‹ Vie de S. Vincent de PaulChapitre 95 sur 115 · CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL

SA CHABni PODB US PROCHAIN EN GÈRÉKAL.

Après le grand commandement d'aimer Dieu de tout son cœnr, celui d'aimer son prochain conune soi-même suit de si près et en est tellement inséparable, qu'on ne saurait parfaitement accomplir le premier si Ton manque au second; et celui qui n'aimerait point son prochain ne pourrait pas dire qu'il eût un véritable amour pour Dieu, quelques sentiments de ferveur et de zèle pour sa gloire qu'il pensât avoir.

M. Vincent était bien persuadé de cette vérité, lorsqu'il disait que ce précepte d'aimer son prochain est si fort et a un^tel privilège, que quiconque l'observe accomplit la loi de Dieu; parce que tous les préceptes de cette loi se rapportent à cet amour du prochain, selon la doctrine du saint Apôtre, qui diUgUproxifnum^ legemimplevU. Donnez-moi, disait-il, parlant un jour aux siens, une personne qui borne son amour eu Dieu seul, une âme, si vous voulez, élevée eu contemplation, laquelle trouvant du goût dans cette manière d'aimer Dieu qui lui parait uniquement aimable, s'arrête à savourer cette source iuiinie de douceur, sans se mettre eu aucune peine de sou prochain ; et donnez-m'en uiîe autre qui aime Dieu de tout sou cœur, et qui aime aussi son prochain, quoique rude, grossier et imparfait, pour Tamour de Dieu, et qui s'emploie de tout sou pouvoir pour le porter à Dieu : dites-moi, je vous prie, lequel de ces deux amours est le plus parfait et le moins intéressé ? Sans doute que c'est le second, lequel joignant l'amour de Dieu avec l'amour du prochain, ou, pour mieux dire, étendant l'amour de Dieu sur le prochain, et rapportant l'amour du prochain & Dieu, accomplit la loi plus parfaitemeut que le premier.

Et puis, appliquant cette doctrine i\ ceux de sa Coagrégaliai: K Mous (levons, leur disait-il, bien in'ptimer ces irérité» dam M i^mes, pour conduire notre yie selon cet amonr parfait, et pour M faire les œuvres, n*ayant personne au monde pins obligé à cdaqi nous le st tînmes, ni aucunes compagnies qui doi^ ent être plus appl quces que la nôtre à rexercice extérieur d'une vraie charité: m noire vocation est d'aller non en une seule paroisse ni en an ma dioccsc, mais par toute la terre pour embraser les cœurs des honuM et pour y faire ce qu'a fait le Fils de Dieu, lequel a dit qu'il était toi apporter un feu sur la terre, afin d'enflammer les c :.ur8 des bonoM de son amour. Il est donc vrai que nous sommes envoyés non-Mok' ment pour aimer Dieu, mais aussi pour le faire aimer. 11 ne Bl0 sullit pus d'aimer Dieu, si notre procbain ne Taime aussi ; et iM ne saurions aimer notre prochain comme nous-mêmes, si nous ne U procurons le bien que nous sommes obligés de nous Touloûr à m»" mûmes, c'est à savoir l'amour divin qui nous unit à colui quiest mIR souverain bien. Nous devons aimer notre prochain comme ViÊii$ de Dieu et l'objet de son amour, et faire en sorte que récipnifM* ment les hommes aiment leur très-aimable Créateur, ilqu'ibÂs* Ir'aiment les uns les autres d'une charité mutuelle iK>ui' l'i Dieu, qui les a tant aimés que de livrer son propre Fils à la pour eux. Mais regardons, je vous prie, Messieurs, ce divin comme le parfait exemplaire de la charité que nous dcTunsiNk pour notre prochain. O Jésus, dites-nous, s'il vous plalt^quioNl qui vous a fait descendre du ciel pour Tenir soufirir la maléitkBH de la teri e ? Quel excès d'amour vous a porté à vous hamiiier jaifA ^ nouset jusqu'au supplice infâme de la croix? Quel ezcte de chôilt vous a fait exposer à toutes nos misères, prendre la forme de péchfl^ mener une vie soull'rante et SDulfrir nue mort honteuse ? Où ttIM que l'on trouvera une charité si admirable et si excessiTe? 11 n'y P que le iils de Dieu qui eu soit capable, et qui ait eu un toi imilÉ pour ses créatures, que de quitter le trône de sa gloire pour vvk prendre un corps sujet aux infirmités et misères de cette TÎe, etpotf fuire les étrauges démarches qu'il a faites pour établir entre nooilt pirminous, par son exemple et par sa parole, la charité de Aiflari du prochain. Oui, c'est cet amour qui Ta crucifié et quiapffodaitfli|l ouvrage merveilleux de notre rédemption. O Messieursy si noif a^ious une étincelle de ce feu sacré qui embrasait k) cobut de iéttt Chiist, demeurerions-nous les bras croisés, et délaiaserlQiHHiM^ ceux que nous pouvons assister? Aon certes ; car la Vraie ctuvcHiMi saurait demeurer oisive ni nous permettre de foir dm frèntaiMl

amis dans le besoin sans leur maiiifoster noire amour ; et pour Tordînairc les actions cxléricures rendent témoignage de Tétat intérieur. Ceux qui ont la vraie charité au dedans la font parallre au dehors ; c'est le propre du feu d'éclairer etd'échauifer, el c'est aussi le propre de Tamour de se communiquer. »

Dans ce même sentiment, parlant une autre fois ù ceux de sa communauté, il disait que les missonnaires si raient blenlu'ureux s'ils devenaient pauvres pour avoir exercé la charité envers les autres; mais qu'ils ne devaient pas craindre de le devenir par cette voie, à moins que de se défier de la bonté de ISotre Seigneur et de la vérité de sa parole : que si néanmoins, disait-il. Dieu permettait qu'ils fassent réduits à la nécessité d'aller servir de vicaires dans les villages pour trouver de quoi vivre, ou .bien même que quelques-uns d'entre eux fussent obligés d'aller mendier leur pain ou de coucher an coin d'une haie tout déchirés et tout transis de froid, et qu'en cet état Ton vint à demander à l'un d'eux : Pauvre prêtre de la mission, qjai t'a réduit à cette extrémité? quel bonheur, Messieurs, de pouvoir répondre, c'est la charité ! Oh ! que ce pauvre prêtre serait estimé devant Dieu et devant les anges !

Et à ce propos, les missionnaires qu'il avait envoyés h Alger pour l'assistance et consolation des pauvres esclaves se trouvant un jour eu danger d'être contraints de payer une somme considérable pour un de ces esclaves dont ils s'étaient rendus caution, M. Vincent annonçant cette nouvelle aux siens, leur dit ces paroles dignes de remarque : « Ce qui se fait pour la charité, se fait pour Dieu ; et ce nous est un grand bonheur si nous sommes trouvés dignes d'employer ce que nous avons pour la charité, c'est-à-dire pour Dieu qui nous l'a donné, nous en remercierons et bénirons son infinie bonté. »

Or, la charité de 31. Vincent était si parfaite, et son cœur était tellement rempli de l'onction de cette divine vertu, que 1 on peut dire en quelque façon qu'elle embaumait ceux qui avaient le bieu de cou- Terser avec lui ; en sorte que Ton pouvait connaitn; qu'il était du nombre de ceux dont parlait l'apôtre saint Paul quand il disait : Chrisli bonus odor sumus in omni loco^ nous répandons eu tous lieux la bonne odeur de Jésus-Christ ; sur quoi parlant un jour aux siens : • Chaque chose, leur dit-il, produit comme une espèce et image de soi-même, ainsi qu'on voit dans une glace de miroir qui répréisente les objets tels qu'ils sont ; un visage laid y parait laid, el un beau y parait beau : de même les bonnes ou mauvaises qualités se répandent lu dehors, et surtout la charité, qui est d'elle-même commuuicative, produit la charité; et un cœur vraiment embrasé et animé de cette

vertu fait resgeiitir son ardeur, et tout ce qui est dans un b^ charitable respire et prêche la charité. »

De plus, Ja cliarité de ce graod serviteur de Dieu D*était pS mrrév ni bornée, mais s'étendait UDiverselicmeût h toutes les res qui étaient capables d'eu recevoir les effets ; ^elle lui faisait brasser par affection tous les boinraes, et conserver, autant qiT ëtait en lui, uue union sincère et cordiale avec tout le monde. Céità cette vertu qui le tenait constamment uni et soumis au souferai Pasteur de TEglise, qui est N. S. P. le Pape, en la personne dmpà il respectait et aimait Jésus-Christ, dont il tient la place sur 1& \in% et lorsque le Saint-Siège apostolique était vacant par le déeèi à quelque pape^ il ne cessait de prier Dieu et de le faire prier iDoeMO* meut par les siens, alin qu'il plût à sa bonté en donner un qat îà <?eloti son coeur ; et quand rélection était ejiDoniquement faitc^ il concevait un respect et une afTertion liliale envers celai qui dUl installe en cette sublime dignité ; et laissant à part les aoti^ coottdératious humaines, il ne regardait eu la persoune du fiouveraio Rs* tife que ce qui était de rinstitution divine, et des ordres de la PltK vidence et de la volonté de Dieu.

Cette même vertu lui inspirait des sentiments d*amour et de rence envers tous les prélats de T Église, comme nous verron* particulièrement en l'une des sections suivantes, et le portail à rendre toutes les complaisances et tontes les soumissions qu*il vait selon Dieu : il entrait dans leurs sentiments, il embrassait km intérêts et soulciiait leur autorité ; il souhaitait et procurait de ti»i son pouvoir que leur clergé et leurs peuples eussent pour kum personnes sacrées toute la vénération et toute la confiance quelaeo* fanls doivent à leurs pères, et qu'ils déférassent bumblemeût et promptementà leurs ordres.

Il était aussi très-uai par la même vertu aux curés et aux aatm pasteurs ; il les honorait et servait selon les occasions, tous eu géoM et chacun d'eux en particulier. Il avait encore union avec totts lli ordres et toutes les commundutés religieuses aussi bien qu'avec lei séculières, et communiquait selon les occasions avec les snpérieunct principaux de ebaque communauté. Il avait pareilleinent une férence merveilleuse pour toutes les personnes constituées en efai ou en dignité, soit ecclésiastique ou séculière ; en sorte que si qoâqu'un n'avait pas agréables ses services, comme un seigneur m terre, un curé en sa paroisse, ou un évéque en son diocèse^ U n'atiil jamais recours à d'autres plus puissants pour les faire fléchir è et qu'il désirait faire^ quoique ce fût cbose juste et raisonnable; eti

net

' aimait mieux laisser ao bien à faire que de le faire contre leur volonté. Mais il a particulièrement fait profession ouverte d'une affection ^ très-sincère et d'une fidélité inviolable au service du roi, jusqu'à ex- . poser tout ce qui dépendait de lui, et même sa vie, pour soutenir les ' intérêts de Sa Majesté. C'est le témoignage qu'en rendit un jour un ' seigneur de la cour en présence de plusieurs autres à la reine-mère ^ pendant sa régence, disant « qu*il connaissait peu de personnes atta- '^ cbées comme M. Vincent, d'une fidélité sincère, constante et désinté- ' ressée au service du roi et de TÉtat. Votre Majesté sait bien, dit-il, ' comme pendant les troubles de Paris il exposa sa maison au saccage- ^' ment, et sa vie au péril de la perdre, pour conserver celle de votre '^ chancelier, à qui il donna passage par Saint-Lazare pour aller trou- ' ver le roi à Pontoise, et comme il a encouru la disgrftce et la malvciU ' lance de plusieurs pour s'être rendu ferme et fidèle à l'exécution des ■! pieux desseins de Votre Majesté, particulièrement dans l'administra- ^ tion des biens ecclésiastiques. Ce que la reine reconnut et déclara * ôtrc véritable. »

^ Enfio, M. Vincent était ami de tous les bons, et avait des amis partout, dont il conservait et cultivait sincèrement l'amitié ; non pour -' être jamais à charge à personne, mais pour maintenir et fomenter cette ' sainte union que le Fils de Dieu a tant recommandée aux siens, et ' pour faire plutôt du bien que pour en recevoir; aussi peut-on dire avec vérité que jamais avaricieux n'a ménagé plus soigneusement les occasions de conserver ou accroître ses biens, ni ambitieux celles d'acquérir de nouveaux honneurs, que H. Vincent celles de faire da bien à son prochain, par un véritable et sincère esprit de charité. Sur quoi il ne sera pas hors de propos de produire le témoignage des religieuses de la Visitation du premier monastère de Paris, qui ont été ses filles spirituelles l'espace de trente-cinq ans. Voici en quels termes elles en ont parlé : « Ce grand serviteur de Dieu, tout ardent de son amour, voulait que chacun en brftlAt, et que la charité fût pratiquée en toutes les sortes qu'elles le pouvait être. Il ne pouvait souffrir que dans les communautés l'on ne se témoignât pas assez d'estime les uns aux autres, ou que l'on vînt à dire quelque chose qui fût au désavantage du prochain. Il disait qu'il craignait fort la désolation des communautés lorsque les personnes qui les composent ne se tiennent pas bien unies les unes aux autres ; ce qui n'arrive jamais que par le manquement d'estime, de support et de charité; qu'il fallait que les religieuses se regardassent les unes les autres comme lea épouses de Jésus-Christ, les temples du Saint-Esprit et les images vivantes de Dieu ; et que dans cette vue elles se portassent réciproque-

ment un amoar et an respect les nues aux autres :et pour cda (ajoutent ces vertueuses servantes de Dieu), il nous exhortait particuUè^ rement à deux choses : la première^ d'avoir recours à la bonté à Dieu y qui est tout amour et charité, pour lui demander part au lumières et aux ardeurs divines de son esprit; la seconde, de coneevoir uu grand désir de notre amendement, et de travailler en effet î nous amender des défauts et manquements que nous pourrions oobmettre contre la vertu de charité ; faisant fidèlement sur ce sujet notre examen particulier, pour corriger et ôtcr de nos cœurs toatee qui pourrait eu quelque manière que ce fût altérer runion que noas devions avoir avec Dieu, et entre nous-mêmes. »

Et une autre religieuse du même ordre, dont la vertu a répaodi une très-bonne odeur dans le second monastère de Paris, a laiuéea mourant ce témoignage de la charité qu*ellc avait reconnoe a M. Vincent : « L*on peut assurer, dit-elle, avec vérité , que ce ma homme a imité au plus près la vie de Notre-Seigneur JésuMllhrist, qd n'a été employée qu a bien faire à uu chacun pendant qu'il a éténr la terre : car, qui est-ce qui n'a point éprouvé la charité de M. Viaemt dans ses nécessités, soit pour Tàme, ou pour le corps? TnNh vera*t-ou aucune personne affligée, laquelle, ayant eu recours à loi, s'en soit retirée jamais sans trouver quelque soulagement à ses maox? Mais y a-t-il eu quelqu'un qui ait pu refuser de prendre confianoeca lui lorsqu'il a entrepris de lui parler et de le consoler? Et pour a propre vie et les biens de sa Congrégation, à qui est-ce qu'on peat dire qu'ils sont, sinon à ceux qui en ont besoin ? »

Il y a encore une circonstance que nous ne devons pas onettre touchant la charité dont le cœur do M. Vincent était rempli : cfd qu'elle le portait non-seulement à soulager les indigences et les misères tant du corps que de Tàmc, mais aussi à épargner et saavff, autant qu'il pouvait, l'honneur et la réputation d'autroi : et c'est uae chose remarquable, qu'on ne l'a jamais entendu se plaindre de per sonne, quelques torts ou injures .qu'il en eût reçus^ et encore moiBi blâmer ou donner le tort à aucun quand il ne s'agissait que de la seuls intérêts : au contraire, les absents avaient partout où il se nn* contrait un avocat qui défendait toujours leur cause, et qui plaidait hautement en faveur de la charité ; en sorte que, disant toujours da bien de tous, autant qu'il le pouvait avec vérité, il ne disait et nesoof* frait jamais qu'il fut dit en sa présence aucun mal de personne, et» voulait pas même que Ion blàmàt ou que l'ou dit le moindre mal de ses propres ennemis.

SECTION I

QUELQUES EXEMPLES REMARQUABLES DE LA GHABirÉ DE M. VnfCERT.

Pour commencer à faire voir dans le particulier ce que nous venons de dire en général de la charité de M. Vincent, nous rapporterons dans cette première section quelques exemples de cette même vcrlu, que nous avons choisis entre un très-grand nombre d'autres dont la vie de ce grand serviteur de Dieu se trouve toute remplie.

Pendant les derniers troubles de ce royaume, les habitants de la ville de Montmirail se trouvant en grande peine pour la crainte qu'ils avaient du mauvais traitement des soldats, et ne sachant que faire pour sauver leurs biens, et pour mettre leurs personnes à couvert de leurs rapines et vexations, H. Vincent écrivit aux prêtres de sa Congrégation établis en ces quartiers-là de faire ce qu'ils pourraient pour aider et soulager ces gens : mais ces prêtres lui mandèrent qu'il 7 avait du danger pour eux-mêmes, et qu'en faisant cela ils courraient risque de se perdre. A quoi M. Vincent fit réponse : • qu'il fallait assister son prochain affligé, et que Dieu leur ayant donné les commodités qu'ils avaient, sa divine majesté avait droit de les leur ôter quand il lui plairait ; mais qu'ils soulageassent sans rien craindre cette pauvre ville en tout ce qu'ils pourraient. » Ce qu'ils firent, aidant ces pauvres habitants à sauver leurs biens de la main des gens de guerre, et retirant chez eux la plupart de leurs meubles, s'abandounant ainsi a la providence de Dieu pour tout ce qui leur en pourrait arriver.

Les prêtres de la Congrégation de la Mission qui ont la direction d'un séminaire dans le ressort du parlement de Joulouse s'étant trouvés engagés en un procès considérable touchant les affaires de ce séminaire, M. le prince de Conti eut la bonté de s'entremettre pour le faire terminer ; et il fut d'avis que ces prêtres le missent en arbitrage en la ville de Toulouse. Or il arriva qu'un prélat qui prenait intérêt au bien de ce séminaire, et qui appuyait les prêtres de la Mission, n*approuva pas cet arbitrage et leur ordonna de le rompre, dont ils ne manquèrent pas de donner avis aussitôt à M. Vincent, et lui envoyèrent la lettre que ce prélat leur avait écrite à cette occasion. Sur quoi un de ses prêtres lui ayant dit qu'il la fallait faire voir à M. le prince de Conti qui était pour lors à Paris, afin qu'il connût que ce n'étaient pas les prêtres de la Mission qui voulaient rompre cet accommodementi M. Vincent lui répondit : « Non, Monsieur, ceU c^

[ tomberait sur ce boa prélat ; il ite le faut pas faire, car ce serait d fier sujet à M, le prince de se plaindre de lui ; il T^aot mieux que portions nous-mêmes ce reprocUe, et que toute la peine et coufi eu tombe Bur nous, plutôt que de faire aucune cboae qui puisse prtjudicier à notre prochain. »

Mais puisque le plus grand effet de la charité est d^expa84!T »& vie pour ceux que l'on aime, comme Notre Seigneur nous le déctiredaBi l'Évangile, M. Vincent a bien fait i^oir qu'il possédait cette yertaio plus haut degré de &a perfection^ ajant en plusieurs occasions expoii \oloutai rement sa vie pour assister et sauver son prochaïQ.

Quelque k-mpsaprès que les prêtres de la Mission furent introdoitl à Saiot-Lazarej Dieu permit que la maladie contagieuse infectât eeUe niatHoUf et que M. le sous-prieur en fût atteint : ce que M. Yiuctflt apnt su, il alla aussitôt le visiter pour le consoler, encouragent

»iui offrir tout ce qui dépendait de rou service ; et s*approcha si prèf

[de iui^ quHl ressentit Todeur de sou haleine, et de bon cœur il j M

[toujours demeuré si on le lui eût permis. Et eu ce même tempftoi pauvre jeune garçon ayant été aussi frappé de cette maladie dioi la maison de Saint-Lazare^ et quelques-uns étant d*avî» qu'on le fît poHer h Saînt-Louts, M. Yincent ne le voulut point permet lr€,nui&

Ile fit retenir et médie^meiiter h Saint-Lazare» et recommanda €i* prci^sément à un des frèies d'en prendre uusoîti particulier.

Passant uu jour dans le faubourg Saint- Martin , il vil Bi% ou s^ soldats qui poursuivaient, les épées nues en leurs mains^ un paufTi arli^an pour le tuer ; Us Tavaient même déjà blesî^é, et selon toutes 1*

^apparences ce pauvre homme ne pouvait pasécha^iper à la mort : totik le uionde s'enfuyait, voyant la furie de ces gens^là, de peurqu^en f

Want délivrer Tinnocent ils ne se miîssent eux-mêmes en danger : nu

"îf» Vincent, ne craignant point d'exposer sa vie pour sauver celle è iôii prochain, et poussé de l'esprit de charité^ s'en alla droit à ces dais, se jetant au milieu do leurs épées, et faisant comnae un boucli de son corps pour parer les coups qu'ils voulaient tirer sur ce pauvre artisan, ce qui lui donna moyen de se sauver; et ces soldais toat étonnés d'une telle charité s'arrêtèrent, et, s étant enfin apaisé* p" SCS remontrances, ils désistèrent de leur mauvais dessein. 41

Voici un autre exemple de celte même vertu, d'autant plus rem^H fquable qu'il est plus rare, lequel est venu ani oreilles de divcïsfl I l'personnes, non-seulement de sa Congrcgalion, mais encore de d^ hors, et que le supérieur des prêtres de la Mission établis à Mûiseflle

I a témoigné avoir appris de plusieurs autres f n cette ville-lè m h

^mmitTes^ivapte :

M. Yincenty longtemps ayant rinstitntion de sa Congrégation, fit une action de charité tonte pareille à celle qui est rapportée de saint Paulin, lequel se vendit lui-même pour racheter de l'esdavage le fils d'une pauvre veuve ; car ayant un jour trouvé sur les galères un forçat qui avait été contraint par ce malheur d'abandonner sa femme et ses enfants dans une grande pauvreté, il fut tellement touché de compassion du misérable état où ils étaient réduits, qu'il se résolut de chercher et d'employer tous les moyens qu'il pourrait pour les consoler et soulager : et comme il n'en voyait aucun, il fut intérieurement poussé, par un mouvement extraordinaire de charité, de se mettre lui-même à la place de ce pauvre homme, pour lui donner moyen, en le tirant de cette captivité, d'aller assister sa famille affligée : il fit donc en sorte, par les adresses que sa charité lui suggéra, de faire agréer cet échangea ceux de qui cette affaire dépendait, et a'étant mis volontairement dans cet état de captivité, il y fut attaché de la même chaîne de ce pauvre homme, duquel il avait procuré la liberté ; mais au bout de quelque temps, la vertu singulière de ce charitable libérateur ayant été reconne dans cette rude épreuve, il en fut retiré. Plusieurs ont pensé depuis, non sans apparence de vérité, que l'enflure de ses pieds lui était venue du poids et de l'incommodité de cette chaîne que l'on attache aux pieds des forçats ; et un prêtre de sa Congrégation ayant pris de là un jour occasion de lui demander si ce que Ton disait de lui était véritable, qu'il s'était mis autrefois en la place d'un forçat, il détourna ce discours en souriant, sans donner aucune réponse à sa demande.

