CHAPITRE X
SON a^LE POUR LA GLOIRE DE DIEU ET POUR LE SALUT DES AHES.
. Quoique M. Vincent se soit étudié d'imiter parfaitement Jésus- Christ en la pratique de toutes sortes de vertus , c'est en celle-ci néanmoins qu'il a excellé d'une manière particulière , ayant exprimé en lui-même une vive image du zèle de ce divin Sauveur. Il pouvait bien dire aussi à son exemple que /6 zèle de la maison de Dieu le dévorait\ et que sa vie se consumait dans les]flammes de cet ardent désir de procurer la gloire de Dieu , puisqu'il l'excitait continuellement à entreprendre , k soutenir , et k souffrir tout , soit pour empêcher que Dieu ne fût offensé , soit pour réparer les offenses commises contre sa divine Majesté , ou enfin pour procurer l'avancement de son honneur et de son service. Car comme nous enseigne fort bien saint Augustin répondant à la question qu'il s'était proposée à lui-même : < Qui est celui qui est dévoré par le c zèle de la maison de Dieu ? C'est , dit ce saint docteur , celui qui € désire ardemment d'empêcher que Dieu ne soit offensé ; et lequel € quand il voit quelque offense commise contre sa Majesté divine c ne se donne aucun repos , mais s'emploie de tout son pouvoir « pour faire en sorte que cette offense soit réparée : que s'il ne le € peut , il gémit dans son cœur , et ressent une grande peine de c voir Dieu déshonoré, t
Yoilk quel a été M. Vincent, comme on le peut assez connaître de tout ce qui a été rapporté dans les deux premiers livres de sa vie , et de ses œuvres : car Ton peut dire avec vérité, qu'il n'a pas vécu pour lui-même, mais uniquement pour Jésus-Christ, l'honneur et la gloire duquel lui était incomparablement plus chers que sa propre vie : et pour ce qui est de ses œuvres , elles peuvent bien
* Zeltts domas toe comedii me. Pt. 68.
■ Quii est quicomedUnr lelo domus Dei ? Qui omnia qun tidet pertersa utagU emendare , cnpU corrigere, non qaiescit ; et si emendtrenon potest , tolérai et gémit. Àu^ntt, in capi, 8. tfoon.
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servir de preuve de son zèle , puisque tout ce qu'il a fait et entre" pris n'a été que pour détruire le péché et pour procurer que Dieu fût connu, servi, aimé, et glorifié en tous lieux, par toutes sortes de personnes :. c'est pour cela qu'il a tant travaillé dans les missions, établi tant de conférences et de séminaires, assemblé tant de compagnies , en un mot qu'il a fait et souffert tant de choses pendant sa vie , laquelle il a enfin consumée dans les flammes de son zèle.
Et pour en dire quelque chose de plus particulier, le zèle de ce grand serviteur de Dieu lui faisait surtout ressentir vivement les offenses quise commettaient contre sa divine Majesté : il ne se peut dire combien il en était sensiblement touché , quels efforts il faisait pour empêcher ces offenses , et quelles pénitences il s'imposait pour les réparer après qu'elles étaient faites. Mais il s'affligeait outre mesure lorsqu'il apprenait que quelque misérable pécheur était mort dans son péché, et qu*une âme s'était perdue, voyant que cette perte était irréparable; et lorsqu'il en parlait, et qu'il repré^ sentait combien valait une seule âme et ce qu'eUe avait coAté à Jésus-Christ , ses paroles tiraient les larmes des yeux de ceux qui l'entendaient.
