‹ Vie de S. Vingent de PaulChapitre 25 sur 65 · B^ SIS · texte numérisé non relu

B^ SIS

•gréé la première propoeîtîon que je ?oee en ai faite, j'efitreprenne de vou5 en faire une seconde : aussi ne le fais-je pas de moi-même, mais par Tordre de monsieur votre rapporteur, le^r quel je suis allé voir depui» deux jours pour lui recommander votre cause , et lui déclarer les conduites admirables que Notr^ Seigneur tient sur vous , Monseigneur , et par vous sur votre diocèse. A quoi il m'a répondu qu'il était votre très humble ler^ viteur, et une des personnes du monde qui vous estime et qui vous honore le plus , et que dans cet esprit il me priait de vou mander que , si vous le croyez , vous sortirez amiablement de tous ces différends. Il m'a apporté plusieurs raisons pour cela ^ et entre autres celle-ci , qu'il est de la bienséance , pour un si grand prélat que vous , de terminer les affaires par cette voie , surtout ayant affaire à votre clergé, oà les esprits sont disposé» à la révolte , et dans le dessein de vous tracasser toute votre vie« Et comme il voit Tair da conseil , il appréhende l'événement des poursuites, parce que plusieurs de ceux qui le composent ^ ne sachant pas la sainte vie que vous menez ni les droites înten** tiens qui vous font agir de la sorte, pourront penser qu'il y a quelque chose de contraire au support et k la douceur conveaa« ble à votre dignité. Je vous supplie très humblement. Monseigneur, d'excuse? ma hardiesse , et de ne pas considérer ce que je vous représente comme venant de moi , mais de monsieur votre rapporteur, qui est l'un des plus sages du siècle et l'un de» meUleurs juges du monde. Il y a plus de personnes chez lui que chez les premiers chefs de la justice , parce que cliacutt s'estima heureux de Tavoir pour rapporteur. Je prie Dieu qn'il ail agréa-» ble de redonner la paix k votre Église , et le repos à votre esprit. Voua savez le pouvoir que vous avez s«r moi et Taiiseiiini sm-g«lière que Dieu m'a donnée poiv voire service : si de&c Tavsme jugez digne d'y contribuer quelque chose , sa dîvitte kootésait que je m'y emploierai de tout mon cœur. > Ua saint prélat ayant pris la pêne , peadant les exereîen ées ordînaas , de leur faire l«-méme an entretien tons tes ymm , M. Vincent l'en congratofai dans ces termes : c le voua remertie € très bMaUemenl, Monseigneur, de rbamieur que vous avea fait f h votre séminaire de le consoler de votre chère présence et de c vos instructions paternelles pendant l'ordination; et je rends < fcAce» à Diea de la faveur qu'il a frite h ceux fri OBt eu le bot*

heur de vous entendre , de voir en sa source Tesprit ecclésias" tique ; j'espère qu'ils s'en souviendront toute leur vie et que le fruit en durera plusieurs siècles. Au reste , Monseigneur, j'ai reçu la lettre dont vous m'avez honoré avec joie , parce que c'est votre lettre ; et avec douleur, voyant ce qui s'est passé en votre synode : en quoi , Monseigneur, j'admire d'un côté la conduite de Dieu , qui exerce de la sorte la vertu d'un de ses plus grands serviteurs, et de l'autre le bon usage que Votre Grandeur fait de cet exercice. Je prie sa divine bonté qu'il vous fortifie de plus en plus dans cette épreuve , afin que par votre patience vous parveniez au but de vos saintes intentions , k la honte de ceux qui ont osé vous traverser. »

Quelques personnes ayant rendu un mauvais office auprès du roi à un évèque , comme s'il eût été peu soigneux de s'acquitter de sa charge , ce qui avait même obligé Sa Majesté de lui en faire plainte par une lettre de cachet qu'il lui écrivit , M. Vincent l'ayant su , et combien ce prélat en était afiligé , il tâcha de le consoler par une de ses lettres , dans laquelle il lui parle en ces termes : J'ai un sensible déplaisir, Monseigneur, de celui que vous avez reçu de la lettre qui vous a été écrite de la Cour, ainsi que l'on me l'a fait entendre, dont j'ai été grandement surpris. Je souhaiterais être en lieu où je pusse dire mes raisons pour votre justification : je vous prie de croire que je m'efibrcerai de le faire lorsque Dieu m'en donnera les moyens; de même que j'ai toujours t&ché d'insinuer en toutes rencontres et en tous lieux la plénitude de l'estime et de la révérence que j'ai pour votre personne sacrée , qui fait de nouvelles impressions en moi toutes les fois que je considère la grâce que vous faites k vos pauvres missionnaires de les employer k l'instruction et au salut de vos peuples, et comme ils scmt heureux et contons de travailler sous votre douce conduite. >