Quoique cette action de charité soit fort admirable, nous pouvons dire néanmoins, par des témoignages encore plus assurés, que M. Vincent a fait quelque chose plus avantageuse à la gloire de Dieu, employant son temps, ses soins, ses biens et sa vie, comme il a fait pour le service de tous les forçats, que d'avoir engagé sa liberté pour un seul : car connaissant par sa propre expérience leurs misères et leurs besoins, il leur a procuré des secours corporels et spirituels, en santé et en maladie, pour le présent et pour l'avenir, plus grands et plus étendus incomparablement qu'il n'aurait pu faire s'il était toujours demeuré attaché avec eux.

Mais on n'aura pas difficulté de croire qu*il ait été disposé d'engager sa liberté extérieure, et se réduire à l'esclavage comme saint Pau • liu pour la délivrance de son prochain, si l'on considère qu'il a passé encore plus outirc, et qu*à l'imitation du grand apôtre saint Paul, il a bien voulu en quelque façon se rendre anathème pour ses frorcs. Eu voici un exemple très-remarquable, arrivé du temps que M. Yinceul

était aumAnier de la raiM Hargoerite. Ifona en tmrcMM le létt en partie d'un diseourfl qu'il fit un jour à sa Gomnonaaléy et en paiii de ce que Ton en a appris après sa mort par le témoignage de p0^sonnes très-dignes de foi : ^

« J*ai conna, dit M. Vincent, nn célèbre doetear, leqod vnà longtemps défendu la foi catholique contre les hérétkiiieey ai h qualité de théologal qu'il ayait tenue dans un diooèse. La déftnli reine Marguerite l'ayant appelé auprès de soi pour sa ecienoeeta piété, il fut obligé de quitter ses emplois ; et comme il iie.pvAebèt ri ne catéchisait plus, il se trouva assailli dans le repos où il était d'oas rude tentation contre la foi : ce qui nous apprend en'paasant eoflAim il est dan^roreux de se tenir dans l'oisiveté, smt du corps, soit de F»* prit : car comme une terre, quelque bonne qu'elle puisse être, si né» moins elle est laissée quelque temps en friche, produit iBeontinrtl des chardons et des épines, aussi notre Ame ne peut pas se tenir kmgr temps en repos et en oisiveté qu'elle ne ressente quelques pawlonsei tentations qui la portent au mal. Ce docteur donc, se voyant sa m fâcheux état, s'adressa à moi pour me déclarer qu*il était agité il tentations bien violentes contre la foi, et qu'il avait des pensées ho^ ribles de blasphème contre Jésus-Christ, et même de dÀespdr, jMque là qu'il se sentait poussé à se précipiter par une fenëlre; etàii fut réduit à une telle extrémité, qu'il fidlut enfin l'eienaptar de ié« citer son bréviaire et de célébrer la sainte Messe, et même de frifl aucune prière : d'autant que lorsqu'il commençait seulement àréeiMr son Paler^ il lui semblait voir mille spectres qui le troublaient gitidément ; et son imagination était si desséchée, et son esprit al épûé à force de faire des actes de flésaven de ses tentationg, qo'il ne pouvait plus en produire aucun. Étant donc dans ce pitoyaUe état, ea lui conseilla cette pratique, qui était que toutes et quantea M qu'il tournerait sa main ou l'un de ses doigts vers la ville deBoM^ ou bien vers quelque église, il voudrait dire par eeflMmvemeat etptf cette action qu*il croyait tout ce que l'Église romaine eroyaiL Qn'ifriva-t-il après tout cela? Dieu eut enfin pitié de ce pauvre dodear, lequel, étant tombé malade, fut en un instant délivré de tontes sa tentations, le bandeau d'obscurité lui fut ôté tout d'un coupdedei* sus les yeux de son esprit; il commença à voir tontes les vériléidi la foi, mais avec tant de clarté qu'il lui semblait les sentir et ta toucher au doigt : et enfin il mourut, rendant à Dieu des nieuts amoureux de ce qu'il avait permis qu'il tombftt ea tions pour Ten relever avec tant d'avantage, et lui iiients si grands et si admirables des mystères de

Voilà ce qai a été recoeilli d'an discoars que M. Vincent fit un jour aux siens sur le sujet de la foi, dans lequel il ne dit rien du moyeu dont il se servit pour délivrer ce docteur de la violence de ses tentations : mais on a su après sa mort que cela s'était fait par les prieras et par Toblation qu'il fit à Dieu do lui-même pour la délivrance de ce pauvre affligé. Voici de quelle façon le tout s'est passé, selon le témoignage qu'une personne très-digne en a donné par écrit, laquelle n'avait aucune connaissance du discours de M. Vincent cidessus rapporté :

« 31. Vincent s'étant mis en devoir de consoler cet homme qui lui avait découvert ses peines d'esprit, lui conseilla de les désavouer, et de faire quelques bonnes œuvres pour obtenir la gr^ce d*en être délivré ; ensuite de cela, il arriva que cet homme tomba malade, et qu'en sa maladie l'esprit malin redoubla ses efforts pour le perdre. M. Vincent donc le voyant réduit en ce pitoyable état, et craignant avec sujet qu'il ne succombât enfin à la violence de ces tentations d'infidélité et de blasphème, et qu'il ne mourût empoisonné de cette haine implacable que le diable porte au Fils de Dieu, il se mit en oraison pour prier sa divine bonté qu'il lui plût délivrer ce malade de ce danger, et s'offrit à Dicu'cn esprit de pénitence pour porter en soi-même, sinon les mêmes peines, au moins tels effets de sa justice qu'il aurait agréable de lui faire souffrir; imitant en ce point la charité de Jésus- Christ, qui s'est chargé de nos infirmités pour nous en guérir, et qui a satisfait aux peines que nous avions méritées. Dieu voulut par un secret de sa Providence prendre au mot le charitable M. Vincent, et exauçant sa prière, il délivra entièrement le malade de sa tentation, il rendit le calme à son esprit, il éclaircit sa foi obscurcie et troublée, et lui donna des sentiments de religion et de reconnaissance envers Nolre-Scigneur Jésus-Christ, autant remplis de tendresse et de dévotion qu'il en eût jamais eu. Mais en même temps, ô conduite admi^ rablc de la divine Sagesse ! Dieu permit que cette même tentation passât dans l'esprit de M. Vincent, qui s'en trouva dès lors vivement assailli. Il employa les prières et les mortifications pour s'en faire quitte, qui n'eurent d'autre effet que de lui faire souffrir ces fumées d*cnfcr avec patience et résignation, sans perdre pourtant respcrance qu'enfin Dieu aurait pitié de lui. Cependant comme il reconnut que Dieu le voulait éprouver en permettant au diable de l'attaquer avec tant de violence, il fit deux choses : la première fut qu'il écrivit sa profession de foi dans un papier, qu'il appliqua sur son c(pur comme un remède spécifique au mal qu'il sentait ; et faisant un désaveu général de toutes les pensées contraires à la foi, il fit un pacte avec Notre-

Seigoeur que toutes les fois qu'il porterait la main sur mû cmm^ sur le papier, comme il faisait souvent^ il entendait, par cette adii et par ce mouvemeDi de sa main, renoac^rà la leiitatioD, qaoi ne prononçât de bouehe aucune parole, et il élevait en mê son cœur à Dieu, et divertissait doucement son eeprit de sa confondant ainsi le diable gans lui parler ni te regarder*

« Le second remède qu'il employa fut de faire le contraire de rqac la tentation lui suggérait, tâchant d'agir par foi^ et de retu I honneur et service à Jésus-Christ j ce qu'il lit particulièrement euk I Tisite et consolation des pauvres malades de rhépital de la Chffl (du faubourg Saint-Germain^ où il demeurait pour lors. Cet exerckf I charitable, étant des plus méritoires du Ghriâtianisme, était ai I le plus propre pour témoigner à Notre-Seigneur avec quelle M I croyait à ses parotes et k ses e&emples, et avec quel amour il le voilait servir, puisqu'il a dit qu1l tenait à sa propre personne le sente [iqu'on rendrait au moindre des siens* Dieu fit par ce moyen lâgriiB à M. Vincent délirer un tel profit de celte Icntalion, que nou-SEoto* ment il n'eut jamais occasion de se confesser d aucune faute qui eût commise en cette malière-là; mais même ces remèdes dont il lui furent comme des sources d'innombrables biens qui sont eosi découlés dans son Ame.

• Enfin, trois ou quatre ans s'étanl passés dans ce rude exercit et H. Vincent gémissant toujours devant Dieu sous le poids irhsfAcbeux de ces tentations^ el néanmoins tAchant de se fortifier di plus en plus contre le diable et de le confondre, il s'avisa un joardt prendre une résolution ferme et inviolable pour honorer davantige Jésus-Christ, ci pour Timiter plus parfaitement qu'il n^avait encOft faitf qui fut de s adonner toute sa vie pour son amour au servieeds pauvres* Il n'eut pas plutôt formé cette résolution dans son esprit que, par un effet merveilleux de la grâce^ tontes ces suggestions^ du malin esprit se dissipèrent et s'évanouirent; son cœur, qui avait depuis si longtemps dans roppression, se trouva remis dans douce liberté, et son âme fut remplie d'une ai abondante lumrc qu il a avoué en diverses occasions qu1l lui semblait voir les \éri de la foi avec une lumière toute particulière. *

Voilà quelle fut la fm de celte tentation et le fruit de celte n tioUf de laquelle on peut dire que Dieu a tiré depuis, par sa gr^ toutes les grandes oeuvres qu'il a opérées par son serviteur, Tassistance et pour le salut d'une iofinité de paavres, el ponr le pliï' grand bien de son Eglise.

Outre la personne qui a rendu ce témoignage^ il y en a pluriel

«latres do mérite et de vertu, encore vivantési qui out assuré la même ^losCy comme l'ayant apprise de M. Vincent même, qui leur avait déclaré en confiance ce qui s*était passé à son égard en cette occasioui pour les porter à se servir des mêmes remèdes, afin d'obtenir le soulagement et la guérison de pareilles peines d'esprit dont elles se trouvaient atteintes.

SECTION IL

SA CHARITE PARTIGUUiRE ElIVERS LES PAUVRES.

Après avoir vu en général quelle était la charité de H. Vincent, et les exemples remarquables qu'il en a donnés en diverses rencontres, il nous la faut maintenant considérer plus en détail dans les sujets particuliers envers lesquels il Ta saintement exercée. Ceux qui se présentent les premiers sont les pauvres, qu'il a chéris avec un amour très-tendre, et pour lesquels il avait un cœur plus que paternel : et eertainement si l'on veut faire attention sur toute sa vie, particulièrement depuis le temps qu'il s'est dédié au service des autels. Ton trouvera qu'elle n'a été presque autre chose qu'un exercice continuel de charité envers les pauvres, et que ses principales œuvres et ses entreprises plus signalées ont été pour les pauvres. C'est pour eux qu'il a procuré la fondation de divers hôpitaux; c'est pour eux qu'il a établi les Confréries de la Charité en tant de lieux, et qu'il a institaé la Compagnie des Filles de la Charité, auxquelles il a donné la qualité de servantes des pauvres ; c'est pour eux qu'il a fait tant d'assemblées, qu'il a obligé les siens d'entreprendre tant de voyages, et qu'il a employé ses soins, ses veilles, et tous les moyens dont il s'est pa aviser, pour contribuer à leur soulagement et à leur service. Enfin, l'on peut dire qu'il a institué la Congrégation de la Mission pour ivangéliser les pauvres, et pour ce sujet il disait souvent à ses missionnaires : « Nous sommes les ministres des pauvres; Dieu nous a choisis pour eux, c'est là notre capital, le reste n'est qu'accessoire. *

En effet, il semblait que la principale affaire de ce charitable prê • tre était de s'employer pour les pauvres; c'était là où il portait pins ordinairement ses pensées, et où tendaient ses principales affections : il portait les pauvres dans son cœur, il était vivement touché de leurs souffrances, et il avait une affection très-sensible lorsque, connaissant, leurs nécessités et misères, il ne voyait aucun moyen de les pouvoir secourir.

Étant un jonr tout saisi de doulenr pour ce sujet, et parlant à ruii des siens qui l'accompagnait en ville, après quelques soupirs et exclamations snr la mauvaise saison, qui meua^\V ^w e^V^\a^^-\>iViSv

pauvres de famine et de mort : « Je suis en peine, lui dit-il, notre compagnie; mais, en vérité, elle ne me touche point à l'i des iiauvres : nous en serons quittes en allant demander du pâ nos autres maisons, si elles en ont, on à servir de vicaires drâs paroisses ; mais pour les pauvres, que feront-ils, et oxi cst-ee qitt ^ pourront aller? j'avoue que c'est là mon poids et ma douleur. H^ * m'a dit qu'aux ehamps les pauvres gens disent que tandis qu'il»»' ^ ront des friiits ils vivront, mais qu'après cela ils n'aulront qu'à ftiff leurs fosses et s'enterrer tout vivants! 0 Dieu! quelle extrémité k misèn»s! et le moyen d'y remédier? »

Une autre fois, parlant aux siens sur le sujet des mêmes panvia^ il fil ce raisonnement : « Dieu aime les pauvres, et par conséqiai il aime ceux qui aiment les pauvres ; car lorsqu'on aime bien qidqu'un, on a de l'aiTection pour ses amis et pour ses servitcon. ftf la petite compagnie de la Mission tâche de s'appliquer avec afiecfiff h servir les pauvres, qui sont les hien-aimés de Dieu ; et ainsi utf avons sujet d'espérer que, pour l'amour d'eux, Dieu nous ainaii; Allons donc, mes Trères, et nous employons ave« un nouvel aaoB à servir les pauvres, et même cherchons les plus pauvres et lei {M abandonnés : reconnaissons devant Dieu que ce sont nos seigneont' nos maîtres, cl que nous somnies indignes de leur rendre nos pcH^ services. »

Dans une antre rencontre, s'cntretcnant avec deux persomicsli^' clésiastiques de qualité, il leur dit une parole très-remarqnabkiil, qui mérite de n'être pas mise en oubli ; c'est ft Bavoir, que ■ ceux qui aimeront les pauvres pendant leur vie n'auront crainte de la mort; qu'il en avait vu l'expérience en plosleurs sions, et que, pour cet effet, il avait coutume d'insinuer cette mavM' dans l'esprit des personnes qu'il voyait travaillées des appréhenntfif de la mort, et prenait de là oceasion de les exciter & l'amonr desplif vres. •> Et p<irlant en Tune de ses lettres du décès d'un yertaeux jrih tre, il confinnc le même : « Sa mort, dit-il, a réponda à sa vie;l a eu un acquiescement continuel au bon plaisir de Dieu depmi b commencement de sa maladie jnsqu'à la fin, sans avoir ressenti wlr cun mouvement, ni aucune pensée contraire. Il avait toujours coup appréhendé la mort ; mais comme il vit dès le commeni de sa maladie qu'il Tenvisageait sans aucune crainte, et même ifit plaisir, il me dit qu'assurément il en mourrait, parce, disait-il, qrt qu'il m'avait ouï dire que Dieu ôte l'appréhension de la moitàéw qui ont volontiers exercé la charité envers les paaTNSy et qui otf '' l travaillés de cette crainte pendant leur fii^ « V '< ' Or, cet amour que AI. Vinc

ts dans son cœur : rnn était un ^^rand sontimonlde compassion l€ur indigence et de leur misère, car il avait le cœur exlrèmomeiit Lcire à leur égard; et Ton a remarqué que, lorsqu'en disant les nies de Jésus il proférait ces paroles : Je$u, pater pauperum, c é- ,^~1fK ordinairement d'un ton de Yoix qui témoignait ratteudrissement ^^» son cœur; et tontes les fois qu'on lui venait parler de quelque .-SL^sère ou nécessité particulière, on le voyait soupirer en formant -^^ ^eux, et haussant les épaules, comme un homme qui se scnl pressé .-^a douleur; et son visage abattu faisait bien paraître que son c(rur '^-^it uavré de la compassion qu'il avait des souffrances des pauvres. C'était dans ce sentiment que, parlant un jour aux siens sur le *^^J«t de cette compassion : « Quand nous allons voir les pauvres, .^^ax dit-il, nous devons entrer dans leurs sentiments pour souffrir ^^^^^ eux, et nous mettre dans leurs sentiments pour souffrir avec ^^> X, et nous mettre dans les dispositions de ce grand apôtre qui di- ^i t : Omnibus omnia faclus sum : Je me suis fait tout à tous ; en sorte ^A« ce ne soit point sur nous que tombe la plainte qu'a faite autrefois :.^^^>tre-Seigneur par un prophète : Sustinui qui simul mecum con- Harelur^ et non fuit : J'ai attendu pour voir si quelqu'un ne comtirait point à mes souffrances, et il ne s*en est trouvé aucun ; et ur cela, il faut tûcher d'attendrir nos cœurs et de les rendre susptibles des souffrances et des misères du prochain, et prier Dieu 'il nous donne le véritable esprit de miséricorde, qui est le propre prit de Dieu ; car, comme dit TÉglise, c'est le propre de Dieu de ^*Mre miséricorde, et d'en donneriresprit. Demandons donc à Dieu, es Frères, qu'il nous donne cet esprit de compassion et de misép.^^'icorde, qu'il nous en remplisse, qu'il nous le conserve, en sorte que : ^^lii verra un missionnaire puisse dire : Voilà un homme plein de . ^^t^ifléricorde. Pensons un peu combien nous avons besoin de nii^^érii ^^rde, nous qui devons Texercer envers les autres, et porter la misé • ^^corde en toutes sortes de lieux, et souffrir tout pour la miséricorde. . m Heureux noscoufrères qui sont en Pologne, qui ont tanlsouffert tendant ces dernières guerres, et pendant la peste, et qui souffrent encore pour exercer la miséricorde corporelle et spirituelle, et pour ^^ulager, assister et consoler les pauvres ! Heureux missionnaires, ^ue ui les canons, ni le feu, ni les armes, ni la peste n'ont pu faire Sortir de Varsovie, où la misère d'autrui les retenait ; qui ont pernéyéré, et qui persévèrent encore courageusement au milieu de tant périls et de tant de souffrances pour la miséricorde ! Oh ! qu'ils heareux d'employer si bien ce moment de temps de notre vie iMar la mieérioorde ! Oui, ce moment, car toute notre vie n'est qu'un

moment, qui s'envole et qai disparaît ansntAt. Hélafl ! seize ans de vie que j'ai passés ne me paraissait à présent qA songe et qu'un moment, et il ne m'en reste pins rien, sinon k» gret d'avoir si mal cmpIo;yé ce moment. Pensons qael déplaiiirM aurons ù la mort, si nous ne nous servons de oe moment ponrti miséricorde. Soyons dune miséricordieux, mes Frères, et exerc«k miséricorde envers tous, en sorte que nous ne tronvions ^^mf/à un pauvre sans le consoler si nous le pouvons, ni an homM|^ rant sans lui apprendre en peu de mots les choses qu'il ùxAfH croie et qu'il fasse pour son salut. 0 Sauveur I ne permetta |M|> nous abusions de notre vocation, et n'Atez pas de cette eoBfV* l'esprit de miséricorde ; car que serait-ce de nous, si vous en rt» votre miséricorde? Donnez-nous-la donc, avec l'esprit de dfiK» et d'humilité. »

Et dans une autre occasion, parlant sur le même sujet, il dik'^

le Fils de Dieu iic pouvant avoir des sentiments de compaMiiV

l'état de sa gloire qu'il possède de toute éternité dansleôdfi'

voulu se faire homme et se rendre notre Pontife, pour compi*'

nos miscrcH, et que pour régner avec lui dans le ciel, nom 1^

compatir comme lui à ses membres qui sont sur la terre; qoelffl*

sionuaires par-dessus tous les autres prêtres doivent être tîBfBàw

cet esprit de compassion, étant obligés par leur élat et pirh»*

caliou ûc servir les plus misérables, les plus abandonnés et tap

accablés de misères corporelles et spirituelles. Kt premièreatfli*

doivent <Hro touchés au vif et affligés dans leurs cosars dei ■■*

du prochain. Secondement, il faut que cette misère etcompi**!^

raisse en leur exlérieur et sur leur visage, à l'exemple de Hott*

gncur qui pleura sur la ville de Jérusalem, à canse des cAjJf

dont elle était menacée. Troisièmement, il faut employer de» P**

compatissantes, qui fassent voir au prochain comme on *■*•*:

les sentiments de ses intérêts et de ses souffrances. Enfin, il"'

secourir et assister autant que l'on peut dans ses nécessitéietdtf^f

misères, et tâcher de l'en délivrer en tout ou en |iartie; ?•«*?■

main doit être autant que faire se peut conforme aa eoBur- *

Voilà le second effet de cet amour qu'il avait pour toP*''? qui était de les secourir et assister autant qu'il pouvait; «••* toujours fait, s'étant rendu comme le proviseur général deep*"^ en quelques lieux qu'ils fussent, mOme dans les paye leep**^ gnés ; s'cmployant avec de très-grands soins pour subTCOÎràfJ leurs nécessite^, et pour leur fournir la nourriture, h y^Jai l logement, et tous les autres besoins de la vie : tf est os qui"** i'

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personaes charitables envoyaient Yolontiers leurs aamônes à

Vincent pour en faire la distribution aux pauvres, de quoi il ^quittait en telle sorte qu'il en donnait toujours beaucoup plus *il n'en recevait.

