMTait aucun autre bien de ces missions que de faii e Voir ù celte terre barbaie et maudite la beauté de notre religion, en y envoyant des hommes qui traversent des mers, qui quittent volon- Lairemcnt leur pays et leurs commodités, et s'exposent à mille sortes
d'outrages pour aller consoler et secourir leurs frères affligés, fatime que les hommes et l'argent seraient très-bien employés . »
Or, comme c'était le zèle qui inspirait h M. Yincent ce conrageé cett(» force pour persévérer constamment dans ces saintes entrepriifs, aussi lui faisait-il ressentir une très-grande peine s'il en voyait qmiqucs-uns parmi 1rs siens qui se portassent Ifttthement, ou qui, éooitant trop les sentiments de la nature et le raisonnement de ramonrpropre, Fc laissassent ainsi aller au découragement, et y portasecri quelquefois les autres. Voici l'extrait d'un discours qu'il fil onjo» à sa compagnie sur ce sujet, avec lequel nous finirons ce chapitre:
' Il est. impossible, leur dit-il, qu'un prêtre missionnaire qui vit lâchement réussisse dans sa condition, et fasse une Jin heureuse; or quel tort pensez- vous que font ces âmes lâches dans une compagnie- Mais quel préjudice ne portent pas ces paresseux et à eux-mêmes d aux autres (|u'ils découragent par leurs mauvais exemples et ]wr lefli discours impertinents? A (fUoi bon,diseut-ils,tant de sortes d'empbSi tant de missions, de séminaires, de conférences, de retraites, d'ilsemblées et de voyages pour les p'.uvres! Quand M. Vincent se» mort, on quittera bientôt tout cela; car quel moyen de satisfaiifî tant de sortes d'entreprises? Où trouvera-t -on des missionnaire» po« envoyer à Madagascar,aux ilesHébride8,enBarbarie,cnPologne,elef et de l'argent pour fournir & toutes les dépenses de ces missioMS éloignées et si onéreuses? A quoi il faut répondre, que si le compignie dans sa naissance;, et dès son berceau, a eu le courage d'embniser ces occasions de servir Dieu, et si les premiers que l'on y aenvoj* se sont comportés avec tant de ferveur, n'avons-nous pas sujet d*ci bien espén r quand elle se sera fortifiée et augmentée arec le temp? Non, non. Messieurs, si Dieu présentait encore à la compagnie d'iltrès nouvelles occasions de le servir, nous ne manquerions pas de les entreprendre avec sa grùce : ces esprits lâches ne sont capabk> sinon de décourager les autres : c'est pourquoi tous devez vcas dosner de garde de telles personnes ; et quand vous les entendrei tcnr CCS discours, dites hardiment avec le saint Apôtre : Jam nune fl«*îchrisli mulli sunt in mundo^ il y a déjà des antechrists au monde, dv antimissionnaires qui s'opposent aux desseins de Dieu. Hélas! Mosieurs, nous ne faisons encore que sentir écouler sur nous les premil' res grâces de notre vocatitm, qui néanmoins sont très-aboudanta; et nous avons sujet de craindre que, par notre lAcheté, nous ne ootf rendions indignes de tant de bénédictions que Dieu a versées josqs'i présent sur la compagnie, et de tant de saints emplois que sa pro^ dencelui a contiés^et que nous ne tombions dans l'état oii nous vojODi
quelques comumuautés : ce qui serait le plus grand malheur qui pourrait nous arriver. »
EDÛn, comme le zèle regarde, après la gloire de Dieu, la sanctification et le salut des âmes, pour faire encore mieux connaître la grandeur et l'élendue du zèle de M. Yinceat, nous allons voir dans le chapitre suivant quelles ont été ses dispositions a Tégard de son prochain, et combien parfaite a été la charité qu'il avait pour eux.