c Je rougis de honte, Monseigneur (dit-il, écrivant k un archevêque sur un autre sujet) , toutes les fois que je lis la dernière lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire; et même toutes les fois que j'y pense , voyant k quel point Votre Grandeur s'abaisse devant un pauvre porcher de naissance , et un misérable vieillard rempli de péchés ; et en même temps je ressens une grande peine de vous avoir donné sujet d'en venir Ik , quand j'ai pris la confiance de représenter k Votre Grandeur que nous

étions hors d*état de lui donner les hommes qu'elle demande* Elle peut bien penser que ce n'a pas été par aucun défaut de respect ni de soumission pour toutes ses volontés , mais par une pure impuissance de lui obéir en cette occasion. Je la supplie très humblement de nous donner six mois de terme : nous serions grandement consolés de vous donner plus tôt cette satisfaction , mais il ne plaît pas à Dieu que nous le puissions faire. Au nom de Dieu , Monseigneur, ayez la bonté d'excuser notre pauvreté, et réservez, s'il vous plaît, votre voyage de Paris pour une occasion plus importante. Ce me serait une bénédiction de Dieu de recevoir encore une fois celle de Votre Grandeur , mats j'aurais un regret inconcevable qu'elle vint se fatiguer ici pour une affaire qui n'en serait pas plus avancée. Vous savez bien , Monseigneur, qu'il n'y a gens au monde plus disposés à recevoir vos commandemens que nous le sommes, et moi particulièrement sur qui Dieu vous a donné un pouvoir souverain. »

Et écrivant k un autre archevêque sur le sujet de quelques uns de ses diocésains qui avaient été menés esclaves en Barbarie : c J'ai reçu votre lettre , Monseigneur (lui dit-il) , avec le respect et

< la révérence que je dois à l'un des plus grands et des meilleurs c prélats de ce royaume, et avec un très grand désir d'obéir c k tout ce qu'il vous plaira ine commander. Je rends grâces h

< Dieu de la dévotion qu'il vous donne de délivrer vos pauvres c diocésains qui sont en esclavage. Vous ferez une très grande c charité et une œuvre très agréable k Dieu de les tirer d'un péril c imminent de se perdre , et vous donnerez un bel exemple aux c autres prélats , pour faire revenir en leur bercail leurs pauvres f brebis égarées qui sont en grand nombre dans ce même dan-

< ger : et pour y coopârer de notre part et obéir k ce que vous déc sirez , nous enverrons très volontiers quelques uns de nos préc très pour faire cette rédemption. J'écris aiqourd'hui aux consuls <. de Tunis et d'Alger, et leur mande qu'ils nous envdent des c passeports, afin qu'ils y puissent aller en sûreté, selon votre c commandement. >

Comme M. Vincent était ravi de voir l'Église pourvue de bons et vertueux prélats , il craignait aussi que le zèle de quelques uns n'avançât leur mort , et ne privât l'Église des services qu'ils lui rwdaient ; c'est pourquoi il les exhortait dans les occasi<»is de se

oiéiiager. Mais un Tertneux évèqne loi ayant fait réponse qn*il ne se voulait point épargner, et qu'il désirait monrir dans le travail , voici en quels termes ce saint prêtre se donne le tort de l'avoir prié de se conserver, et le congratule de son zèle et de sa ferveur dans les emplois de son ministère : c II est vrai , Monseigneur, que j'ai désiré votre modération , mais c'est afin que votre travail dore et que l'excès dans lequel vous êtes continuellement ne prive si tôt votre diocèse et toute l'Église des biens incomparables que vous leur faites. Si ce désir n'est pas conforme aux mouvemens que vous inspire votre zèle, je ne m'en étonne pas, parce que les sentimens humains dans lesquels je suis m'éloignent trop de cet état éminent où l'amour de Dieu vous élève. Je suis encore tout sensuel , et vous êtes au-dessus de ta nature : et je n'ai pas moins de sujet de me confondre de mes défauts que de rendre gr&ces k Dieu, comme je fais, des saintes dispositions qu*îl vous donne. Je vous supplie très humblement. Monseigneur, de lui en demander pour moi, non pas de semblables, mais une petite portion , ou seulement les miettes qui tombent de votre table. >

