CHAPITRE XI
Après te grttiid emuaMmdmnent d'aimer Die» 4e irat wncœnr, mM 4'«Stt0r êM piMliiâi cMitte Mi^néflie mit 4e êi i^^ et en M teltenent kieéparaMe , <pi'im ne saiifak pftrfeiMMnt Meonplir k pittouêr «i 1*m mnqm an secmd; et «el« q«i n'ateerut peint 8M piwhaiB m poimsA pM fii« qa'9 eût « tériiaMe ane^ DiM , ^pMlqMs seaâflKW 4e lér^mitt de lèle
M. Vi&eent était bien persnadé de eette TArité, toisqn'il ^fiHûl qae ee précepte d^amter mn prodnôn est ai fort et a nn td pmiléfe, ^(ne^jiàeonqae l*<}bsenre^ accomplit la loi de Dten; parce que tons lès pi^eeptes de cette loi se rapportent k cet amour 4a pro** diain , aélen la doctiine du saint Apôtre, qui diiigit prexifmnn, ttgem implevit. t Donnez-moi , fisait*il , parlmC m joer aut siens, tme personne qni bonse son amour en Ken seid, mie ime, in vous roulez , élevée en contempllalion , laqudlett^uvant 4n goftt dans tette manière d*aimer Dien ^ )m parait uni* tpiement aimable , s'arrête ^ savourer cette aource infinie de douceur, sans se mettre en laucune peine de sen prochain ; et ^kmnez-m'en une autre qui aime Dieu de toit son cerar, et qui time aussi son prochain , quoique rade, ^rossi^ et imparihit, pour l'amour de Dieu , et qui sr'emploie de tout son poatoir pour te porter \ Dieu : dftes-moi, je vous prie, tequel de ce» 4enx amours est le phis parfait et temoins intéressét Sans doute que c'est te second, lequel joignant l'amour de Dieu avec l'amour du prochain , ou , pour mieux dire , étendant i'amour de Dieu sur le procham , et rapportant l'amour du prochain It Dieu , accomplit la loi plus parfaitement que le premier. > fit puis , appliqaant cette doctrme ^ ceux de sa Congrégation :
Nous detond , leur disait-il , bien imprimer ces vérités dans bob âmes , pour conduire notre vie selon cet amonr parfhit , et pour en faire les œuvres , n'y ayant personne an monde plus obUfé k cela que nous le sonnnes , ni aucunes cmipagnies qui doivent être plus .appliquées que la nôtre à Texercice extérieur d'une vraie charité : car notre vocation est d*aller non en une seule paroisse ni en un seul diocèse, mais par toute la terre peur embraser les ccsurs des hommes et pour y foire ce qu*a fait le Fils de Dieu, lequel a dit qu'il était venu apporter un feu sur la terre , afin d^enflammer les cceurs des hommes de son amour. Il est donc vrai que nous sommes envoyés non seulement pomr si« mer INeu, mais aussi pour le fidre aimer. Il ne nous snflk pas d'aimer Dieu , si notre prochain ne l'aime aussi ; et nous ne eau* rions aimer notre procham comme nous-mêmes j si ntus ne lui procurons le bien que nous sommes (Aligée de nous veutoir ^ nous-mêmes , c'est à savoir l'amour divin qui nous unit k eeW qui est notre souverain bien. Nous devons aimer notre piochaAa comme limage de Dieu et Vdb}et de son amour, et faire en seile que réciproquement les hommes aiment leur très aimable Oéateur, et qu'ils s'entr'aiment tes uns les autres d'une charftéi mutuelle pour l'amour de Dieu , qui les a tant aimés que de It* vrer son propre Fils k la mort pour eux. Hais regarde», je vous prie , Messieurs , ce divin Sauveur comme le parfisât exempMre de la charité que nous devons avoir pour notre proebito. 0 Jésus , dites-nous , s41 vous platt , qui est-ce qm vous a fiifl descendre du ciel pour venir souffrir la malédictiêtt de la tenrif Quel excès d'amour vous a porté k vous humilier jusqu'h noue et jusqu'au supplice infkme de la croix? Quel excès de eharité vous a fait exposer k toutes nos misères , prendre la forme 4e pécheur, mener une vie souffrante et sou£Brir une mort honteuse? Où est-ce ffae Vx>n trouvera une charité a admirable et si excessive? Il n*y a que le Fils de Dieu qm en soft capable, et qui ait eu un tel amour pour ses créatures , que de quitta le trêne de sa gloire pour venir prendre un corps sujet aux inArmités et misères de cette vie , et pour faire les étranges déinaro ches qu'il a faites pour établir en nous et parmi nous , par son exemple et par sa parole, la charité de Dieu et du prochain. Oui , c'est cet amour qui Va crucifié et qui a produit cet ouvrage
merveilleux de notre rédemption. 0 Messieurs , si nous avions use
8i- 288 -^ étincelle de ce feu sacré qui embrasait le cœur de Jésus-Christ , demeurerions-nous ies bras croisés , et délaisserions^ious ceux que nous pouvons assister? Non certes ; car la vraie charité ne saurait demeurer oisive ni nous permettre de voir nos frères et nos amis dans le besoin sans leur manifester notre amour ; et pour l'ordinaire les actions extérieures rendent témoignage de rétat intérieur. Ceux qui ont la vraie charité au dedans la font paraître au dehors ; c'est le propre du feu d'éclairer et d'échauffer, et c'est aussi le propre de l'amour de se communiquer. » Dans ce même sentiment, parlant une autre fois k ceux de sa communauté , il disait que les missionnaires seraient bienheureux s'ils devenaient pauvres pour avoir exercé la charité envers les autres ; mais qu'Us ne devaient pas craindre de le devenir par cette voie, à moins que de se défier de la bonté de Notre-Seigneur et de la vérité de sa parole : que si néanmoins , disait-il , Dieu permettait qu'ils fussent réduits k la nécessité d'aller servir de vicaires dans les villages pour trouver de quoi vivre, ou bien même que quelques uns d'entre eux fussent obligés d'aller mendier leur pain ou de coucher au coin d'une haie tout déchirés et tout transis de froid , et qu'en cet état l'on vint à demander k l'un d'eux : Pauvre prêtre de la mission, qui t'a réduit k cette extrémité? quel bonheur, Messieurs, de pouvoir répondre, c'est la charité. 0 que ce pauvre prêtre serait estimé devant Dieu et devant les anges!
Et k ce propos , les missionnaires qu'il avait envoyés en Alger pour l'assistance et consolation des pauvres esclaves se trouvant un jour en danger d'être contraints de payer une somme considérable pour un de ces esclaves dont ils s'étaient rendus cautions , M. Vincent annonçant cette nouvelle aux siens leur dit ces paroles dignes de remarque : < Ce qui se fait pour la charité , se fait pour c Dieu ; et ce nous est un grand bonheur si nous sommes trouc vés dignes d'employer ce que nous avons pour la charité , c'estc k-dire pour Dieu qui nous l'a donné, nous en remercierons et ( bénirons son infinie bonté. >
Or la charité de M. Vincent était si parfaite , et son cœur était tellement rempli de l'onction de cette divine vertu , que l'on peut dire en quelque façon qu'elle embaumait ceux qui avaient le bien de converser avec lui ; en sorte que l'on pouvait connaître qu'il était du nombre de ceux dont parlait l'apôtre saint Paul quand il disait : Christi botius odor stimus in omni loco, nous répandons
fti» 289 ne en tous lien la bonne odenr de Jésos-Christ ; snr quoi parlant nn joar aux siens : < Qiaque chose , leur dit-il , produit comme une espèce et image de soi-même, ainsi qu'on voit dans une glace de miroir 'qui représente les objets tels qu'ils sont, un visage laid y parait laid , et un beau y parait beau ; de même les bonnes ou les mauvaises qualités se répandent au dehors , et surtout la charité, qui est d'elle-même communicative, produit la charité; et un cœur vraiment embrasé et animé de cette vertu fait ressentir son ardeur, et tout ce qui est dans un homme charitable respire et prêche la charité, t De plus , la charité de ce grand serviteur de Dieu n'était pas resserrée ni bornée, mais s'étendait universellement à toutes les créatures qui étaient capables d'en recevoir les efiets; elle lui faisait embrasser par afiection tous les hommes , et conserver, autant qu'il était en lui , une union sincère et cordiale avec tout le monde. C'était cette vertu qui le tenait constamment uni et soumis au souverain Pasteur de l'Église, qui estN. S. P. le Pape, en la personne duquel il respectait et aimait Jésus-Christ, dont il tient la place sur la terre ; et lorsque le Saint-Siège apostolique était vacant par le décès de quelque pape, il ne cessait de prier Dieu et de le faire prier incessamment par les siens , aQn qu'il plût à sa bonté en donner un qui fût selon son cœur; et quand l'élection était canoniquement faite , il concevait un respect et une affection filiale envers celui qui était installé en cette sublime dignité; et laissant à part les autres considérations humaines, il ne regardait en la personne du souverain Pontife que ce qui était de l'institution divme , et des ordres de la Providence et de la volonté de Dieu. . Cette même vertu lui inspirait des sentimens d'amour et de révérence envers tous les prélats de l'Eglise , comme nous verrons plus particulièrement en l'une des sections suivantes, et le portait à leur rendre toutes les complaisances et toutes les soumissions qu'il pouvait selon Dieu : il entrait dans leurs sentimens, il embrassait leurs intérêts et soutenait leur autorité ; il souhaitait et procurait de tout son pouvoir que leur clergé et leurs peuples eussent pour leurs personnes sacrées toute la vénération et toute la confiance que les enfans doivent à leurs pères, et qu'ils déféras* sent humblement et promptement k leurs ordres.
Il était aussi très uni par la même vertu aux curés et aux autres p«8t9urs ; il les bQQOTMt et servait selon les occasions , tous en gé^ u, 19
néml et èhaôun d'eux en partienlter. Il avait eneore mUm ivee totti lea ordres et toutes les eomnraiiatttéfl religienses aussi bien qu'avee les séculières , et conimufii({ualt selon les occasions avee les supérieurs et principaux de chaque communauté. Il avait pa-> reniement une dérërénce mcrveillense pour toutes les personnee oonstttuées en charge on en dignité , soit eoeléslastiqne ou sécu^^ lière ; en sorte que si quelqu'un n'avait pas agréables ses services, comme un seigneur en sa terre , un curé en sa paroisse , ou un évéqne en son diocèse , il n'avait Jamais recours k d'autres plus puissans pour les faire fléchir h ce qu*il désirait faire , quoique ce ttt chose Juste et raisonnable; et il aimait mieux laisser un bien à ftûre que de le AJre contre leur volonté.