Or, pour empêcher cette perte des âmes qu'il voyait ètresi chères a ce divin Sauveur, il n'y avait rien qu'il ne voulût faire et souf^ frir; et il exhortait les siens de concevoir et nourrir dans leurs cœurs ce même zèle dont il était animé. Voici en quels tenues il leur parla un jour sur le sujet de ce que soufiGraient les missionnaires qui étaient k Gênes , au temps que la peste aflBigeait cette ville : c Ils sott£Brent , dit-il , comme il faut , par la grâce de Dieu , et en c cela ils sont bien heureux de soufirir ; premièrement pour renc dre service à Dieu , et puis pour procurer le salut des âmes. Or c nous devons. Messieurs , avoir en nous une semblable disposic tion , et un même désir de souffrir pour Dieu et pour le proc chain , et de nous consumer pour cela. Oui , Messieurs et mes c Frères , il faut que nous soyons sans réserve à Dieu , et an ser- < vice du prochain : nous devons nous dépouiller pour le revêtir, c donner nos vies pour procurer son salut , nous tenir toujours f prêts de tout faire et de tout soufirir pour la charité, être disc posés d'aller où il plaira à Dieu pour ce sujet, soit aux Indes ou ( en d'autres lieux encore plus éloignés , et enfin d'exposer volon* c tier nos vies pour procurer le bien spirituel de ce cher prochain
et pour amplifier renpîre da Jfésus-ChriBt dans lésâmes. Et moimtoe ) quoique vienx et caduc comme je suis , je ne dois pas laisser àb me temr dans cette dispositkm^ et même de m'en aUer an Indes pom^y gagMr des aides k IKeii , encore qae je dusse nomr par le ebemîa : car ne penses pas que Dieu demande da now les forées et la bonne disposition da corps ; non i il ne demande que notre bonne Tolonté , et urne ?àritable et sincère disposition d'embrasser toutes les occasions de le servir, mémo au p4ril de notre vie, entretenant dans nos cœnra un désir delasaorîfier pour Dieu, et, sll le yonlait ainsi, desouflKr le martyre; et ce désir est quelquefois amant agréàUe à sa divine Majesté , que si en le souffirait en eiet ; et même rÉgUse a un tel sentimmt de cette dispositicm, qu'elle bonore conune martym plusieurs Saints qui ont été seidement exilés pour la f<n t et qui sont morts dans eet exil de leur mort naturelle. 0 qie nos confrères qui trataillent dans les pays étrangers sont savans en cette science de sovtffrir ! les uns étant exposés aux dangem de la peste, en servant même les pestifiMs; les autres parmi les périls da la guerre; les autres dans les incommo* dites de la faim; et tous dans les mésaises, les travaux etlessou^ iwces ; mais nonobstant cela ils demeurent fermes et inébranlables dans le bien qu'ils ont entrepris. Reconnaissons, Mesaieun, la gràee que Dieu fait k cette pauvre et cbétive Congrégalimi, de se. voir composée de tdies personnes, et de tels membica si fidèles et si constans h souflHr pour le service et pour râmourdasa divine Majesté. »
Ces paroles de M. Vincmt font assez connattie le désv qui brûlait dans son cosor de sacrifier sa vie par le martyre , ou de Faller tonsnmer dans les travaux des missions : ce qu'il aurait exécuté , si les douleurs extrêmes de ses jambes et les autres incommodités dont il était continuellement travaillé le lui eussent pu permettra; et en efiist six ou sept ans avant sa mort , étant déjk âgé d'environ quatre-vingts ans, il alla encore en mission pendant le temps d'un Jubilé , et i) y travailla avec un très grand fruit et une mervefflense édification de tous ceux qui voyaient ce saint vieillard dans un âge si avancé, et parmi tant d'incommodités, s'employer avec tant de zèle k catédiiser, précber, confesser, et vaquer k d'autres semblables exercices : mais quoique son Ige et ses indispeaitîons presque continuelles , avec toutes les autres alRâres im-
portantes dont il était chargé , ne lui peipiiaifeii^ pas de çontian^r ce saint éieiciee , il ne laissait pas pourtant d'en retenir tonjours l'affection dans son cœur ; et un jour écrivant k l'un des siens , et hii déclarant ses smtittents sor ce snjel : c 0 qpe l^iepheurenx, c lui dit-il, sont ceux qui se donnent k Dieu de la bonne sQrte , « pour faire ee qoe Jés«s*Cbrôt a fait et pour pratique? \ son < exemple las vertns qu'il a pratiqnées , la pauvreté , rhiunilité , la 4 patience, le sèle de la gloire de Dieu et du saint des Siiaest Csur f ainsi ils deviennent les vrais disciples d'un tel maUFe ; i)s vitent « paiement de sen esprit , et répendent gvee Todenr de sa vie le t mérite de ses actions pour la sanctification des ftmesi pour lest quelles il a vonlu menrir. «
