SA CHARITE ENVERS LES SIEISS
La charité de M. Vincent étant parfaite au point que nou8 avons vu dans les sections précédentes , on ne peut pas douter qu'elle n'ait été bien ordonnée , puisque Tordre est tellement nécessaire pour la perfection de cette vertu , qu'une charité mal ordonnée ne mérite pas le nom de charité , et n'en retient plus qu'une fausse apparence. Or, selon la doctrine de saint Thomas et des autres théologiens , l'ordre de la charité requiert qu'on ait un amour spécial pour ceux qui nous appartiennent de plus près, et auxquels la divine Providence nous a conjoints par un lien plus étroit: et par conséquent M. Vincent, ayant une union si intime avec ceux que Dieu lui avait donnés pour ses chers enfans selon l'esprit , et desquels il pouvait bien dire , conune le saint apôtre , qu'il les avait engendrés par l'Évangile en Jésus- Christ , ne pouvait qu'il ne les portât dans son cœur, et qu'il ne les aim&t très tendrement , mais d'un amour d'autant plus parfait , qu'il avait plus de rapport k celui que Jésus-Christ avait pour ses apôtres et disciples.
Premièrement, à l'imitation de ce divin prototype, il leur a témoigné cet amour en les instruisant, excitant, encourageant, consolant, et leur rendant tous les ofiBces de charité que de tels enfans pouvaient attendre d'un tel père. Pour cet effet il leur parlait souvent avec des discours pleins de ferveur et animés de l'esprit de Jésus-Christ , non seulement dans leurs assemblées ordinaires et réglées, mais encore en toutes sortes de rencontres; prenant sujet de leur dire quelques mots d'édification , tantôt après l'oraison ou bien k l'occasion de quelques lettres qu'il avait reçues, ou de quel* que bon ou mauvais succès dont on lui avait donné avis , ou de quelques affaires qu'il recommandait à leurs prières; et ainsi, comme un bon et sage père de famille, il leur distribuait libéralement, dans les temps qu'il jugeait plus k propos, le pain des &mes, qui est la parole de Dieu. Il ne s'acquittait pas seulement
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de cet office de charité euTers ceux de sa compagnie en général , mais aussi k Tendroit d'un chacun en particulier, parlant tantôt k l'un et tantôt k l'autre , selon la connaissance qu'il avait de leurs besoins, soit pour les encourager dans leurs difficultés, soit pour les consoler dans leurs peines ou pour les avertir dans leurs manquemens, ou pour leur donner conseil en leurs doutes, ou enfin pour les instruire et leur enseigner les moyens les plus propres pour s'avancer dans le chemin de la perfection ; et lorsqu'il était alèsent il leur écrivait sur ces mêmes sujets , et se donnait la peine , parmi cette grande multitude et diversité de très pressantes et importantes affaires dont il était continuellement accablé , de les avertir, instruire, exhorter, consoler et encourager par ses lettres, qui sont presque innombrables , et qui font assez connaître quelle a été sa charité envers tous les siens.