Mais il a particulièrement fUt profession ouverte d'une affection très rittoère et d'une fidélité inviolable au service du roi , jusqu'il exposer tout ce qui dépendait de lui , et mémo sa vie, pour soutenir les intérêts de Sa Majesté. C'est le témoignage qu'en rendit un jour un seigneur de la cour en présence de plusieurs autres k la refaie^nère pendant sa régence , disant c qu'il connaissait peu de « personnes attachées comme M. Vincent, d'une fidélité sincère, c constante et désintéressée au service du roi et de l'État. Votre c Majesté sait bien , dit-il , comme pendant les troubles de Paris t 11 exposa sa maison au saccagement , et sa vie au péril de la per- « dre , pour conserver celle de votre chancelier, k qui il donna « passage par Saint-Lazare pour aller trouver le roi k Pontoise , c et comme il a encouru la disgrâce et la malveillance de plusieurs c pour s'être rendu ferme et fidèle k l'exécution des pieux desc seins de Votre Majesté, particulièrement dans l'administration t des biens ecclésiastiques. Ce que la reine reconnut et déclara c être véritable. >
Enfin , M. Vincent était ami de tons les bons , et avait des amis partout, dont il conservait et cultivait sincèrement l'amitié; non pour être Jamais k charge k personne , mais pour maintenir et fomenter cette sainte union que le Fils de Dieu a tant recommandée aux siens , et pour faire plutôt du bien que ponr en recevoir : aussi pentron dire avec vérité que jamais avaricieux n'a ménagé plus soigneusement les occasions de conserver ou accroître ses biens , ni ambitieux celles d'acquérir de nouveaux honneurs , que M. Vincent celles de faire du bien k son prochain , par un véritable et sincère esprit de charité. Sur quoi il ne sera pas hors de
pfopot dé produire le témoignage des religietises dé la Visitation du premier monastère de Paris , qui ont été ses filles spiriiuelles l'eapaee de trente^einq ans. Voici en qaels termes elles en ont parié : c Ce grand serviteur de Dieu, tout ardent de son amour, tonlait que chacnn^en brftUt, et que la cbarité fût pratiquée M toutes les sortes qu'elle le pouvait être. Il ne pouvait souffrir que dans les communautés l'on ne se témoignât pas assez d'estime les uns aux autres , on que Ton vint à dire quelque chose qui (ttt au désavantage du prochain. Il disait qu'il craignait fort la désolation des communautés lorsque les personnes qui les eomposent ne se tiennent pas bien unies les unes aux autres : ce qui n'arrive Jamais que par le manquement d'estime , de support et de charité ; qu'il fallait que les religieuses se re* gardassent les unes les autres comme les épouses de Jésa^ CSirlst , les temples du Saint-Esprit et les images vivantes de Dieu , et que dans cette vue elles se portassent réciproquement un amour et un respect les unes aui autres : et pour cela (ajoutent ces vertueuses servantes de Dieu} , il nous exhortait partic\iUèrement ï deux choses : la première , d'avoir recours h la bonté de Dieu , qui est tout amour et charité , pour lui demander part aux lumières et aux ardeurs divines de son esprit ; la seconde , de concevoir un grand désir de notre amendement , et de travailler en effet k nous amender des défauts et manquemens que nous pourrions commettre contre la vertu de charité ; faisant fidèlement sur ce sujet notre examen particulier, pour corriger et dter de nos cœurs tout ce qui pourrait an quelque naanière que ce fût altérer l'union que QOU| devions avoir avec Dieu , et entre nous-mêmes. »
Et une antre religiense du méine ordre t dont k vertu a répandu une très bonne odeur dans le leecNid monastère de Paris , a laissé en mourant ce témoignage de la ebtrité qu'elle avait re# connue en M. Vincent : < L'on peat essorer» ditielbi» itee vé^ c rite, que ce saint homme a imit^ au pies près la vie de Noti^ c Seigneur Jésus-Christ , qui n'a été employée qn'à bien fain b m c chacun pendant qu'il a été sur la %mê : oaTt qiî est-oe qui n'a t point éprouvé la charité de M. ViaoeMdans ses néeesaités , soir € pour Tàme, ou pour le corps? Tronvera-^on awune personne c affligée, laquelle t ayant en reeonra k M $ s'en aoîtreiirée jaiiaia f sans trouver quelque soulagement en ses maux? Mais y zM\ eu
c quelqu'un qui ait pu refuser de prendre confiance en lui lorsc qu'il a entrepris de lui parler et de le consoler? Et pour sa proc pre vie et les biens de sa Congrégation , à qui est-ce qu'on peut c dire qu'ils sont, sinon à ceux qui en ont besoin? >
Il y a encore une circonstance que nous ne devons pas omettre touchant la charité dont le cœur de M. Vincetit était rempli : c'est qu'elle le portait non seulement à soulager les indigences et les misères tant du corps que de l'âme , mais aussi à épargner et sauver, autant qu'il pouvait , l'honneur et la réputation d'autrui : et c'est une chose remarquable qu'on ne l'a jamais entendu se plaindre de personne , quelques torts ou injures qu'il en eût reçus, et encore moins bl&mer ou donner le tort à aucun quand il ne s'agissait que de ses seuls intérêts : au contraire , les absens avaient partout où il se rencontrait un avocat qui défendait toujours leur cause , et qui plaidait hautement en faveur de la charité ; en sorte que disant toujours du bien de tous , autant qu'il le pouvait avec vérité , il ne disait et ne souffrait jamais qu'il fût dit en sa présence aucun mal de personne , et ne voulait pas même que l'on blâmât ou que l'on dit le moindre mal de ses propres ennemis.
SECTION I
QUELQUES EXEMPLES REMARQUABLES DE LA CHARITi DE
M. VDICEKT.
Pour commencer à faire voir dans le particulier ce que nous venons de dire en général touchant la charité de M. Vincent , nous rapporterons dans cette première section quelques exemples de cette même vertu , que nous avons choisis entre un très grand nombre d'autres dont la vie de ce grand serviteur de Dieu se trouve toute remplie.
Pendant les derniers troubles de ce royaume , les habitans de la ville de Montmirail se trouvant en grande peine pour la crainte qu'ils avaient du mauvais traitement des soldats , et ne sachant que faire pour sauver leurs biens , et pour mettre leurs personnes k cou-
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vert de leurs rapines et vexations, M. Vincent écrivit aux prêtres de sa Congrégation établis en ces quartiers-lk de faire ce qu'ils pourraient pour aider et soulager ces pauvres gens : mais ces prêtres lui mandèrent qu'il y avait du danger pour eux-mêmes , et qu'en faisant cela ils courraient risque de se perdre. A quoi M. Vincent fit réponse : < qu'il fallait assister son prochain atÔigé , et que
< Dieu leur ayant donné les commodités qu'ils avaient , sa divine c Majesté avait droit de les leur ôter quand il lui plairait ; mais
< qu'ils soulageassent sans rien craindre cette pauvre ville en tout c ce qu'ils pourraient. > Ce qu'ils firent, aidant ces pauvres habitans k sauver leurs biens de la main des gens de guerre , et retirant chez eux la plupart de leurs meubles , s'abandonnant ainsi k la Providence de Dieu pour tout ce qui leur en pourrait arriver.
Les prêtres de la Congrégation de la Mission qui ont la direction d'un séminaire dans le ressort du parlement de Toulouse , s'étant trouvés engagés en un procès considérable touchant les affaires de ce séminaire , M. le prince de Conti eut la bonté de s'entremettre pour le faire terminer ; et il fut d'avis que ces prêtres le missent en arbitrage en la ville de Toulouse. Or il arriva qu'un prélat qui prenait intérêt au bien de ce séminaire , et qui appuyait les prêtres de la Mission , n'approuva pas cet arbitrage et leur ordonna de le rompre , dont ils ne manquèrent pas de donner avis aussitêt k M. Vincent, et lui envoyèrent la lettre que ce prélat leur avait écrite k cette occasion. Sur quoi un de ses prêtres lui ayant dif qu'il la fallait faire voir k M. le prince de Conti qui était pour lors k Paris , afin qu'il connût que ce n'étaient pas les prêtres de la Mission qui voulaient rompre cet acconmiodement ; M. Vincent lui répondit : c Non, Monsieur, cela retomberait sur ce bon prélat ; il c ne le faut pas faire, car ce serait donner sujet k M. le prince de t se plaindre de lui ; il vaut mieux que nous portions nous-mêmes c ce reproche , et que toute la peine et confusion en tombe sur
< nous , plutêt que de faire aucune chose qui puisse préjudicier k
< notre prochain. »
Mais puisque le plus grand effet de la charité est d'exposer sa vie pour ceux que l'on aime, comme Notre-Seigneur nous le déclare dans l'Évangile, M. Vincent a bien fait voir qu'il possédait cette vertu au plus haut degré de sa perfection , ayant en plusieurs occasions exposé volontairement sa vie pour assister çt sauver son prochain.
Quelque temps après que les prêtres de la Bfission fureat introduits à Saint-Lazare , Dieu permit que la maladie contagieuse ia* fect&t cette maison , et que M. le sous-prieur en fût atteint : ce que M. Vincent ayant su , il alla aussitôt le visiter pour le consoler, encourager et lui offrir tout ce qui dépendait de son service ; et s'approcha si près de lui, qu'il ressentit Todeur de son haleine, et de bon cœur il y fût toujours demeuré si on le lui eût permis. Et en ce même temps un pauvre jeune garçon ayant été aussi frappé de cette maladie dans la mauson de Saint-Lazare, et quelques-uns étant d'avis qu'on le fit porter à Saint-Louis , M. Vincent ne le voulut point permettre, mais le ât retenir et médicamenter k Saint- Lazare , et recommanda expressément i un des frères d'en prendre un soin particulier.
Passant un jour dans le faubourg Saint-Martin, il vit six ou sept soldats qui poursuivaient, les épéesnuesen leurs mains, un pauvre artisan pour le tuer ; ils l'avaient même déjà blessé , et selon toutes les apparences ce pauvre homme ne pouvait pas échapper k la mort : tout le monde s'enfuyait voyant la furie de ces gens-là , de peur qu'en voulant délivrer l'innocent ils ne se missent eux-mêmes en danger: mais M. Vincent, 'ne craignant point d'exposer sa vie pour sauver celle de son prochain et poussé de l'esprit de charité , s'en alla droit k ces soldats , se jetant au mitieu de leurs épées , et faisant comsie un bouclier de son corps pour parer les coups qu'ils voulaient tirer sur ce pauvre artisan, ce qui lui donna moyen de se sauver, et ces soldats tout étonnés d'une telle charité s'arrêtèrent; et s'étant enfin apaisés par ses remontrances, ils désistèrent de leur mauvais dessein.
Voici un autre exemple de cette même vertu, d'autant plus rt« marquable qu'il est plus rare, lequel est venu aux oreilles de diverses personnes , non seulement de sa Congrégation , mais encore de dehori}., et que le supérieur des prêtres de la Mission établis k Marseille a témoigné avoir appris de plusieurs autres eo cette ville-lk , en la manière suivante :
M. Vincent, long-temps avant l'institution de sa Congrégatioii , fit une action de charité toute pareille k celle qui est rapportée de eaint Paulin , lequel se vendit lui-même pour racheter de l'escla^ vage le fils d'une pauvre veuve ; car ayant un jour trouvé sur les galères un forçat qui avait été contraint par ce malheur d'aba»donner sa femme et ses enfans dans une grande pauvreté t il fiU
duiis , qa'il se résoiitt é$ ehoofair tt d'employer taut bl moyenft qtt'U ^rrlit potr liMOOiiialer et ^oolager : et oôiuim il n'tû voyait eueeo « U fut ietérieuraMet poiisië« par oo Aouvemeot eilrÉordî- ■tire de dhirité « de se mettre leit nrédie k It plfeoe de tê panvre lioBime, poer loi dernier aïoyen « en le: tiradt de eette eaptivîté, d'aller aaaiater aa fanûlle allumée i il fil) done en aerte* par lea adreaiea que aa eharité lui soggëra» de (tire agréer eef dehao^e k eeux de qui cette aAiira dépèadak , et a'étast mia volontttfemeiit dana cet étalde captivité « il y Ait attaché de la même Ghaioe de ce paane homme « dequel H avait procuré la liberté ; maie aa boni de qaelqee tempe , la verttt aingalière de ee ehariiabte lihéralear ayaet été reoouitte dana eetle mde épreuve « il en fnt retiré. Plu» eiei» ont penaé depnn , non aana apparence de vérité , que Ten» flore de aea pieda loi était vmue dn poide et de l'ihooiiiflîoéîté de cette chatne qne ToD attaché an pièda déa farçato ; el un prêtre doBaConfrégation ayant pria de Ik «n jom* oèomi6n de M demander el ee qoe Ton diaait de loi était véiitable , qnH a'était oât nmrefoia en la place d'an forçat^ il déioama ee diMOim en aeariént, aana domier aucane réponae h aa demande. ^
Qaolqoe eetm aethm de diarité aoit fort admirable, noua pou* vona dira néamnoina, par dea t Anolgoagaa enoere phia aaaaréa , que M. Yineent a tA qotfqoe éhoae ploa av antageoie k la fioire de Dion ^ employant aon tempe , aea aoina, aea bîena et aa fie, comme i a fut ponr le aerviee de tdna lea fte^ta, qoe d'avoh* oogagé sa liberté pour on aeol ! ear eeenalmmit par «a prtipre etpéiiooce lenrs ndaèrea et leura beeofne ^ Il leor a proenré dea aeoooie eor** porela et apiritoela , en santé et en maladie , prar le présent et pour revenir, plus grands et plus étendoa ineomparablement qu'il n'aurait pu faire s'il était tonjours demeoré attaché ateo eut.
