LES AUTRES SAINTS
Nous devons honorer , dit le grand saint Bernard , de toutes les plus intimes affections de notre cœur la très sainte Vierge Marie ; parce que tel est le bon plaisir de celui qui a voulu que, par l'entremise de cette incomparable Vierge, nous eussions toutes sortes de faveurs et de grâces' . Ce n'est donc pas une invention de l'esprit humain , ni une production des sentimens de quelque dévotion particulière , mais un ordre établi par la volonté de Dieu , que nous rendions un honneur très spécial k celle qu'il a voulu luimême honorer jusqu'k ce point, que de la choisir pour être la mère de son propre Fils , et pour recevoir ensuite de ce divin Fils les devoirs d'une vraie et parfaite sujétion et obéissance.
Toute rÉglise a toujours reconnu cette vérité , et a donné en tous les siècles des témoignages de son respect et de sa dévotion
> ToUi medulUs cordiam, tolii pnocordiommiiTecUbiu, Varitm Ttnereinar : qnia lic
iiorer ^ servir et invoquer cette très sainte Mère de Dien , et de re» courir k elle en leurs besoins et nécessités. Enfin , le grand nom-' bre des confréries qu'il a établies et fait établir de tous côtés pour honorer Notre*Seigneur par Texercice de la charité envers les pauvres j et qu'il a mises sous la protection spéciale de sa très sainte Mère , aussi bien que toutes les autres compagnies et assemblées de piété dont il a été l'auteur , sont des marques bien expresses , non seulement de sa dévotion envers la très sainte Vierge , mais aussi de l'affection et du zèle qu'il avait de la répandre dans tous les cœurs. #
Ayant donc été animé de cet esprit , et s'étant toujours étudié de rendre tout l'honneur et tout le service qui lai a été possible à cette reine des anges et des hommes , fautnl s'étonner si tous ses travaux et toutes ses saintes entreprises ont été favorisés de si bons succès, et accompagnés de tant de bénédictions, puisqu'il s'était mis d'une façon si particulière sous la puissante protection de la Mère de Dieu ?
Comme M. Vincent savait fort bien, et l'enseignait souvent dans les missions , que l'honneur qu'on rend non seulement k la très sainte Mère de Dieu , mais aussi k tous les saints , retourne k ce divin Maître , dont ils sont les véritables serviteurs , il leur rendait en cette vue un grand honneur , et particulièrement aux apAlres, comme k ceux qui avaient eu le bonheur d'approcher de plus près la personne du Fils de Dieu , et dé puiser dans les fontaines du Sauveur cette eau qui rejaillit jusqu'k la vie étemelle ; il les considérait et honorait comme les premiers et grands missionnaires qui avaient porté la lumière de l'Évangile par toute la terre , et travaillé avec de très amples bénédictions k l'instruction et k la conversion des peuples. Entre les apôtres il aimait et respectait particulièrement saint Pierre , comme celui qui avait aimé Jésus-Christ plus que tous les autres , et qui avait été par lui établi son premier vicaire sur la terre, et le chef et souverain pasteur de son Église.. Il avait aussi une vénération et dévotion très spéciale pour saint Paul, comme pour celui qui était le maître et le docteur des Gentils, et qui avait plus travaillé que tous les autres ; et comme il en portait le nom , il s'étudiait aussi d'en imiter les vertus.
Il a toujours fait paraître une dévotion singulière envers sou saint ange gardien , et il n'entrait jamais dans sa chambre et n'en sortait point qu'il ne le saluât et ne lui rendit quelque honneur; il
a introduit cette pieuse coutume panni les siens , de faire le même à regard de leurs saints anges tutélaires lorsqu'ils entrent et sor*. tent de leurs chambres.
Il était aussi fort dévot au glorieux martyr saint. Vincent son patron; et ayant un jour appris qu'une personne de mérite et de piété avait des habitudes et connaissances en Espagne , il la pria demployer son crédit pour avoir des mémoires de la tradition de ce royaume-là , touchant la vie et le martyre de ce bienheureux saint Y plus amples que ne sont ceux qui se trouvent dans Tabrégé de son histoire. Il avait encore une vénération spéciale pour saint Vincent Ferrier , et on a remarqué qu'en plusieurs de ses retraites spirituelles il faisait sa lecture dans le livre que ce saint a composé, et par cette lecture il avait si bien imprimé dans son esprit ses actions les plus remarquables , et ses plus saintes maximes , qu'il les rapportait souvent dans ses discours, et était encore plus soigneux de les mettre en pratique , imitant particulièrement le zèle que ce grand saint avait eu pour procurer la conversion des pécheurs et le salut des âmes.