Et comme une des principales et des plus importantes leçons que Jésus-Christ ait faites k ses disciples a été de s'entr'aimer saintement les uns les autres , c'est aussi celle que son serviteur Vincent de Paul a le plus souvent répétée k ses enfans , et sur laquelle il leur a fait quantité d'entretiens, et même leur en a laissé un écrit de sa main, ce qu'il n'a fait sur aucune autre matière. Il leur a dit, entre plusieurs autres choses sur le sujet de cette vertu de la charité fraternelle , c qu'elle était une marque de leur prédestination , < puisque c'est par elle que l'on est reconnu véritable disciple de c Jésus-Christ; > et un jour qu'on célébrait la fête de saint Jean rÉvangéliste , exhortant les siens k s'entr'aimer par les paroles de cet apôtre de la Mission : Filioli, diligite alterutrum, il dit que ( la Congrégation durerait autant de temps que la charité y c durerait. > Il prononça quantité de malédictions contre celui qui détruirait la charité et qui serait ainsi cause de la ruine de la compagnie , ou seulement de quelque déchet de perfection , c'est-kdire , qui , par sa faute» ferait qu'elle fût moins parfaite. Il leur disait encore que < la charité est l'âme des vertus et le paradis des communautés; que la maison de Saint-Lazare serait un paradis, si la charité s'y trouvait; que le paradis n'était auue chose qu'amour, union et charité ; que le bonheur principal de la vie éternelle consistait k aimer; que dans le ciel les bienheureux étaient incessamment appliqués k l'amour béatifique , et qu'enfin il n'y avait rien de plus désirable que de vivre avec ceux qu'on aime et de qui on est aimé, »
n lettr Asant wêêA que t r«iiiMr dirMen t|fii tigt foiteé Garnies e««irs par la charité est non aenlement ao-desatu de f ammir 4 mcfftnatîcm tt de «eliri ijcn est produit par Vappéfit aenaitif , qni «8t erAnairement -p^Hs naîstMe ^*ii!ile , mais eneore aifr-'deastia 4e VaiMur raf sonBaMe ; qvie cet aniew ciiréâeii eat «m amtmf par tequd <m s'aime les uns les antres en Dien , séon Dien et peur Dîen : e'est un ^unem^ qni fait que l'on s^entr'aime pomr la mémefki pour laquelle Meu aime les hommes » qm est pour les faire des samts en ee monde ei des Menhewem en l'autre ; et que pour cela cet amour fait regarder Dieu , eft ne ?ogarder uutre chose que Dieu en chacun 4e ten qu'on aime. ^ n ajoutait que « cehri qui voudrait vfrre 4ans une comimMUMé , Bans support et sans fiharité , serait, 3ila vnede tunt dliumeuA et d'actions discordantes aux siennes, <?onime un viteeau sans ancre fft sans gouv^nafl, qui voguerait uu luffieu ^les M^eiu , un gré des ondes et des vents qui le poussefuiuut 4e tous t^êlés €t le feraient fracasser. »
Enfin il disait ^e c )es nrissionnaires ne se devaient pas seu- 'lement «fitr'aimer par une sainte affection hlttfrieuru>» «lia ftdre paraître wmpAcment par leurs paroles , mais qu'ils lu Asvstont témoigner par leurs œuvres et par de JMOS'éMa, s*wir'aidaaft voloBtiers dans oot esprit les uns tes autres "On leurs ompiifs, <A être toujours 4isposés au sodls^emenit 4e leurs «MArères. il uou* Imitait urdenimem que IKeu inspirllt cette eharité dans les «murs de tous ceux 4e sa Congrégation , d'autant ique , dîsait^îl^ par -ce sttpparî muiuel ks fm-ts Mmiiendrmii UsfaiUet, et l^ieuvre de Dieu s'accomplira. »
Et parce que la détraction est la csfpHale wwnie dela4*ai<ilé, et -que ce vrce se fourre même quelquefois panni les compagnies les plus saintes , ce charitiMe père des missîonnaàw uomMtaîl ce vice k outrance, pour empêcher qu'à n*approclilA desesenfans, lesquels il oxhortait sourent de veiller et 4e se tenir sur lews gardes , pour ompècher qn^îl n'eàt aucune entrée parmi eux. Il le comparait k un loup carnassier qui désole et détruit la i«Vferie ot il entre ; assurant qu'un des ptas grands maux qui puissent arriver k une compagnie est lorsqn'3 s'y trouve des gens >qni médisent, murmurent , et qui n'étant jamais contens trouvent k redire à tout, n disait encore que celui qui prête l'oreille au médÎBant n'est pas plus innocent que celui qui proAre la ttédisuee) comme enpei*
fa"^ avait m m» eMéiM herretir, îl feur faisait faire ée temps M ^isnps 4i¥«rs90 eMférefie^ mr m «ujet , \mt peprésentaM Mwwwa i4w ovcioiOns ei ifCTuiaueiiD avi pOfinraien^. les y pOiies • use •wiSy cot^ MB ^vsRmBB) n niFcpc^ef ^ctfv Hseine coinepeii^e scdi v^air* iKéà4em6l^^ a^faM ¥W)« qoe t^M eeux de aa •eonsmoDaiilé parkaMÊL laaufiê a^slea astrea bK» t^sB^ei; et «b méine temps H ill raevdllir les taiftifa Mies me^^ens que ebaeim r^i^itiMt pewr ^iMHNiir ta méiipiuiQe 4e «a cMapagaie^ ei kô-nème, a«i èeoi 4e ■Hic oothxniwd vQv ^qitVvbK 'ees voDiefenveD ^ tes xevMBiva par qB discours fort pressant.