Mail on n'aorapas diiBenlté dé Ofoire qn'il ait été diipoeé d'enga^ ger aa ltt»erté extérieure « et se réduite k reaelavage comme aalut Paulin pour la délivrance de son prochain , si Ton conaidève qn'il a passé encore plus outre, et qu'k rimitatlon du grand apêtfe laint Peut , il a bien voulu en quelque fl^n se rendre anathème pour sea Mrss. En voici un exemple très remarquable , arrivé du temps qne M. Vineent était aumênier de la raine Margu^té. Noua en tile réelt en partit d'ondlieoara qu'il fit on Jour k sa oom*
munaàté , et en partie de ce que Ton en a appris après sa mort par
le témoignage de personnes très dignes de foi : c J'ai connu , dit M. Vincent , un célèbre docteur, lequel avait long-temps défendu la foi catholique contre les hérétiques , en la qualité de théologal qu'il avaittenue dans un diocèse. La défunte reine Marguerite l'ayant appelé auprès de soi pour sa science et pour sa piété , il fut obligé de quitter ses emplois ; et coomie il ne prêchait ni ne catéchisait plus , il se trouva assailli dans le repos où il était d'une rude tentation contre la foi : ce qui nous apprend en passant combien il est dangereux de se tenir dans l'oisiveté, soit du corps, soit de l'esprit : car comme une terre, quelque bonne qu'elle puisse être , si néanmoins elle est laissée quelque temps en friche , produit incontinent des chardons et des épines , aussi notre àme ne peut pas se tenir long-temps en repos et en oisiveté qu'elle ne ressente quelques passions ou tentations qui la portent au mal. Ce docteur donc, se voyant en ce fiicheux état , s'adressa à moi pour me déclarer qu'il était agité de tentations bien violentes contre la foi , et qu'il avait des pensées horribles de blasphème contre Jésus-Christ, et même de désespoir , jusque Ik qu'il se sentait poussé à se précipiter par une fenêtre : et il en fut réduit k une telle extrémité, qu'il fallut enfin l'exempter de réciter son bréviaire et de célébrer la sainte Messe, et même de faire aucune prière : d'autant que lorsqu'il commençait seulement k réciter le Pater, il lui semblait voir mille spectres qui le troublaient grandement ; et son imagination était si desséchée , et son esprit si épuisé k force de faire des actes de désaveu de ses tentations , qu'il ne pouvait plus en produire aucun. Étant donc dans ce pitoyable état, on lui conseilla cette pratique , qui était que toutes et quantes fois qu'il tournerait sa main ou l'un de ses doigts vers la ville de Rome , ou bien vers quelque église , il voudrait dire par ce mouvement et par cette action qu'il croyait tout ce que l'Église romaine croyait. Qu'arriva-t-il après tout cela ? Dieu eut enfin pitié de ce pauvre docteur , lequel, étant tombé malade , fut en un instant délivré de toutes ses tentations , le bandeau d'obscurité lui fut ôté tout d'un coup de dessus les yeux de son esprit; il commença k voir toutes les vérités de la foi , mais avec tant de clarté qu'il lui semblait . les sentir et les toucher au doigt : et enfin il mourut , rendant k Dieu des remerciemens amoureux de ce qu'il avait permis
t qu'il tomb&ten ces tentations pour l'en relever avec tant d'avanc tage, et lui donner des sentimens si grands et si admirables des c mystères de notre religion, i
Yoilk ce qui a été recueilli d'un discours que M. Vincent fit un jour aux siens sur le sujet de la foi , dans lequel il ne dit rien du moyen dont il se servit pour délivrer ce docteur de la violence de ses tentations ; mais on a su après sa mort que cela s'était fait par les prières , et par l'oblation qu'il fit ^ Dieu de lui-même pour la délivrance de ce pauvre affligé. Voici de quelle façon le tout s'est passé , selon le témoignage qu'une personne très digne de foi en a donné par écrit , laquelle n'avait aucune connaissance du discours de M. Vincent ci-dessus rapporté : . "
c M. Vincent s'étant mis en devoir de consoler cet honune qui c lui avait découvert ses peines d'esprit , lui conseilla de les désac vouer , et de faire quelques bonnes œuvres pour obtenir la grâce c d'en être délivré ; ensuite de cela , il arriva que cet homme tomba c malade , et qu'en sa maladie l'esprit malin redoubla ses efforts c pour le perdre. M. Vincent donc le voyant réduit en ce pitoya-
< ble état , et craignant avec sujet qu'il ne succombât enfin k la c violence de ces tentations d'infidélité et de blasphème , et qu'il
< ne mourût empoisonné de cette haine implacable que le diable c porte au Fils de Dieu , il se mit en oraison pour prier sa dic vine bonté qu'il lui plût délivrer ce malade de ce danger , et c s'offrit k Dieu en esprit de pénitence pour porter en soi-même , c sinon les mêmes peines , au moins tels effets de sa justice qu'il f aurait agréable de lui faire souffrir ; imitant en ce point la cha-* c rite de Jésus-Christ , qui s'est chargé de nos infirmités pour nous c en guérir , et qui a satisfait aux peines que nous avions méritées, c Dieu voulut par un secret de sa Providence prendre au mot le c charitable M. Vincent , et exauçant sa prière , il délivra entière^ c ment le malade de sa tentation , il rendit le calme k son esprit , c il éclaircit sa foi obscurcie et troublée, et lui donna des sentic mens de religion et de reconnaissance envers Notre-Seigneur
< Jésus-Christ , autant remplis de tendresse et de dévotion qu'il
< en eût jamais eu. Mais en même temps , ô conduite admirable c delà divine Sagesse ! Dieu permit que cette même tentation pasc sât dans l'esprit de M. Vincent , qui s'en trouva dès lors vivec ment assailli . Il employa les prières et les mortificationspour s'en c faire quitte, qui n'eurent d'autre effet que de lui faire souSirir
M8 famées d'eafêr v%m patieuM M rMgaatîra i mob perdre pourtaot respértncê qu'enfia Dieu aurait pitié da loi. Cependant comme il reconnut que Dieu le voulait éprouver eo permettant au diable de l'attaquer avec tant de violence « il fit deux choses : la première fut qu'il écrivit sa profession de foi dans on papier , qu'il appliqua sur son cœur , comme un remède spécifique au mal qu'il sentait ; et faisant un désaveu général de toutes les pensées contraires b la foi, il fit un pacte avec Notre-Seigneur que toutes les fois qu'il porterait la main sur son coeur et sur le papier, comme il faisait souvent, il entendait, par cette action et par ce mouvement de sa main , renoncer à la tentation , quoiqu'il ne prononçât de bouche aucune parole, et il élevait en même temps son cœur k Dieu , et divertissait doucement son esprit de sa peine , confondant ainsi le diable sans lui perler ni le regarder.
< Le second remède qu'il employa fut de faire le contraire de ce que la tentation lui suggérait, tâchant d'agir par foi, et de rendre honneur et service à Jésus*Cbrist ; ce qu'il fit particulièrement en la visite et consolation des pauvres malades de l'hôpital de la Charité du faubourg Saint-Germain, où il démettrait poor lors. Cet eiercice charitable, étant des plus méritoires du Christianisme , était aussi le plus propre pour témoigner à Motre^igneur avec quelle foi il croyait i ses paroles et a ses exemples , et avec quel amour il le voulait servir , puisqu'il a dit qu'il tenait fait k sa propre personne le service qu'on rendrait an moindre des siens. Dieu fit par ce moyen la grâce k M. Vincent de tirer un tel profit de cette tentation, que non seulement il n'eut jamais occasion de se confesser d'aucune faute qu'il eût, commise en cette matière-lk , mais même ces remèdes dont il usa lui furent comme des sources d'innombrables biens qui sont ensuite découlés dans son ime.
t Enfin trois ou quatre ans s'étant passés dans ce rude exercice , et M. Yincent gémissant toujours devant Dieu sous le poids très f&cheux de ces tentations , et néanmoins tâchant de se fortifier de plus en plus contre le diable et de le confondre , il s'avisa un jour de prendre une résolution ferme et inviolable pour honorer davantage iésus^Cbrist, et pom* 1 imiter plus parfaitement qu'il v'avaît encore fait , qui fut de s'adonner toute sa vie pour son amour m lervicê des pauvres* U n'eut pas plus tôt fermé cette
réiolotipii daw mu eiprit qaa , ptr un effet mtrvtillêttx de le gràce I toatee eei eog gesiione du maliii esprit se dissipèrent et s'évanonireat; son cœur , qui sviit été depuis si long«temps dans l'oppresûoii , se trouve remis dans une douée liberté , et 8<m âme fut remplie d'une si abondante lumièrt , qu'il a avoué en diverBes occasions qu'il lui semblait voir les vérités de la ft>i avec une lumière toute particulière. • Yoilk quelle ftit la fin de cette tentation , et le flruit de cette résolution , de laquelle on peut dire que Dieu a tiré depuis , par sa grftce , toutes les grandes œuvres qu'il a opérées par son serviteur, pour raasistance et pour le salut d'une infinité de pauvres, et pour le plus grand bien de son Église.
Outre la personne qui a rendu ce témoignage , il y en a plusieurs autres démérite et de vertu, encore vivantes , qui ont assuré la même cbose, comme l'ayant apprise de M. Vincent même, qui leur avait déclaré en confiance ce qui s'était passé h son égard en oette occasion, pour les porter h se servir des mêmes remèdes , afin d'obtenir le soolsgontnt et la guMson de pareDles peinee d'esprit dont elles se trouvaient altmites.