C'est dans cette vue qu'un ecclésiastique de condition et de vertu L demeure dans une communauté de Paris, ayant entre ses mains ^ sommes considérables pour être employées en aumônes, voulut Presser môme après le décès de H. Vincent à la maison de Saint* sare, pour les faire porter et distribuer aux pauvres en des procès éloignées ; et la raison pour laquelle il s'adressait aux prêtres fa Congrégation de la mission plutôt qu'à d'autres, « c'est, dipait- ^arce que M. Vincent a été le vrai père des pauvres, et a eu esprit race spéciale pour les secourir et assister; et qu'il a laissé comme précieux héritage ce même esprit et cette même grâce à ses en- », qui ne manqueront pas de suivre les exemples et marcher sur [>as de leur très- digne père. •

Tous ne répéterons pas ici ce qui a été dit ailleurs, que dans les îrses inondations et débordements de la rivière de Seine, H. Vinfc prit un soin particulier de faire cuire incessamment du pain à it-Lazare aux dépens du blé de sa communauté, et de l'envoyer lateaux dans un village presque noyé nommé Genevilliers, à L'x lieues de Paris, où les pauvres habitants étaient assiégés des X et de la faim , et réduits à la dernière extrémité, dans laquelle recevaient un secours très-opportun, et autant abondant qu'ines- ^ , par la charité de ce père nourricier des pauvres, qui leur entait porter cette aumône par deux frères de la maison de Saint-La* e, non sans péril, pour en faire la distribution avec M. le vicaire,

connaissait les besoins de chaque famille, et cela autant de temps ^ durait chaque débordement

I y a un très-grand nombre de semblables actions de charité que Vincent exerçait envers les pauvres dans leurs besoins, que nous tons sous silence ; mais nous ne devons pas en omettre une, la* lie aurait été ensevelie dans l'oubli , comme beaucoup d'autres 1 cachait aux yeux des hommes, si l'on n'en avait recouvré depuis

Un certificat écrit et signé de sa main, qu'il fut obligé de donl^endant le temps de la guerre à ceux qui gardaient les portes de ^9 pour laisser sortir les vivres qu'il envoyait aux pauvres des *P8 sur une charrette de la maison de Saint-Lazare, parce que les ^^> voyant que cela continuait, voulurent s'assurer pas d'autres 'SHages que celui du chartier d'où ces vivres venaient, et en ^ lieux on les portait. Le certifleat était conçu en ces termes :

« Je soussigné, supérieur de la Congrégation des prèbratdelil sion, cerliQe à tous ceux qu'il appartiendra que, sur l'aYÛqiiejp ques personnes pieuses de cette ville m'ont donné qoe la moîtiéi habitants de Palaiseau étaient malades, et quHl en mourait doi douze par jour, et sur la prière qu'elles m'ont faite d'envoyer q^ qucs pnHres pour l'assistance corporelle et spiritaelle de ce |MI peuple affligé, à cause do la résidence de l'armée en ce liea-)i|| Tespace de vingt jours; nous y avons envoyé quatre prètra dl ciiirurgicn pour assister ces pauvres gens^ et que nous leur Ml envoyé depuis la veille de la fête du Saint-Sacrement tons hijp (un ou deux exceptés) seize gros pains blancs, quinze pintesdenM hier de la viande ; et que lesdits prùtrcs de notre compagnie a'^ mandé qu'il est nécessaire d'envoyer de la farine et an maid è^ pour fassistance desdits pauvres malades et de ceux des villags^ convoisins, j*ai fait partir aujourd'hui une charrette à trois àtBHÊk churgée de quatre seticrs de farine et deux demi-mnidsde vii||Nl lassistance desdits pauvres malades de Palaiseau et des TiUagBli^ convoisins. £n foi de quoi j'ai écrit et signé la présente dem^ propre, cl Saint-Lazare lès-Paris, le 5"^ jour de juin 1652. Sfii Vincent de Paul, supérieur, etc. »

Par cet écrit l'on peut voir jusqu'où se portait la duM^ M. Vincent, lequel, au lieu d'un prêtre qu'on lui avait seakmflrili' mundé pour assister les pauvres malades de Palaiseau, ea Mf quatre, avec un chirurgien; et qu'en même temps qu'il pouni^ au bien spirituel des Ames, il envoyait de quoi rétablir les [ atténués de faim, et de quoi soulager les malades qui mangasMij tout; à quoi il employa sans aucun délai, et avec tonte la diligeaoi^ lui fut possible, les hommes, les provisions et les chevaux dei muuauté, jusqu'à ce qu'il eût procuré d'autres aumônes, dant lesquelles il n'épargna pas la bourse de sa même com ayant envoyé jusqu*à six cent soixante et trois livres de son i ce qui l'épuisa de telle sorte dans la disette où l'on était de 1 choses, qu'il se vit obligé de mander à madame la duchesse d'J Ion qu'il n'était plus en état de soutenir cette dépense, et qu'il li# pliait de faire au plus tôt une petite assemblée chez elle des 1 la Ciiarité , et de concerter avec elles ce qu'il y aurait à fûre it cette nécessité pressante : « Je viens, lui dit-il, dans la lettre fi lui écrivit sur ce sujet, de renvoyer le prêtre avec un Frère ctâi| quante livres ; la maladie est si maligne, que nos premien { prêtres y sont tombés malades, et le Frère aussi quilesaeo » . . Il a fallu les ramener ici, et il y en a deux qui jont àroi'pâiil'T

[adame, quelle moison à faire pour le ciel eo ce temps où les misères mt si grandes ù nos portes ! LÀ venue du Fils de Dieu a été la ruine 'aucuns, et la rédemption de plusieurs, comme dit TEvangUe; et ous pouvons dire en quelque façon la même chose de cette guerre, a'elle sera la ruine de quantité de personnes, mais que Dieu s'en îr\ira aussi pour opérer la grûcc, la justification et la gloire de lusieurs autres, du nombre desquels nous avons sujet d'espérer que Qus serez, comme j'en prie Kotre-Seigneur. •

Cette cbarilable entremise de M. Vincent pour secourir les pauvres e Palaiseau servit d'occasion et donna commencement aux grandes biarités qui s'exercèrent ensuite en la ville d'Étampes, et dans tous » autres lieux des environs de Paris, par les soins et par la coopéraion des Dames de l'assemblée de la Charité de Paris, et de quelques Qtres personnes de grande piété, qui se sont acquis par ces granes œuvres un mérite dont la mémoire ne périra jamais.

Toilà un petit échantillon des effets de la charité de M. Vincent lour secourir les pauvres par toutes sortes d'assistances , auxquelles l contribuait autant qu'il pouvait, et souvent plus qu'il ne pouvait, t lorsqull était épuisé, et qu'il ne pouvait plus rien tirer d'ailleurs, on dernier recours était à la bonté et aux charités de la reine-mëre, .laquelle bien qu il ne voulût pas se rendre importun, reconnaissant issez combien Sa Majesté exerçait de libéralités pour toutes sortes TcKuvres (le piété, néanmoins dans les grandesj extrémités, c'était on refuge ordinaire de lui aller représenter avec confiance les prèsants besoins des pauvres , et il ne se trouvait jamais déchu de son ittentc, cette charitable princesse ouvrant aussitôt la main, et encore >lus le c(L'ur pour les assister ; car lorsqu'elle avait de l'argent elle ai en donnait, et si l'argent lui manquait, elle lui donnait autre ^ose; une fois entre les autres elle lui donna un diamant de la va- .cur de sept mille livres, et une autre fois un très-beau pendant d'oreilles qui fut vendu dix-huit mille livres par les Dames de Tassem- Mée de la Charité, lit quoique Sh Majesté, par un sentiment d'humilité chrétienne, cul prié M. Vincent de n'en parler à personne, il ne. erut pas néanmoins être obligé de lui obéir en ce point; mais il lui dit: « MaJauie, votre Majesté me pardonnera, s'il lui plaît, si je tl' puis cacher une si beilc action de charité; il est bon, Madame, que tout Paris et môme toute la t'rance la connaisse, et je crois ôtre oblige de la publier partout où je pourrai. »

Or, M. Vincent tenait cette maxime, dans les services et assistances 9Q*il rendait aux pauvres,'^d'étendro plus particulièrement ses soins xnvers ceux qui étaient les plus abandonnés ; et pour cette raison il

b' appliquait avec une affection toute spéciale à poorroir anx des paayres petits enfants trouYés, comme do ceux qui éUdcatli plus délaissés et les moins capables de s'aider ; il avait un amoi Icndre pour ces pauvres petites innocentes créatarea, et on non-seulement affectif, mais encore plus effectif. « N'e8t-oepaik# \oir des pères, disait-il un jour aux siens sur ce anjet, de pomÉ aux nécessités de leurs enfants? et puisque Dieu nous a un lieu de ceux qui les ont eugeudrés, afin que nous prenûms de leur conserver la vie, et de les faire élever et iustroire en la Diiissance des choses de leur salut, prenons bien garde de ne point relâcher dans une entreprise qui lui est si agréable ; car Bi|É que leurs mères déuaturées les ont ainsi exposés et abandonnés^ifli venons à négliger le soin de leur nourriture et éducation, qw t^ \ieudrout-ils? pourrons-nous consentir de les voir périr loua, aulrefuis, dans cette grande ville de Paris? >

Une personne de vertu, qui counaissait particnlièrementleap^V; que M. Vincent prenait pour la conservation de çea panvrei p0$ créatures, lors même que les dames les pins charitables qui en anM pris le soin perdaient presque courage à cause de la grande déjpoil qu'il fallait soutenir, en a rendu le témoignage qui suit plnaieaii^' nées après sa mort : « Dieu sait combien de soupirs et de gérimments M. Vincent a poussés vers le ciel au sujet de ees pauvres prih enfants ! quelles recommandations, il a faites à sa compagnie de friv Dieu pour euxl quels moyens il a employés, et quelles veieill tentées pour les faire nourrir à peu de frais, et quels soins il a|Di de les envoyer visiter les années passées chez leurs nourrieesai* vers villages par les Filles de la Charité, et, cette année 1649, pvip Frère de sa Congrégation, lequel a employé près de six sesuiMi faire cette visite. »

On lui rapporta un jour qu'un prêtre de sa compagnie 9ltA$! que le soin qu il prenait de ces enfants trouvés était la eanse dl,|^ grande pauvreté de sa maison de Saint-Lazare, qui en était notsIiKi meut incommodée pour le temporel, et se trouvait en danger d'ijp entièrement ruiuéc, à cause, disait-il, que les aumônes qu*OD Vifi accoutumé de nous faire, sont diverties pour ces enfants, leontR' soins f . naissant plus grands et plus pressants que les ndtres, et epil qui fout ces charités ne pouvant pas donner à eux et à nous toit f^ semble. A quoi M. Vincent répondit : « Dieu lui pardonne eetle^ blesse, qui le fait ainsi éloigner des sentiments de rEvu^ila. quelle bassesse de foi de croire que , pour faire et proenrar éi b des enfants pauvres et abandonnés comme œus-oi, Rotn-MigHII

dus de bonté pour ncaB, !ui qui promet de réiïompenser ati cen* pîe ce qu'on donnera pour lui. Puisque ce débonnaire Saoveur a t à ses disciples : Laissez Tenir ces enfants h moi, pouvons-nous les jeter ou abaadonner lorsqu'ils viennent à noua^ sans lui être conaires? Quelle tendresse n'a-t il point témoiguoe pour les petitu en^ nts, jusqu'à les prendre entrn ses bras, et les bénir de ses maios? est'Ce pas à leur occasion quil nous a douné une règle de salul, )us ordonnant de nous reodre semblables à des petits enfants, si >as voulons avoir entrée au royaume de» cieux ? Or, avoir charité mr leg enfants et prendre soin d'euit^ c'est en quelque façon se faire ifant j et pourvoir au besoin des enfants trouvés, c'est prendre la ace de leurs pères et de leurs mères, ou plutôt celle de Dieu qui dit que si la mère venait a oublier son enfant, que lui-même en ^ndrait soin, et qu'il ue le mettrait pas en oubli. Si Notre Seigneur vait encore parmi les hommes sur la terre, et qu'il vît des eofants ^andonnês, penserions-nous qu'il voulût aussi les abandonner? Ce rait sans doute faire injure à sa bonté infinie d'avoir une telle insée; et nous serions iufidëles h sa grâce si, ayant été choisis par providence pour procurer la conservation corporelle et le bien trituel de ces pauvres enfants trouvés, nous venions à nous en lasser abandonner à cause de la peine que nous y avons. »

SECTION iir.

Bat-ètrc que le sujet dont nous allons traiter en cette section trourk d'abord de la difficulté en quelque;^ esprits, qui seront en peine

(fa voir commeut le supérieur «général d'une Congrégation^ par son kra mouvement, et sans requérir le consentement de ceux de e Congrégation j aura pu faire largef^se aux pauvres des biens de oiômc Congrégation; et encore plus comment M. Vincent, qui ftit si humble, si déférent et si grand amateur de la pauvreté évao* lique, et qui même ne voulut pas, sans ragréraent exprès de sa mmunauté, comme nous avons vu au premier livre, donner un IfS-^modique seci>urs d'argent à son propre frère, qui était venu ex~ è« de deux cents lieues loin pour le visiter, ce qu'il n'avait pu faire ns juléresscr notablement les petites facultés de sa pauvre famille; mment^ dis^je, ce fidèle serviteur de Dieu a si souvent et si large- B| donné raumône à toutes sortes de pauvres aux dépens de sa ffie communauté^ ainsi que nous verrons dans la suite de cette ^on.

II :]«t -vrai qae cela paraîtra d*abord an pea surprenant, et qoe qMÎ (;(mReront en juger plus fayorablement estimeront que cela B*al M\ p.ir un mouvement extraordinaire du Saint-Esprit, qui porte qiut- 41 '^'4s les saints à des pratiques de vertu plus admirables qn'imilibles. BTais quoique cela se puisse bien dire avec vérité sur ce sojd, et qu'il soit aisé de reconnaître en plusieurs rencontres de la vie è M. Vincent une conduite de Dieu tout extraordinaire, et des maiÎM autant opposées à la commune prudence des hommes qu'elles étiioÉ conformes à la sagesse toute divine de Jésus-Christ, on peut néiimoins outre cela faire attention a diverses considérations sur lesquel* les ce procédé de 31. Vincent peut trouver un raisonnable et légilJM appui.

Et premièrement, on doit considérer que M. Vincent était non-mlement le supérieur général, mais encore Tauteur, le fondateur ck Tinstitul ur d*uiie nouvelle compagnie qui a pris naissance entreki bras de sa charité, et que Ton peut dire en quelque façon avoir demeuré durant le temps de sa vie, comme dans le berceau de sobofance. C'est lui qui après Dieu lui a donné rètre, la forme etconàtance ; qui a prescrit Tordre qui se devait garder en toutes ses piititt; qui a déterminé ses emplois et ses fonctionS| et qui a éleré, inslni et perfoctiouné les sujets qui la composent, lesquels l'ont toiqaiB regardé comme leur vrai père, et lui réciproquement les a oonsidài comme ses-cbers enfants, auxquels il pouvait dire à TimitatioDà saint Apôtre : FilioU qiios iterum parturio donec Christu$ fcfuM in vobis.

Cela étant de la sorte, il a bien pu, non pas comme snpérienrgfnéral, mais seulement comme instituteur et père, disposer d'imliki qui lui était commun avec ses enfants, et dont il avait comme la gavfcuoble pendant la minorité de sa compagnie, et en disposer no&pos ' lui, ni pour ses intérêts particuliers, mais pour les intérêts de Jéfli* Christ, et pour le secours et le service de ses membres qui sont kl pauvres. Que si quelque rigoureux censeur, nonobstant toateeh^ voulait encore dire et soutenir qu'il devait requérir le consenteiBaitè ses enfants, on lui repoudra qu'il n a pas jugé nécessaire de le réqptBif ni de les obliger à le déclarer de vive voix, parce qu'il le lisaitim leurs cœurs, l'union très-cordiale et très-intime qu'ils ont eue avec un tel père n*ayaut jamais dû soulTrir entre eux et loi diversité de sentiments : ils voulaient tout ce qu'il voulait; etiitf voulait que des choses si bonnes, si saintes, et si conformesaax A^ seins et aux ordres de Dieu, que ce serait faire tort à leur fcfta A croire qu'ils eussent eu la moindre pensée contraire.

trccela il était question, eu ces premiers commeucementsd'uoe aguic uaissaute, d*eu établir uon-seulement le temporel, mais B plus le spirituel. Ce n*était pas assez d*eu former le corps, il fallait aussi lui inspirer et communiquer l'esprit propre aux our lesquelles elle était établie : or, comme l'une de ses princifins, ainsi que nous avons vu, était d'évangéliser les pauvres, leur rendre tous les services et toutes les assistances convenables ztt effet, il fallait l'élever dans un esprit do compassion, de ten- ) et d'amour envers les pauvres ; et puisque le dessein de ce fondateur était que ceu\ de sa compagnie fussent dans une dis- >u coutiuuelie d'exposer et sacrilier leur vie, autant qu'il en de besoin, pour procurer le salut des pauvres, il avait une juste i de les disposer à faire volontiers une bonne part de leurs biens curs aux mcines pauvres, lors particulièrement que cette assispouvait aussi contribuer à leur bien spiiituel. iiu, la condition du temps de la Congrégation de la Mission a us ses commencements les calamités et misères qui ont inondé part des provinces de ce royaume, et même de toute r^urope ; ème nécessité où les pauvres de la campagne et des villes au^si Ai réduits par le malbeur des guerres et d'autres funestes acciy a} aut preshé le cœur cbaritable de M. Vincent de s'employer les secourir, et étant pour cela nécessaire d'exciter les personnes \ à la couipa:»siou et à la miséricorde, de leur persuader de faire imùacs pi-o[iortLOuuées aux besoins extrêmes d'une iulluité de 'es répandus de tous côtés, qui étaient sur le point de périr, ce ;nt et lidcic serviteur de Jesus-Clirist a très-bien reconnu qu'il : les exliorter plus par exemple que par paroles : et il est ceruil ne pouvait employer un plus puissaat motif pour les porces œuvres extraordinaires de cbarité, qui ont été pratiquées aut de bénédiction durant un si grand nombre d'années, quen euçdut a faire le premier ce qu'il recommandait aux autres; et a rexeinple de8 aujuoues qu'il a faites a été d'autant plus ellique l'ou vojaubienqu'elies allaient au-dessus de ses forces, et ùtait de sa boucbe et de celles de ses enfants ce qu'il douuait auvrcs : ce qui pourtant ne diminuait eu aucune façon, mais . augmentait i affection et le désir que lui et les siens avaient de lier, de s employer et de se consumer pour l'assistauce spirides mêmes pauvres.

X doue étauL supposé, voyous quelque petite partie des libéra-

t des cliarités que ce vrai pore des pauvres a exei'cées en leur en-

Je dis quelque petite partie, parce qu'il n'y a que Dien seul

qui connaisse le tont, rhumilité de son serriteor Tayaut toii)onj porté à cacher autant qu'il pouTait aux yeux des hommes ee qal taisait par le seul motif de son amour : il était bien éloigné desiotiments de ceux dont Jésus-Christ parle dans l'Évangile, qui 101nent de la trompette pour publier leurs aumônes, et qui empkAil toutes sortes d'artifices pour se mettre en crédit, et se faire estîM^ par quelques offices de charité qu'ils exercent envers les pauvres : 3 faisait au contraire tout son possible pour cacher ses aumônes^ i n'en parlait jamais, et ne souffrait point qu'on en parlât. Et ipé qu'outre cela il fit encore plusieurs autres dépenses très-notables pov le service des pauvres, commode fournir souvent aux frais des vqfr f^cs que les siens entreprenaient, pour les aller secourir en des fiiii fort éloignés, de payer tous les ports de lettres qui lui étaient ad»sces pour ce même sujet, tant des provinces éloignées que des purap esclaves d*AIger, de Tunis, de Biserte et autres lieux, ce qui se n» tait à des sommes fort considérables, il n'en a pourtant jamais voill parler, ni faire entrer cette dépense en aucune considération, leei^ teintant que Dieu la connût et l'eût agréable. Que s*il ne poavailflB|pocher quelquefois que quelques-unes de ses charitables cnivicsiîl fussent connues, il les rabaissait et en diminuait Testime, disant fil c* étaient des gueux qui faisaient part de leurs haillons et de Ml bribes à d'autres gueux.

11 avait établi la Confrérie delà Charité dans la paroisse de Siiri- ' Laurent : et parce que cette paroissç est située dans laseigneorieà Sainl-Lazare, il donnait tous les ans libéralement et par pure ebrii deux cents livres pour subvenir à la dépense tant de cette GonMk que des Filles de la Charité pour l'assistance des pauvres maladOi' de plus il en voyait tous les vendredis de l'année deux ecclésîastîqMi de sa maison, pour les visiter et consoler dans leurs maladies.

Quand quelques pauvres mouraient dans le voisinage deSaintrll* zare , soit qu'ils fussent de sa connaissance on qu'ils n'en il faisait donner des draps pour les ensevelir lorsqu'ils n'i point : et ayant un jour fait enterrer honnêtement une pauvre Anfi^ à ses frais, il reçut ensuite son mari à Saint-Lazare, qui 7 fat niibt assez longtemps; et fit encore la même charité à un autre puni* homme, lequel enfin y mourut.

Ayant un jour rencontré dans la rue, auprès de Saint-Lsisrsb* pauvre homme presque nu, il lui fit donner aussitôt un habit : eef* lui était assez ordinaire, et qu*il a souvent pratiqué à l'égard de pb* sieurs autres, faisant donner aux uns des souliers, aux antmi^ chapeaux, aux autrqs des chemises, et aux dépens de sa

recevait tous les jours deux pauvres à Saint-Lazare, pour les 3 diner avec sa communauté, auxquels on donnait auparavant struction spirituelle dont ils avaient besoin : et on a vu souvent éritable ami des pauvres, après les avoir salués avec grande affalé, leur aider à monter les degrés du réfectoire, les faire placer dessus de lui, prendre soin de les faire bien servir et leur rendre •même plusieurs petits services.

>utre ces deux pauvres, il faisait encore distribuer tous les jours à pauvres familles des portions de pain, de potage et de viande qu'elenvoyaient prendre à la porte de Saint-Lazare; et de tout temps feit faire en cette même maison de Saint-Lazare deux autres sord'aumônes ordinaires, sans compter les extraordinaires : l'une de n ou d*argent, pour les pauvres passants à toutes les heures du r; et l'autre de potage rempli de pain, que l'on distribuait trois i par semaine, à une heure réglée, à tous les pauvres qui se prêtaient, de quelque lieu qu'ils fussent. Outre cette aumône, on leur sait encore chaque fois une instruction particulière sur quelque ni du catéchisme, ou des devoirs de la vie chrétienne conformes à r condition ; et après leur avoir expliqué les principaux mystères e tous doivent savoir et croire, on leur parlait tantôt de la manière bien prier Dieu, tantôt de ce qu'il faut faire pour vivre en bon ivre, ou bien comment ils devaient souffrir avec patience leurpaulié et affliction, et ainsi des autres sujets qui leur étaient propres convenables, le tout suivant les ordres qui en étaient donnés par

Vincent.

Les pauvres se trouvaient à centaines, en tout temps, à ces aumôs corporelles et spirituelles, et on en a vu quelquefois jusques à iq et six cents. Il est vrai qu'il fit cesser cette distribution de pota- } deux ou trois ans avant son décès, à cause des défenses qui en rent faites, après l'établissement de l'Hôpital général, pour ôter la mdicité de Paris; et comme les pauvres s'en plaignaient, lui disant : m père, Dieu n'a-t-il pas commandé de faire l'aumône aux panes? Il leur répondit : Il est vrai, mes amis, mais il a commandé ssi d*obéir aux magistrats. Et néanmoins depuis cette défense, à ccasion d'un rude hiver qui réduisit quantité de pauvres familles ns une extrême nécessité, il leur fit donner chaque jour du pain et i potage.

Pendant les troubles de Paris il fit faire la même distribution tous I jours à près de deux mille pauvres; ce qui causa une grande dense à la maison de Saint-Lazare, laquelle en demeura encore plus idettée qu'elle n'était. Il fut en ce temps-là obligé de sortir de Paris,

comme il a été dit an premier livre; et quoiqu'on lui eiSA manAiki pillages, les dégâts et les pertes très-notables que souffrait alors c maison par le logement de huit cents soldats et autres gardes qu*on j avait envoyés, sachant néanmoins la grande nécessité que soufiraîert les pauvres, il écrivit plusieurs fois à son assistant pour lai reeoBmander que Ton continuât toujours ces aumônes de pain, employât jusqu'à trois setiers de blé chaque jour, sans avoir égard qu'il ità pour lors extrêmement cher, et qu'on n*en pouvait même troimr dans Paris pour de l'argent : la charité de ce vrai père des panne passant par-dessus toutes ces considérations, qui eussent été eqâbles d'en arrêter toute autre moindre que la sienne. Le frère boulanger de la muson, qui avait en sa charge le gouvernement Ai grains, a déclaré que, pendant l'espace de trois mois, il en avait èiployé dix muids en pain, qu'on distribua aux pauyres. En quoi 3} a sujet d'admirer la conduite de la providence de Dieu ; car, à Iifc de ces trois mois, qui fut environ la fête de Pâques, tonte la provision de blé ayant été ainsi consommée, et la communauté réduite àn*!voir pas de pain pour sa subsistance, lorsqu'elle était sur le point h succomber à la nécessité, les affaires publiques s'accommodèreiii, i( les passages étant ouverts, on acheta du blé pour vivre, dePttgàt qui fut emprunté ; et en cela l'on reconnut manifestement le siâiqiB la bonté de Dieu prend de secourir dans leurs besoins ceux qui «riltent les pauvres.