Qr^ M n'a fias été e^ntanant par les pay^es^ maïs eneore plus pariea^iSeiB, q^e M. Viae^at a bavoir quelle 4la9^ sadHHrité4Mi^ mikssîeiisç leur léaseigml ea <— tes sortes de reaceatfes wmi eat^aituce 4e eeMir 4( dei teftiiawasiButespatemcA^ laut tevsfuaqu^ap êmMês imune aes^n&os, avec um aCTectien UHie epidiale 9 ëaiiC II déiivak 4{u^ito fiisseut biep persuadas. Lers« qu'ils aUaâMt lui pari#r, aoit pour leurs aéeessilés partienlièiw ou pour d'autres sujels , il H& aeeuelHail toujours avee me fraude affUgfilé, elquittik loule autre diese pour tes éeo«rtef; ou, s'il ne le pouvait ii TheutB même, il le«r marquait le temps auqifel ils peurNieDt luir^r, at leur donnait tout Msir et toute confianee del<|i4épeuirrirleursdésii«, leurs peines, leurs mautaises înelînfr* tions et même leurs fautes : les écoutant avec un témoignage d'aF- (éeiiéa, eomiiie us lÉédeclu sou miiade, et leur répondant selon luufs tiesui&s et leur attente , et toujours avee fruk et bénédieliM; ear il a^t une grâce pariteuUène de ne renvoyer personne mécontMti ttais de eoMoler et édIAer un -chacun. II usait pour cela d'une coadeseiMtidanoe merveilleuse, se faisant tout à tous, el 8^aceoflMiiod»t fc leurs diq)Osilims , Jusqu'il imiter assez souvoit lu langage de leur pays , parlant tantôt p4eai4 avec «elui qui élak de Pkmdie , tantôt gascon avec un autre de la province 4e Guieuue , quelquefois basque avec un Basque , et d'autres tm {mH férant quelques mots allemands avec les Allemands. Mais quoiqol en usftt de la sorte pour gagner les cœurs de ceus avec qui il Ifaitafl, H savait bleu toutefois Joindre en temps et lieu à cette fami« IIAvu cordialité les témoignages de l'estime qu'il faisait d'eux , leur donnaul en leur absMoe les louanges que méritait leur vertu , et parlant toujoui^ y mémo dce moindres d'entre eux , avec Itonneur.
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A ce sujet ^ répondant on jour à la demande que lui faisait le père d'un des frères de sa communaoté touchant son fils : // vota mieux que moi , lui dit-il , et que beaucoup d'autres faits comme moi. Et dans une autre occasion il dit à Ton des siens lequel par tentation voulait se retirer de sa compagnie, que s'il en sortait, il recevrait autant de déplaisir de celte séparation que si on lui coupait un bras ou une jambe. Et on lui a vu dire en diverses occasions , parlant k ceux de sa communauté , qu'il aimait leur vo« cation plus que sa propre vie , et que lorsque quelqu'un se retirait de la compagnie il en ressentait autant de douleur comme si on lui eût déchiré les entrailles.
Il se mit un jour k genoux et demeura près de deux heures en cette posture, les larmes aux yeux, aux pieds d'un prêtre de sa compagnie, le conjurant, au nom et pour l'amour de Notre-Seigneor J<^us-Christ, de ne pas succombera quelque tentation qu'il ressentait : f Non , lui dit-il , je ne me relèverai point que vous ne m'act cordiez ce que je vous demande pour vous-même, et je veux « être pour le moins aussi fort envers vous que le démon. »
Quand il voyait quelqu'un travaiUé de quelque peine d'esprit, il faisait son possible pour l'en délivrer ou au moins pour le soulager et consoler, jusqu'à lui dire quelque parole de gaité pour le divertir, ou le mener en sa chambre pour lui témoigner plus de cordialité, ou lui donner quelque exercice convenable et propre pour son soulagement.