SECTION II
SA CHABni PAMncuLiiBS iMVBUS ïM PAU vus*
Après avoir vu en général quelle était la cbarité de M. Vincent , et les exemples remarquables qu'il en a donnés en diverses ren« contres , il nous la faut maintenant considérer plus en détail dans les sujets particuliers envers lesquels il l'a saintement eiercée. Ceux qui se présentent les premiers sont les pauvres , qu'il a ebé* ris avec un amour très tendre , et pour lesquels il avait un eœur plus que paternel : et certainement si l'on veut faire attention sur toute sa vie, particulièrement depuis le temps qu'il s'est dédié m service des autels , Ton trouvera qu'elle n*a été presque entre chose qu'un exercice continuel de charité envers les pauvres • et que ses principales «euvres et ses entreprises plus signalées ont été nour les nauvres. C'est nour eux ou'il a nrecuré la fondetîou
de divers hôpitaux ; c'est pour eux qu'il a établi les Confréries de la Charité en tant de lieux , et qu'il a institué la compagnie des Filles de la Charité y auxquelles il a donné la qualité de ser« vantes des pauvres ; c'est pour eux qu'il a fait tant d'assemblées , qu'il a obligé les siens d'entreprendre tant de voyages , et qu'il a employé ses soins, ses veilles, et tous les moyens dont il s'est pu aviser, pour contribuer à leur soulagement et ^ leur service. Enfin , Ton peut dire qu'il a institué la Congrégation de la Mission pour évangeliser les pauvres , et pour ce sujet il disait souvent à ses missionnaires, c Nous sommes les ministres des pau-
< vres; Dieu nous a choisis peureux, c'est là notre capital , le
< reste n'est qu'accessoire, i
En effet , il semblait que la principale affaire de ce charitable prêtre était de s'employer pour les pauvres ; c'était là où il portait plus ordinairement ses pensées, et où tendaient ses principales affections : il portait les pauvres dans son cœur, il était vivement touché de leurs souffrances , et il avait une affection très sensible lorsque, connaissant leurs nécessités et misères , il ne voyait aucun moyen de les pouvoir secourir.
Etant un jour tout saisi de douleur pour ce sujet , et parlant k l'un des siens qui l'accompagnait en ville, après quelques soupirs et exclamations sur la mauvaise saison , qui menaçait en ce tempslà les pauvres de famine et de mort : • Je suis en peine , lui dit-il , c pour notre compagnie; mais en vérité elle ne me touche c point à régal des pauvres : nous en serons quittes en allant demant der du pain à nos autres maisons , si elles en ont, ou à servir de € vicaires dans les paroisses : mais pour les pauvres, que ferontf ils? et où est-ce qu'ils pourront aller? j'avoue que c'est là mon t poids et ma douleur. On m'a dit qu'aux champs les pauvres gens
< disent que tandis qu'ils auront des fruits ils vivront, mais qu'at près cela ils n'auront qu'à faire leurs fosses, et s'enterrer tout t vivans ! 0 Dieu ! quelle extrémité de misères ! et le moyen d'y
• remédier? i
Une autre fois , parlant aux siens sur le sujet des mêmes pauvres, il lit ce raisonnement : • Dieu aime les pauvres, et par conc séquent il aime ceux qui aiment les pauvres ; car lorsqu'on aime € bien quelqu'un , on a de l'affection pour ses amis , et pour ses
• serviteurs. Or, la petite compagnie de la Mission tâche de s'ap- « pliquer avec affection à servir les pauvres, qui sont les bien-ai-
t mes de Dieu ; et ainsi nous avons sujet d'espérer qne , pour Tat mour d'eux, Dieu nous aimera. Allons donc, mes Frères, et c nous employons avec un nouvel amour k servir les pauvres , et c même cherchons les plus pauvres et les plus abandonnés : re« c connaissons devant Dieu que ce sont nos seigneurs et nos matt très, et que nous sonmties indignes de leur rendre nos petits c services. >
Dans une autre rencontre , s'entretenant avec deux personnes ecclésiastiques de qualité , il leur dit une parole très remarquable , et qui mérite de n'être pas mise en oubli ; c'est à savoir , que < tous ceux qui aimeront les pauvres pendant leur vie n'auc ront aucune crainte de la mort ; qu'il en avait vu l'expérience € en plusieurs occasions , et que, pour cet effet , il avait coutume • d'insinuer cette maxime dans l'esprit des personnes qu'il voyait c travaillées des appréhensions de la mort , et prenait de Ik occac sion de les exciter k l'amour des pauvres, i Et parlant en l'une de ses lettres du décès d'un vertueux prêtre , il confirme le même : € Sa mort , dit-il , a répondu k sa vie ; il a eu un acquiescement c continuel an bon plaisir de Dieu depuis le commencement de t sa maladie jusqu'k la fin , sans avoir ressenti aucun mouvec ment , ni aucune pensée contraire. 11 avait toujours beaucoup c appréhendé la mort ; mais comme il vit dès le commencement t de sa maladie qu'il l'envisageait sans aucune crainte, et même
< avec plaisir, ilme dit qu'assurément il en mourrait, parce, disait-
< il, qu'il m'avait oui dire que Dieu ôte l'appréhension de la mort t k ceux qui ont volontiers exercé la charité envers les pauvres ,
< et qui ont été travaillés de cette crainte pendant leur vie. > Qr, cet amour que M. Vincent avait pour les pauvres opérait
deux effets dansson cœur : l'un était un grand sentiment de compassion de leur indigence et de leur misère , car il avait le cœur extrêmement tendre k leur égard ; et l'on a remarqué que , lorsqu'on disant les litanies de Jésus il proférait ces paroles : Jesu pater pauperum, c'était ordinairement d'un ton de voix qui témoignait l'attendrissement de son cœur ; et toutes les fois qu'on lui venait parler de quelque misère ou nécessité particulière , on le voyait soupirer en fermant les yeox , et haussant les épaules , comme un homme qui se sent pressé de douleur ; et son visage abattu faisait bien pandtre que son cœur était navré de la compassion qu'il ay)dt des souffitîuieesdes pauvres.
Bi* 304 «i^
aumônes à M. YiDcent pour en faire la distribution aux pauvres, de quoi il s'acquittait en telle sorte qu'il en donnait toujours beaucoup plus qu'il n'en recevait.
C'est dans cette vue qu'un ecclésiastique de condition et de vertu qui demeure dans une communauté de Paris, ayant entre ses mains des sommes considérables pour être employées en aumônes , voulut s'adresser même après le décès de M. Vincent à la maison de Saint-Lazare , pour les faire porter et distribuer aux pauvres en des provinces éloignées ; et la raison pour laquelle il s'adressait aux prêtres de la Ck>ngrégation de la Mission plutôt qu'k d'autres, < C'est, disait-il, parce que M. Vincent a été le vrai c père des pauvres , et a eu esprit et grâce spéciale pour les secoui rir et assister ; et qu'il a laissé comme un précieux héritage ce t même esprit et cette même grâce à ses enfans , qui ne manquec ront pas de suivre les exemples et marcher sur les pas de leur c très digne père. >
Nous ne répéterons pas ici ce qui a été dit ailleurs , que dans les diverses inondations et débordemens de la rivière de Seine, M. Vincent prit un soin particulier de faire cuire incessamment du pain à Saint-Lazare aux dépens du blé de sa communauté , et de l'envoyer par bateaux dans un village presque noyé nommé Genevillers , k deux lieues de Paris , où les pauvres habitans étaient assiégés des eaux et de la faim , et réduits à la dernière extrémité , dans laquelle ils recevaient un secours très opportun , et autant abondant qu'inespéré, par la charité de ce père nourricier des pauvres, qui leur envoyait porter cette aumône par deux frères de la maison de Saint-Lazare, non sans péril, pour en faire la distribution avecH. le vicaire, qui connaissait les besoins de chaque famille, et cela autant de temps que durait chaque débordement.
Il y a un très grand nombre de semblables actions de charité que M. Vmcent exerçait envers les pauvres dans leurs besoins , que nous passons sous silence ; mais nous ne devons pas en omettre une , laquelle aurait été enseveUe dans Toubli, comme beaucoup d'autres qu'il cachait aux yeux des hommes , si l'on n'en avait recouvré depuis peu un certificat écrit et signé de sa main , qu'il fut obligé de donner pendant le temps de la guerre à ceux qui gardaient les portes de Paris , pour laisser sortir les vivres qu'il envoyait aux pauvres des champs sur une charrette de la maison de Saint-Lazare; parce qu« les gardes voyant que cela cQiitinuait,
Bf'SM ^ Ydotarèiit s'àssiiièr par d'antres témoignages qae celuî dn Charretier d où ees invres venaient , et en qneis Ueut on les portait Le eertifieat était conçu en ces termes :
.Je soaasigné, snpérieor de la Congrégation des prêtres de la Mission, eertiiie k tons ceox qu'a appartiendra qne, sur l'avis oue quelques personnes pieuses de cette viHe m'ont donné oue la moitié des habitans de Palaiseau étaient malades, et qu'il en mourait dix ou douze par jour, et sur la prière qu'elles m'ont faite d envoyer quelques prêtres pour l'assistance corporelle et spirituelle de ce pauvre peuple affligé, à cause de la résidence de 1 année en ce Ueu-lk par l'espace de vingt jours ; nous y avons envoyé quatre prêtres et un chirurgien pour assister ces pauvres gens , et que nous leur avons envoyé depuis la veille de la fête du SamtrSacrement tous les jours (un ou deux exceptés) seize gros paras blancs, quinze pintes de vin, et hier de la viande • et quelMdits prêtres de notre compagnie m'ayant mandé qu'A «»t nécessaire d envoyer de la farine et un muid de vin pour l'assistance desdits pauvres malades et de ceux des villaees circonvoisins, j'ai fait partir aujourd'hui une charette à trois chevaux , chargée de quatre setiere de farine et deux demi-muids de vm , pour l'assistance desdits pauvres malades de Palaiseau et des viUages cireonvOisins. En foi de quoi j'ai écrit et sicné la présMite de ma main propre, à Saint-Lazare lèfr-Paris , le 5* iomde juin 1652. Signé, Vincent de Paul, supérieur ,^c. ''"
uZZt^T.T "f ^^'"^ ^ ^"^^ ^^ charité de iJ^ ; '«q»«» »« heu d'mi prêtre qu'on lui avait seulement demandé pour assister les pauvres malades de Palaiseau, en envova quatre , avec mi chirurgien ; et qu'en même temps qu'il pourvovS an bien spmtuel des toes, il envoyait de quoi rétihr les pauvre «tténués de ftm» et de quoi soulager les malades qui man'qu S de tout; à que. d employa sans aucun délai, et avec toute la diligence qm Im fiit possiWe, les hommes , les provisions et les che- Vîm de sa communauté, jusqu'à ce qu'il eût procuré d'autres aumônes , en attendant lesquelles il n'épargna pas la bourse de s^ mêmecommmiauté, ayant envoyé jusqu'à six cent soixante et trois
ÏùTnnT.*^"V ""f ''^"*'* ^^ *^"« «««^ dans la disette où Ion était pour lors de toutes choses, qu'il se vit obligé de
mander à madame la duchesse d'Aiguillon qu'il n'était plus en état de soutenir cette dépense, et qu'il la suppliait de faire au "^ 20
çQp^ir^r .{lYjet^e fXie^ fft (p'Âl y :Wtait à ^um ésm cette néccBSiié pressante : c Je viens , lui ^\jA , .^da» la lettie ^Ul lui ieifaàt « W ÇP.WWt » ile xf^oy^r Je pirÉU» MâC «m Fièi» M cin^aate
c y^pnf tojqit)é^.maIfid6s , et (e Fi^e mm qiH ks âcecpipttMit. H c ^a^^ji^ jr^fiixeper ici , et il y en a 4^a: qui «ont k rexlnéoûté. f jp Âl^dfi^ç^ 91^^ mpi^n à Citfp popr le ciel en ce (en|^ 4>à I l€§ ^i^^èj^Cjs ,^fipt ;Si gram^ k nos pertes! ia «repae du Fila de c Dipy j9i é^ ,lji iraj^ /d'ancims , et la lédeBOiplioB de jdasieivn , « C9pvqp4itjï:y?iftg^
c même ^(^ 4e ce^e ^M^e^^ « diii'eUe leni la icauee 4e ^ 4iein* c ^Upp 4f p^^t^ i(|» i^r^AWeft, niaîa qae BiaK s'en aemêra c fix^i j^çjHr ^4r^ j^ grÂpe , h juitifieetiaB'etia gloiie de fiu'- € ^jej^ W^t^^p .4p flioiBjire do^^iMlfs Mils ayeae eajet d'espÂrer f ,gue ypH^ w;^.? .poipjpe J'/w *«* flletBfe-Seiu»iiF. .»