Voici le témoignage qu'a rendu sur ce sujet un trës-Tertuenx ôtlsiastique : « Pour faire voir, dit-il, le grand cœur de SI. Tinetat H son amour incomparable pour les pauvres, ayant appris ce qui s%it passé dans Saint-Lazare, et comme tout y avait été consniné, oaîfB le feu ou par la dissipation que les soldats en avaient faite, prévojfiU j par sa prudenco â quelle extrémité seraient réduits les pauvMpirli blocus de Paris et par la grande cherté des vivres, qui serait inMtt ble, il manda à feu M. Lambert, qui tenait sa place, qu'il dourit ordre que tous les jours on fit de grosses aumAnes aux panvM, El qu'à cet effet la maison empruntât seize ou vingt mille livres ponrj subvenir : ce qui fut fidèlement exécuté ; en sorte que tous les jeun on distribuait un grand nombre de pains, et deux ou trois gnndci chaudières de potage aux pauvres, avec la même abondance et libAilité comme si le blé n'cilt rien coûté à la maison. Ce qui futcontiniK durant plusieurs mois, et même après l'accroissement de ces troubles ; cequ*ont depuis imité avec grande bénédiction diverses oominautés et autres personnes riches. Et ce n'est pas une des moinditf louanges dues à la charité saintement ingénieuse de M. Vinèèiit|oar

soulagement des pauvres dont il a toujours été le i*ère nourricier, [ tous lieux et eu toutes occasions. »

If aïs ce qui est encore digne de remarque est que ce charitable pro-

eur des pauvres donnait uon-Beulemeiit les ordres nécessaires pour

ster ceux qui veuaient demauder Taumône à h porte de Saint-

Lazare, mais de plus il envoyait chercher les pauvres réfugiés à ra-

ts jusque daus leurs tandis et galetas, employant à cet effet un prêtre

un frère, qui allaient en ces lieux voir quels étaient leurs hi:soins

)ur les soulager et surtout les malades* Or, comme sa rliarilé était

is mesure et sans bornes, il en étendait les soins sur loutrs sortes

! personnes, de quelque condition ou nation qu'elles fusant ; c'est

>unîuoi ayant appris en ce temps-là quHI y avait ûnrn Varh quau*-

Uié de pauvres catholiques hibernais bannis pour la fui, et rcditits

i grande misère, tl appela un jour un des prètresde sa Congr^gat' n,

[ibernaÎB de naissance, et lui demanda ce qu'il pensait qu ou pour*

il faire pour assister ces pauvres réfugiés d Hibernie ; * N'y aurait-i!

moyen, lui dit-il^ de les assembler pour les consoler et pour les

[istruire ? Ils n'entendent pas notre langue, et je les vois comme

banâonnéi, ce qui me touche le cmur, et me donne un grand senti-

dent de compassion pour eux, » A quoi ce bon prêtre ayant répondu

l'il y ferait son possible ? « Dieu voiis bénisse, répliqua M* Yin>

gnt; tenez, voilà dii pistoles; allez au nom de Dieu, et leur donnez

i consolation que vous pourrez. " Il faut remarquer que cette assis -

aee est dilTéreute de celle qu il rendit à des ecch^iastiqnes du

Ime pays d'Hiheruie, dont il sera parlé ci-après.

Un bon garçon tailleur, s' étant retiré de Saint-Lazare en son pays,

^s avoir vu et expérimenté la grande cbarilé de M* Vincent, prit

liberté, au bout'de quelque temps, lorsque ce saint homme était le

fïm occupé dans les grandes affaires de la cour, de lui écrire une

ttre pour le prier de lui envoyer un cent d'aiguilles de Faris* m

i*il reçut en très-bonne part, et prit très- volontiers le soin de les

lire acheter f et les lui envoyer, sans témoigner eu aucune façon

qu'il trouvât étrange que ee garçon se fût adressé fti librement à .lui

pour des choses de si petite conséquence.

Retouruaut un jour de la ville, il trouva quelques pauvres fijuimes à ta porte de Saint-Lazare, lesquelles lui ayant demandé i'aum6ne,il leur dit qu'il allait leur envoyer quelque chose; mais quaud il fut entré, s'en étant oublié à cause de quelques aCTaires pressantes et importantes qui lui (Hiç-u[J€reut l'esfîrit, c^rnuie ou Vm eut fait resî^uvenir, il leur porta lui-même Taumôue, et ë'étaut mis a geiïQUX devant eUe«, leur demanda pardon de ce qu'il les avait oublie e$.

at an

cdi

Une pauTre femme ayant fait demander l'aumône à H. Vinoi^ il lui envoya un demi-écu; mais, elle, lui ayant mandé que cekAi peu eu égard à sa pauvreté, il lui envoya aussitôt encore on demi-écu; et on lui a vu souvent faire des choses semblables.

Un pauvre charretier ayant perdu ses chevaux, eut reeooil 9^ M. Vincent, pour le prier d'avoir pitié de lui, et lui faire qid|l charité pour lui aider à réparer cette perte ; et aussitôt ce chariUlk aumônier lui (it donner cent livres.

Un fermier de la communauté de Saint- Lazare ne pouvaatpqtf ce qu'il devait, M. Vincent lui fit encore donner de l'argent : rta ne saurait dire combien a été charitable son support pour tM b fermiers, tenanciers et débiteurs de sa communauté qui diffénW à payer; aimant mieux leur faire de nouvelles avances et se en danger de tout perdre, que d'user d'aucune contrainte ou rigoiil'K en leur endroit. 1"

Un laboureur des champs qui tenait de longue main une fcni'f ^ par bail d'emphytéose qui dépendait d'un hôpital, en fut dépofltt par arrêt ; ensuite de cela étant mort, et ayant laissé sa femme Aii enfants dans une grande pauvreté, M. Vincent, par pure ehiril^ retira ses deux petits garçons en la maison de Saint-Lazare, oàk ont été nourris et entretenus près de dix ans, et y ont appris on wir Mer pour gagner leur vie; il contribua aussi en même temps pitf faire subsister la pauvre veuve.

La réputation que M. Vincent s'était acquise d*étre un fort charitable, a de tout temps attiré à Saint-Lazare un grand noibre de pauvres honteux de toute sorte de conditions, tant de PlAr que d'ailleurs, dont quelques-uns ayant été dans Thonneor et é0' les biens, venaient en confiance lui découvrir leurs nécesûtéB; ki autres, ayant honte de lui demander, le priaient de leur prêter qod*' que argent, et il leur faisait donner à tous quelque chose, aux aH' plus, aux autres moins, et souvent il épuisait jusqu'au dernier soif et lorsqu'il n'y avait plus rien dans la bourse de la maison, il <t» 1 voyait chez mademoiselle Le Gras emprunter de l'argent, ponr tf renvoyer ces pauvres honteux sans quelque consolation.

Il y en avait encore d'autres auxquels il faisait donner tons ta mois quelque argent; et un peu avant sa mort, il en vint un qai,ii pouvant lui parler à cause de sa maladie, dit qu il y avait biendii* sept ans qu*il venait quérir cette aumône, qui était de deux écm tous les mois, laquelle il faisait passer comme une rente qoi loi était due.

Venant un jour des champs à Paris dans un carrosse, et ayant reo-

I— 281 — é BUT le chemin une pauvre persoiioe toute pleiûed* ulcères et Lres incommodités qui faisaient horreur, il la fjt monter dans le •rosse^ et la mena jusqu au lieu où elle voulait aller dans Paris. 11 ût souvent lu même chose, parliculi^remeot pendant Thiver, lors- ■revenant le soir à Saint < Lazare il rencontrait de pauvres vieilas ou autres personnes incommodées^ auxquels il donnait place

It le carrosse, qu'il nommait par humilité son infamie; fai.sant par quelque sorte de compensation de ce qu'il s'csLimait iudigne I petit soulagement, et comme voulant en payer un tribut, et en i part au\ pauvres, avec lesquels il estimait que ce qu*il avait de ïWM et de soulagemenL leur devait être commun; tant il avait d'àlur, de tendresse et de compassion pour eux.

taand il voyait des pauves malades coueliés le long des rues on chemins, il allait a eux, ou il y envoyait, pour savoir quel était l&r mal et leur besoin» afin de leur procurer quelque soulagement ; . lor^u'il ue reconnaissait point de feint ise en leur fait, et qn ils .aient vraiment malades, il leur offrait de les mènera riiètel-Dicn ttis sou carrosse } 041 bien s'il u'avait point de carrosse, il les y failit porter; et non content de payer les porteurs, il leur donnait en- Me quelque aumône.

■issant un jour dans une rue d@ Paris, il entendit un jeune enfant V se lamentait, et ayant ansHitùl fait arrêter le carrosse, il descen- U, alla vLfs lui, pour lui demander quel mal il avait et pourquoi il teurait de la sorte; et 1 enfant lui ayant montré un mal qu'il avait la luain^ il le meua lui-même chez un chirurgien, le fit panser en I présence, paya le chirurgien et donna encore quelque argent à ce IQvre enfant.

Un vieux soldat qu'on appelait le Criblé, à eaune de quantité de tafiifires qu*il avait reçues à la guerre, vint un jour à Saint-Las^are, H y être connu de [ïer^onne; et s'ad ressaut librement à M* Vin- Bffurla confiance qu'il prenait en i^a eharité, dont il avait ouï Hier, il lui demanda qu*il le souCfrit dam sa maison pour quelques iiifs, ce quHi lui acctirda bien volontiers. Ce soldat elont un jour Menx après touibé malade, M. Vincent le lit mettre dans une imnbre â feu, ou il fut entretenu et medîcamentc l'espace de deu\ ,ûis, et mi>me lui donna un f rcre pour lui rendre tous les services Soêfisaires jusqu'à ce quHl lût entièrement rétabli.

VoUàquelqucs petits échanlilUms de» cliarit^sqne cesainthomme gerçait envers les pauvres, dont on ne doit pas s'étonner, pouvant len leur faire largesse des biens extérienrft, puisqu'il leur avait cmoé son cœur et qu'il était toujours prêt d*expo^er sa vie pour

procarer le bien de leun âmes : ne désirant rien tant que de tel rendre toutes sortes de services pour Tamonr de Jësoa-Chiiit, fA honorait particulièrement en eux ; les regardant comme tas vtaKJ images de la charité incompréhensible qui avait porté oe divin veur à se dépouiller de toutes ses richesses, en se faisant panviepnr Tamoor de nous, afin, comme dit lo saint Apôtre, qa'il nous enridl par sa pauvreté. '

SECTION III

SON AMOUR RESPECTUEUX ENVERS LES PRELATS DE lé'iGLUB*

Nous avons déjà vu au second livre quelques-ans des M. Vincent a tâché de rendre à MM. les prélats en diverses très; et nous avons encore touché quelque chose, an oomi de ce chapitre, du grand amour et du singulier respect qu'il a leurs personnes sacrées : mais il faut avouer que toat ce que avons dit et tout ce que nous en pourrons dire est très-pea, en paraison de ce qui en est en eOet ; et que nous n'avons point ds les qui soient suffisantes pour exprimer quelle était la le respect et l'amour que M. Vincent avait pour les prélata de i'^^ qu*il reconnaissait et honorait comme les lieutenants de Ji sur la terre, et les successeurs de ses apôtres : c'est poorqiMi avons jugé ne pouvoir mieux faire en cette section que de i'( parler lui-même^ et nous exjiliquerses sentiments sur ce ssjsC les tirerons de quelques lettres qui sont venues les premièM la main, parmi un très-grand nombre d'autres qu'il a vers temps à plusieurs prélats , dont nous produirons les extraits.

Un évéque de grand mirite, qui est maintenant devant qui avait été élevé a cette dignité par l'entremise de M. Yi ayant fait savoir les premiers fruits de ses travaux dans son ^fe^^ i l'en congratula par ces paroles : « Qui est-ce qui ne reooBBaltA.^Ml c'est une bénédiction de Dieu bien manifeste sur le dioeèsed^S» i lui avoir donné un évéque qui porte la paix aux âmes en deslà&ftr U depuis cent ans on n'avait point ouï parler ni'd'évéques nide^' ^v* et après cela, Monseigneur, puis-je concevoir une ertimeassesi^ ^§ de votre personne, ni vous rendre des respects assex profeidv^Hl^ ne dois- je pas dire que vous êtes vraiment un évèqne Diea-^- ' ^ un prélat de grâce, et un homme tout apostolique, par qui ^^ Christ s' e»t fait connaiLre aux peuples les plus désolés? Que nom eu soit à jamais béni, et vous conserve use longooMÎta^^ ^g.

— Ï8S — mir être enfin récompensé d'une éternité de gloire, et reconnu dans I del parmi nn très-grand nombre d'âmes bienheurenses qni auront a entrée en ce séjour de gloire par votre moyen, et qui vous y remnaitront pour leur second sauveur après Jésus-Christ. »

Un autre évêque voulant quitter son diocèse, parce, dit-il, qu'il se ^connaissait incapable de le gouverner, pria M. Vincent par plucurs fois de lui trouver un bon successeur. A quoi il lui répondit ins les termes suivants : • Vos lettres, Monseigneur, m'ont trouvé plein de respect pour votre personne sacrée, et d*affcctionde vous l)éir, que j'ose vous dire que j'ai presque sans cesse devant les yeux

commandement que vous m'avez fait ; et je ne rencontre guère la srsonnc que vous savez, que je ne lui en dise quelque mot. Je sais ^anmoins, Monseigneur, que vous êtes autant au-dessus de ce que >ns pensez être, comme la montagne Test de la vallée ; mais ne pou- Uit vous servir à votre gré, qu'eu faisant ce que vous désirez, je tarerai de le faire en cela, et en toute occasion. »

écrivant à un autre prélat qui était dans le même dessein de quitter ^ évéché, à cause de quelque incommodité, et voulant l'en détour- ^» voici en quels termes il lui parle : « Je ne puis, Monseigneur, ^' exprimer la douleur que je sens de votre indisposition; Dieu, * ^'a donné à vous, vous fera, s'il lui plait, connaître la tendresse '' a mise en moi pour tout ce qui vous touche. Ce qui me console ïue votre maladie n'est pas sans remède, ni sans espérance de gué- ** - J 'en ai ressenti quelque atteinte autrefois, ayant eu un doigt

'^uin tout à fait insensible, mais cela s'en alla dans quelque ^- IMaise à Dieu, Monseigneur, de vous conserver pour le bien '^*"eî diocèse, au sujet duquel j ai appris que vous aviez quelque ^ cle le quitter ; mais si j'étais digue d'être écouté en vous ex- ^ 1 a mienne, je prendrais la liberté. Monseigneur, de vous dire ^*^ « semble que vous feriez bien de laisser les choses comme elles ^^^ peur que Dieu ne trouve pas si*n compte dans votre dé- ^ • Car où rencontrerez-vous un homme qui marche sur vos '*• qui approche de votre conduite? S'il s'en pouvait trouver l^^ " un, à la bonne heure; mais je ne vois pas que cela soit à es- ' ^ clans le temps où nous sommes. Et puis, Monseigneur, vous ^^ pas plus de difficultés en votre épiscopat, que saint Paul en a ^^ dans le sien, et néanmoins il en a soutenu le poids jusqu'à la ^ î et aucun des apôtres ne s'est dépouillé de son apostolat et n'en yt-ttî l'exercice et les fatigues que pour aller recevoir la couronne ^^1. Je serais nn téméraire. Monseigneur, de vous proposer leurs ^ples, si Dieu, qui vous a élevé à leur dignité suprême, ne vous

invitait lui-même à les suivre, et si la liberté que je prends nepncédait du grand respect et de Tincomparable affection qne Nota^ Seigneur m*a donnée pour votre sacrée personne. »

Un très-lion prélat lui ayant proposé par lettre une Tingtaiiieè difficultés notables, sur lesquelles il lui demandait son aTis, ilo mença la réponse qu'il fit en ces termes : « Hélas ! llonseignearyfl faites-vous? De communiquer tant d'affaires importantes à nn piivl ignorant comme je suis, abominable devant Dien et devant lesbofr mes, pour les innombrables péchés de ma vie passée, et pour tantfe misères présentes, qui me rendent indigne de Thonneur que i humilité me fait, et qui certes m'obligeraient de me taire si vooit me commandiez de parler. Voici donc mes chétives pensées snrU points de vos deux lettres, que je vous propose avec tout le ra|M que je vous dois, et dans la simplicité de mon cœur. Je ne pnisidca commencer que par le remerciement que je présente à Dien de M^ tes les grâces qu'il vous fait, le priant qu'il se glorifie lui-méflN4ii heureux succès de vos fonctions, auxquelles vous vaquez avee lli ! de zèle et d*assi(luité, qu'il ne se peut rien davantage, etc.

« Je pense que vous n'aurez pas désagréable de savoir que M.FdK votre frère est allé faire une petite retraite chez nos prêtres de tm^ lieu. Le supérieur m'a mandé qu'il a fort édifié cette petite coailt' nauté par sa dévotion, sagesse et modestie, et que même il a tiéif tant de goût en ses exercices, qu'il leur a fait espérer d*allerptfk les fêtes de Noël avec eux. Gomme je ^ais, Monseigneur, que vMÎb désirez rien tant que de voir vos proches se porter à Dien, j*ai lA vous faire part de cette consolation, qui n'a pas été petite poorMi voyant qu'en même temps que vous travaillez à établir son itfili en votre diocèse, lui-même l'affermit et le perfectionne dans m famille.

Bépondant à un autre prélat qui lui avait proposé de semtUiik difficultés : « J*ai reçu la lettre, lui dit-il, que vous m*avez futl^ ncur de m'écrire. Je l'ai lue et relue, Monseigneur, non pour èN miner les questions que vous me proposez, mais pour admirer bp gement que vous en faites, où il parait quelque chose de plu8qé||| Tesprit humain ; car il n'y a que l'esprit de Dien, résidant en wfi personne sacrée, qui puisse joindre la justice et la charité ai jM que vous vous proposez de les observer en cette affiùre. Je n*d ^ qu'à remercier Dieu, comme je fais, Monseigneur, des sab^ mières qu'il vous a données, et de la confiance dont réùM honorer votre serviteur inutile. . «^

sont Fi élevées au-dessus de m

onfusion penser aux a\'i8 que vous me demandez : je ne laisse pas, lonseigneur^ de tous obéir eu tous disant, etc. »

M. Vincent voyant un très-bon prélat dans quelque procès en avait leaucoup de peine, à cause de Taffection qu'il lui portait; et ayant m jour essayé de le tirer de cette aiFaire par voie d'accommodement, I lui en écrivit et teroiiua sa lettre par ces paroles : « Au nom de )icu, Monseigneur, pardonnez-moi si je m'entremets en ces affaires ci, sans savoir si les ouvertures que j'ai faites vous agréeront. Jl ari\era peut-être que vous en serez mal satisfait; mais il n'y areaède, puisque ce que j'en fais n'est que par un excès d'affection, de 'ous voir déchargé des soins et distractions que ces fâcheuses affaires ^ous peuvent causer, aCn que vous puissiez vaquer avec plus de ranquillité d* esprit à la coiiduile et sanctification de votre diocèse; il pour cela j'offre souvent à Dieu mes cbétives prières, etc. Mais il f a une chose, Monseigneur, qui m'affligtt graLdemeut, c'oM que l'on rous a dépeint au conseil comme un prélat qui a grande facilité à ;i!aider, en sorte que cette impression y est entrée fort avant dans les fsprits. Pour moi, j'admire ï^otre- Seigneur Jésus-Christ qui a improuvé les procès, et qui néanmoins a bien voulu eu avoir un et le perdre. Je ne doute pas, ilbmseigueur, que si vous en avez quelquesans, ce n'est que pour soutenir et défendre sa cause : et de là vient }uc vous conservez une grande paix intérieure parmi toutes les cou- Iradictiims du dehors, parce que vous ne regardez que Dieu et nou pas le monde : vous cherchez uniquement de plaire à sa divine Majchté, sans vous soucier de ce que les hommes dirout; dout je remercie sa divine bonté, parce que c'est une grâce qui ne se trouve que dans les âmes qui lui sout iutimemcut unies. Mais je vous dois dire aussi, Monsiigueur, que cette fâcheuse opinion du conseil pouira TOUS nuire en l'instance présente, et empêcher qu'on ne vous accorde ce que vous demandez. »

J^ proposition d'accommodement contenue en cette lettre n'ayant pas été agréable à ce bon prélat, M. Vincent ne se rebuta pas pour cela, mais il lui eu écrivit derechef dans les termes suivants : • Je TOUS supplie trts-bumblement, Monseigneur, de me supporter encore cette fois, si j'ose vous faire l'ouverture d'un accommodement : je sais bien que vous ne doutez pas que c'est l'affection de mou pauvre cœur pour votre service qui me le fait désirer ; mais vous pourriez trouver mauvais qu'étant si peu intelligent que je suis, et que connaissant que TOUS n'aTez pas agréé la première proposition que je VOUS en ai bitei j'entreprenne de toos en faire une seconde : aussi p|e le fàû-j^ pv de moi-même, mais par Tordre de monsieur Totre

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gneur, d'excuser ma hardiesse, et de ne pas cousidércr ce que jefNl

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Église, et le repos à votre esprit. Vous savez le pouvoir que fM

avez sur moi et l'affection singulière que Dieu m'a donnée poorvollll

service : si donc vous me jugez digne d'y contribuer quelque dM^

sa divine honte sait que je m'y emploierai de tout mon cœur.