II honorait avec de grands sentimens de piété les reliques des samts ; et parlant un jour à sa communauté sur le sujet d'une proces^on que Messieurs du Chapitre de Notre-Dame de Paris ont accoutumé de faire à Saint-Lazare, en laquelle ils portent ordinairement les principales reliques qu'ils ont en leur église : c Nous ( nous mettrons , leur dit-il , en disposition de recevoir ces préc cieuses reliques , comme si c'étaient les saints mêmes dont elles c sont les reliques qui nous fissent l'honneur de nous venir visic ter , et ainsi nous honorerons Dieu en ses saints , et nous le supc plierons qu'il nous rende participans des grâces qu'il a si abon- < damment versées dans leurs âmes. »
Or, l'intention principale de H. Vincent dans la dévotion qu'il avait pour les anges et pour les saints , était d'honorer en eux les dons de Dieu et son Saint-Esprit , dont ils étaient les temples ; en sorte que l'honneur qu'il leur rendait et les prières qu'il leur offrait avaient Dieu pour principal objet et pour dernière fin ; et tous les devoirs de piété dont il s'acquittait envers eux n'étaient que des moyens pour rendre à sa divine Majesté une gloire plus étendue , et pour l'invoquer plus efficacement par leurs intercessions : suivant en cela les intentions de TÉglise , auxquelles ce grand serviteur de Dieu s'étudiait toujours de conformer les siennes , se te- II. 18
nant fldMement et constamment dans tons les sentimetas de cette mère commtme de tons les enfans de Dieu , et se soumettant en toutes choses li sa conduite qu'il reconnaissait toute sainte , comme lui étant inspiirée par celui qui est TAuteur de tonte sainteté.
Que si la ferveur de la déYOtion le portait \ eidiorter les autres d'entrer dans les mêmes sentimens dont il était animé , elle faisait aussi quil déplorait grandement la firoideur et Vindétotion de la plupart des c^étiens de ce temps ; et on Ta tu souvent les larmes aux yen paiier de la ferveur et de l'exactitude des Turcs pour les exercices de leur fausse religion , leurs assujettissemens , leur silence , leur modestie et retenue dans leurs mosquées ; et sur cela il disait qu'il y avait grand sujet de craindre que ces pauvres m&dèles ne hissent un jour nos Juges , et qu'ils ne condamnassent devant Dieu notre tiédeur et notre indévotion.
Nous ne devons pas ici omettre la dévotion particulière qu'il avait de procurer le soulagement et la délivrance des âmes filiales qui souflGrent dans le purgatoire ; il exhortait souvent les siens k ce devoir de piété , et disait qu'il fallait considérer ces chers défents comme les membres vivans de Jésus-C3irist , animés par sa grlice, et assurés de participer un jour h sa gloire ; et que pour cette considération nous étions obligés de les aimer , servir et asaisier de tout notte pouvoir. Pour cet effet il priait et offlr»t souvent le très saint Sacrifice de la Messe à leur intention. Il faisait aussi prier et otilr le même Sacrifice -pour eux par les autres prêtres de sa maison ; et te sacristain de Saint-Lazare a déclaré qu'il lui ordonnait fort souvent de faire dSre des Messes pour les &mes du purgatoire qui y sont détenues depuis long-temps , et qui n'ont personne qcd prie particuhèrement pour elles. Il établit encore pour ce même sujet, dans toutes les maisons de sa Congrégation , cette sainte pratique de dire trois fois le jour en commun le De profimdis, c'est % savoir après les deux examens particuliers qui se font devant les repas , et aux prières du soir.
Finissons ce chapitre parle témoignage que deux ecdéstastiques très vertueux ont rendu touchant la dévotion et piété qu'ils ont re^ marquée en la personne de M. Vincent. Voici ce que l'un d'eux en a donné par écrit.
t Quoique H. Vincent fût surchargé d'affaires , et qu'il eêt k t traiter presque continuellement avec des persommes si diffé- « rentes , ce qui apporte d'ordinaire un grand empêchement à la
dévotion , l'on pent dire néanmoins, puisque la dévotion n'est antre chose que la charité pratiquée avec affection et promptitude , qu'il avait toujours le cœur rempli de dévotion , puisqu'on le voyait accepter toutes les occasions qui se présentaient , quelque difficulté qu'il y eût , pou^ procuTff l'avlncement de la gloire de Dieu et le bien du prochain , et se porter avec tant de charité à secourir ceux qu'il voyait les plus abandonnés et dans les plus grands besoins. L'on peut même assurer qu'il avait tellement Tesprit de dévotion , qu'on ne pouvait converser avec lui MQS en être touché, ni retendre ps^ler de Heu oomme il faisait, avM des termes touf^imfespeeiiMnix et aSbettii, ^tt'on m resseMtt te sd qiiekiiie éimeelle de cette ardeur eacrée f^lee paroles de Jésufr^Sirnt raBsasdtéoiitprodaBtesdanftleooMrde ses deni disciples qui alUiiait en EoBsiaCis : ee qui Msaît bkm voir que c'était le même lésus-Ghrisi qui mmtât ses ptt^otes,aussi Uen que ses autres actions. »
L'antre n'en dh pas moins , ayant donné par écttt le 4émoigflage smvuBt: « Poureequiestdeladé^etiimdelf. ?moeiit,iliieAt* !aft que le vmr aui fonctikms, soft du ehcew ou de l'autel, ott dans les autres exercices de juété, et même dns ses aeti<ms ordinaires; car sa posture , sa modestie , son recui^eaient élrient conmie autant de crayons qui représentairat sa dévotion ; et ee qui est plus m^veSleux, est que le ton , l'aecent et fltfime la seule inflexion de sa voix touchait les ee^nrs, et înspIrsHt aux autres la dévotion dont 9 étnt rempli. Plusieurs de messieurs les ecclésiastiques de )a Conférence de Saint-Lazare ont avoué quls vemoent principalanent k cette GonfSrence pour Tentendre parler , et quHs s'en retonmaiettt eontiistés lorsque par modestie , comme il arrivait qudquefois , 3 n'avadt rien £t. >