Qptte ph^p^Uç .f^^pmisf? #p M. Vieeent 99it saoewir les pauvres ^ ^gjaise^m .se^yi^ d'epseeMa ^ deqaa .oeMnenaenent âu)^ gran^d^s .cli^it^ gw #'fl¥«^eig «ysHÎle i^ la aôUe d<& t^mj^és , ^t <d^ tpv$ l£s 9jg|ti«§ ^
soins c^ jjar Iqi $Qop.éraji(Hi |^ PMi6& M rassemUée de la Gkè.^ r^t^ de Pai;is^ e^ 4e fffK^fim W|r».BiiiWMfl de «made piété, ^uiB^ jM\nt fcigyiis pgrx^ g!^V .«ikfMf Ml mente Jent ke^pér moire ne p^;*iraj^PHç,.
XqU^ im j^tff.^^^^IfiiA ^,f)ffets4ela.ckÉritédeM. Wincient j[>pur ^cpiprjle^ 9W^^ i^ (oBbeasoMes d'ai^igtaiieee, aux*, quelles il contrijt)mH %Ht9«^«R'##«waî^» et aMwent fki& ^qtfà m pouyaU; etloj^mi'^étîliJ^iséi <ît^'a^pattMîtfdiisri|Mlli» ayileore^ s<^ 4eimVrr(HWW^#fti % hbùsAé et ana diaiilés de la reine-mère^ ^ i^^g^^ I^W «flB'^î I» iv<»il<^ pa» ee aandas iMi^ i^tup;» ^coQi^^i^aQl'a^^^ p
po^ur toiutes .^orlpç i'jCÇHyr^,^|vi#^, i\«MmQi|is daas les graadei exifénpiités; c*éta^ fqp rpC^^i^ pr4jffai;e 4e te:allerfeprësaaeer avec confiance les p^^ie9?ï8iQ« ^^oipç ^^nanvues, at M oeee tmtt^ Vait jfimais déchu ()çj^ Atteste ^ f^(t§ ç^M^lab^ pisnttase oawant aussitôt la main, çt encpre pli|slecflfifrponr}esMei9ter;.eapioffs» qja'elle avai^t de rajr,g;ent eil^lj/à en flf^^t el sil'Mgaallui mmguait elle lui dpmi^t a^ire pbfise ; 4Hte ^ eotipe iee afltsis.elle Jai donna an (^aip^^nt d$ la ,v^^ de ^ 4^e lînea , jot «ne^aM
iWi an iBlt biM fWiMC «"«edilies 4»^ venèa 4ix4iaU miie
fims par 1m Panes de f aeeemèlëe 4e It CSiarité. £t ^Mâfie sa
lleieelé f»ar«B eenlkiieni d^jMHpiké eMcieMee<kt^lf. ¥m-
cent de n'en parler k personne, il ne crut pas néaMnoias «tre
âbUgé à^im^iik e» ee pekt, mm il toi dît : « IfMame, votre
f Majealé ■K>pard€aiien, «^ lui fdatt , si|e>nt|)iii8ieaGher nne si
ê IttHeaclîoBi^diaiîCé', il «stiMD, Madame, qoe4iOtttPam
f Mémetonlefa FfaBeela4MPBaîsse,«tjeor6iséiBedblî{|é4lela f fwUîer paEtottt 4v| je pourrai. «
(Or, M. ViKentieaait cette maiiine , daas les services et assisiSBees qa'û pendak aax pauvres, ^'^Slmdre ptos partîeslièremeiit ses aoÎBSiewers ceux (pii jetaient tes pkis abaodonnés ; et|^o«r cette caîsM H s'apptt^ait avec une affection 4o«te pédale à pourwctr MK liesoias jdes paavMs petits enfans liouvés , comme de oem qoi étm^Bi tes plus dfélaisQés et les moins eapaUes de s'aider ; il avait ma AmMT inès lendce poar xses p^iuwes pedtes iMKMientes 4>réa- Mum, et Wà zama non serianeiit aiéctif , mais eneore plus efi^oâS. € WeUnei^ pas le devoir des pèfies , disait*!! un jour aix siens &u ce jojet, èe powfok an nécessités de iews «nfans ? et fmique Kern nous « suksIîNLés au lieu de «oea^ gm ies «nt eogaftAtés, aAn que doqs pMmons soin ie leur consenrer la ^ie , H deks f«ipe élevor et iaslnvue e»k comartissance des oboaes da lev (Mdal, preMos Um gande^ ne naos peint «dttcber dans une oflUeprise ^ lui eal si agiéable ; .<»r si apsès que lavrs mtees dépÂmeées ks ^nl aiusî ' eq>08és el abandonnés nias VEMOM k néfiliger le aoin de leur noimlureât édMsrtioi, yfcs >deyiemiPOtfâs'? ponnonsynews consentis ide les vmt périr IMS, «comme anlMlsis, dans 4ette{|Nindeiîlie 4a Vans? î> Ibe ipgwomw d^ -iperlu, foi 4wmaittaîi p^itieulièsemaÉi les pÉJnaa qpe M. ¥iMe«l pMaaitpou9la 40wesvaitia«(dettspmprres peliai cnéalHies , lors mémo iqpioies •dioMB.Isap^jehaâiafcles qfn mi A wioac fris le soin poi^aienc presque conagu è mmst de la «nanda dépinstguli Calail soutonip,^» a oando k lémqîgtoage 4uisuit plnsioam amiées aprte samort : • Mou sait ^mûeu de $ Hflttpim et ée gémfaseuMBs H- 'TiuaeiilApeuanéBueislo>ciel 0 fu sqeijée 4ea fawrros petits tofianst celles jettDopiwaaÉdas tîMs'îl a Aj^es k éa oompaguk 4» piàsi Dieu p«ur ^ux i quais 4 mojiB8.il a employés , el quelkos voies il « tentées pour les faire i nourrir kpe«4ofeiis,«t'q9els soins il a pris de les onuijwvi-
1 siter les aoBées pawées chez leurs noiurriees en difers.viHages € parle8Fillesdelaaiarité,ei,cetteaiméel649,parunFrtoede c 8a Congrégation, lequel a enqiloyé près de six semaines k faire
ff cette visite. >
On loi rapporta nn jour qn'on prêtre de sa compagnie atait dit que le soin qu'il prenait de ces enfans trouvés était la cause de la grande pauvreté de sa maison de Saint-Lazare , qui en était notablement incommodée pour le temporel , et se trouvait en danger d'être entièrement ruinée , k cause , disait41 , que les aumônes qu'on avait accoutumé de nous faire, sont diverties pour ces enfans , leurs besoins paraissant plus grands et plus pressans que les nôtres, et ceux qui font ces charités ne pouvant pas donner k eux et k nous tout ensemble. A quoi M. Vincent répondit : < Dieu lui pardonne cette faiblesse , qui le fait ainsi éloigner des sentimens de l'Évangile. 0 quelle bassesse de foi de croire que , pour faire et procurer du bien k des enfans pauvres et abandonnés comme ceuxci , Motre-Seigneur ait moins de bonté pour nous , lui qui promet de récompenser au centuple ce qu'on donnera pour lui. Puisque ce débonnaire Sauveur adit k ses disciples : Laissez venir ces enfans k moi, pouvons-nous les rejeter ou abandonner lorsqu'ils viennent k nous , sans lui être contraires ? Quelle tendresse n V t-il point témoignée pour les petits enfans , jusqu'k les prendre entre ses bras , et les bénir de ses mains ? n'est-ce pas k leur occasion qu'il nous a donné une règle de salut, nous ordonnant de nous rendre semblables k des petite enfans , si nous vodons avoir entrée au royaume des cieux ? Or, avoir charité pour les enfans et prendre soin d'eux , c'est en quelque façon se faire enfant; et pourvoir au besoin des enfans trouvés, c'est prendre la place de leurs pères et de leurs mères ^ ou plutôt celle de Dieu , qui a dit que si la mère, venait k oublier son .enfant , que luimême en prendrait soin , et qu'il ne le mettrait pas en oubli. Si Notre-Seigneur vivait encore parmi les hommes sur la terre , et qu'il vit des enfans abandonnés , penserions-nous qu'il voulût aussi les abandonner? Ce lirait sans doute faire injure k sa bonté infinie d'avoir une telle pensée ; et nous serions infidèles k sa grâce si , ayant été choisis par sa providence ponr procurer la conservation corpordle et le bien epiritnel de ces pauvres enfans trouvés , nous venions k nous en lasser et les abandonner k cause de la peine que nous y avons. >
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SECTION m.
SBS AimAlIBS.
Pentrètre que le mjet dont nous allons traiter en cette seetion trouvera d'abord de la diffiadté en quelques esprits, qui seront en peine de. savoir comment le supérieur général d'une Congrégation , par son propre mouvement , et sans requérir le consentement de ceux de cette Congrégation , aura pu faire largesse aux pauvres des biens de la même Congrégation ; et encore plus comment M. Vincent, cpii était si humble, si déférent etsigrandamateur delà pauvreté évangelique , et qui même ne voulut pas, sans l'agrément exprès de sa communauté , comme nous avons vu au premier livre, donn^ un très modique secours d'argent à son propre frère , qui était venu exprès de deux cents lieues loin pour le visiter, ce qu'il n'avait pu (kire sans intéresser notablement les petites facultés de sa pauvre famille ; comment , dis-je, ce fidèle serviteur de Dieu a si souvent et si largement donné l'amnône à toutes s<»tes de pauvres aux dépens de sa même communauté, ainsi que nous verrons dans la suite de cette section .
Il est vrai que cela paraîtra d'abord un peu surprenant, et que ceux qui pens^ont en juger plus favorablement estimeront que cela s'est fait par un mouvement extraordinaire du Saint-Esprit , qui porte quelquefois les saints à des pratiques de vertu plus admirables qu'imitables. Mais quoique cela se puisse bien dire avec vârité sur ce sujet , et qu'il soit aisé de reconnaître en plusieurs rwcontres de bt vie de M. Vincent une conduite de Dieu tout extraordinaire , et des maximes autant opposées k la commune prudence, des h<Nnmes qu'elles étaient conformes à la sagesse toute divine de Jésus-Christ , on peut néanmoins outre cela faire attention kdiverses considârations sur lesquelles ce procédé de M. Vincent peut trouver un raisonnable et légitime appui.