Un saint prélat ayant pris la peine, pendant les exercices da«* dinands, de leur faire lui-mùme un eutrelien tous les jours, IL Tw cent l'en congratula dans ces termes : « Je vous remercie très-IUBl)lemeut, iHIonseigneur, de Thonueur que vous avez fait à foM séminaire de le consoler de votre chère présence et de vos instroetiMt paternelles pendant Tordiuation ; et je rends grâces à Dieu de hit' vcnr qu il a laite a ceux qui ont eu le bouheur de vous entendre|à voir en sa source l'esprit ecclésiastique; j'espère qu'ils s*en soufici* drunt toute leur vie et que le fruit en durera plusieurs siècles. i| reste, ^Monseigneur, j'ai reçu la lettre dont vous m'avez honortif* joie, parce que c'est votre lettre ; et avec douleur, voyant ce qniM passe en votre synode : eu quoi, Mouseigneur, j'admire d*un oMll conduite de Dieu, qui exerce de la sorte la vertu d'un de ses pM grands serviteurs, et de l'autre le bon ung^qiia Vi4ra GnndiBPr M

€t eierdi^e^ Je prie sa divine bon lé q^u^il you$ fortifie de plus en i dans cette épreuvci afia que par votre patience vous parveniez »iit de vQâ saintes iateatlooSi à la honte de eeui qui ontost^ vous f erscr. •

juelques persOQjios ayant rendu uû mauvais oQice ati;»rè»du roi & évêqui'» comme s*it eût été peu boi^^ucux de sacquiUer de sa rge, ce qui avait même obligé Sa iMajeaic de lui en laire plainte

imc lettre de cacbet qu'iL lui écrivit, M, Vincent T^ijauL «u, et l)ieo Ci prélat eu était afllige, il tàciia de le consoler par uue de lettres, dans laquelle il lui parie en ces termes : « rm un sensil le Laisir, Muûseigneur, de celui que vous ave^ reçu de la klire qui B a été rcrite de la Cour| ainsi que Ton ine l'a latt euteudre, dont été graiideuieut surpris. Je souliaiterais être m Ueu ou je pusse

mes raiâons pour votre jutililieatiou : je vous prie de croire que l'ciîorcerai de le faire lorsque Dieu m eu douueraleHmojcus; de ne que /ai toujours tàebé d'iasiuuer^ eu loutei^ rencontres et eu » lieux^la plcuiludc de Testime et de la révérence que j'ai pour 'c persouue i^cree, qui iaîL de nouvelles iniprcdî^ions tu moi toutes fuis que je coubidèie la giâcc que vous failus a \qs pauvres mia- Luaires de les euiplojrer a riusLruction et au salut de voë peuples ^ ouuiic ils sout heureux et conieuts de travaUler «ous voU'c douce duite> *

t rougis de boute, Monseigneur (dil-il, éerivant a uo archevêque autre sujet), toutes ks luis que je lis la dernière lettre que Lavez fait 1 itouucur de ui'ecnre; et iuétue toutes les lois que peuôCi vojaut u quel point Vutre iirandcur s'aiiaisse devaut un vre porcber de naissance, et un muerai) ie viuilUrd rempli de bés; et eu luèiiic temps je resbcuh uni; giaude peine de vous avoir ma sujet d'eu veuii- la, quand j ai pr^ la coniiauce de represeuter ScreiirandL'ur que nous étions Hors d état de lui dunui^r le^ï bommea die demande. i^Ue peut bitii peuser i|ue ce u a pas ete par aueuii lut de respect ui Oe soumission pour toutes ses voloulés^ mais ■kUe pure impuissance de iui ubcir en celte oeeasiou. ii3 la supplie PlumbiemeuL de nous donner siv mois de terme : uous se nous uilemeul consoles de vous donuer piuit Lot cette sa lis [action^ mais Blïlait pas a i>ieu que uous le puissions iaure. Au nom de Dieu | Kigneur, aje^ la bouté d creuser notre pauvreté, et réservez, pnus plail^ >oUe voyage de Paiis pour une uccasion plus imporle* Ge me si rai t une bénédiction de i>âeu de iccevou: encore uue i cêUo de Voire Grandeur, mais j'aurais uu regret inconcevable fille vint se luUguer ici pour une allaire qui fi eu serait pas plus liveï bieu^ MooseigaeuTf qu il a y a gcos au moa.d«

rapporteur, lequel je suis allé voir depuis deux jours pour lui recommander votre cause, et lui déclarer les conduites admirables que Notrc-S&igneur tient sur vous, Monseigneur, et par vous sur votre diocèse. A quoi il m'a répondu qu'il était votre très-humble serviteur, et une des personnes du monde qui vous estime et qui vous honore le plus, et que dans cet esprit il me priait de vous mander que, si vous le croyez, vous sortirez amiablement de tous ces différends. Il m*a apporté plusieurs raisons pour cela, et entre autres celle-ci, qu'il est de la bienséance, pour un si grand prélat que vous, de terminer les affaires par cette voie, surtout ayant affaire à votre clergé, où les esprits sont disposés à la révolte, et dans le dessein de vous tracasser toute votre vie. Et comme il voit l'air du conseil, il appréhende l'événement des poursuites, parce que plusieurs de ceux qui le composent, ne sachant pas la sainte vie que vous menez ni les droites intentions qui vous font agir de la sorte, pourront penser qu'il y a quelque chose de contraire au support et à la douceur convenable à votre dignité* Je vous supplie très-humblement, Monseigneur, d'excuser ma hardiesse, et de ne pas considérer ce que je vous représente comme venant de moi, mais de monsieur votre rapporteur, qui est lun des plus sages du siècle et l'un des meilleurs juges du monde. Il y a plus do personnes chez lui que chez les premiers chefis de la justice, parce que chacun s'estime heureux de l'avoir pour rapporteur. Je prie Dieu qu'il ait agréable de redonner la paix a votre Église, et le repos à votre esprit. Vous savez le pouvoir que vous avez sur moi et l'affection singulière que Dieu m'a donnée pour votre service : si donc vous me jugez digne d'y contribuer quelque chose, sa divine bonté sait que je m'y emploierai de tout mon cœur.

Un saint prélat ayant pris la peine, pendant les exercices des ordinands, de leur faire lui-même un entretien tous les jours, M. Vincent Teu congratula dans ces termes : « Je vous remercie très-humblement. Monseigneur, de Thonneur que vous avez &it à votre séminaire de le consoler de votre chère présence et de vos instructions paternelles pendant l'ordination ; et je rends grâces à Dieu de la faveur quil a faite à ceux qui ont eu le bonheur de vous entendre, de voir en sa source l'esprit ecclésiastique; j'espère qu'ils s'en sonviendrunt toute leur vie et que le fruit en durera plusieurs siècles. Au reste, Monseigneur, j*ai reçu la lettre dont vous m'avez honoré avec joie, parce que c'est votre lettre ; et avec douleur, voyant ce qui s'est passe en votre synode : en quoi. Monseigneur, j'admire d'un côté la conduite de Dieu, qui exerce de la sorte la vertu d'uu de ses plus grands serviteurs^ et de l'autre le bon usage que Votre Grandeur fait

de cet eiercK^. Je prie sa divine bonté qu'il tous fortifie de plos en plui daos celte épreuve, afla que par lotre palience vous parveoiez nu but de vas salutes inteutious, à la boute de ceux qui outOBc vous Ira verser, •

Quelques personnes ajaut rendu un mauvais office auprès du roi à un évéïjut', comme s'il eût été peu boigueux de s acquiUer de sa charge, ce qui avait même obligé Sa Majesté de iui eu laire plaiule i^ar une lettre de cachet qu il iui écniit, M. Viueent lajaat su, et combieu cv prclat eu uLaiL atBigt;, U t4cUa de le cousoler par une de Hcs lettres, dans laquelle il lui parle eu ces termes ; « J'ai uu scusil le diSplaisir, Monseigueur, de celui que vous avest reçu de la lettre qui vous a été icrite de la Cour, aiusi que i ou me lu lait entendre, doot )*ai été grandement surpris. Je souUaiierais ôtie eu lieu oix je pusse dire mes raisons pour votre justilicatiuu : je vous prie de croire que je m'effurcmai de le l'aire lorsque JDieu m'en donuera les mojeus j de même que j^ai toujours làcbé d'msiuuer, eu toutes reucoiitres et eu tous iieu3L;U plénitude de Tefetimo et de la révérence que j'ai pour votre personne jsacrée, qui lait de nouvelles imprcâbluns eu moi toutes les lois que je cousid^re la grâce qut^ vous faites a vos pauvres mis^ tioiiiiaires de les employer u 1 iuhU uctiou et au salut de vos peuples, et coauiie ils sont lieureux et coatents de travailler sous votre douce coaduite. ■>

4 Je rougis de honte, Monseigneur (dit-il, ccrivaut a uu archevêque sur on autre sujet), toutes les lois que je lis la deruiere lettre que vous m'ave^s (aU lùonueur deni ecnro; et mêiuc toutes les loL» que ly peuse, vojant a quel point Votre ii raideur s'abaisse devant un pauvre porcher de uuiJàsauci!, et un jui^erabie vieillard rempli de péchés; et eu même temps ju reâ^euh mm giaude peiue de vous avoir doiuic sujet d'eu vemr la, quand j ai pris la coulianee Ou représenter a Voti'e Grandeur que uous étions uorsd état de iui douuerles hommes qu'elle demande. JbUe peut hiLU penser que ee n a pas été par aucun cietaut de ret^pect ai ae soumiâsu>u pom^ toutes ses volontés, mais par uuè pure nnpuLhsance de iui oheir eu cette occabion* it; U supplie tiés-humhlemeuL de nous donner si \ mois de ttrmc : nous serions grandement consoles de vous douut:r pins tùL cette stitislactiou, mais il ne plait pas a iiieu que nous le puissions laure. Au nom de Dieu , Uonseigneur, ajex ia boute d eneuser iiotfc pauvreté, et restrvez, l'U vous plail, ^otre voyage de i'aris pour uue uccabiou plus imporlante. Ce me serait uuc benediclioa du Dieu de lecevoir encore une fois celle de Votre Grandeur ^ mais j aurais uu regret iueoucevable qu'elle vint se laUguer ici pour une allaire qui n eu serait pas plus avancée. Vous savez bien, i^onseigneux^ qu'il n'y a gens au mondt

plus disposés à recevoir vos commandements que nons le sommes, et moi particulièrement sur qui Dieu vous a donné un pouvoir son- Ycrain. •

En écrivant à un autre archevêque sur le snjet de qnelqaes-uiii de ses diocésains qui avaient été menés esclaves en Barbarie : « Fà reçu voire lettre, Monseigneur (lui dit-il), avec le respect et la révén^nce que je dois à Tun des plus grands et des meilleurs prélats de ce royaume, et avec un très-grand désir d*obéir à tout ce qu*il vous plaira me commander. Je rends grâces à Dieu de la dévotion qn'il vous donne de délivrer vos pauvres diocésains qui sont en escla* va<?u. Vous ferez une très-grande charité et une œuvre très -agréable à Dieu de les tii\ ;* d'un péril imminent de se perdre, et vous donnerrz un bel exemple aux autres prélats, pour faire revenir en leur bercail leurs p luvres brebis égarées qui sont en grand nombre dan ce mùme danger ; et pour y coopérer de notre part et obéir à ce qœ vous désirez, nous enverrons très-volontiers quelques-uns de nos prêtres pour faire cette rédemption. J*écris aujourd'hui aux consuls de Tunis et d'Alger, et leur mande qu*ils nous envoient des passeports, afin qu'ils y puissent aller en sûreté, selon votre commandement. •

Gomme Al. Vincent était ravi de voir l'Église pourvue de bons et vertueux prélats, il craignait aussi que le zèle de quelques-uns n'avançât leur mort, et ne privât l'Église des services qu'ils lui rendaient; c'est pourquoi il les exhortait dans les occasions de se ménager. Hais un vertueux évêque lui ayant fait réponse qu'il ne se voulait point épargner, et qu'il désirait mourir dans le travail, voici en quels termes ce saint prêtre se donne le tort de l'avoir prié de se conserver, et le congratule de son zèle et de sa ferveur dans les emplois de son ministère : « Il est vrai, Monseigneur, que j'ai désiré votre modération, mais c'est afin que votre travail dure et que l'excès dans lequel vous êtes continuellement ne prive sitôt votre diocèse et toute l'Ëglise des biens incomparables que vous leur faites. Si ce désir n'est pas conforme aux mouvements que vous inspire votre zèle, je ne m'en étonne pas, parée que les sentiments h'imains dans lesquels je suis m'éloigiient trop de cet élat émiucut où l'amour de Dieu vous élève. Je suis encore tout sensuel, et vous êtes au-dessus de la nature; et je n'ai pas moins de sujet de me confondre de mes défauts que de rendre grâces à Dieu, comme je fais, des saintes diapositionB qu'il vous donne. Je vous supplie très- humblemeut, Monsagneory de lui en demander pour moi, non pas de aemblablaiy iMliitt» petite porUoBi ou seulement les miettes qui tombent de TOtiitilile •

Avant que de finir ce chapitre, non innÉmuiei one nlM bttiv

très«digne de remarque qae M. Vincent éerivit à on très^Tertaeas prélat, lequel, voyant la maladie contagieuse s*échaoffer en divers endroits de son diocèse, avait en mouvement d'aller lui-même en personne assister les pestiférés ; et néanmoins avant que de s'y enga < ger, il en avait voulu demander conseil à M. Vincent, duquel il reçut la réponse suivante, qui contient divers avis, lesquels peuvent être fort utiles en pareilles occasions :

« Je ne saurais, Monseigneur, lui dit-il, vous exprimer raffliclîou que j'ai de la maladie dout votre ville est menacée, ni la confusion que me donne la confiance dout il vous plail m'honorer ; je prie Dieu de tout mon cœur qu'il détourne ce fléau des peuples de votre diocèse, et qu'il me fasse digne de répondre en son esprit à votre commandement. Ma petite pensée donc, Monseigneur, est qu'un prélat qui se trouve en ce rencontre se doit tenir en état de pourvoir aut besoins spirituels et temporels de tout son diocèsit pendant cette afllicUoH publique, et de ne pas s'enfermer en un lien, ni s'occuper en quelque emploi qui lui ôte le moyen de pourvoir aui autres ; d'autant qu'il n*^est pas l'évêque de ce lieu-là seulement, mais il l'est de tout son div^cèse, & la conduite duquel il doit si bien partager ses soins, qu'il ne les arrête pas à un lieu particulier, si ce n'est qu'il no puisse pourvoir au salut des Ames de ce lieu-là par les curés ou par d'autres ecclésiastiques; car eu ce cas, je pense qu'il est obligé d'exposer sa vie pour leur salut, et de commettre à l'adorable providence de Dieu le soin du reste. C'est ainsi. Monseigneur, qu'un des plus grands prélats de ce royaume en use, c'est Monseigneur N., lequel a disposé ses curés à s'exposer pour le saint de leurs paroissiens ; et ^uand la maladie prend en un lieu, il s'y transporte pour voir si le curé est ferme en sa demeure, pour l'encourager en sa résolution, et enfin pour lui donner les conseils et les moyens convenables pour assister ses paroissiens : il fuit cette visite sans s'exposer à celle des malades, et puis il s'en retourne chez lui dans la disposition de s'exposer, s'il ne pouvait pourvoir par d'autres aux besoius d'une paroisse. Que ta saint Charles Borromée en a usé autrement, il y a apparence que ce fut par quelque inspirétion particulière de Dieu, ou que la contagion u'était que dans la seule ville de Milan.

« Mais parce qu'il est dii&cile de faire en un grand diocèse ce qui se fait aisément dans un petit, il semble, Monseigneur, qu'il serait bon que voua eussiei agréable d» visiter les quartiers où la maladie

b préBentemanli pour encourager vos curés ; ou si quelque incom-

flUi*^ ou lia danger d'être pris prisonnier en ce temps de guerre iMlMMûti d'envoyer des archidiacres, ou à leur défaut quel-

ques autres eoclésiastiqaes en ces quartiers-là ponr la i dès que vous saurez que la maladie a pris en quelque lieu, qv envoyiez quelque ecclésiastique pour fortifier le curé, et poar < quelque assistance corporelle aux pestiférés. La reine de F ayant appris que la contagion avait pris à GracoviOi et que U sons des pestiférés étaient fermées aussitôt qu'il y avait que frappé de la maladie, et qu'ainsi les sains et les malades y fraient la faim et le froid, elle se résolut d*y envoyer ane soni table par deux missionnaires, qui avaient ordre de pourvoir in rilure aux maisons pestiférées , sans pourtant s'exposer. Il ] quelques religieux qui s'exposaient pour l'administration dei ments; et par ce moyen, cette bonne reine a, sinon arrêté, j moins diminué de beaucoup les ravages que faisait cette mah infiniment consolé celte ville-là, qui est même la capitale dn roj Et pour ce que la ville de Varsovie, qui est maintenant le séjc rois, a clé frappée de la même maladie, un de nos prêtres me qu'elle donna le même ordre et la même assistance à cette ville un prêtre et par un Frère de la Mission.

« Les pauvres gens de la campagne, aiQigés de peste, «om l'ordinaire abandonnés et en grande disette de nourriture; eti une chose digne de votre piété. Monseigneur, de pourvoir à o envoyant des aumônes en tous ces lieux-là, et de les faire mettv les mains de bons curés, qui leur feront apporter du pain^ et quelque peu de viande, que ces pauvres gens iront prend lieux et aux heures qui leur seront marqués : que si Ton n\ assuré de la probité du curé, il faudra donner cet ordre à qael tre curt^ ou vicaire proche de là, ou à quelques bonnes gens 1 de la paroisse qui pourront faire cela ; il s'en trouve qnelqu'in l'ordinaire en chaque lieu capable de cette charité, prindpal quand il ne s'agit point de converser avec les pestiférés. J*( Monseigneur, que s'il plail à Dieu de bénir cette bonne < Notre-Seigneur eu retirera bien de la gloire; vous, Monseignc la consolation et eu votre vie et en votre mort; et vos diocésaiii grande édification ; mais pour faire cela il est absolument née de ne se pas enfermer.

• Vos miSHJonnaires, Monseigneur, m'ont mandé que Nota gneur leur fait la grâce de leur donner la disposition de b^s aux pestiférés les uns après les autres, soit à l'égard des maie leur quartier, soit à l'égard du reste de la ville, sekin que l'obéi et les nécessités le requerront. Or, je leuréeris, HoMiigneaTy prennent cet ordre de vons; et je vont 8a| "

— 29! -^ poser de nooSi selon que \oire incomparable bonté le jugera à propos,

« Il y a quantité de religieux qui s'offrent pour l'ordinaire à assister les pestiférés, je ne doute point qu'il ne s'en troure en votre Tille, et peut-être, Monseigneur, en trouverez-vous assez pour cette bonne œuvre tant pour la ville que pour envoyer aux champs, au lieu de HM. les archidiacres et des prêtres dont j'ai parlé ci-dessus. Vous verrez, Monseigneur, par cet imprimé que je vous envoie, l'ordre que Monseigneur Tarchevêque de Paris a mis dans ce diocèse pour remédier aux misères indicibles qui s'y trouvent; cela vous pourra donner quelque vue pour la manière de secourir vos pauvres diocésains. »

Ce bon prélat ayant reçu cette lettre, écrivit ces mots à M. Vincent : « Après vous avoir remercié de l'offre qu*il vous plaît me faire de vos prêtres, pour s'exposer en cas de besoin pour le service des pestiférés, je vous dirai que, comme ils travaillent utilement pour tout mon diocèse, je ne voudrais pas les exposer sans une extrême nécessité. Je suivrai vos avis en tout : je ne m'étais résolu de m'cxposer qu'en tant que je connusse que c'était la volonté de Dieu. J'ai tout suspendu jusqu'à ce que j'ai vu dans votre lettre votre sentiment, et ainsi je n'y penserai plus, et je ferai ce que vous m'écrivez avec grand plaisir. »

SECTION V

SA CHARITÉ ERVEES LES PRETRES ET AUTRES PERSOlfNES ECCLÉSIASTIQUES.

Pour connaître quelle a été la charité de M. \incent envers les prêtres et autres personnes ecclésiastiques, il ne faut que jeter les yeux sur tout ce qu'il a fait pour procurer leur bicu, dont il a été amplement parlé au premier et au second livre ; et il ne serait point nécessaire d'en produire d'autres marques ni d'autres témoignages que les grands fruits qui ont réussi des exercices des ordinands, des conférences spiiitucUes, des retraites, des séminaires, et de toutes les antres saintes entreprises auxquelles ce grand serviteur de Dieu s'est applitiué, pour la réformation, sauctilication et perfection de l'état ecclésiastique. Mais outre ces œuvres générales, il y eu a beaucoup d'autres particulières qui méritent bien d'être rapportées, par lesquelles on pourra encore mieux connaître le respect et l'amour qu'il avait pour tous ceux qui sont employés dans le ministère de r£glise.