Avant que de finir ce chapitre , nous insérerons ici une autre lettre très digne de remarque que M. Vincent écrivit 1» un très vertueux prélat, leqnd, voyant la maladie contagieuse s'écliauffer en divers endroits de son diocèse , avait eu mouvement d'aller luimême en personne assister les pestirérés ; et néanmoins avant que et s*y engager, il en avait voulu demander conseil k M. Vincent , duquel il reçut la réponse suivante , qui contient divers avis , lesquels peuvent être fort utiles en pareilles occasions :

« Je ne saurais, Monseigneur, hii dit-il, vous exprimer Taffliction que j'ai delà maladie dont votre ville est menacée, ni la confusion que me donne la confiance dont il vous plaît m'bonorer ; je prie Dieu de tout mon cœur qu'il détourne ce Iléau des peuples do votre diocèse , et qu'il me fassedigne de répondre en son esprit h votrecommandement. Ma petite pensée donc, Monseigneur, est qu'un {Mrélat qui se trouve en ce rencontre se doit tenit en état de pourvoir aux besoins spirituels et temporels de tout son diocèse pendant cette afDiclion publique , et de ne pas s*enfermer en on lieu , ni s'occuper en quelque emploi qui lui ôte le moyen de pourvoir aux autres ; d'autant qu'il n'est pas Tévêque de ce Heu-lk seulement, mais il Test de tout son diocèse^ k la eon-

iiÊk% dH^ël il èxM Èi Meli partager ieë b^M ^ ^ttll Aé léti af-

MM piM I Un tieti ptflictilier, si ce n'est <|q11 m ptiiMéi pAnfVdir

fttt salut des âmes de ce Keu-lk par les curés on par d'antres

eecUMauiqttcl ; car èù «e cas , je pense qu'il est oUîgé d*èYp68èr

sa vie pour leur salut , et de commettre k TadoraMe pro? idem!e

de Died le soin do reste. C'est ainsi , Monseigneur, qti*iln des

plus grands prélats de ce royaume en nse, e'est Monsélgnetir ta. ,

lequel a dié))0Sé seé enrés h s'eiposer ponr le saint de lenré pâ-

rissions ; et qnand la maladie prend en tin lien , Il s'y tranft

porté pour voir si le curé est ferme en s^ demeure, pour Teil-

oonrager en ea résolntion , et en6n ponr M donner les eMaeils

M les moyens eonvenaMeé ponr assister ses paroissiens ! il fait

têUè tlsiie sans s'etposer k celle des oaalsldes, et poitf H i'«n

Ktonme ehea lui dans Itt disposition dé s'éjiposer, tf*il né pod-

vaii pourvoir p«r d'antres ant besoins d'une paroisse. Qne fti

saint Chartee Borromée en a usé autrement, H y a apparétreeque

té fut par quelque inspiration par ticolrère de Dieu , M qué h

oontagiofi n'était que dans la seule ville de Milan.

ê Mais parée qu'il est difficile de faire en nn grand dMèèéé ce

qui se fait aisément dans un petite il semble^ Monseigneur, qu'il

éerait bon qne vous eussiez agréubie de visiter les qMrtiet» oft

la maladie est présentement , pour encourager tos évrés ; on H

quelque incommodité ou le danger d'être pris prisonnier M ce

imops de guerre vous en empécMt , d'entoyér des «rdiidia-

eres 4 ou k leur déHlut quelques autres ecclésiastjqueè en ces

quartierè-tk pour la même fin ; ui dès q«ê tous sautes que M m^

ladie a pHs en quelque lieu , que i^ous envoyiez quelque eectéÉîas''