Et premièrement, on doit considérer que M. Vincent était non seulement le supérieur général , mais encore l'auteur , le fondateur et l'ipfAitttt^ur d'une nouvelle compagnie qui a pris naissance entre
les bras de sa charité, et que Ton peut dire en qnelqae façon avoir demeure diifanf Té temps de sa v!e , comme diâiSf le berceau SSWSS enfance. C'est lui qui après Dieu lui a donné l'être, la forme, et consistance ; qui a prescrit l'ordre qui se devait garder en toutes ses parties; qui a déterminé sés etUptdofei ses fonctions, et qui a élevé, instruit et perfectionné les sujets qui la composent, lesquels l'ont toujours regardé emim \wt vrai père , et lui réciproquement les a considérés comme ses chers enfans, auxquels il pouv«ii dire ); riktflftifioM du saint âf«f M : jT JKoM qtf o« iteffi»m jittrmtië (hkee Chrisms fermêtmt' in fMHs^
C<$laétfiitâe^I» sorte', il abien pu^tfoA']^ttsréMlli6sii|^érittwgé'* néta , mdis «Mletti^t domine ittctâtutottf m fèfè ç dl^MMr d' w Meir qui lai étaif eoâtnun avec ÈéA enfaM , et deM il^âtak eom» 1* garè^noMe penfdattt fe minoiilé de sa eottfpaignfiè , èi en dlbpo^ s«r nm pm M, nr pôitt éca intérétt piMééKëii», mùà^ pMt Utt iè^rèt» de Jésus^hrisl , et pour le decoûrs et lé servloe de êm meoÂtef^ qài s«nt les pauvres. Qtte si quél^M A§mM» ë^ÊÊêar donobsfaât fottV cela, vouliâiit encore dire t» tmiétâÊ qi^ii davaifc H^fk te eoudéâtéméM d;^ ses enfâott , oif lai tifmfiàm ^'ik #a ]bs jugé nécessaire de le requérir, ni débite oMige» )Mlt déelv' ifëf âti iîfv^ \6\t\ t>arcé ^u^'il le Bsait^ iiûêmwikmÈKf Vmnm tvte éi^diale et ffès^ itttiaate qu'ils Mt wn\6Mi tm aiMcr mttèl fèm #é;f ÉMt jaMnais M so«Éffirir êttte ettt: et liri audaiif dH^iricé dasaw^
timens : ils voulaient tout ce qu'il voulait ; ec if ifé v<mbÉI qaa Aii (Adsé9 9i Mnâei^, s^sairifés, et si* c«d fotMie# Mr ditôite oi aux &fâteÈr dé IKeu, (fit ce serait faftpê tort à' tea# femi dtt^erainr qifils etissefll éuia moindrer pensée e^ntmii^.
Oairi^ eefiaf il était qttesiioffi , en eea prehntenr «effimettOMe» d^a»e compagnie naissante , d'en bien établir non efetieaieÉi te téiMpoi^el , mais encore p(il9 le spirfttreV. €e n'ét^ pè^ aâaaa d'M faraier le corps, ImSr il Aillait aussi luf inspirer et comttiaiiipMr reaprit pro^ aux fns potv lesqttell^» elM élus éiÀM^^ar c^Mtime l'une de ses principales fins, ainsi <(M nem a*mtô tu, MU d'évangéliser lesf parefut^, et de le» tettiK^ fMsf Ma^stenAcaa e< toutes les assistances cMvenables pour e^ éffèl , fl fdlril FëltfW dans un esprit de eottipaasiott , de tendi^estffif êf éf^mm e*nm Inr pauvres ; etpuisque le diessein de eesaint fondateur écail^qnè caax d'êfsa^ compagnie fessent dan» une dispoiriâon éontiniieHé d^eiçoifir et sacrifier leur vie, aMairt qu'il e» êetm éebMritf , fmt fWMh
Mf
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«es aumôneB , ils n'en parlait jamais , et ne souffrait point <pi'on en parlât. Et qnmqn'outre cela il flt encore plnsieuis autres dép^ises 1res notables pour le service des pauvres , comme de fournir souvent aux frais des voyages que les siens entreprenaient , pour les aller secourir en des lieux fort éloignés , de payer tous les ports de leltres qui lui étaient adressées pour ce même sujet , tant des provinces éloignées que des pauvres esclaves d'Alger, de Tunis, de Biserte, et autres Ueux, ce qui se montait k des sommes fort considérables, il n'en a pourtant jamais voulu parler, ni faire entrer cette dépense en aucune considération , se contentant que Dieu la connût et Teût agréable. Que s'il ne pouvait empêcher qnelquefois.que quelques unes de ses charitables œuvres ne fussent connues, il les rabaissait et en diminuait Téstime, disant que c'étaient des gueux qui faisaient part de leurs haillons et de leurs bribes à d'autres gueux.
Il avait établi la Confrérie de la Charité dans la paroisse de Saint- Laurent : et parce que cette paroisse est située dans la seigneurie de Saint-Lazare , il donnait tous les ans libéralemait et par pure charité deux cents livres pour subv»ir à la dépense tant de cette Confrérie que des Filles de la Charité pour l'assistance des pauvres malades : et de plus il envoyait tous les vendredis de Tannée deux ecclésiastiques de sa maison , pour les visiter et consoler dans leurs maladies.
Quand quelques pauvres mouraient dans le voisinage de Saint- Lazare, soit qu'ils fussent de sa connaissance ou qu'ils n'en ftmsent pas, il faisait donner des draps pour les ensevelir lorsqu'iln'ea avaient point : et ayant un jour fait enterrer honnêtement une pauvre femme k ses frais , il reçut ensuite son mari k Saint-Lazare , qui y fut malade assez long-temps; et fit encore la même charité k un autre pauvre homme , lequel enfin y mourut.
Ayant un jour rencontré dans la rue auprès de Saint-Lazare un pauvre. homme presque nu , il lui fit donner aussitôt un habit : ce qui lui était assez ordinaire, et qu'il a souvent pratiqué k l'égard de plusieurs autres , faisant donner aux uns des souliers , aux autres des chapeaux , aux autres des chemises, et le tout aux dépens de sa maison. .
Il recevait tous les jours deux pauvres k Saint-Lazare , pour les faire diner avec sa communauté , auxquels on donnait auparavant l'instruction spirituelle dont ils avaient besoin : et on a vu souvent
ee v<riuible ami des pravres, après avoir les salués arec grande affabilité, leur aider k monter les d^rés du réfectoire , les faire pke eer aa-dessus de loi , prendre soin de les faire Men servir , et teur rendre lui-même plusieurs petits services.
Outre ces deux pauvres , il faisait encore distribuer tous les jours à de pauvres familles des portions de pain, de potage et de viande qu'elles envoyaient prendre à la porte de Saint-Lazare ; et de tout temps il a fait faire en cette même maison de Saint-Lazare deux autres sortes d'aumônes ordinaires , sans compter les extraordinaires : l'une de pain ou d'argent , pour les pauvres passans k toutes les heures du jour; et l'antre de potage rempli de pain, que l'on distribuait trois fois par semaine, k une heure réglée, à tous les pauvres qui se présentaient, de quelque lieu qu'ils fussent. Outre cette aumône , on leiur faisait encore chaque fois une instruction partitculière sur quelque point du catécUsme , ou des devws de la vie chrétienne craformes à leur condition ; et après leur avoir expliqué les principaux mystères que tous doivent savoir et croire , on leur parlait tantôt de la manière, de bien prier Dieu , tantôt de ce qu'il faut faire pour vivre en bon pauvre , ou bien comment ils devaient soufGrir avec patience leur pauvreté et affliclion , et ainsi des autres sujets qui leur étaient propres et convenables, le tout suivant les ordres qui en étaient donnés par M. Vincent.
Les pauvres se trouvaient k centaines, en tout temps , k ces aumônes corporelles et spirituelles, et on en a vu quelquefois jusques k cinq et six cents. Il est vrai qu'il fit cesser cette distribution de potages deux ou trois ans avant son décès , k cause des défenses qui en furent faites , après l'établissement de l'Hôpital général , pour ôter la mendicité de Paris ; et comme les pauvres s'en plaignaient , lui disant : Mon père , Dieu n'a-t-il pas conunandé de faire l'aumône aux pauvres ? il leur répondit : Il est vrai, mes amis, mais il a commandé aussi d'obéir aux magistrats. Et néanmoins depuis cette défense , k l'occasion d'un rude hiver qui réduisit quantité de pauvres familles dans une extrême nécessité , il leur fit donner, chaque jour du pain et du potage.
Pendant les troubles de Paris il fit faire la même distribution tous les jours k près de deux mille pauvres ; ce qui causa une. grande dépense k la maison de Saint-Lazare , laquelle en demeura^ encore plus endettée qu'elle n'était. Il fut en ce temps-lk obligé, de sortir de Paris, comme il a été dit au premier livre ; et quoiqu'on.
qde stmÏÏMt altm^ cette lâatoiODf ^sv lô M|geiti«âf dd llti< <$«BWé((^ Allé et Mres gardbs ^u'oia! y avsTit' eAYoyés', stféhatif ÉéaîitiHAiâlil grande nécessité que s^^OlèHiem, VeÈ j^atlhMft , M ê&r¥M ^loSiëïM Mb à- 96b 9asimM,* pouf Ml i^elt^oiximahidéy cfMf Vm eoIMMM tbujttwsees amoiAiièft* dis pain, effij^K^m jiflS^U'iltrtftt siSIM)» dé^Mtf «fe^ûb jbor, sandl avofr ^^ûnI eja^il ét^ ^mf tot^' éiflft«iëiââtt eher , et qu'on «^eh j^tr^C Aétfii&^fltoû'vëf dtmsT FâtfisF ]^«r dKf^Pâï>^ féot : hr cbak^ité' diy è& ^âi (^èfé* Ââ' patf^^re^ ff«stoàt j^af^dM» toQted owewsidéraicîDbis:,' ^ euAfteM été' c8|^M» dTèA aMVNjff toute antre moindre que hr sibttkiev Lé frèVe^botHttfi^i^ dHMet ÉdM^ 80Bf, qtà aurait etf sa elia#gé 16 i(!fa^értt&S6« i»irStii, «diSéIttfé que; pendant Tenace de tfdii «toiss> irén dVai«éi»]^é diïâiMffi eil' paioy qu'(^ disfirlbûia' atMf patnvi^^. Eâ qùM il f « sHJIst #éMMi»^ ver fai condlAé^ é€ Ik prôyidljây^W dé Dieu : es» It M M dIP eM trétt lÉMBy qui'faf envii^ei^'làfété dé'Paqâé^f t«ute'lf prd'H^f» éi9 M« «Jtane été aittâ! côtaftotoMiéé^,^ et 1« «èn^^iitaf^ufé «6Mm S^ rà«é» ^as du" pàM pour s^ sâbs^atecev Ibfeiqtfelfe éui« À\tf ib^^poibf Ai snteeottl^ei^ H là nécésélté, rèi> ^HUaiVei» publIqùei^sraféM^tAtaiMèi^iMI^' et fes passage éidM oVit^erts, en afeheia' du blé p^ur învré', âefâfi Ift^ qui fnf eHïpritiMé'; et ètf éélaf Féâ* rélSiMnoit AMMffe^fiêiAMâif lié soin que la-b<mté (fe JAétf prettd^ d!^ sieeouyii^ da!kH lettrâ b^^^cKWË qttr«ââslei]lf K^patf^A.