C'était dans ce sentiment qu'écrivant un jour au supérieur d'une àl^fm maiiOBiy où il y avait un séminaire d'eculésiastiquesy il loî

lïarlâ en ces termes : » Je fialue avec affecUon et tendresse, îaî dit-îl| votre aimable coeur, et tou8 ceux de votre chère famille; et je prie Notre-Seigneur qii*il les bénisse si QhûiidammcDt que la bénédiction en rejailliise sur le séminaire, et que tous ces messieurs qui te cdiii* posent, dans lesquels vous tâchez de mettre et de perfectionner Tcs- (jrit eccldsiastiqae, s'en trouvent à la lin remplis. Je ne vous les ||j| commande pan, vous savez que c'est là le trésor de l*ÉgUse» » ^|

Et parlant à un autre, dans une lettre qu'il lui écrivit sur le mériic sujet ; ■ Oh î que vous êtes heureux, lui dit- il, de servir à Kotre Sri* goeur d'instrument pour faire de bons prêtres, et d'un instrument tel que vous ^tes, qui les éclairei et les échanfl'ez en même temps ! rn quoi vous faites TolDce du Saint-Esprit, à qui seul appartient d'illuminer et d enflammer les cœui^; ou plutôt, c'est cet Esprit saint et sanctifiant qui le fait par vous, car il est résidant et opérant ea vous^ non*stulemtnt pour vous faire vivre de sa vie divine, mais encore pour établir sa même vie et ses opérations eu ces messieurs appela au plus haut ministère qui soit sur la terre, par lequel ils doivent exercer les deux grandes vertus de Jésus- Christ, c'est à savoir, la religion vers son Père et la charité vers les hommes. Vojez done^ Monsieur, s'il ; a aucun emploi au monde pins nécessaire et plus désirable que le vôtre; pour moi, Je n>n connais point, et je pense que Dieu n'a pan tant attendu à vous le faire voir^ puisqull vous a donné rafTection pour vous y appliquer et la grâce pour y réussifi Humiliez-vous sanscesse^ et vous couliez pleinement en Kotre-Seigneur, aiin qu'il vous fasse une même chose avec lui, »

M, Vincent faisait encore paruide sa charité envers l'état eccl^as* tique par l'estime et par raiiection toute particulière qu'il avait pour letî communautés ecclésiastiques qu'il voyait s'établir, et par le Ecle avec lequel il procurait selon son pouvoir qn*ii se fit en tous lieux de semblables établissements, lesquels il jugeait très- utiles et trés*avautageux à rÉglise. A ce sujet, ayant élé instamment prié, par un ver-^ tueux ecclésiastique qui désirait étabUr une communauté de bun»^ prêtres dans un sien bénéfice situé en Anjou, de lai envoyer quel-' ques prêtres de la BOssion pour l'aider à faire c^t établissemeut, et' &e voyant daas l'impuissance de satisfaire à son désir, û luiécrivjl la' lettre suivante : . il parait bien, lui dit-il, que Fesprit de Dieu a ré»j pandu abondamment ses grâces en votre aimable cœur, et que le lém et la charité y ont jeté de profondes racines, puisque rien iitAi ca*1 pable de vous rebuter du dessein que vous avez conçu de procurcri k plus grande gloire de Dieu, pour le présent et pour 1 avenir, daîiS votre bénéfice* Flaisa à sa divine bonté, Monseigneuri de acconder

T08 saintes intentions, et de leur donner on heareax accomplissement. Je TOUS remercie de toutes les affections de mon âme de la patience que TOUS aTez pour nous, qui n'aurions pu reccToir l'honneur et les biens que tous nous aTCz offerts, et qui n'aurions pu non plus répondre à TOtre attente. J'espère, Monsieur, que tous trouTerez en d'autres la satisfaction entière. Je ne Tois pourtant pas bien où tous pouTcz TOUS adresser ) parce que je doute si messieurs de Saint- Sulpice ou messieurs de Saint-Nicolas-du-Gbardonnet Toudront tous donner des prêtres. Ce sont deux saintes communautés qui font de grands biens dans l'Église, et qui étendent beaucoup les fruits de leurs traTaux. Mais la première, ayant pour fin les séminaires, ne s'établit pour l'ordinaire que dans les Tilles principales ; et la seconde, étant fort occupée dans un grand nombre de saints emplois auxquels elle s'applique pour le serTice de l'Église, ne pourra peut-être pas TOUS fournir si tôt les ouTriers que tous demandez. J'estime néanmoins que TOUS ferez bien de leur en faire la proposition, étant toutes deux plus propres et plus capables que nous pour commencer et perfectionner cette bonne œuTre que tous aTez tant à cœur. •

Et écriTant à une dame de qualité pour lui persuader d'appliquer à un séminaire établi par messieurs de Saint-Sulpice le rcTenu d'une fondation faite par les seigneurs ses prédécesseurs pour dresser de bons ecclésiastiques, il lui parle en ces termes : « Si tous faites. Madame, cette application, tous dcTCZ tenir pour certain qu'elle sera exécutée en la manière que ces seigneurs ont désiré pour l'aTancement de l'état ecclésiastique : et s'il tous plaît, pour cela, tous informer des biens qui se font à Saint- Sulpice, tous pourrez en espérer de semblables lorsque celte communauté sera établie en ce lieu-là, puisqu'elle est animée partout d'un même esprit, et qu'elle n'a qu'une se ule prétention, qui est la gloire de Dieu. »

Mais ce n'a pas été par les seules paroles que &L Vincent a fait paraître Taffection qu'il aTait tant pour les communautés que pour les particuliers du clergé, il l'a encore témoignée daTantage par les xuTres, car il était toujours disposé d'accueillir, de consoler et de servir toutes sortes de personnes e^lésiastiques, selon leur condition et le besoin qu'ils pouvaient aToir ; et c'était assez de porter le caractère de la prêtrise, ou bien les marques extérieures de la cléricature, pour trouver un accès faTorable auprès de ce bon serviteur de Dieu. Il s'appliquait avec une oharité nonpareille à procurer de l'emploi aux prêtres qui n'en aTaient point et qui recouraient à lui. Il moycuiiait que ceux qui en étaient capables fussent pourTus de cures et autres bénéfices, oii ils puuent utileaMOiit travailler; que les uuUcs

fassent mis aumôniers chez les évêques, et antres grands seigneurs; les autres, vicaires dans les paroisses des Tîlles ou des Tillages ; les autres, confesseurs ou chapelains chez les religieuses ou dans les hôpitaux. Il témoignait à tous les ecclésia»tiqaes| jusqu'aux moindres, beaucoup d'estime et d'affection ; il priait les siens de les aimer tous, et de ne parler jamais d'eux qu'en bonne part, surtout lorsqu'ils prêchaient au peuple : et il a^ait cela tellement à cœur, qu'il alla un jour exprès de Saint-Lazare en une paroisse éloignée de cinq ou six lieues, pour demander pardon aux ecclésiastiques du lieu de ce qa*un pr(>tio de sa compagnie, en préchant, avait dit quelques paroles moins considérées qui leur avaient donné de la peine.

Quelqu'un a remarqué comme une action grandement louable et méritoire, qu'un jour M. Vincent ayant appris que quelque ecclésias- . que était tombé dans le désordre, il fit tout ce qu'il put pour l'en retirer, et même prit le soin d'envoyer à Rome pour lui, et de le nour^ rir jusqu'à ce qu'il reçût son absolution ; ensuite il le mit en état de pouvoir subsister le reste de ses jours.

Un autre prêtre ayant été repris et convaincu de quelque action sacrilège très-punissable, et ayant été mené à Saint-Lazare, M. Vincent lui parla avec tant de douceur et d'efficace, qu'il en fut vivement touché ; et pour le mettre de plus en plus dans les dispositions telles qu'il convenait, il le retint à Saint-Lazare pendant quelques semaines, où il le fit nourrir et habiller, et fournir de toutes les choses nécessaires, et enfin lui obtint le pardon de son évoque.

Un autre ecclésiastique étant malade au séminaire des Bons-Enfants, et voulant être traité au-delà de ce que sa condition requérait, i^t même n'ayant pas le moyen de payer sa dépense, faisait grande peine à toute la maison, laquelle eût bien désiré en être déchargée; mais SL Vincent ne le voulut pas, et poussé de sa charité ordinaire, il prit soin de lui faire acheter aux dépens de la maison tout ce qu'il désirait, quoique cela coûtât fort cher et ne fût pas nécessaire, mais seulement pour le contenter.

Un autre prêtre se trouvant malade dans la même maison, et, tout au contraire du précédent, n osantri en demander, parce qu'il était pauvre, et même n'ayaut pas le moyen de payer la dépense, il craiguait d'être à charge à la maison , M. Vincent l'ayant su, l'alla visiter, et lui dit qu'il ne devait se mettre en aucune peine, et qu'il y avait dans la maison pour son service des calioes et [d'autres vaisseaux d'argent qu'il ferait très-volontiers vendre pour y subvenir, plutôt que de permettre qu'il manquât d'aucune chose qui lui fùl nécessaire.

Un antre prêtre inconnu et malade s'étant présenté à M. Vincent ponr lui demander quelque assistance, il le reçut avec grande charitéy et le fit loger, traiter et médicamenter avec grand soin jusqu'à ce qu'il eût recouvré sa santé.

Un autre qui était allé faire retraite à Saint-Lazare, y étant tombé malade, et n'ayant à cause de sa pauvreté aucun lieu pour se retirer, M. Vincent en fit prendre tous les soins imaginables; et ce pr(>tre ayant après une longue maladie recouvré sa santé, il lui fit donner une soutane et un bréviaire, et plusieurs autres commodités, et outre cela dix écus pour l'aider quelque temps à subsister.

Un autre ecclésiastique ayant été reçu à Saint-Lazare pour y coucher une nuit, quoiqu'il fût inconnu et qu'il y fût venu en fort mauvais équipage, s'en alla le lendemain sans dire adieu, et emporta ur. ' soutane et un manteau long qu'il y avait dérobés : quelqu'un le voulant faire suivre, M. Vincent l'empêcha, disant qu il y avait apparence que ces choses lui étaient bien nécessaires, puisqu'il avait été réduit il cette extrémité que de les emporter, et qu'il fallait plutôt lui en porter d*autrcs que de lui demander celles qu'il avait prises.

Un autre pauvre prêtre éUmt obligé de faire un voyage, et n ayant aucun moyen pour en faire la dépense, ni même pour avoir l'équipage nécessaire, M. Vincent, auquel il s'adressa, lui fit donner tout ce dont il avait besoin, jusqu'à des bottes, et outre cela vingt écus.

Un autre bon prêtre a lui-même rendu ce témoignage, qu'étant venu de son pays pour quelques affaires en la ville de Paris, où il n'avait aucune connaissance, il fut obligé de se loger dans un cabaret ; ce que M. Vincent ayant su, il l'envoya quérir, et le fit loger et nourrir charitablement aux dépens de la maison de Saint-Lazare, dans un lieu de piété, où il demeura près d'un mois, et jusqu'à ce que ses affaires fussent achevées.

Un bon curé du diocèse de Tours ayant un procès à Paris, qu'il était obligé de poursuivre pour l'honneur de son caractère, qui avait été notablement offensé en sa personne, s'adressa à M. Vincent, comme au refuge le plus assuré de toutes les personnes ecclésiastiques, lui écrivant quilne pouvait venir à Paris,, ni même y entretenir un solliciteur, s'il ne lui donnait quelque assistance : à quoi H. Vincent répondit qu'il envoyât telle personne qui lui plairait, et qu'il le déchagcrait delà dépense : c« qu'il exécuta depuis, comme il lui avait promis, ayant fait loger et nourrir son homme dans Paris, aux dépens de la maison de Saint-Lazare, pendant plus d'une année que dura la poursuite de cette affaire, laquelle fut enfin terminée à Tavantage de ce curé, qui était un fort honnête homme.

Ce grand amateur du sacerdoce de JésuB-Cbmt a souvent remé au dëré^lemeQt de plusieurs prêtres par la charité qu'il a exercée leur endrotl, te» détournaiit des occasions procbaieet; du péché et pourvoyant h leur retraile et à leur subsistance mI a même entrcte^ pendant plusieurs années, hu% dépens de la mabon de Saint-Lazar 1111 reUgieDi italien, lequel ayant resprit un peu troublé^ semait en divers lieui une mauvaise doctrine. ^m

Un prêtre de Paris^ qui confessait une communauté de rel]gieuSG|H pétant tombé malade, M. Vincent pria trois eeclésiaBtiques de grande' piété de suppléer à sa place durant sou infirmité, qui dura trois ans entiers, afin que ce ban ecclésiastique pût recevoir les salaires ^ comE 8*il eût été en santé*

Un prêtre venait d'un lieu fort éloigné de temps en temps, pour" demander quelque charité à M. Vincent, afin de Taider h vivre tu fion pays qui était désolé : le procureur de la maison, qui eu avait de la peine, représenta à M. Vincent qull fallait dire à ce prêtre qn il ue revint plus, et qu'on lui enverrait raum6nc : è quoi M. Vincent fit c^tle réponse ; Il est dit, Non aîUgabU o$ bovi (rituranti ; voulant faire entendre par ces paroles qu'il désirait qu'on laissât ce pauvre prêtre en la liberté de revenir toutes les fois qull voudrait, et ^^ demander lorsqu'il aurait besoin d'assistance. ^H

Enfin, le bon accueil et la grande charité qu'il faisait à tous les pcdésiastiqnes, conviait tous les pauvres prêtres de recourir è lui comme à leur père, avec grande confiance ; et comme il en aborde ii Taris de tous eètés, tant français qu'étrangers, il ne passait aucuu j<mr qu*il n'en vînt quelqu'un, pour implorer son secours, et qui nen remportât quelque aumèoc. Mai:^ entre tous il a exercé si ngu lièrement sa ebarîté envers les pauvres prêtres Hihernois enilés de , It'ur pays, et réfugies en France au sujet de la religion : il procurait non-seulement que les personnes de charité de sa connaissance Ic^ tlistribuassent quelques aumônes, mais il leur faisait aussi bonne J}î lie celles de sa maison ; et l'on a même vu des quittances de quelque fins d*entre eui de ce qu'ils recevaient tous les mois de M. Vineet lequel leur avait fait espérer par charité certaines sommes de tcmj en temps. Il a fait subsister pendant plusieurs années duns Pari^ un [muvre prêtre Hibernois aveugle, avec un garçon pour le coudiiiie, tant par ses bienfaits que par les recommandations qu'il en fai>ait aux nus et aux autres; et outre l'argent qu'il lui donnait ou qu'il procurait qu'on lui donnât, il le faisait dîner avec son garçon touteii les fois qu il %ennit a Saint- Laifuv, ce qui arrivait bien souvent* De pi un, voyant dans Paris plusieurs eceléMasiiqucs de ce même pay&

d Hibernie, qai faisaient leurs études, et n'avaient pourtant aucun mojen d'y subsister, il les envoyait en d'autres provinces, les adressant à des personnes de sa connaissance, pour les faire étudier à moindres frais; et outre cela, il leur donnait de quoi faire leur voyage. Cette charité de M. Vincent ne s'est pas seulement étendue sur les pauvres ecclésiastiques qui venaient à lui, mais encore sur ceux qui n'y pouvaient pas venir, tels qu'ont été plusieurs pa?ivres curés et autres prêtres qui résidaient dans les provinces ruinées, auxquels il a non-seulemeqt envoyé des prAtres missionnaires pour les secourir dans leurs plus grands besoins, mais il leur a fait encore distribuer durant plusieurs années toutes les choses nécessaires pour le service divin, et pour le saint sacrifice de la Messe, dont leurs églises étaient dépourvues, comme il a été dit ailleurs. Il faisait de plus fournir aux sains et aux malades des habits et des soutanes, et de quoi vivre et subsister : pour cet effet'il recueillait et leur faisait porter avec grand soin les aumônes des personnes charitables, y con- Itibuant aussi toujours notablement de son c6té. A ce propos il ar- I iva un jour qu'un prêtre de la Mission, voyageant dans la Champagne pour d'autres affaires, renrontra entrant dans un hourg le curé du lieu, lequel lui demanda qui il était; et ayant su par sa réponse qu*il était prêtre de la Congrégation de la Mission, à ce mot il se jeta à son col et l'embrassa avec grande affection devant tout le monde ; puis Tayaut conduit en sa maison, il lui fit le récit de^ grands biens Hpirilnels et corporels que tout ce pays-là avait reçus de la charité de M. Vincent, et lui en particulier : pour preuve de quoi, lui montiaut la soutane dont il était couvert, il dit : Eî hac me teste conleoriî; exprimant ainsi l'obligation qu'il lui en avait, par les mêmes paroles que Notre-Seîgneur dit autrefois à saint Martip, pour lui témoigner combien il avait eu agréable l'aumône qu'il avait faile de son vêtement à un pauvre.

Nous pouvons avec grande raison joindre à ces exemples de la Jiarité de M. Vincent envers les ecclésiastiques, ^s sentiments a l'égard des religieux. Il avait pour eux un respect et un amour tout singuliers, et il le faisait bien paraître lorsque quelqurs-uns d'eux le Menaient visitera Saint- Lazare; car il les recevait comme des anges (lu ciel, se prosternant souvent à leurs pieds pour demander leur bénédiction, qu'il obligeait plusieurs par son humilité de lui donner, ne voulant point se lever qu'il ne reûl reçue. Il excrçail encore envers eux dans Ips occasions mio chaiilablc lioyjiiliUto, leur faisant toute sorte de bons traitements. Il voulait aus^i (luc les siens se comportassent de la même façon eu h ur endroit ; et à ce sujet il leur recomman-

dait souTent d'estimer et de respecter tons les ordres et tootes les communautés religieuseSf et de ne donner jamais entrée en lemrs esprits à aucune envie, jalousie, ou antre disposition contraire à l'humilité et à la charité de Jésus-Christ ; mais d'en parler toujours avec témoignage d'estime et d'affection : en un mot, il voulait que sa Congrégation fût telle, comme il dit un jour, qu'elle ne trouvât jamais rien à redire aux autres communautés, et qu'elle fit profession ouverte de trouver bon ce qu'elies font : et répondant un jour à l'un de ses prêtres qui l'avait prié de lui mander comment il devait agir à l'égard de quelques religieux qui pensaient avoir raison de le contrarier : « Vous me demandez, lui ditr-il, comment vous devez vous comporter envers ces bons religieux qui vous contrarient : à quoi je réponds que vous devez tâcher de les servir, si les occasions s'en présentent, et leur témoigner aux rencontres que vous en avez une vraie et sincère volonté ; les aller visiter quelquefois ; ne prendre jamais parti contre eux ; ne vous intéresser en leurs affaires que pour les défendre en charité; parler d'eux en bonne part; et ne rien dîie en chaire, ni en discours particuliers, qui puisse leur causer la moindre peine ; et enfin leur faire et leur procurer tout le bien que vous pourrez, en paroles et en effets, quoiqu'ils ne vous rendent pas le réciproque. Voilà ce que je souhaite que nous fessions tous, et que nous nous mettions en devoir de les honorer et servir en toutes sortes d'occasions. »

M. Vincent a fait encore paraître sa charité envers les religieux, par les conseils salutaires qu'il leur a donnés lorsqu'ils ont eu i ecours à lui, oomme plusieurs d'entre eux ont fait en diverses occasions ; et entre les autres, un religieux d'un très-saint ordre, voulant m sortir sous un bon prétexte, pour entrer dans un autre, désira auparavant savoir le sentiment de H. Vincent, comme d'un homme qu'il estimait très-charitable et très-éclairé, duquel il reçut cette réponse :

« J'ai vu votre lettre, mon Révérend Père, avec respect v\ certes avec confusion, de ce que vous vous adressez au plus sensiid et au moins spirituel des hommes, et reconnu tel d'un chacun. Jr ne laisserai pas néanmoins de vous dire mes petites pensées sur ce que vous me proposez, non pas par manière d'avis, mais par la pun^ condescendance que Notre-Seigneur veut que nous rendions à notre prochain. J'ai été consolé de voir les attraits que vous avez à l'union parfaite avec Notre- Seigneur; votre fidèle correspondance pour cela, et les caresses dont sa divine bonté vous a souvent prévenu ; les grandes difficultés et contradictions que vous avez rencontrées dans les divers étatq par lesquels vous avez passé, enfin le singulier amour que

TOUS ayez ponr oette grande maîtresse de la vie spiritaelle, sainte Thérèse.

« Oty encore qne tout cela soit ainsi, je pense néanmoins, mon Révérend Père, qu'il y a plus de sûreté pour vous de demeurer dans la Tîe commune de votre saint ordre et de vous soumettre entière* ment à la direction de votre supérieur, que de passer à un autre, quoique saint. Premièrement, parre que c'est une maxime, que le religieux doit aspirer à s'animer de l'esprit de son ordre, car autrement il n'en aurait que l'habit; et comme votre saint ordre est reconnu des pins parfaits de l'Église, vous avez une plus grande obligation d'y persévérer, et de travailler pour en prendre l'esprit, en pratiquant les choses qui vous y peuvent faire entrer. Secon^lemcnt, c'est une autre maxime que l'esprit de Notre-Seigneur agit doucement et suavement, et celui de la nature et du malin esprit, au contraire, Aprement et aigrement. Or il parait, par tout ce que vous me dites, que votre manière d'agir est âpre et aigre, et qu'elle vous fait tenir avec trop d'arrêt et d'attache à vos sentiments contre ceux de vos supérieurs, à quoi même votre complexion naturelle vous porte. Selon cela, mon Kévérend Père, je pense que vous devez vous donner de nouveau à Notre- Seigneur pour renoncer à voire propre esprit, et pour accomplir sa très-sainte volonté dans l'état auquel vous avez été appelé par sa providence. »

Un autre religieux, docteur en théologie, n'étant pas content de sa religion, voulait en porter ses plaintes à Rome, et ayant pour cet effet imploré l'entremise de M. Vincent, voici quelle fut la réponse qu'il en reçut : « Je compatis, mon Révérend Père, lui dit-il, à vos peines, et je prie Notre-Sdgneur qu'il vous en délivre, ou qu'il vous donne la force de les porter; comme vous les endurez pour une bonne cause, vous devez vous consoler d'être du nombre de ces bienheureux qui souffrent pour la justice. Prenez patience, mon Révérend Père, et la prenez en Notre-Seigneur,qui se plaît à vous exercer ; il fera que la religion où il vous a mis, qui est comme un vaisseau agité, vous conduira heureusement au port. Je ne puis recommander à Dieu, selon votre souhait, la pensée que vous avez de passer dans un autre ordre, [)arcc qu'il me somble que ce n'est pas sa volonté. Il y a des croix partout, et voire Age avancé vous doit faire éviter celles que vous trouveriez en changeant d'état. Quant à l'aide que vous désirez de moi pour procurer le ri^glement dont il s'agit, c'est une mer à boire; c'est pourquoi je vous supplie très- humblement de me dispenser de faire présenter à Rome vos propositions. »

Cette même charité que M, Vincent avait pour l'état religieux le

portait encore* à prendre soin desreligieaBes qu*\\ voyait vaguer hors de leur monastère pour quelque cause qnc ce fût, s'employant a\cc gi aride afTection pour moyenïier leur retoar chez elles, ou bien, si

. cela ne çp potnail, pour leur procurer reirai te en quelque autre motiastiTe. Voici ce qu'il écrivit un jour à une abbesse sur ce sujet : • 1^ prends îa confiance, Madame, de m'employer envers voqf, afin qti*^| voua plaise rerevoir en votre abbaye une de vos religrieuses, qui se

I iil prieure de N., et qui, ne pouvant demeurer en pon prieuré àcauf^^ des mii^ères du temp, demi^ure e\pogée à la nécessité, et sa eondltio^H i la censure et à la risée du monde et des gens de guerre. Peut-être, Madame, avez-von^ des raisons pour ne la reprendre pas; au moins aî-je cru que vous en feriez dirticulté ; néanmoins, je ne laisse pas de TOUS en écrire, la charité m'obligeant de rendre cet office k une per- Fonne de relie sorte, qui fait espérer qu'elle vous donnera î^atisfaction, et qui donne sujet de craindre que, demeurant hors de ?ôn centre, j'entends hors de p^on monastère, elle ne soit ni eu repos ni en assuranre. Que si vous n'agri^ez qu'elle y retourne, je vous suppltaH très huui1»k'meiit de me Uiander si, du moins, vous contribuerai^ quelque chose pour sa subsistance, en cas que l'on trouve à la mettre en peuiion en cette ville pour quelque temps. Au oom de Diea, Madame^ ne Irouvez pas mauvais que je vous fasse cette propoi tion* •

SHI fallait ici rapporter en particulier tons les autres témoignagi d estime et d'alTection et tous les services que M. Vincent a rend au^ religieux et aux religieuses, on en pourrait composer un volumi Il suffira de dire qu*il ne 9* est présenté aueuHe occasion de les assjsi et servir qu'il n'ait très-volontiers embrasste ; qu*ll n'y a pre^q aucun acte ou office de charité qu'il n'ait exercé en leur endroit; ft qu'il a toujours et en toute» rencontres fait profession ouverte de les chérir, honorer» secourir, servir et protéger autant qu'il lui a élé posf^ihlej couvrant leurs défauts, publiant leurs vertus, élevant leur état, et, par une charitable huroiliti'^, d'autant pins excellente qu'on en voit motuf^ d'exemples, ravalant toujours et par paroles et par effets wa compagnie au-dessous de toutes ks autres, pour leur donn plus de lustre, et voulant que les siens se recounuesent et se < portassent comme le moindre de tous.

~ 301 — SECTION VI

SA GlIARl'l^ ENVERS LES SIENS.

La charité de M. Vincent étant parfaite au point que nous avonâ TU dans les sections précédentes, on ne peut pas douter qu'elle n'ait été bien ordonnée, puisque l'ordre est tellement nécessaire pour la perfection de cette vertu, qu'une chanté mal ordonnée ne mérite pas le nom de charité, et n'en retient plus qu'une fau.^se apparence. Or^ selon la doctrine de saint Thomas et des autres théologiens, l'ordre de la charité requiert qu'on ait un ^^mour spécial pour ceui qui nous appartiennent de plus près, et auxquels la divine Providence nous a conjoints par un lien plus étroit: et par cqnséquent M. Vincent, ayant une union si intime avec ceux que Dieu lui avait donnés pour ses chers enfants selon i'esprit, et desquels il pouvait bien dire, comme le saint Apôtre, qu'il les avait engendrés par TEvangile en Jésus-Christ, ne pouvait qu'il ne les portât dans son cœur, et qu'il ne les aimât très-tendrement, mais d'un amour d'autant plus parfait, qu'il avait plus de rapport à celui que Jésus-Christ avait pour ses apôtres et disciples.