C'était dans ce même esprit et psur ee même sèle qn*il eikertait et encourageait les ✠dans les travaux où ils éteint engagés pour le aerviee de Notrerfieignenr. Ydci en tpiels termes il écrivit k Tnn de ses prêtres qu'il avait envoyé en des lieux fcurt éloignés, eii il y avait beauconp à travailler et k sonflrir povr le aerviee de Notre-Seigneur : t 0 Monsieur, que j'ai de eonsolatton de penser k vous quiètes tout k Dieu, rt k votre vocation qui est vraiment apostolique I Aimez done cet heureux partage qui vous eat échu, et qui doit attirer sur vous une infinité de griices, pourvu que vous soyez bien fidèle k Tusage des premières. Vous aurei sans doute beaucoup k combattre , car Tesprit malin et la niAure corrompue se ligneront enseinble pour s'oi^Miser an bien que vous voulez fkire ; ils vous en feront paraître les difflenltés plus grandes qu'elles ne sont , et feront leura ef orte pour vous persuader que la grftce vous manquera dans le besoin , afin de vous attrister et de vous abattre ; ils susciteront des hommes qui vous contrediront et persécuteront , et peut-étre que ce seront eeux-lk mêmes que vous tenez pour vos meilleurs amis, et qd devraient vous soutenir et vous consoler. Si cela voqs arrive. Monsieur , vous devez prendre courage et le considérer comme un bon signe ; car vous aurez par ce moyen plus de rapport k Notre-Seigneur, lequel étant accablé de douleurs, s'est vu dé* laissé , renié et trahi par les siens , et comme abandonné par son propre père. 0 que bienheureux sont ceux qui portent amousèment leur croix en suivant un tel maître ! Souvenefr^ous , Monsieur , et le croyez fermement, que quel<|ue diose qui vous arrive , vous ne serez jamais tenté au-*delk de vos forces, et que
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c Dieu même sera votre appui et votre vertu , d'autant plus par-
< faitement que vous n'aurez ni refuge ni confiance qu'en lui
< seul.»
Et écrivant à un autre des siens qu'il avait engagé à une mission fort laborieuse et difficile : < Béni soit, lui dit-il , le Père de Notre-Seigneur Jésus-Christ , qui vous a si suavement et si fortement inspiré la mission que vous avez entreprise pour la pro* pagation de la foi ; et béni soit le même Seigneur , qui non seulement est venu au monde pour racheter lés âmes que vous allez instruire , mais encore pour vous mériter les grâces qui vous sont nécessaires afin de procura leur salut et le v6tre. Puis donc que ces grâces-là vous sont toutes préparées, et que le bon Dieu qui les donne ne désire rien tant que d'en faire largesse à ceux qui s'en veulent bien servir , à quoi tiendra-t-il que vous n'en soyez rempli , et que par leur vertu vous ne détruisiez en vous les restes du vieil homme, et dans ce peuple les ténèbres de l'ignorance et du péché? Je veux espérer que de votre c6té vous n'y épargnerez ni les travaux , ni la santé , ni la vie; c'est pour cela que vous vous êtes donné k lui , et exposé au péril d'un long voyage ; et partant il ne reste plus sinon que vous preniez une forte résolution de mettre tout de bon la main à l'œuvre. Or, pour bien commencer et pour bien réussir, souvenez-vous d'agir dans l'esprit de Notre-Seigneur , d'unir vos actions aux siennes, et de leur donner une fin toute noble et toute divine, les dédiant à sa plus grande gloire ; moyennant quoi Dieu versera toute sorte de bénédictions sur vous et sur vos œuvres : mais il arrivera peutêtre que vous ne les verrez pas , au moins dans toute leur étendue , car Dieu cache quelquefois k ses serviteurs les fruits de leurs travaux, pour des raisons très justes ; mais il ne laisse pas d'en faire réussir de très grands. Un laboureur est long-temps avant qjie de voir ceux de son labour, et quelquefois il ne voit point du tout la moisson abondante que sa semence a produite : cela même est arrivé k saint François Xavier , lequel n'a pas vu de son temps les fruits admirables que ses saints travaux ont produits après sa mort, ni les progrès merveOleux qu'ont eus les missions qu'il avait commencées. Cette considération doit tenir votre cœur fort au large et fort] élevé en Dieu , dans la confiance que tout ira bien , quoiqu'il vous semble le contraire. > Parlant un jour k ceux de sa communauté dans ce même es-