Vo»d le' fémofg^à^e cpr'a' téMn âur ce' Mj^t tiè tfi» ièmitai éecMslMtiqÉe t é fwi taSté Voir, dit-il , légrahfF eéShr dé H.^ Vih^ « e€ût ef s6ii Anour ttfeomjf^ratK potkV learj^émrés's ifyflX atp^-^
• pri» e» (fèt s'était piassé daito S^iit-Éame, éf cémUé Watf f t àVaM été coÉ^ûufé, ou p^ le feV ^ par hr disl!)^(!iotf (fàë ^ i soldats €à ayaîéûf fâi^, préyoyafM ^afri^a pVMeAcé' k (|Wff9 ^ eiAréffiifé seraieàf réduits \t» paAvres par M VHnsv^ de^PaDKtf é^ ^ ï)ar làf grande Cherté' «esr iHtës, qui iwraft in^VitaBW, flf ttiàai ' à feu M. LaMbért, (foi téniii ii ^ateé; efd'ïi donnM d)We que*
# fOu«f leÉ jourà on fi< dé pdèm ma6ii«& aux pM^M», et q€i < cet effet la maison empruntât iéhé (M Viigt Mîllè^ nma potff f ^ sûBvéWt': ce qui fiit «dëlcttcfct execii«é, en *itt^ qiïtf tous f^ é jeiWd<<W dKWrilmaff iiH ^Èà Ébrémâé p^tt^, a éfeOi 0» tM«» € grawdéb eHaiMI»rfes <K pdtâf^ a«i pH&Vf^, f^ée HP fli€ffi» « êHmêtam et m^mé èhxtitùé s? «iftW n^etif ^lèïi «MRd » Nf
« owwir» dc qm im cviiiiinzu QUTollT pTuSieuTS jUvUT^ et nviiiv
avec grande bénédiction diverses communautés et antre» p6f^ •omi* nelMu fi^ d^s'eM pA uflé des tfMMlm IMtlifM dites kh drililé stÎBletneBl MgiMiraMrde H. YifaemMl pim UmA^ là^HMiit des p«4reey ddMît»i0i^uf»dt#M^^ér(9ftdtfrrMei*/ d» loBs lien et en toiifw eiKastM^v ^ lla»ce<|bîeBteniredfBiie^dérariia^|w fie et' ddriMblér pveviéevr ém j^tatte» àmmdi mm MifeiMM tes kdràB néeei^'^ sMiM pew alisier cebx 4^ f etfi<m âenidfadê» l'ailiiiM» k te porte de Saint-Lazare, mais de plus il envoyait chercher le» pinm yjm réfiUgléair Paris jisqkv dnfc fsèib tâtdis et t^atotig,^ éAipieytak^k esi rilM mt prétw e» du Mw, ffil iiWMV €fff «wliMi voir quelè étaient tovs ke^itt^inw lei^ iMte|ftr> dl MPtoift M$ BBiadee^ (Nri cdnaMSa^olniflé était suds^ttekaM et sèfla»benie« v 9 en étendait les soins sur toutes sortes de personnes , de qmli^ ebnMoar dv nating qÉ'eUeB t&gsmkt : c'est pmt^i ayfiit appMs e» * tempes ^if^il y Mk ém99mi qimtild d^pau^iweaflicU liqfMl» UbeiiÉîs' banois pMT te Ibr, 01 réduit» en grânAfir nriftèrev il appela un jour un des pvétreé d» sa CkingrégatiM^ Bibeniais dtl y et 1» deiMftdtf cu^ 4!^ il pMMit qifr^on fk>^^ ees p(aufnw féftagiéa d'Ifibeirt:iie : < N'^ âurait*il> point
• moyens kd dit«#^ de^ k» attembler peur lee consoler et pont; ê lesr HÉinriK) H» v'eMendene pas notre langMy ei je lee veftf t eomm» idwéwmftl y ee^ ^ nm toucke lecttor, et me dôme ujé « gtiMÉ deatimeait de eottpassion pottf eux. * A ((uoi ce boit pr^ tre ayant répondu qu'il y ferait son possible : <* Dieuf VOM béiftiëtf, i teîrépHqua M. ¥iiietkitv tenez, roiU^ dît pistolet; allez au nom
# de Dieu y et leu# donnez te eoMotetïo» qne yttu pourrez. > It teut remarquer qttef cette* as^tMittée est différente de celte qu'il retfdit à des ecétM^tfqites èàmêtM ptiiy» d^Ifibêimitfv d^M>t il sera
Un lum gairçofr taMIëur; â^étattt Mfiré dl^^ I^AHf-Udare en s6n poyav jipyèf arvol» vu ei eipérkienté la g^fande charité de tf. YiHU cent, prit la liberté au bout de quehpie temps, Itmipe ce sfiddC kMMé était te plu» eecvpd dans les grandes affûreri de la co*r , é& lui écrveruné teiiré potifr te prier de M e<rvoyer ntf CKM d^a^ gtîNes de Paris;* ce ^u'ii reçût ed ti^ès' bonne part ,• él prit «es ve» Ymamm fe sein de leiffteîpe acheter, et les tel envoyer, tans fé^ mAtfU» en «Munerfa^dtf qtf'ill tMutàt^ Hm^ ^éit garçetf M
f At adressé &i libranent & hà pour des dioses de d petite tmaé" qnence*
Retournant un jour de la ville, il trouva qudques pauvres femmes à la porte de Saint-Lazare , lesquelles lui ayant demandé l'aumAne, il leur dit qu'il allait leur envoyer quelque chose ; mais quand il fut entré, s'en étant oublié ^ cause de quelques afEaîres pressantes et importantes qui lui occupèrrat l'esprit , comme on l'en eut fait ressouvenir, il leur porta lui-même l'avBiAne et, s'étant mis k genoux devant elles , leur demanda pardon de ce qu'il les avait ou*
bliées. -
Une pauvre femme ayant fait demander l'aumône k M. Vincait, il lui envoya un demi^cu ; mais, elle, lui ayant mandé que cela toit peu eu ég^d à sa grande pauvreté, il lui envoya aussitôt encore un autre demi*écu; et on lui a vu souvent faire des choses sem* blables.
Un pauvre charretier ayant p^du ses dievaux , eut recours h M. Vincent , pour le prier d'avoir ]»tié de lui , et lui faire quelque charité pour lui aider k r^arer cette perte ; et aussitôt ce chari^ table aumônier, lui fit donner cent livres.
Un fermier de la communauté de Saint-Lazare ne pouvant payer ce. qu'il devait, M. Vincent lui fit encore donner de l'aigwt: et oa ne saurait dire combien a été charitable son support pour tous les fermiers, tenanciers et débiteurs de sa communauté quidiffiénôent k payer ; aimant mieux leur faire de nouvelles avances et se mettre en danger de tout perdre, que d'user d'aucune contrainte ou rigueur en leur endroit.
Un laboureur des champs qui tenait de longue main une ferme par bail d'emphytéose qui dépendait d'un hôpital , en fut dépossédé par arrêt ; ensuite de cela étant mort, et ayant laissé sa femme et ses enfans dans une grande pauvreté, M. Vincent par pure charité retira ses deux petits garçons en la maison de Saint-Lazare, où ils ont été nourris et entretenus près de dix ans , et y ont appris un métier pour gagner leur vie ; il contribua aussi en même temps pour faire subsister la pauvre veuve.
La réputation que M. Vincent s'était acquise d'être un homme fort charitable , a de tout temps attiré k Saint-Lazare un grand nombre de pauvres honteux de toute sorte de conditions, tant de Paris que d'ailleurs, dont quelques uns ayant été dans l'honUeur et dans les biens , venaient en confiance lui découvrir leurs nécesr
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sites ; les autras» ayant honte de loi demander^ le priaient de leur prêter quelque argent, et il leur faisait donner à tous quelque chose, aux uds plus, aux autres moins, et souvent il épuisaii jusqu'au dernier sou ; et lorsqu'il n'y avait plus rien dans la bourse de la maison, il envoyait chez mademoiseUe Le Gras emprunter de l'argent , pour ne renvoyer ces pauvres honteux sans quelque con«
11 y en avait encore d'autres auxquels il faisait donner tous les . mois quelque argent ; et un peu avant sa mort, il en vint un qui, ne pouvant lui parler k cause de sa maladie , dit qu'il y avait bien - dix-sept ans qu'il venait quérir cette aumône , qui était de deux . écus tous les mois, laqu^eil faisait passer conune une rente qui ' hii était due.
Venant un jour des champs k Paris dans un carrosse, et ayant rencontré sur le chemin une pauvre personne toute pleine d'ulcères et autres incommodités qui faisaient horreur, il la fit monter dans le carrosse, et la mena jusqu'au lieu où die voulait aller dans Paris. Il a fait souvwt la méine chose , particulièrement peu- ^ dant l'hiver, lorsque revaiant le soir k Saint-Lazare il rencontrait de pauvres vieillards ou autres penonnes incommodées , auxquels il donnait place dans le carrosse, qu'il nonunait par humilité son infamie ; faisant cela par quelque sorte de compensation de ce qu'il s'estimait indigne de ce petit soulagement , et comme voulant en payer un tribut, et en faire part aux pauvres, avec lesquels il estimait que ce qu'il avait de bien et de soulagement lui devait être commun; tant il avait d'amour, de tendresse et de compassion pour eux.
Quand il voyait des pauvres malades couchés le long des rues ou des chemins , il allait k eux , ou il y envoyait , pour savoir quel était leur mal et leur besoin , afin de leur procurer quelque soulagement : et lorsqu'il ne reconnaissait point de feintise en leur fait , et qu'ils étaient vraiment malades , il leur offrait de les mener k l'Hôtel-Dieu dans son carrosse; ou bien s'il n'avait point de carrosse , 0 les y faisait porter ; et non content de payer les porteurs , il leur donnait encore quelque aumône.
Passant un jour dans une rue de Paris, il entendit un jeune enfant qui se lamentait, et ayant aussitôt fait arrêter le carrosse, il descendit, alla vers lui, pour lui demander quel mal il avait et pourquoi il pleurait de la sorte ; et l'enfant lui ayant montré un mal qu'il avaii
/W yt^i^ifseiMe 1 p^% k ebinugieii tt donaa eneoieqoaliptt ^ffful à
IJ4L new «oldat iiii'aD appelait le Cj#ilé, k c^uiae Ae i(ittiitilé 4e MemimM iw'il êyait fumas à la guerre , \kl om jour À SakitrLazarej atm y être ^oooiiu 4e pûrstume ; et a^aéreaaaat libMnent ii M. Vincent sur la confiance qu'il prenait en sa charité , 4oal il ayaM ouï paito* y il lui damania qu'il le sAoffiit éum sa maison pour pelfve^ i.o|ii8 , ,fe qu'il ku accorda biep volontiers. Ce sÔMat étant m io»r ou d^u& après tcMnbé malade , M. ViMoat le êi mettra 4ms me cbanhre k feu, «ù il futontretenu et ipédicaine«(é T/ejPpaAa Aa deu&iiiois , et mènaliiî donna un frèn poartai rendre tous les services nécessaires jusqu'à ce qu'il Mt ontièDlmept jrétabli.
VoU^ fffiH^wm putita é^antîl^oa» des ebaiités^oM met kmP^9 e«ersaU ewr^s toa fMvtê^ y dont m ne doit pas;»'4tomMr, PMl^vaitf )He^ iém Cam l^^etse 0as biens e^térîMiB, prisifa'B teor 4,vajt doftj^ $m $gwr , 1^ qu'il était l^ni/omê prêt d'AxpM» sa ^k fmr 9f»m^kbiw de le»ra toes ; ne déair«pl ôeQ IMI qw .de )(6iwr rfwdr^MmM^svAi» 4»mwîcfs|M)i»r l'aioonr de ^éMarCImi, «««'il l)qiHtr»itMr{^^HU^Mm«iit^p mi^'; les Defwdai» mume Iwn* ¥9^'mw»4»\9^ ftb«ri|fi i«Mwpf)^bM#te^ui ar«l panté^diw ^y^fP k M^^plUer 49 «w)i»ai»ef lîchrs^i m ne fimaot pif*
^yi^ pour l'a<Wur dp W¥S^ Ji^, CMune dit l^M6»t n^àlt^^ qv'U
«ECTION IH.