Premièrement, à l'imitation de ce divin prototjrpe, il leur a té« moigné cet amour en les instruisant, excitant, encourageant, consolant, et leur rendant tous les o£Bces de charité que de tels enfants pouvaient attendre d'un tel père. Pour cet effet il leur pariait sou* vent avec des discours pleins de ferveur et animés de l'esprit de Jésus-Christ, non-seulement dans leurs assemblées ordinaires et réglées, mais encore en toutes sortes de rencontres ; prenant sujet de leur dire quelques mots d'édification, tantôt après l'oraison ou bien à l'occasion de quelques lettres qu'il avait reçues, ou de quelque bon ou mauvais succès dont on lui avait donné avis, ou de quelques affaires qu'il recommandait à leurs prières; et ainsi, con^me uu bon et sage père de famille, il leur distribuait libéralement, dans les temps qu'il jugeait plus à propos, le pain des âmes, qui est la parole de Dieu. 11 ne s'acquittait pas seulement de cet office de charité envers ceux de sa compagnie eu général, mais aussi à l'endroit d'un chacun eu particulier, parlant tantôt à l'un et tantôt à l'autre, selon la connaissance qu'il avait de leurs besoins, soit pour les encourager dans leurs dif ticultés, soit pour les consoler dans leurs peines ou pour les avertir dans leurs manquements, ou pour leur donner conseil en leurs doutes, ou enfin pour les instruire et leur enseigner les moyens les plus propres pour s'avancer dans le chemin de la perfection ; et lorsqu'il était abs«ut, il leur écrivait sur ces mêmes sujets, et se donnait

la peine^ parmi cette grande multitude et diversité de très-pressanlei et importantes affaires dont il était continuellement accablé, de les avertir, instruire, cxiiorter, consoler et encourager par ses lettres, qui sont presque innombrables, et qui font assez connaître quelle a été sa charité envers tous les siens.

Et comme une des principales et des plus importantes leçons que Jésus-Christ ait faites à ses disciples a été de s'eutr'aûner saintement le8 uns les autres, c'est ausisi celle que son serviteur Vincent de Paul a le plus souvent répétée à ses enfants, et sur laquelle il leur a fait quantité d^cntretiens, et même leur en a laissé un écrit de sa main, ce qu'il n'a fait sur aucune autre matière. Il leur a dit, entre plusieurs autres choses sur le sujet de cette vertu de la charité fraternelle, « qu'elle était une marque de leur prédestination, puisque c'est par elle que Ton est reconnu véritable disciple de Jésus-Christ; > et un jour qu'on célébrait la fête de saint Jean l'Evangéliste, eibortant les siens à s'entr'aimer par les paroles de cet apôtre de la Mission : FilioUj diligite aUerutrum^ il dit que « la Congrégation durerait aa* tant de temps que la charité j durerait. » Il prononça quantité de malédictions contre celui qui détruirait la charité et qui serait ainsi cause de la ruine de la compagnie, ou seulement de quelque déchet de perfection, c'est-à-dire, qui, par sa faute, ferait qu'elle fût moins parfaite.

Il leur disait encore que a la charité est l'àme des vertus et le pa«radis des communautés; que la maison de Saint-Lazare serait un paradis, si la charité s'y trouvait ; que le paradis n'était autre chose qu'amour, union et charité ; que le bonheur principal de la vie éternelle consistait à aimer ; que dans le ciel les bienheureux étaient incessamment appliques à l'amour béatiiique, et qu'enfin il n'y avait rien de plus di^sirable que de vivre avec ceux qu'on aime et de qui ou est aimé. »

11 leur disait aussi que « l'amour chrétien qui est formé dans les cœurs par la charité est non-seulement au-dessus de l'amour d'inclination et de celui qui est produit par l'appétit sensitif, qui est ordinairement plus nuisible qu*utile, mais encore au-dessus de l'amour raisonnable ; que cet amour chrétien est un amour par lequel on s* aime les uns les autres en Dieu, selon Dieu et pour Dieu : c'est un amour qui fait que l'on s'entr'aime pour la même fin pour laquelle Dieu aime les hommes, qui est pour les faire des saints en ce monde et des bienheureux en l'autre; et que pour cela cet amour fait regarder Dieu, et ne regarder autre chose que Dieu en chacun de ceux qu'on aime. »

Il lyoutait que « celai qui voudrait vivre dans une oemammciléi

ans sapport et sans charité^ serait, à la yoe de tant d'hnmeun et 'actions discordantes aux sienues, comme un vaisseau sans ancre t sans gouvernail, qui voguerait au milieu des rochers, au gré des ndes et des vents qui le pousseraient de tous côtés et le feraient fraasser. •

Enfin il disait que « les missionnaires ne se devaient pas seule* lent entr aimer par une sainte affection intérieure, et la faire taraitre simplement par leurs paroles, mais qu'ils la devaient témoiner par leurs œuvres et par de bons effets, s'entr 'aidant volontiers ans cet esprit les uns les autres en leurs emplois, et être toujours isposés au soulagement de leurs confrères. Il souhaitait ardemment ue Dieu inspirât cette charité dans les cœurs de tous ceux de sa kmgrégation, d'autant que, disait-il, par ce support mutuel les forU mtiendront les faibles^ et Vœuvre de Dieu s'accomplira. •

Et parce que la détraction est la capitale ennemie de la charité, et ue ce vice se fourre même quelquefois parmi les compagnies les plus aintes, ce charitable père des missionnaires combattait ce vice à ou* rance, pour empêcher qu*il n'approchât de ses enfants, lesquels il ihortait souvent de veiller et de se tenir sur leurs gardes, pour emlècher qu'il n'eût aucune entrée parmi eux . 11 le comparait à un loup amassier qui désole et détruit la bergerie où il entre ; assurant [u' un des plus grands maux qui puissent arriver à une compagnie st lorsqu'il s'y trouve des geus qui médisent, murmurent, et qui l'étant jamais contents trouvent à redire à tout. 11 disait encore que elui qui prête l'oreille au médisant n'est pas plus innocent que celui [ui profère la médisance, comme enseignent les saints Pères. Et pour prémunir les siens contre ce vice qu*ii avait en une extrême horreur, 1 leur faisait faire de temps en temps diverses conférences sur ce ujet, leur représentant toutes les occasions et tentations qui pourraient les y porter : une fois, entre les autres, il fit répéter cette Qôme conférence sept vendredis de suite, ayant voulu que tous ceux le sa communauté parlassent les uns après les autres surce snjet ; et m même temps il lit recueillir les motifs et les moyens que chacun •apportait pour bannir la médisance de sa compagnie ; et lui- même, lu bout de sept semaines que durèrent ces conférences, les termina Mir un discours fort pressant.

Or, ce n'a pas été seulement par les paroles, mais encore plus par es effets que M. Viuceut a fait voir quelle était sa charité envers les iens; leur témoignant eu toutes sortes de rencontres une ouverture le cœur et des tendresses toutes paternelles, et les traitant tous jusqu'au moindre comme ses enfants, avec one affection toute cordiale,

dont il désirait qa'ils fassent bien persuadés. Lorsq[a'ils àllaieatlal parler, soit pour leurs nécessités puriiculières ou pour d'autres su* jets, il les accueillait toujours avec une grande affabilité, et quittait toute autre chose pour les écouter ; ou, s'il ne le pouvait à l'heure même, il leur marquait le temps auquel ils pourraient revenir, el Jcui douuait tout loisir et toute confiance de lui découvrir leurs désirs, leurs peines, leurs mauvaises inclinations et même leurs fautes : les écoutant avec un témoignage d'affection, comme un médecin sou malade, et leur répondant selou leurs besoins et leur attente, et toujouis avec iruit et bénédiction; car il avait une grâce particulière de uc renvoyer personne mécoutent, mais de consoler et édifier uu chacun. 11 usait pour ceia d*uue condescendance merveilleuse, se faisant tout à tous, et s accommodant à leurs dispositions, jusqu'à imiter assez souveut le langage de leur pays, parlant tantôt picard avec celui qui ciait de Picaruie, tantôt gascon avec un autre de la province de Guieune, quelquefois basque avec un Basque, et d'autres fois pi(** ieraut quelques mots allemands avec les Allemands. Mais quoiqu'il eu usai de la sorte pour gagner les cœurs de ceux avec qui il traitait, il savait bien toutelois joindre eu temps et en lieu a cette fiumlièie coi dialité les témoignages de l'estime qu'il faisait d'eux, leur donnant en leur absence les louanges que méritait leur vertu, et parlant toujourSf même des moindres d'entre eux, avec honneur* A ce sujet répondant uu Jour a la demande que lui faisait le père d'un des frères de sa communauté touchant son fils : Il vaut mieux que moi^ loi ditiJ, et que beaucoup d'autres faits comme moi. £t dans une autre occasion il dit u l'un des siens, lequel par tentation voulait se retirer de sa compagnie, que sil eu sortait, il recevrait autant de déplaisir de cette séparation que si on lui coupait un bras ou une jambe, tt ou lui a vu dire en diverses occasions, parlant à ceux de sa cornu* nauté, qu'il aimait leur vocation plus que sa propre vie, et que lorsque quelqu'un se retirait de la compagnie, il en ressentait autant du douleur que si on lui eût déchiré les entrailles.

11 se mit uu jour a genoux et demeura près de deux heures en cette posture, les larmes aux yeux, aux pieds d'un prêtre de sa compaguic, le conjuraut, au nom et pour l'amour de r<otre-Seigneur Jésus-Gbrist, de ne pas succomber à quelque tentation qu'il ressentait : « Non, lui dit- il, je uc me relèverai poiut que vous ne m'accordiez ce que je vous demaude pour vous-même, et je veux être pour le- moins aussi fort envers vous que le dcmou. •

Quaud il voyait quelqu'un travaillé de quelque peine d'esprit| il faisait bon possible pour l'en délivrer ou au moins pour le soulager

et consoler, JQsqti*à loi dire quelque parole de gattë pour le div ou le mener en sa chambre pour lui témoigner plus de cordi ou lui donner quelque exercice conTcnable et propre pour son lagement.

|Ta serviteur de la maison, qui n*était point du corps de la grégation, et pour lequel néanmoins H. Vincent avait une cl et affection particulière, ayant un jour maltraité de paroles u Frères de la communauté, il lui fit donner aussitôt son congé, jamais le vouloir reprendre, quoiqu'on lui représentât qu*il éta très-bon serviteur, et même en quelque façon nécessaire à la ma disant, pour sa raison, qu'il né pouvait souffrir que les domest gourmandassent les Frères : ce qui n'empêcha pas toutefois qu trouv&t bientôt condition, par le bon témoignage qu'il rendit d Un Frère étant un jour allé trouver M. Vincent en sa chai pour se plaindre à lui de ce qu* il avait été un peu rudement trait un des officiers de la maison, ce charitable père le reçut avecgr douceur et bonté, et lui dit : « Vous avez bien fait de m'en av j'y mettrai ordre : venez toujours à moi, mon Frère, quand voo rez quelque déplaisir, car vous savez combien je vous aime, agréables paroles, au rapport de ce Frère, dissipèrent entière toute l'amertume de son cœur, et lui donnèrent sujet d'admL charité d'un si bon supérieur.

Un autre s'étant adressé à lui pour lui demander qndqoe dans ses doutes, et témoignant de la crainte de lui être impor Non, mon Frère, lui dit-il, ne craignez en aucune façon que trouve chargé ou importuné de vos demandes, et sachez, pou bonne fois, qu'une personne que Dieu a destinée pour en aider que autre ne se trouve non plus surchargée des assistances et é cissements qu'elle lui demande, que le ferait un père à l'égard d enfant. >

Et écrivant à un prêtre de sa Compagnie, qui craignait q connaissance qu'il lui avait donnée de ses peines et tentations ) minuât la bonne opinion qu'il avait de lui, il lui parla en ces te • Ayant vu la pensée, lui dit- il, que vous avez eue que vos | m'avaient ôté quelque chose de l'estime que j'ai toujours fai vous, je me suis proposé en même temps de vous assurer qu n'est {ms. Je sais que ces ennuis qui arrivent quelquefois a* vertueux, et que ces désirs que l'on ressent pour changer, so: exercices que Dieu donne même aux saints pour les sanctifie vantage; et que sa Providence paternelle éprouve souvent de la ceux qu'il aime le plus, et les conduit par des voies difficiles e

neuse», pour leui faire mériter les grâces eitraordinaires qa*il a desaeio de leur donner. Tant s'en faut donc que pour cela j'aie conçu la moindre pensée à voire désavantage, qu'au contraire je vous i-egarde oomiueplus fidèle à Dieu, en tant que vous tenez bon contre tontes ces tentations, et que, pour tout le travail que vous en retuisntoz, Tons ne rabattez rien de vos exercices ordinaires; et qu'enfin après nons les avoir proposées, vous avez acquiescé à la réponse qao ju TOUS ai faite. »

U arriva un jour qu'un prêtre do la Congrégation, rendant compte de sou intérieur à H. Vincent, lui dit entre autres choses qu'il avait en des peusée.s d aversion et d'indignation contre lui. A ces jiaroles cecbiritable père se levant l'embrassa tendrement, le congratulant de cette frauciiise toute liliale, et lui dit : « Si je ne vous avais déjà donné mon cœur, je vous le donnerais tout à cette henre. >

Ua autre Tétant allé trouver en sa chambre, tout triste et lésolu de quitter la Compagnie, et lui ajant dit qu'il désirait absolument 0*en retourner en son pajs, M. Vincent se mit à sourire el le regardant avec grande douceur et béuignité, lui dit : « Quand est ce que TOUS partirez, Uousieur? Est-ce à pied ou à cheval que vous voulez iairc ce voyage ?» Ce prêtre, qui parlait sérieusement, et qui s'attendait à quelque forte réprimande, fut tout surpris de cette réponse que M. Vincent lui lit exprès de la sorte, pour le divertir de sa tentation, de laquelle en effet il fut entièrement délivré.

lia autre de ses prêtres, qui travaillait en une provinee éloignée, loi ayant mandé que le Frère qui était avec lui voulait se n tirer : « Je me suis toujours bien douté, lui répondit-il, que ce bon f rèi-e serait tenté du démon de fainéantise, et il se peut souvenir que je l'en ai ayerti : je vous prie de l'aider et de l'encourager àrepousseï* cette attaque; mais faites-le doucement, et plutôt par voie de persuasion qne de conviction, comme vous savez que nous avons coutume de faire ; parce que ceux qui ont ces maladies d'esprit ontpius de besoin d*être traités et, s'il faut dire ainsi, choyés doucement et charitablement que ceux qui ont des maladies en leurs corps.

Un autre irère lui ayant plusieurs fois écrit pour lui demander permission de se retirer de la Compagnie, il lui fit toutes les fois réponse avec des paroles qui témoignaient son amour paternel pour le retenir et pour Teucourager : nous ne rapporterons ici que la conclusion de la dernière lettre, pour preuve de la tendresse de son cœur envers les siens : « Mon, mon cher frère, lui dit-il, je ue saurais consentir à votre sortie, pour cette raison que ce n'est pas la Yolouté de Dieu^ et qu'il y aurait du péril pour YOtre àne qui m'est

bien chère. Que si tous ne me youlez pas croire, an moins je vons prie de ne point sortir de la Compagnie que par la même porte par laquelle vous y êtes entré, et cette porte n'est autre que la letraite spirituelie, que je vous prie de faire avant que de vous résoudre à une affaire de si grande importance. Choisissez l'une de nos trois maisons les plus proches du lieu où vous êtes, et croyex que vous serez très-bien reçu partout. La bonté de votre cœur a gagné toutes les affections des miens, et ces affections if ont autre but que la gloire de Dieu et votre sanctification. Vous le croyez ainsi, comme je le sais bien, et vous savez aussi que je suis tout vôtre en l'amour de Notre«>Seigneur. »

Lorsqu'il envoyait quelqu'un des siens en une des maisons de sa compagnie, il le recommandait toujours au supérieur, le priant d'en avoir soin, et disait pour l'ordinaire : « J'espère quil aura beaucoup de conûance en vous quand il verra la bouté, le support et la charité que Kotre-Seigneur vous a donnés pour ceux qu'il commet à votre conduite. •

Voici avec quels, sentiments d'un cœur vraiment paternel il écrivit à l'uu des siens, lequel avait beaucoup donné à Dieu pour correspondre lidèlemcut u ses desseins, daus un pays fort éloigné : « Après les vraies et extraordinaires marques, lui dit-il, que Dieu a mises en vous de votre vocation pour le salut de ce peuple^là, je vous y embrasse eu esprit, avec tout le sentiment de joie et de tendresse que mérite une ùme que Dieu a choisie entre tant et tant d'autres qui habitent sur la terre, pour en attii*er un grand nombre dans le ciel, comme ia vôtre, laquelle a tout quitté pour cette iin. £t certes, qui n'aimtiait cette chère ùme ainsi détachée des créatures, de ses intérêts et de sou propre corps, qu'elle auime seulement pour le faire servir aux desseins de Dieu, lequel est sa fin et son unique prétention? iUais qui n aurait soin de ménager les forces de ce corps, qui certes a éclairé les aveugles, et a donné la vie aux morts? C'est ce qui me tait vous prier, Monsieur, de le regarder comme un instrument de Dieu pour le balut de plusieurs, et de le conserver en cette vue. >

11 écrivit une autre fois avec les mêmes sentiments d amour et de teudrcsbc à plusieurs de ses prêtres qui travaillaient i^nsemble sous un climat fort éloigué, pour les exhorter de ménager leur santé. « Vous savez, leur dit il, que votre santé sera en danger sous ce nouveau climat, jusqu'à ce que vous y soyez un peu accoutumés; c'est pourquoi je vous avertis que vous ne vous exposiez point au soleil, et que vous ne vous appliquiez pendant quelque temps à autre chose sinon à l'étude de ia laugue; faites état que vous êtes devenus enfants, et que vous apprenez à parler, et dans cet esprjt laissez-vous

^ 308 — gouvenier par M- N., qui vous tiendra lieu de père, ou h mn dél par M, K* Je vous prie de les regarder en Notre -Seigneur, et Noti Seigneur en eux. Et qoand bien vous seriez privés de i*un et de Tau tre^ vous ne le serez pas de TasBistance particulière de 'Dieu, tequl tt dit que si la mère veoait à ouljlier Tenfânt sorti de son vcntrojl en prendrait lui-même le soio. Combien plus devex-vous croire qui aura de bonté pour vous, mes ehers Messieurs, et qull prendra pU sir de vous élever, de vous défendre et de vous pourvoir, vous q^ vous êtes abaudoonéô a lui, et qui avez établi toute votre eonlian en sa protection et en sa Tertu 1 Or sus, Messieurs, entr'aimez-voc et TOUS aidez les uns les autres; supportez- vous et vous unissez dauF Tesprit de Dieu, qui vous a choisis pour ce grand dessein > et qui vou conservera pour son accomplissement. »

Ut Vincent avait cette coutume de se mettre à geuouit pour ei brasser ceus qu'il envoyait travailler dans les missions, ou qui en i venaient, et il prenait un soin particulier que rien ne leur manqua lais surtout sa charité lui donnait des sentiments d'un amour par tculier envers les infirmes : il s'informait cordialemeot de Tétai leur santé; et leur indiquait souvent lui-même les remèdes pour leur [«soulagement ; et quand le mal le requérait^ il ne manquait point de faire venir le médecin^ ou bien il conviait et priait ceux qui le pouvaient commodément faire d'aller chez lui pour le consulter. 11 recommandait aussi aux inûrmici^ d avoir un grand soin des malades, et aux supérieurs des maisons de n'épargner ni peine ni dépense pour les soulager j et on lui a souvent oui dire qu'il faudrait plutôt ,vendre les vaisseaux sacrés que de permettre qu aucuue chose nécessaire leur manquai; et tant s'en faut qu'il estimât que les inûrmes fussent à charge à ta Compagnie, qu'au contraire il disait que c'était une bénédiction pour les maisons où il s*en trouvait. Outre tous ces Roius, il ne manquait pas de les recommander à Dieu, et aux prières de la communauté. 11 allait autant qu'il pouvait visiter et consoler ceux des maisons où il se trouvait, et s'informait d'eux-mêmes quel soin on en avait, et si rieu ne leur manquait, ne pouvant souffrir parmi les siens aucun défaut de charité ou de tendresse de cœur.

Voici ce qu'un de ses prêtres a écrit a ce sujet : ■ J *ai éprouvé moi-même, dit- il, la charité qu'il avait pour les malades, pendant deux grandes maladies que j ai eues en la maison de Saint-Lazare; et Dieu mïùt fait une graude grâce s'il m'eût alors retiré de c* monde^ car il me semble que je m'étais disposé a la mort» par les secours et prières de M. Vincent, qui me iit la charité de me visiter plusieurs fois. 11 ne voulait pas qu'il manquât rieu aux malades, parce.

ftit'il, qa'ils méritaieat plus par lean souffrances que les autres r leur travail. Je lui ai souvent ouï dire qu'il faudrait vendre jus- 'aux calices pour les assister ; et quand il les venait voir, il s'in* tnait secrètement d'eux du soin qu'on en avait. Il soulageait leur il par la compassion qu'il leur portait et qu'il leur témoignait; et and ils étaient convalescents, il les réjouissait par le récit de queles histoires agréables, dont il tirait ensuite quelque instruction. » Or, comme sa charité était bien ordonnée, il voulait que les maies fussent tellement soulagés et traités pour le corps, qu'il n'en riv&t pourtant aucun déchet au bien spirituel de leurs &mes; c'est urquoi il avertissait doucement et paternellement ceux dont la malle n'était pas si pressante, et qui pouvaient sans incommodité valer à quelques-uns de leurs exercices spirituels, de ne les pas ometi, « de peur, disait-il, que l'infirmité du corps ne passât jusque ns l'âme, et ne la rendit tiède et immortifiée. » Enfin, il avait un soin si cordial pour contribuer ce qu'il pouvait, m-seulement au soulagement et à la guérison des malades, mais issi à la conservation de ceux qui étaient en santé, qu'ayant appris l'un missionnaire qui travaillait en Champagne à l'assistance des luvres, priait qu'on lui envoyât entre autres choses une calotte, et B s'en étant pour lors trouvé aucune dans la maison, ce charitable hte ôta la sienne de dessus sa tète, et dit au Frère qui lui avait fait i rapport de la lui envoyer; et comme on lui représenta qu'on pourût en aller acheter quelqu'une à la ville pour lui envoyer une autre ^is : « Non, mon Frère, répliqua-t-il, il ne faut pas le faire attendre» ir il peut en être pressé. Envoyez-lui, je vous prie, présentement la Atre avec le reste de ce qu'il demande. » Et non content de témoigner, en toutes les manières qu'il pouvait, >n amour et sa cordialité envers les siens, pour leur en donner enore des marques plus expresses, il retendait jusqu'aux personnes [ui leur appartenaient; et quand il apprenait que quelque aflBiction tait arrivée aux parents des Prêtres ou des Frères do sa compagnie, l voulait que les autres y compatissent, et s intéressassent pour leur oulagement et pour leur consolation; et lui-même, (Haut le premier ouché du sentiment de leurs peines, tâchait d'y remt^dier en la ineileure manière qu'il pouvait. « Nous prierons Dieu, disait-il à ceux le sa communauté, pour la famille d'un tel, qui a fait une telle perte ; lous devons prendre part aux sentiments que notie Frère en peut ivoir, et nous rendre ce devoir les uns aux autres. • Quelquefois, selon les besoins, il ajoutait : « Je prie les prêtres qui n\)nt point l'obligation particulière d'offrir la ftfesse pour tous ceux de cette fa-

— SIO —

nriHe affligée»; et moi tout le premier, j'oiRre h Diea de bon oœor pour eu la sainte Messe qne je m'en vais célébrer, et je prie nos Frères de communier à cette même intention. > Mais outre le seconrs des prières qu'il faisait pour les parents de ceux de sa compagnie, il leur donnait encore tous les soulagements qu'il pouvait lorsqu'ils étaient réduits à quelque nécessité.