prit : « Voilà, leur dit-il , un beau champ que Dieu nous oavre, tant k Madagascar qu'aux lies Hébrides et ailleurs. Prions Dieu qu'il embrasse nos cœurs du désir de le servir ; donnons-nous k lui pour en faire ce qu'il lui plaira. Saint Vincent Ferrier s'encourageait en la vue qu'il devait venir des prêtres , lesquels par la ferveur de leur zèle embraseraient toute la terre. Si nous ne méritons pas que Dieu nous fasse la grâce d'être ces prétres* Ik, supplions-le qu'au moins il nous en fasse les images et les précurseurs : mais, quoi qu'il en soit, tenons pour certain que nous ne serons point véritables chrétiens jusqu'à ce que nous soyons prêts de tont perdre , et de donner même notre vie pour l'amour et pour la gloire de Jésus-Christ , nous résolvant avec le saint Apôtre de choisir plutôt les tourmens et la mort même , que d'être séparés de la charité de ce divin Sauveur. > Une autre fois ayant fait le récit à sa conmiunauté de quelque persécution arrivée aux missionnaires qui étaient en Barbarie , il ajouta ensuite : c Qui sait si Dieu n'a point envoyé cet accident c pour éprouver notre fidélité. Les marchands laissent-ils d'aller c sur mer pour les dangers qu'ils courent , et les soldats à la
< guare à cause des plaies et de la mort même à laquelle ils
< s'exposent? Et faut-il que nous laissions de faire notre office de c secourir et de sauver les &mes pour les peines et pour les per« c sécutions qui s'y rencontrent. >
Il encourageait ainsi par l'ardeur de son zèle ceux de sa compagnie à continuer leurs travaux pour le service de Notre-Seigneur ; et conoime son zèle était vraiment désintéressé, il ne se conjouissait pas seulement avec eux des bénédictions que Dieu donnait à leurs missions , dans lesquelles ils faisaient ce qu'il eût désiré faire lui-même, si son &ge et ses infirmités ne l'en eussent empêché; mais il concevait aussi une sainte joie du bien que faisaient les antres communautés, et des services qu'elles rendaient à l'Église. Voici ce qu'une personne de grande vertu en a témoigné : .
c M. Vincent s'est toujours réjoui quand il entendait les grands
< fruits et progrès que faisaient les autres communautés ; et bien c loin d'en concevoir aucune envie ni jalousie, il témoignait hauc tement l'estime qu'il en faisait ; il leur donnait de très grandes c louanges, et leur rendait dans les occasions toutes sortes deser-
< vices et d'assistances. Il avait un zèle semblable k celui de Moïse, c disant comme lui, Utinamomnes pr&phetent, et souhaitant
t qae les grâces qu'il reee vaut de Diea ftuâent oomnnmiiiiiées mt
< antf ee« Et en effet qu'est-ce qu'il n'a point fait, soit par hû-mAme*
< aoit par autrui , pour renouveler cet eaprit apoatolique et eeclé- « naatique que nous voyons aujourd'hui reOeurir dans l'Église? f II a employé tout le inonde pour ce sujet, la langue des uns , la
< boucbe des auUes , la faveur des grands , le soin des petits , les « piières des gens de bien ; en un mot, son aèle n'a point eu de f bornes ni de limites , et presque toutes sortes de personnes en f ont ressenti les effets , il n'y a pas jusqu'aux petits orphelins f et au pauvres vieillards qui ne le publient. »
Dans ce sentiment il parlait souvent avec estime et éloge des reBgieux de la sainte Compagnie de Jésus, louant Dieu des grandes choses qu'il a faites par eux en toutes les parties du monde , pour la propagation de l'Évangile et pour l'établissement du royaume de Jésus*Cbrist son Fils. Et un jour entre autres, parlant aur ce siqet k ceux de sa communauté , par un mouvement de ce même lèle accompagné de son humilité ordinaire, il leur dit : Soyons, mes Frères, oomme ce paysan qui portait les bardes de saint Ignace et de ses compagnons fatigués du chemin, et qui voyant qulls se mettaient k genoux lorsqu'ils étaient arrivés ea quelque lieu pour s'y arrêter, il s'y mettait aussi ; les voyant prier, il priait de même : et comme ces saints personnages lui eurent une fois demandé qu'est-ce qu'il faisait Ik, il leur répondit : Je prie Dieu qu'il fasse ee que vous lui demandez ; je suis comme une pauvre bête qui ne saurais faire oraison , je le prie qull vous écoute ; je voudrais lui dire ce que vous lui dites , mais je ne saurais , et ainsi je lui offre vos prières. 