tique pour fortîfler le éuré 4 et peur donner quelque éééésI aucé

corporelle aux pestiférés. La relue de Pologne ayant appris que là

oontagiott avait pris k Cracotle , et que lesmaisoM des pestiféréi

étaient fermées aussMM qu'il y avait qnelqu'an AfUppd de la nla«

ladie 1 m qu'ainsi les saina et les malades y souffraient là fsiim

et lu froid , elle le résolut d'y envoyer une somme DOtabM par

dans missiouttsUres , qui utaient ordre de pourvoir dé uourrtturd

uni maisons pOBirférées, sans pourtant a'exposer. Il y avakquel'»

ques religieux qui s'e^posuleftl pour radministratiUn dss suere^

Meus; et pur ce moyeu , «^tebouue reine a, sinon arrêté, pour

lu mcrinu dintinué du beaucoup les ratagos que faisait cette mst^

iudIUt m ifflnlUMUi eufiMM cm» fMu4k , qui e»t «Mie lu ea^

pîtale da royaume. Et pov ce que la ville de l^anoTie, qui est maintenant le séjour des rois, a été frappée de la même maladie, un de nos prêtres me manda qu'elle donna le même ordre et la même assistance k cette viUe4k par un prêtre et par un Frère de la Mission.

c Les pauvres gens de la campagne afiDigés de peste sont pour Tordinaire abandonnés et en grande disette de nourriture : et ce sera une chose digne de votre piété , Monseigneur, de pourvoir à cela , en envoyant des aumônes en tous ces lieux-lk , et de les faire mettre entre les mains de bons curés, qui leur feront apporter du pain , du vin et quelque peu de viande , que ces pauvres gens iront prendre aux lieux et aux heures qui leur seront marqués : que si l'on n'est pas assuré de la probité du curé , il faudra donner cet ordre k quelqu'autre curé ou vicaire proche de Ik , ou k quelques bonnes gens laïques de la paroisse qui pourront faire cela ; il s'en trouve quelqu'un pour l'ordinaire en chaque lieu capable de cette charité , principalement quand il ne s'agit point de converser avec les pestiférés. J'espère , Mon^ seigneur, que s*il plait k Dieu de bénir cette bonne œuvre, Notre-Seigneur en retirera bien de la gloire; vous. Monseigneur, de la consolation et en votre vie et en votre mort ; et vos diocésains, une grande édification : mais pour faire cela il est absolument nécessaire de ne se pas enfermer, c Vos missionnaires , Monseigneur, m'ont mandé que Notre- Seigneur leur fait la grâce de leur donner la disposition de s'exposer aux pestiférés les uns après les autres , soit k l'égard des malades de leur quartier , soit k l'égard du reste de la ville , selon que l'obéissance et les nécessités le requerront. Or je leur écris , Monseigneur , qu'ils prennent cet ordre de vous ; et je vous supplie très humblement de disposer de nous , selon que votre incomparable bonté le jugera k propos. « Il y a quantité de religieux qui s'offrent pour l'ordinaire k assister les pestiférés ; je ne doute point qu'il ne s'en trouve en votre ville , et peut-être , Monseigneur , en trouverez-vous assez pour cette bonne œuvre tant pour la ville que pour envoyer aux champs , au lieu de MM. les archidiacres et des prêtres dont j'ai parlé ci-dessus. Vous verrez, Monseigneur, par cet imprimé que je vous envoie, l'ordre que Monseigneur l'archevêque de Paris a mis dans ce diocèse pour remédier avx vûsèret in-

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4 dicibles qui s'y trouvent ; cela Tousponrra donner qnelque Tue € pour la manière de secourir vos pauvres diocésains. »

Ce bon prélat ayant reçu cette lettre, écrivit ces mots à M. Vincent : t Après vous avoir remercié de l'offre qu'il vous plaît « me fajre de vos prêtres , pour s'exposer en cas de besoin pour « le service des pestiférés , je vous dirai que , comme ils travail- < leot utilement pour tout mon diocèse , je ne voudrais pas les ex- « poser sans une extrême nécessité. Je suivrai vos avis en tout : je c ne m'étais résolu de m'exposer qu'en tant que je connusse que c c'était la volonté de Dieu. J'ai tout suspendu jusqu'à ce que c j'ai vu dans votre lettre votre sentiment , et ainsi je n'y penserai « plus , et ferai ce que vous m'écrivez avec grand plaisir. >

SECTION V

SA GHABIt£ BNVBRS LBS prêtres Vt AUTRES PERSONNES

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