SECTION VII

SA CHARITÉ EUVSRS SES ehhkmts.

C'est ici que la cbarité chrétienne triomphe de tons les sentiments de la nature, et que la grâce de Jésus-Christ érige un trophée aux maximes de son saint Évangile, en aboUssant et détruisant celles du monde; c'cvt CDlin la plus assurée marque de l'adoption divine et le propre caractère des véritables enfants de ce Père céleste, qui foit luire son soleil sur les mauvais aussi bien que sur les bons, et qui envoie ses rosées et ses pluies aussi bien sur les terres des pécheurs que sur celles des justes.

M. Vincent s'étant toujours acquitté si dignement et si saintement de tons les autres devoirs de la cbarité, n'a pas voulu manquer à celui-ci ; mais il s'y est porté avec une effusion d'autant plus grande, que Ifotrc-Scigneur Jésus -Christ l'a plus expressément recommandé dans son Évangile.

Nous avons dit ailleurs que ce grand serviteur de Dieu s'était ton jours comporté avec tant de respect et de soumission envers les (grands, de condescendance et de charité envers les petits, et de justice et déférence envers toutes sortes de personnes, qu'on n*a pentètre jamais vu un homme plus employé que lui à des œuvres publiques, et par conséquent plus exposé à la censure, aux reproches et à la calomnie, et qui en ait pourtant moins rencontré que lui. Il n'en a pas été néanmoins exempt, la divine Providence le permettant ainsi pour lui donner occasion de se conformer plus parfaitement, en ce point aussi bien qu'en tous les autres, à son divin Maitre, qui a souffert tant d*outrages et de mauvais traitements, et qui n'a pas voulu que ce f ien serviteur fût exclu du nombre de ces bienheureux qui souffreitt pour la justice.

Il y a deux sujets principaux qui lui ont pu snsciler des adversaires el des ennemis : le premier a été l'emploi qu'il a eu à la cour toucliaiit la distribution des bénéfices ; car, d'un côté, il ne pouvait en aucune façon consentir à ce qu'il voyait n'être pas S(?Ion la justice, et dail leurs il ne lui était pas possible de satisfaire au désir d'un trè>-

grand nombre de demandeors, s'en trouvant quelquefois jusqu'à douze ou quinze qui rechercliaient avec ardeur un même bénéfice. De sorte que ceux qui ne pouvaient obtenir ce qu'ils demandaient se plaignaient pour la plupart bautement de lui en tous lieux, et M imposaient souvent des choses très-ftusses ; de quoi il bénissait Dieu, et ne laissait pas pour cela de les saluer dans les rencontres et de leur témoigner respect et désir de les servir ; et quand l'occasion B*en présentait, il le faisait encore plus Tolontiers qu'auparavant.

Le second sujet qui lui a suscité des adversaires a été le char^^e de supérieur d*une compagnie, laquelle étant obligée d'avoir quelque bien pour vivre, il était aussi tenu de veiller à la conservation de ce bien consacré an service de Dieu, en étant comme le dépositaire, et non le propriétaire, et particulièrement des droits seigneuriaux de la maison de Saint-Lazare et de ses antres intérêts, lesquels il a dil en conscience défendre et maintenir, ainsi qu*un bénéficier ceux de son bénéfice. Il a donc été contraint en cette qualité de résister quelquefois aux entreprises on prétentions injustes des hommes, après avoir vainement tenté les voies d'accommodement ; et ces diffi^rends ont servi de prétexte aux parties adverses de médire de lui et de le mépriser, et à lui de matière pour faire en leur faveur la même prièro que fit Notre-Seigneur en croix pour ses ennemis.

Kous allons maintenant rapporter quelques exemples de la manière dont ce bon serviteur de Dieu s'est comporté envers ceux qui l'ont maltraité, ou qui ont fait quelque tort h sa compagnie.

Un seigneur de grande condition n'ayant pu obtenir un bénéfice & cause de la fe. ip.eté que M. Vincent avait fait paraître dans le conseili ne jugeant pas en conscience que la personne qu'il proposait en fût capable, et a}ant ramené tous les avis an sien ; quelques jours après, commr H. Yincent entrait dans le Louvre, ce seigneur le traita des dernières injures devant tout le monde, sans que jamais il s'en plaignit à personne : la reine toutefois l'ayant su par d'autres, fit commandement à celui qui l'avait ainsi maltraité de se retirer. Mais BI. Vincent ne le put jamais souffrir, de sorte qu'il ne voulut plus agir que ce seigneur ne fût rappelé ; ce que la reine accorda en fia à ses instantes prières. Voilà un trait de charité envers un ennemi, lequel à peine il aurait pu se résoudre de faire pour le meilleur de ses amis. En voici un autre où la charité et l'humilité :4e rencontrent également.

Retournant un jour de la ville à Saint- T^zare, il rencontra dans le faubourg Saint-Denis une personne, laquelle, sur ce qu'il avait l'honneur d'approcher la reine et les premiers ministres d*£tat, lui re-

a publiquement qu'il était la cause des misères du temps, el â€d I ;s et impôU dout le peuple était chargé. Ce saint prêtre, qui coutume, par sentiment d'humilité, d'imputer à se^ péchés les ions publiques^ voulant profiter de cette contumélie, descend d« 1, se met à genoux dans la rue, avoue qu il e&t un misérable pé- , et demande pardou à Dieu et à cet homme du BUjet qu'il lit lui avoir donné de lui faire cet avertis&ement. Cet hommt confus et si repentant de sa témérilé, vojant ce véuérab) 3 humilié de la sorte, qull le viul trouver le lendemain à SaiiUe pour lui en demander pardon ; et M. Vincent Tajant accueilli^ .le un bon ami, lui persuada de demeurer six ou sept jours cn^ maison, prenant celte occasion pour lui faire une retraite spiri" ! et nne bonne confes&iou générale, faisant ainsi triompher la lé après rhu milité*

était ennemi des rancunes, et tellement amateur d« Tunioi

Icnne, que non-seulement il ne gardait nulle aigreur pour per

i, mais il ne pouvait souffrir que personne eût quelque choc;*

e cœur contre lui^ quoique sans sujet, qu'il ne ÏU son poseibl

la lui ôter charitablement. C'est pourquoi s'étant aperçu qu'uui

mne de qualité qui lui avait toujours témoigné de Taffeetioi

dans quelque refroidissement^ sans qu^il en sût la cause; aprèi

f remarqué cela plusieurs fois, il s'en alla le trouver exprè-s, ei

visage riant lui dit : « Monsieur, je suis assez misérable pou

avoir donné quelque mécontentement sans en avoir eu aucun

^in; mais ne sachant pas en quoi, je viens tous sup; iier de me

re, afin que, s'il y a de ma faute, je tâche de la réparer. • Ci

iieur, bien édifié de cette franchise, lui découvrit sa peine, lui

nt: ■ M est vrai, monsieur Vincent, qur votre conduite m'a uit;

déplu en telle occasion. « M. Vincent Je voyant préoccupé de

fies peffiuasions, fit par sa charité ce que le soleil fait par sa lu

re, car il dissipa à même temps les ombres de sou esprit, el

icit ramerlume de son cœur; en sorte que dès cette heure ci;

iieur Taima plus que jamais.

ne autre foia comme il s'habillait en la chapelle du collège é s-Enfants pour dire la saiote Messe, il se souvint qu un religieii *aris lui avait témoigné avoir quelque aversion contre lui ; ausj L il se déshabilla, quittant les ornements, et s*en alla le trouve lemandant pardon du sujet de déplaisir qu'il pouvait lui avoi néy rassurant qu'il estimait et honorait parfaitement sa pcr lie et sou ordre : ce qu ayant fait, il s en retourna célébrer Ac Mesïsc,

ttfl

Un jour, ayant sa qu'un certain supérieur d*une communauté religieuse, considérable dans Paris, avait témoigné quelque mécontentement de son procédé en quelque affaire, il s'en alla aussitôt le trouver, Fc jeta à ses pieds, et lui demanda pardon , comme s'il l'eût off'ensé ; l'ont n'ayant toutefois reçu que du mépris et des paroles fort aigres , sans le pouvoir adoucir, il fut contraint de se retirer de la sorte, bien joyeux d'avoir souffert ce rebut |)Our l'amour de son bon maitre. Au J}Out de quelque temps, comme on eut besoin d'emprunter des omejiicnts pour la chapelle du collège des Bons-Enfants, quelqu'un demanda à M. Vincent si Ton irait vers ce supérieur pour lui en demanlier : « Oui, dit M. Vincent, allez le>prier de ma part qu'il vous les prête. > Ceux qui l'entendirent parler de la sorte en furent fort étonnés ; néanmoins ce message ayant été fait à ce supérieur, il répondit avec admiration : « Quoil H. Vincent ne se souvient pas de ce que je lui ai dit ? Est-ce là le ressentiment qu'il en a? Ah ! Messieurs, ajoutat -il, il y a quelque chose de Dieu ici : c'est maintenant que je reconnais que M. Vincent lest conduit de l'esprit de Dieu. » Et en même lemps, après avoir donné ces ornements, ce bon religieux, touché d'un tel exemple, s'en alla à Saint-Lazare rendre visite à M. Vincent, qui le reçut avec une joie iocroyable de part et d*autre.

On lui écrivit une fois de Marseille qu'un religieux avait parlé au (Ié^'avantage de sa Congrégation en chose de cons^ence ; en quoi il avait d'autant plus de tort, qu'il en avait reçu de très bons offices. Voici la réponse qu'il fit sur cela : « Les paroles qui ont échappé à ce révérend Père nous donnent sujet de nous réjouir de n'avoir pas donné lieu à ses calomnies, et d'en remercier Dieu. Bienheureux serons-nous s'il nous trouve dignes de souffrir pour la justice, et s'il nous fait la grâce d'aimer la confusion et de rendre le bien pour le mal. »

La Congrégation des prêtres de la Mission ayant fait supplier N. S. P. le pape Alexandre VII, au commencement de son pontificat, pour la confirmation de quelque chose très-importante qui regardait la conservation de son institut, lo supérieur de la maison de Rome manda à M. Vincent que quelques personnes puissantes sollicitaient contre ce dessein. Lorsqu'il eut lu cette lettre, il dit à l'un des siens qui était avec lui: « J'apprends par cette lettre que tels (qu'il nomma) nous sont contraires ; mais quand bien ils m'auraient arraché les yeux, je ne laisserai pas de les aimer, respecter 1 1 servir toute ma vie ; et j'espère que Dieu me fera cette gïàce. • C'est ec qu'il a fait en effet, prenuant toujourâ leur parti, défendant leur réputation contre les médisants, publiant leurs vertus, prisant et louant grandement

-suies frnits de lenn traTanx^ et Icar rendant en général et en particulier tons les bons offices, déférences et soumissions imaginables.

Plusieurs ecclésiastiques étrangers, réfugiés à Paris à cause de la persécution qui se trouvait dan4 leur pays, étant en grande nécessiM spirituelle et corporelle, M. Vincent pria un prêtre de sa Congr^tion qui était natif du même pays, et connu de la plupart d'entre eux, de s'employer envers eux, afin de les résoudre à s'assembler certains jours de la semaine pour traiter ensemble des vertus, et s'instiuiro des choses qu'ils devaient savoir et pratiquer pour bien vivre selon leur condition, et cela dans le dessein de leur procurer ensuite de l'emploi, et de les retirer par ce moyen de la disette et de l'oisiveté : « Nous pourrons mi^me, lui dit-il, trouver moyen de les assister, quand ils s'assembleront de la sorte, parce qu'on les verra en disposition de se rendre plus utiles et exemplaires qu'ils ne sont; je vous prie. Monsieur, de travailler à cela. » Ce prêtre lui répondit: « Monsieur, vous savez que par vos ordres ces assemblées se sont ddevatit commencées, et même continuées durant quelque temps ; mais comme ce sont des esprits difficiles, divisés entre enx, ainsi que le sont les provinces de leur pays, cette bonne œuvre cessa. Us entrèrent en défiance et jalousie les uns des autres ; et quoique vous leur ayez fait et procuré beaucoup d'antres biens, ils se sont anssi défiés de vous, Monsieur; ils s'en sont plaints, et ont été silnoonsidéi es que de vous dire eux-mêmes et faire écrire de Rome de ne vous pbis mêler en aucune façon do leurs personnes, ni de leurs affairas. Or il semble, Monsieur, que leur ingratitude mérite que vous ne leurfassiez plus aucun bien. 0 Monsieur! que dites- vous? repartit M, Vincent, c'est pour cela qu'il le faut faire.» Et des paroles, H. Vincent passa aux effets, ayant toujours tAcbé de leur fiiire font le bien qu'il a pu en toute sorte de rencontres.

Il fut une fois prié par une |)crsonne qui avait un proeès h Paris de vouloir recommander son bon droit à quelqu'un de ses juges : il s'en excusa sur ce qu'il n'était pas une personne assez considérable pour ce:a : il ne laissa pourtant pas de le faire par occasion, quoique pour l'ordinaire il ne voulût point employer ses recommandations pour peraonne en ces sortes d'affUres. Quelque temps après, celui qoi lui avait fait cette prière, pensant avoir perdu son procès, vint le retrouver derechef , se plaignant avec des paroles injurieuses de ce qu'il n'avait pas voulu, comme il croyait, le recommander. Ce que M. Vincent supporta non-seulement avec mansuétude^ mais même lui demanda pardon à genoux de l'occasion qu'il lui pouvait avoir donnée de se fâcher ainsi contre lui. Il se trouva cependant qu'on avait donné

une hxme alarme à ("e pauvre homme, et que son procès était gagné : ce qui Tobligea de reveniràSaint-Lazare demander pardonàM. Vincent de ce que, mal ioformé du succès de son afiaire, le ressentiment lui avait fait ouvrir la bouche aux plaintes et aux reproches.

Quelques soldats ayant trouvé à Técart dans retendue de la seigneurie de Saint-Lazare deux jeunes clercs de la maison, qu*on avait envoyés hors du faubourg, ils leur ôtèrent leurs manteaux : ce qui étant aperçu par quel«iues personnes du quartier, ils coururent après eux, et emmenèrent denx prisonniers dans les prisons du bailliage, où M. Vincent les fit bien nourrir, et les envoya visiter, et enfin procura qu'ils fissent une confession générale, après laquelle ayant promis de ne plus dérober , il les fit mettre hors de prison sans les punir, comme ils l'avaient bien mérité, et comme il était en son pouvoir de le faire s'il l'eût voulu.

On a surpris de fois clï autre des hommes le larcin en main, qui dérobaient les biens de la maison de Saint-Lazare et des fermes qui en dépendent, tantôt sciai t et enlevant de nuit le blé de leurs terres, tantôt coupant les chênes de leurs bois, tantôt cueillant et ravageant 1rs fruits des arbres, tantôt les herbes ou autres choses ; et comme on les voulait mettre en prison pour les faire chAtier, M. Vincent avait tant de peine h y consentir, que souvent il ne le voulait pas permettre; et quand ils y étaient, il les en faisait sortir; et passant encore plus avant ^ il les excusait, les recevait dans la maison, les faisait manger au réfectoire, et quelquefois même il leur a donné de l'argent. Il est ari ivé quantité de cas semblables qui ont toujours donné lieu à ce chaiitable prêtre, non-seulement de pardonner à ces malfaiteurs, mais aussi de leur faire du bien. « Ce sont de p.-iuvres gens, dit-il, qui me font pitié. »

£n Tannée 1654,un jimne homme d'Allemagne, luthérien, ayant fait abjuration de son héiésie à Paris, peut-être afin de trouver plus d'assistance parmi les oUholiques, fut adressé à il. Vincent par la supérieure d'un monastèie de religieuses où il fréquentait, et d*où il tirait quelque pubsistanct). Celte mère le recommanda à BI. Vhicent comme un sujet de bonne espérance, qui pourrait devenir quelque jour bon missionnaire s'il était admis au nombre de ses enfants. M. Vincent l'avant fait recevoir en sa maison de Saint-Lazare pour la retraite spirituelle de huit jours, il se glissa dans quelque chambre, où il prit un manteau long, et une soutane dont il se revêtit ; et emportant encore irautres choses de la communauté, il sortit par la porte de l'église et s'en alla au faubourg Saint-Germain trouver le ministre Drelincourt, et lui dit qu'il était de la Mission, et qu'il se venait

re profession de m religion , Ce b Je \ojanl avee un babit ecclésiastique, le mena de rue cd rue pour 'faire i?oir qu*il avait fait une prande conqmHe, eu attirant un mu* Bionnaire. Il le fit voir dans les principales mai&otie des huguenota, tant pour montrer les fruits de sou ministère que pour confirmer ce jeune homme en sa résolution par leurs caresses et leurs bienfaits. Commet ils se promenaient ainsi ^ le sieur des Isles, qui travaille aifcc grand stèle auii coulroverses, les ayant rencontrés, et voyant un ecclésiaRtique se promener avec le ministre, il se douta de quelque chose, et les suivit jusqu'à la première maison, où étant entré avec eux, il laissa monter le ministre, et demeura en bas avec ce jeune homme, duquel il s'informa quelle aiïaire il avait avec M, le ministre. Ce fantôme de missionnaire, croyant parler à un huguenot, lui dit sa sortie de Saînt-LaMre, et le dessein qu*il avait ; sur cela le siei] des Isles élanl sorti, fit ^i bien avec M. le curé de Saint *&ul pic qu'on se saisit de ee scandaleux, qui profanait ainsi Fliabit el le oc de missionnaire, et Tayant fait mener dans ]m prisons du Châtelet, i en avertit aussitôt M. Vincent, lequel ne manqua pas d*èlre pressé pardîverj^es personnes de solliciter les juges pour faire punir ce jeune homme du larcin qu'il avait commis, et du scandale qu*îl avait donné. Mais ce charitahle prêtre les ayant remerciés» les assura qu'd ferait ce quHI faudrait ; et en effet il envoya vers les juges, non toutefois pour demander justice, mais plutôt miséricorde pour ce pauvre crimhiel; et lui-même prit la peine d'aller voir M. le procureurik^ roi et M. le lieutenant criminel, pour les informer de la part de^| Congrégation qu'elle ne préteudait rien contre co jeune homme* qu*ellc lui pardonnait le tort et la confusion qu'elle en avait reçus ; et quant à lui, qu'il les suppliait très humblement d'ordonner qu'il fût miît en liberté, que c'était le propre de Dieu de pardonner, et que Fa divine Majesté aurait fort agréable s'il renvoyait absous ee pauvre étranger, qui n'était coupable que d'une légèreté de jeunesse : ce qui édifia grandement ces Messieurs. Et certes M* Vincent fit Toir clairement en celte occasion qu'il était trop bien établi dans les mastimes de Kotre-Seigneur pour agir d'une autre manière que ce dtviu Saj^i Teur, lequel n*a pas seulement témoigné de paroles qu'il éttit ve^H au monde pour sauver les pécheurs, et bon pour les condamner o^^ punir, mais eneore par effelïf, délivrant la femme adullcrep el se comportant avec tant d'amour envers toute sorte de péeheurs et m^mc envers le traître Jndns.

En Tannée l(»5ô, un outre jeune homme ayant été reçu en la Congrégation de la l^lithion, sVu retira quelque temps aprè.^, contre l'ftrij|,,

éê M. Vincent, qoi prévoyait que plusieors seraient scandalisés de sa sortie. Il s'en alla prendre les armes parmi les compagnies des gardes suisses, qu'il déserta aussi bientôt après, mais non pas ù si bim mur • ché qu'il était sorti de ia Mission : car, étant appréhendé comme déserteur d'armée, et pour quelque autre faute notable, il fut mis en prison, et ensuite condumué d'avoir la tète tranchée, déjeune homme qui savait quelle était la charité de M.^ Vincent, eut recours à lui en cette extrémité, et aussitôt ce charitable serviteur de Dieu, qui avait pour maiime de rendre toujours le bien pour le mal, oubliant le mépris qu'il avait fait de son couseil et de sa Congrégation, s'entremit très-volontiers pour lui sauver la vie, en demandant sa grâce, laquelle il obtint.

Un pauvre lui demandant à la porte de Saint-Lazare s'il voulait qu'il lui dit ce qu'on disait de lui, il lui répondit : « Oui, mon ami, dites. C'est, ajouta-il, mon père, qu'on vous injurie par Paris, parce qu'on croit que vous êtes cause que Ton met les pauvres au grand hôpital. » A quoi UL Vincent répliqua avec sa douceur ordinaire : « Bien, mon ami, je m'en vais prier Dieu pour eux. »

M. Viucent lit bien paraître encore sa charité envers ceux qui le maltraitaient, et son désintéressement des biens de la terre, en une perte considérable, et la plus grande que sa Compagnie ait faite de son vivant ; car elle était bien de cinquante mille livres en plusieurs chefs. Voici ce qu'il en écrivit à une personne qualifiée de Paris, trèsintime ami de la maison, en ces termes :

• Uonsieur, les i)ons amis se font part du bien et du mal qui leur arrive, et comme yous êtes l'un des meilleurs que nous ayons au monde, je ne puis que je vous communique la perte que nous avons faite de TaiTaire que vous savez, non toutefois comme un mal qui nous soit avenu, mais comme une grâce que Dieu nous a faite, afin que vous ayez agréable de nous aider à l'en remercier. J'appelle grâce de Dieu les afflictions qu'il envoie, surtout celles qui sont bien reçues. Or, sa bonté infinie nous ayant disposés à ce dépouillement avant qu'il fût ordonné, elle nous a fait aussi acquiescer à cet accident avec une entière résignation, et j'ose dire avec tant de joie que s'il nous avait été favorable. Ceci semblerait un paradoxe à qui ne serait pas versé comme vous, Monsieur, aux affaires du ciel, et qui ne saurait pas que la conformité au bon plaisir de Dieu, dans les adversités, est un plus grand bien que tous les avantages temporels. Je vous supplie très-humblement d'agréer que je verse ainsi dans votre cœur les sentiments du mien. >

Or, ce qui est plus admirable en cette perte, c'est Taffection, la

charité et le respect qae M. Vincent a rendus mx persmnes paitki-

lières qai étaient les auteurn de tout cet accident fàchenx, rendant en toute rencoutre le bien pour le mal, Tiionneur pour le déshonneur, le bon traitement pour le mauvais, et enfin montrant par desbontà toutes spéciales combien il voulait, ainsi qu'il dit lui-même en cette occasion, observer ce que le Saint-£sprit a dit, qui est do jeter des charbons ardents sur la tête de nos adversaires.

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