Un serviteur de la maison , qui n'était point du corps de la Congrégation , et pour lequel néanmoins M. Vincent avait une charité et affecUon particulière , ayant un jour maltraité de paroles un des Frèrw de la communauté, il lui fit donner aussitôt son congé, sans jamais le vouloir reprendre, quoiqu'on lui représentât qu'il était un très bon serviteur , et même en quelque façon nécessaire à la maison ; disant, pour sa raison , qu'il ne pouvait soufirir que les domestiques gourmand^ssent les Frères : ce qui n'empêcha pas toutefois qu'il ne trouvât bientôt condition, par le bon témoimaffe qu'il rendit de lui. * ^
Un Frère étant un jour allé trouver M. Vincent en sa chambre , pour se plaindre à lui de ce qu'il avait été un peu rudement traité par un des officiers de la maison , ce charitable père le reçut avec grande douceur et bonté, et lui dit : . Vous avez bien fait de m'en * averUr , j'y mettrai ordre : venez toujoun ï moi, mon Frère,
« qaand tous aurez qnelqne déplaisir ^ear tous savez combien je < vous aime, t Ces agréables paroles, au rapport de ce Frère, dissi-* pèrenl entièrement toute Tamertume de son coeur, et lui donnèrent sujet d'admirer la charité d'un si bon supérieur.
Un autre s'étant adressé k lui pour lui demander quelques avis dans ses doutes , et témoignant de la crainte de lui être importun : Non , mon Frtee , lui dit-il , ne craignez en aucune façon que je me trouve chargé ou importuné de vos demandes, etsachez, pour une bonne fois , qu'une personne que Dieu a destinée pour en aider quelque autre ne se trouve non plus surchargée des assi»tances et éclaircissemens qu'elle lui demande, que le ferait un père à l'égard de son enfant. > Et écrivant k un prêtre de sa compagnie , qui craignait que la connaissance qu'il lui avait donnée de ses peines et tentations ne diminu&t la bonne opinion qu'il avait de lui , il lui parla en ces termes : c Ayant vu la pensée , lui dit-il , que vous avez eue que vos peines m'avaient ôté quelque chose de l'estime que j'ai toujours faite de vous, je me suis proposé en même temps de vous assu* rer que cela n'est pas. Je sais que ces ennuis qui arrivent quelquefois aux plus vertueux, et que ces désirs que l'on ressent pour changer, sont des exercices que Dieu donne même aux saints , pour les sanctifier davantage ; et que sa Providence paternelle éprouve souvent de la sorte ceux qu'il aime le plus, et les conduit par des voies difficiles et épineuses , pour leur faire mériter les grâces extraordinaires qu'il a dessein de leur donner. Tant s'en faut donc que pour cela j'aie conçu la moindre pensée k votre désavantage, qu'au contraire je vous regarde comme plus fidèle k Dieu , en tant que vous tenez bon contre toutes ces tentations, et que , pour tout le travail que vous en ressentez « vous ne rabattez rien de vos exercices ordinaires; et qu'enfin après nous les avoir proposées , vous avez acquiescé k la réponse que je vous ai faite. > Il arriva un jour qu'un prêtre de la Congrégation, rendant compte de sou intérieur a M. Vincent, lui dit entre autres choses qu'il avait eu des pensées d'aversion et d'indignation contre lui. Aces paroles ce charitable père se levant l'embrassa tendrement , le congratulant de cette franchise toute filiale , et lui dit : c Si je ne f vous avais déjk donné mon cœur , je vous le donnerais tout k c cette heure. >
9hlM -^ Utt attire Tétuii ailé trouver en sa chanAre ^ tMt îtitàe et réaohi de quitter la compagnie , ec lui ayant dit qn'fl dëfiirait abacrianent a'en retourner en son pays , M. Vincent se mit à sourire ^ et le wé^ gardant avec grande douceur et bénignité, ki dit: t Quand eslfce $ que vous partirez, Monsieur? Est-ea à pied ou \ ebeval que f vous voulez faire ce voyage ? » Ce prêtre , qui parlait sérieuse^ ment , et qui s'attendait k quelque forte réprimande , fat tout enrpris de cette réponse , que M. Vincent lui fit exprès dé la sorte , pour k divertir de sa tentation, de laqudle en «îiet il Ait «Hiinmeiit délivré.