0 Messieurs et mes Frères I nous devons nous considérer comme les porte* sacs de ces dignes ouvriers ; comme de pauvres idiots qui ne savons rien dire et qui sommes le rebut des autres, et comme de pauvres petits glaneurs qui viennent après ces grands moisaon** neurs« Remercions Dieu de ce qu'il lui a plu agréer en cela nos petits services ; offrons*lui avec nos petites poignées les grandes moissons des autres , et soyons toujours prêts a faire ce qui est en nous pour le service de Dieu et pour l'assistance du prochain* Si Dieu a donné une si belle lumière et fait une si grande grâce h ce pauvre paysan , que pour cela il a mérité qu'il fût parié de lui dans l'histoire , espérons que faisant notre pwsiUe , comme ilafait, pour contribuer k ce que Dieu soit honoré et senri , sa
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t dîTÎM bonté recerra en bonne part nos oUttions et bénira nos i petits travaiix. •
Si M. Vincent a fait parattre en tant de manières Tardenr de son sèle 9 il n'en a pas moins fait toir la foreo et la oonstanee , persévérant dans les saintes entreprises que Dieu hii avait inspirées , nonobstant les Affioultés , les oppositions ^ les pertes, et tontes les antKs pins ftehenses traverses qni lui sont arrivées. 11 est certain qn'entre tontes les missions anxtpudles il s'est engagé , nne des ^vs pénibles et des pins dommageables à sa Congrégation a été eelle de Ttle de Madagasear, dont nous atons amplement parlé au seoond Uvre ; car nous avons tu somment eette mission lui a eonsnmé plosieuiB bons ouvriers ; la plupart y sont morts peu de temps après leur arrivée , sans avoir pu y travailler ni faire le fruit qu'ils s'étaient proposé; d'autres ont fait naufrage an milieu de leur route ; d'autres sont tombés entre les mains de eeux atee qui pour lors on était en guerre; enfin il semblait que les élémens et les hommes ftissent opposés au dessein qu'il atait conçu de secourir •t instruire ces pauvres Insulaires. Et certes , après tant d'aeddens et de pertes , une vertu moindre que celle de M. Vincent eût ployé sous le faix de tant de flicheuses traverses , et eût abandonné cette bonne œuvre , sous prétexte de quelque sorte d'impossibilité ; mass le courage et le zMe de cç saint homme se relevait comme ht palme , lorsqu'il semblait devoir être accablé par tous ces ftmestes accidens; plus 11 voyait d'oppodtioii de la part des créatims , plus il témoignait de constance et de résolution b persévérer dans ses bonnes entreprises pour la gloire de Dieu; et tant s'en faut que ces pertes et ces oppositions le portassent au découragement, qu'au contraire il prenait de là sujet d'y animer davantage les siens; de sorte qu'As étaient encore plus affectionnés et plus disposés de s'en aller en ces mêmes lieux , nonobstant tous ces renversemeas qui donnaient sujet de craindre qu'il n'en arrivât de semblables. Voici ce qu'il écrivit & l'un de ses prêtres sur ce sujet : t L'homme « propose et Dieu dispose des évÂiemens comme il lui platt. Les < mesures que nous avions prises pour la mission de Madagascar t ont été tant de fois rompues qu'il semble que nous ne pouvons t plus nous en rien promettre, l'estime néanmoins que nous det vons toujours , pour notre égard , tendre k Texécution de ce desc sein , en tant qu'il concerne à la gloire du Maître que nous ser- « vons , lequel donne souvent à la persévérance les succès qu'il
< a refusés aux premiers efforts , et qui se plait à beaucoup éprou- € ver ses ouvriers avant que de leur confier les œuvres plus for-
< tes et plus dîfSciles , pour leur faire mériter par Texercice de c leur foi , de leur espârance et de leur amour, la grâce d'aller
< plantélr ces vertus dans les âmes qui en sont destituées. »
Et dans une autre lettre : < Nous avons, dit-il, pleuré la mort
€ de nos chers défunts que la mission de Madagascar nous a en-
c levés , et je ne puis dissimuler que cette nouvelle nous a gran-
c dément aiOigés , et que nous avons grand sujet d'adorer en cette
< occasion surprenante les ressorts incompréhensibles de la con-
< duite de Dieu. Cette affliction pourtant, non plus que toutes Jes