^9JN .4ii^pa ig^p^Bciww^ I9iff «9 k^ ?M^n m k'M-^e
N9i}39v.o.«s4éj^ vv ».u9ec«od ]JY;'çqa$%i«9 ^I)s4el?s«i)ryj«^s(|^ M. Vincent a tâché de rendre à MM. les pr.é|^s çç dij^WM^i^WC^ jresj et nou^ ?iy^ns pnçpre tpgpl}^ pplpp «hf«SÇ, .«« ,ç«pinfa|ce* ment dece chapitre , du^apji ^itiAur fit dji SWgplifir rjespfifltp'i)^ eu pour leurs personpes^crées: maisiJ^Mt âyQueiir.p^tpift<çeqi|^
poos m ayoqs <Ut et !to«t ç$ ^s f$pi)$ ^ po^rrPH» 4jr^ ^ 4nil
pM^iettiMBpanifloa é^ ee'qiri esMt^'eiiBt ; et que mm n'âfons jpMMDt ieptrâles 4]«i «oient raffisantes pour exprimer queHe étadt la «énérsÉiaii , te wesped et l'amonr que M. Vincent avait pour les prélats de l'Église, qu'il reeonnaissak et hoMNraît comme les lieutMWS àt iéaus-Christ sur )la terre , et les snceessenrs de ses ap6lues : c'Mt pourquoi ums Offons jugé ne pouyok inieux faire en CKette section que de rentoudne parler lui^méone , et nous expliquer 800 aomîflaono 6ur oe «ajat : nous les tirerous de quelques lettres gui sont iLenueo'les-pRemières sous 4a main, parmi un très grand UMsiae d'aulces qu'il <o écrites en divers temps k plusieurs prélolo, 'dont Aûus (NToduiroiiseeulement tes extraits.
Uoiéyèfue^e^riDd mérite, qui est maintenant deTont Bien, et, tqpû avaâl été éteué k cette dignité par l'entremise de M. ¥in« çwt , lui Jijmt loîl savoir ieo promioro fruits de ses tiavaux dans 9W église, il l'en .congralula par eesforoles : c Qui estrcequi ne s MCMDiMra «fiue p'eat une èénédiotiop de Dieu bim uianîTesle oujrio ^cè$eAt N.jfeini avoir Jonnéun évéque qui porte là gm Ottfl^àoiieo /» doo lieux où ^puiseent mis on n'usait point mi paiter ni d'évèquos ni de «isitos : et apiès eeia , Monseigpeur, piiorje ^oonuevoir une eotime assez graôdo ^e votre personne^ m iv#uo drwdoo ideBtroopeotoaoooe{)refonds ? Mais at dois-je pao .dno (Cfue vous Alos vraimeDtwijévéque Oieu-donné , un prélat de fgiifi»^ (UD jM>mfne lout apostolique , far qui Jésus-Christ fl^eot fyjfi, MvmHÊti aux ipeuplesileo ftes -dÀclés? ^ue eoneaint nom fODMÎt kéanaisMni,.et «ous^pneenre uMlongue^oite d'adiOéoo^tpourdfetrO'OniBcéoeapeaaé d'une 4itepiiité de gloire, et «MaMmianodejoid»ponii<iB toào graad nenlNpe d'-ftmesWea* lionionnnfl ^ui MUfioi «u •entrée m eeedjour de gkriie par TOtre iiupyjiu, etiiui xouo 7 leoonnataKmt pow tev seeond sauveur apièo iésuO(£briflt. •
Vn MtfeiévéqueaoHiaat^îlter een Aoeèse , -parce , disafit**!!', 'il 00 feepBtinimtàncopsMe dete gouverner, pria M. Vincedt fHf ftemouffo fois 4o M trouver «un i>on successeur. A quoi !I Idi répondit 4aBs4fs 4eMios euivans : f ^os tettres, Monseigneur^^ f Ai'ent touBvé si fdein de respeot pour votre peisonne sacrée , et if .d'aiae(iondeiiOuouoMir,que)^'ose vous dire que^'ai presque 4 jWoSiOesae «devant teb 3Feux te commandement que vousm'avec ^ fait{fAîe«n6.reneoftK0(guèrelapersonneque vous savez, que jb 4 ne lui M /dise qMlqtO'mot. Je ouïs «éanmekis , Monseigneur;
€ que vous êtes autant auHleflBus de ce que vous pensez être , c comme la monlagne l'est de la vallée ; mais ne pouvant vous € servir k votre gré y qu'en faisant ce que vous désirez, je tâcherai c de le faire en cela, et en toute occasion. »
Écrivant k un autre prélat qui était dans le même dessein de quit^ ter son évéché , à cause de quelque incommodité , et voulant l'en détourner , voici en quels termes il lui parle : c Je ne puis , Monseigneur , vous exprimer la douleur que je sens de votre indisposition ; Dieu, qui m'a donné k vous, vous fera , s'il lui platt , connaître la tendresse qu'il a mise en moi pour tout ce qui vous touche. Ce qui me console est que votre maladie n'est pas sans remède , ni sans espérance de guérison. J'en ai ressenti quelque attente autrefois , ayant eu un doigt de la main tout-k-fait insensible , mais cela s'en alla dans quelque temps. Plaise k Dieu , Monseigneur , de vous conserver pour le bien de votre diocèse, au sujet duquel j'ai appris que vous aviez quelque pensée de le quitter ; mais si j'étais digne d'être écouté en vous exposant la mienne , je prendrais la liberté , Monseigneur , de vous dire qu'il me semble que vous feriez bien de laisser les choses c<mune elles sont , de peur que Dieu ne trouve pas son compte dans votre décharge. Car où rencontrerez^vous un homme qui marche sur vos pas, et qui approche de votre conduite? S'il s'en pouvait trouver quelqu'un, k la bonne heure; mais je ne vois pas que cela soit k espérer , dans le temps où nous sommes. Et puis , Monseigneur, vous n'avez pas plus de difficultés en votre épiscopat , que saint Paul en a trouvé dans le sien , et néanmoins il en a soutenu le poids jusqu'k la mort; et aucun des apôtres ne s'est dépouillé de son apostolat et n'en a quitté l'exercice et les fatigues que pour en aller recevoir la couronne au ciel. Je serais un téméraire, Monseigneur, de vous proposer leurs exemples , si Dieu , qui vous aélevé k leur dignité suprême , ne vous invitait lui-même k les suivre , et si la liberté que je prends ne procédait du grand respect et de l'incomparable affection que Notre-Seigneur m'a donnée pour votre sacrée personne. » Un très bon prélat lui ayant proposé par lettres une vingtaine de difficultés notables , sur lesquelles illiii/demandait son avis , il commença la réponse qu'il lui fit en ces termes : < Hélas ! Monc seigneur, que faites- vous? De communiquer tant d'âffiûres ii^r t portantes k un pauvre ignorant comme jç suis» abominable d^
vaut Diea et deTant les hommes , pour les imiombrables péchés de ma vie passée , et poar tant de misères présentes y qui me rendent indigne de l'honneur que votre humilité me fait, et qui certes m'obligeraient de me taire si vous ne me commandiez de parler. Voici donc mes chétives pensées sur les points de vos deux lettres , que je vous propose avec tout le respect que je vous dois, et dans la simplicité de mon cœur. Je ne puis mirax commencer que par le remerciement que je présente k Dieu de toutes les giices qu'il vous fait , le priant qu'il se glorifie luimême des heureux succès de vos fonctions , auxquelles vous vaquez avec tant de zèle et d'assiduité , qu'il ne se peut rien davantage, etc.
€ Je pense que vous n'aurez pas désagréable de savoir que M. l'abbé votre frère est allé faire une petite retraite chez nos prêtres de Richelieu. Le supérieur m'a mandé qu'il a fort édifié cette petite communauté par sa dévotion , sagesse et modestie , et que même il a trouvé tant de goût en ses exercices , qu'il leur a fait espérer d'aller passer les fêtes de Noël avec eux. Comme je sais, Monseigneur, que vous ne désirez rien tant que de voir vos proches se porter k Dieu , j'ai voulu vous faire part de cette consolation , qui n'a pas été petite pour moi , voyant qu'en même temps que vous travaillez à établir son service en votre diocèse , lui-même l'affermit et le perfectionne dans votre famille. >
Répondant k un autre prélat qui lui avait proposé de semblables difficultés : c J'ai reçu la lettre , lui dit-il , que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire. Je l'ai lue et relue , Monseigneur , non pour examiner les questions que vous me proposez , mais pour admirer le jugement que vous en faites , où il parait quelque chose de plus que de l'esprit humain; car il n'y a que l'esprit de Dieu , résidant en votre personne sacrée , qui puisse joindre la justice et la charité au point que vous vous proposez de les observer en cette affaire. Je n'ai donc qu'à remercier Dieu, comme je fais , Monseigneur , des saintes lumières qu'il vous a données , et de la confiance dont vous daignez honorer votre serviteur inutile. Les choses que vous me proposez sont si élevées au-dessus de moi , que je ne puis sans une grande confusion penser aux avis que vous me demandez : je ne laisse pas,
, de vous obéir en vous disant, etc. » n. 21
M» Vianaiii voyaM «a trè^ boo prélti dam qMipm protêt e» avtil beanooop de peioe, k oaime de raOettion 911'il lui pariait : ei af tnt un >ûuf essayé dft !• tirer de oetta affaire par voie d*aceom« modeflaeot, il lui en écrivit et teraûua sa kUre par ces parole» : Au nom d^ Dieu , Monseigneur, pardonnea-moi si je m'entre^ meta en ces aflaires ici , sana savoir ai les ouvertures que j'ai faites vous agréeront. Il arrivera pent-rôtre que vous en serez ma) satisfit ; maia il n'y a remède, puisque ce que j'en fais n'est que par nn eicès d'affeetioo , de vous voir déchargé dea soine ei diitraetions que ces f iicheuses afEaires vous peuvent caoaer, a$n qu^ vous puisiez vaquer avec plus de tranquillité d'esprit k la conduite et sancliiication de votre diocèse; et pour oeia j'of* fre sauvent ^ Dieu maa chétivQS prières^ ete. Hais il y a une ^lose , Itanseigneuri qui m'afflige graedement , c'est que l'on voua a dépeint au conseil comme un prélat qui a grande facilité ^ ptoider, » sorte que eette impression j est entrée fort avant d«ôs les ^pfits. Pour moi , j'admire Notre*&eigneur Jésus*Christ fwi a ûaspiouvé les procès, et qui néanmoins a bien voulu en lavoir un et le perdre. Je no doute pas. Monseigneur, que ai voua m avea quelques uns, co n'est que pour soutenir ei diéfendre sa «HWe : et de lli viont que vous conaerve^ une grande paia inlé<« fi§t|fe panai toutes les e<mtradictiens du dehors, parée que i»Oua ne regardes que Dieu et non pas te monde ; voua eherohea uniquement de plaire à sa divine Majesté , sans voua soueier do
M fM tes hMBime dhrent; dont je remcyroie aa divwe honié, V»Na V» o'eat une grâce qui ne se trouve quf dans les âanoa W Iqî ^n^ întûmeineQt miea« Mais je vous deîa dire aussi , Mons«i^ W^w, que oette Cioheuae opinion du conseil pourra vous nuire «n ViusiMMie présente, et empéeker qu'on ne vous accorde ce qw Youf dwmndez. ^ Lsk proposition d'ae^omiiodenienl contenue en. cette lettre n'ïjant paa été agréahie k ee Inm prélats M, Vincent no se rahuta paf; peur cela % mais il lui en écrivit derechef dans (es termes aui^ vana ; • ^e vous aupiplie très bumbleeaent , Monseignowr, de loe^ < supporter eneofo cette fois , si j'ose voua faire l'ouverture d'un c <içcommod«ment ; je saia bien que vons ne doutes pas que c'est, € raffection de mon pauvre ccmit pont votfo service qt m le f^i( c désirer; mais vous pourriez trouver «lauvaw fêlant si peu t intelligent quojo snîa , et 4pie eennaîlMii qu« von» »'«v«« paa