Un autre de ses prêtres, qui trava9)ak mt ime province ébrignée, lui ayant mandé que le Frère qui était avec lai voirait se retirer : c /e me suis toujours bien douté, lui répiHidit-il, foe ee bon € Frère serait tenté du démon de fainéantise , et il se peut aêmr « vemr que Je l'on ai averti : je vous prie de l-fiider, et de l'eneou- « rager k repousser cette attaque ; mais fsitesple douoament, et • plutôt par voie de persuasion que de eonvietÎMi , conune vpus « savez que nous avons coutume de faire ; parce que eeux qui ont « ces maladies d'esprit ont plus de besoin d'être traités et, s'il s iaut dire ainsi , choyés doucement et charitablement que efux t qui ont des maladies en leurs corps, t
Un autre Frère lui ayant plusieurs fois écrit pour lui demander permission de se retirer de la compagnie , il lui fit tontes les fois réponse avec des paroles qui témoignaient son amour paternel fMur le retenir, et pour l'encourager : nous ne rapporterons ici (pe la conclusion de la dernière lettre , pour (preuve de la tendresse de ■on cœur envers les siens : c Non , mon cher Frère , lui dit-il , je ne saurais consentir k votre sortie , pour ^e|te raison que ce n'est pas la volonté de Dieu , et qu'il y aurait dp péril pour votre àme, qui m'est bien chère. Que si vous ne me voulez pas croire , au moins je vous prie de ne point sortir de }a compagnie que par la même porte par laquelle vous y êtes entré , et cette iM>rte n'est autre que la retraite spirituelle , que je vous prie de faire avant que de vous résoudre k une affaire de si grande inportance. Choirissez l'une de nos trois msisoos les plus prooiies du lien oi vous êtes , et croyez que vous ê&f%z très bien reçu partout. La bonté de votre cœur a gagné toutes tes siiieetions du imen , et ces a^otions n'ont autce but que la gioire Ac fiiou et mire sanctilication.jVous le croyez ainsi, comme je le saifliiîen, et
c ^êOB Mrez aoEMâ qne }e fldB tMt vMra M Tarnoor de No^
LoTBqall mYoyaft qoelq^'un des siens en une des naiseas de sa OM^^a^îe, fl le recommandait toujours au supérieur^ le priant d'en a^oir soin , et disait ponr l'ordin^re : t J'espère qu'il aura « beaucoup de confianoe en vous quand il verra ia bonté, le sup« « part et la ehmié que Noire-Seigneur vous a donnés pour ceux c qu'il commet k votre conduite. «
Voici avec quels sentimens d'un amour vraiment paternel il éeri« vit 4 l'un des siens , lequel avait beaucoup donné ti Dieu pour correspondre fidèlement à ses desseins , dans un pays fort éloigné : Après les vraies et extraordinaires marques^ lui dit41, que Dieu a mises en vous de votre vocation pour le salut de ce peuplelà, je vous 7 embrasse en esprit, avec tout le sentimmt de joie et de tendresse que mérite une ftme que Dieu a choisie entre tant ei tant d'autres qui habitent sur ta terre , pour en attirer un grand nombre dans le ciel , comme la vMre, laquelle a tout quitté i)our cette An. Et certes, qui n'aimerait cette chère ime ainri détediée des créatures , de ses intérêts , et de son propre corpa q^'^e anime seulemmt pomr le faire servir aux d€»seins de Weu , lequel est sa fin et son unique prétention? Mais qui n'aurait soin de Hiénager les forces de ce corps , qui certes a éclairé les aveugles , et a donné la vie aux morts? C'est ce qui me fait vous prier , Monsieiir , de le regarder comme un Instrument de Dieu pour le salut de plusieurs, et de le conserver en cette vue* >
n écrivit une autre fols avec les mêmes sentimens d'am<^ et de tendresse k plusieurs de ses prêtres <iui travaillaient ensemble sous un cfimat fort éloigné , pour les exhorter de ménager leur saMé. c Vous sav^z , leur ^41 , que votre santé sera en danger « SOI» ce nouveau climat , fusqu'h ce que vous y aoyee un peu < accoutumés ; c'est pourquoi je vous aveitis que vous ne vous t expomz point au soleil , ei que vous ne vous appliquiez pendant « quelque temps k autre cfhose sinon K l'étude de la langue ; faites 'c état que vous êtes devenus enfans , et que vous appi^iez K part 1er , et dans cet esprit Isôssez-vous gouverner par M. N. , qui « TOUS tiendra lieu de père , ou h son défaut par M. N. Je vous t prie de les regarder en Notre-Seigneur , et Notre-Seigneur en it eux.Ct quand bien vous seriez privés de l'm et 4e l'mtfe , vous