< autres pertes précédentes ni tous les accidens fâcheux qui sont c arrivés depuis n'ont pas été capables de rien rabattre de notre « résolution à secourir ce pauvre peuple. >
En une autre occasion le supérieur de la maison de la mission de Marseille lui ayant représenté qu'il serait bien difficile de continuer les missions de Barbarie , et que tout le bien de sa Congrégation ne suffirait pas pour les entretenir et pour payer toutes les avanies que les Turcs faisaient souflBrir à ses missionnaires, il lui répondit c qu'il ne pouvait se résoudre d'abandonner cette œuvre ; car, c dit-il, si le salut d'une seule âme est d'une telle importance
< qu'on doive exposer sa vie temporelle pour le procurer, com-
< ment pourrions-nous en abandonner un si grand nombre pour
< la crainte de quelque dépense? Et quand il n'arriverait aucun c autre bien de ces missions que de faire voir k cette terre bar-
< bare et nuiudite la beauté de notre religion , en y envoyant des c hommes qui traversent des mers, qui quittent volontairement
< leur pays et leurs commodités , et qui s'exposent k mille sortes c d'outrages pour aller consoler et secourir leurs frères affligés , « j 'estime que les hommes et l'argent seraient très bien employés. »
Or, comme c'était le zèle qui inspirait k M. Vincent ce courage et cette force pour persévérer constamment dans ces saintes entreprises , aussi lui faisait-il ressentir une très grande peine s'il en voyait quelques uns parmi les siens qui se portassent lâchement , ou qui, écoutant trop les sentimens de la nature et le raisonnement de l'amour-propre , se laissassent ainsi aller au découragement , et y portassent quelquefois les autres. Voici l'extrait d'un discours qu'il fit un jour k sa compagnie sur ce sujet , avec lequel nous finirons ce chapitre :
t II est impossible , lenr dit-il, qu'un prêtre missionnaire qui vit lâchement réussisse dans sa condition, et fasse une fin heureuse; car quel tort pensez*vous que font ces âmes lâches dans une compagnie? Hais quel préjudice ne portent pas ces paresseux et ^ eux-mêmes et aux autres qu'ils découragent par leurs mauvais exemples et par leurs discours impertinens ? A quoi bon, disentils , tant de sortes d'emplois , tant de missions , de séminaires , de conférences, de retraites, d'assemblées et de voyages pour les pauvres? Quand M. Vincent sera mort, on quittera bientôt tout cela ; car quel moyen de satisfaire à tant de sortes d'entreprises ? Où trouvera-t-on des missionnaires pour envoyer à Madagascar, aux lies Hébrides, en Barbarie, en Pologne, etc., et de l'argent pour fournir à toutes les dépenses de ces missions si éloignées et si onéreuses? A quoi il faut répondre , que si la compagnie dans sa naissance, et dès son berceau, a eu le courage, d'embrasser ces occasions de servir Dieu , et si les premiers que l'on y a envoyés se sont comportés avec tant de ferveur, n'avons-nous pas sujet d'en bien espérer quand elle se sera fortifiée et augmentée avec le temps ? Non , non , Messieurs , si Dieu présentait encore k la compagnie d'autres nouvelles occasions de le servir, nous ne manquerions pas de les entreprendre avec sa grâce : ces esprits lâches et démontés ne sont capables sinon de décourager les autres : c'est pourquoi vous devez vous donner de garde de telles personnes; et quand vous les entendrez tenir ces discours , dites hardiment avec le saint Apôtre : Jam nunc antichristi muUi sunt in mundo, il y a déjà des antechrists au monde , des antimissionnaires qui s'opposent aux desseins de Dieu. Hélas ! Messieurs , nous ne faisons encore que sentir écouler sur nous les premières grâces de notre vocation, qui néanmoins sont très abondantes; et nous avons sujet de craindre que , par notre lâcheté , nous ne nous rendions indignes de tant de bénédictions que Dieu a versées jusqu'à présent sur la compagnie , et de tant de saints emplois que sa providence lui a confiés , et que nous ne tombions dans l'état où nous voyons quelques communautés : ce qui serait le plus grand malheur qui pourrait nous arriver. > Enfin , comme le zèle regarde , après la gloire de Dieu , la sanctification et le salut des âmes, pour faire encore mieux connaître la grandeur et l'étendue du zèle de M. Vincent , nous allons voir
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