c ne le serei pas de l'assistance parlicnlière de IMea , lequel a dit c que si la mère venait k oublier l'enfant sorti de son ventre , il
< en prendrait lui-même le soin. Combien plus devez-vous croire c qu'il aura de bonté pour vous , mes cbers Messieurs , et qu'il c prendra plaisir de vous élever , de vous défendre et de vous
< pourvoir , vous qui vous êtes abandonnés k lui , et qui avez étac bli toute votre confiance en sa protection et en sa vertu! Or sus ^ c Messieurs , entr'aimez-vous , et vous aidez les uns les autres ^ € supportez-vous et vous unissez dans l'esprit de Dieu, qm vous
< a choisis pour ce grand dessein , et qui vous conservera pour son « accomplissement. »
M. Vincent avait cette coutume de se mettre k genoux pour embrasser ceux qu'il envoyait travailler dans les missions , ou qui en revenaient , et il prenait un soin particulier que rien ne leur manquât. Mais surtout sa charité lui donnait des sentimens d'un amour particulier envers les infirmes : il s'informait cordialement de l'état de leur santé , et leur indiquait souvent lui-même les re* mèdes pour leur soulagement ; et quand le mal le requérait, il ne manquait point de faire venir le médecin , ou bien il conviait et priait ceux qui le pouvaient commodément faire d'aller chez lui pour le consulter. Il recommandait aussi aux infirmiers d'avoir un grand soin des malades , et aux supérieurs des maisons de n'é-* pargner ni peine ni dépense pour les soulager; et on lui a souvent oui dire qu'il faudrait plutôt vendre les vaisseaux sacrés que de permettre qu'aucune chose nécessaire leur manquât; et tant s'en faut qu'il estimât que les infirmes fussent à charge k la compagnie , qu'au contraire il disait que c'était une bénédiction pour les maisons où il s'en trouvait. Outre tous ces soins , il ne manquait pas de les recommander à Dieu , et aux prières de la communauté. 11 allait autant qu'il pouvait visiter et consoler ceux des maisons où il se trouvait , et s'informait d'eux-mêmes quel soin on en avait , et si rien ne leur manquait , ne pouvant souffrir parmi les siens aucun défaut de charité ou de tendresse de cœur.
Voici ce qu'un de ses prêtres a écrit sur ce sujet : c J'ai éprouvé c moi-même , dit-il , la charité qu'il avait pour les malades , penc dant deux grandes maladies que j'ai eues en la maison de Saintc Lazare ; et Dieu m'eût fait une grande grâce s'il m'eût alors c retiré de ce monde , car il me semble que je m'étais disposé k la f mQrt, par les secours et prières de M, Vincent , qui me fit
la charité de me Tisker plusieurs fois, n ne voulait pas qu'il manquât rien aux malades , parce , disait-il , qu'ils méritaient plus par leurs souffrances que les autres par leur travail. Je lui ai souvent oui dire qu'il faudrait vendre jusqu'aux calices pour les assister ; et quand il les venait voir , il s'informait secrètement d'eux du soin qu'on en avait. Il soulageait leur mal par la compassion qu'il leur portait et qu'il leur témoignait ; et quand ils étaient convalescens , il les réjouissait par le récit de quelques histoires agréables , dont il tirait ensuite quelque in* struction. »
Or, comme sa charité était bien ordonnée , il voulait que les malades fussent tellement soulagés et traités pour le corps , qu'il n'en arrivât pourtant aucun déchet au bien spirituel de leurs âmes; c'est pourquoi il avertissait doucement et paternellement ceux dont la maladie n'était pas si pressante , et qui pouvaient sans incommodité vaquer k quelques uns de leurs exercices spirituels , de ne les pas omettre , < de peur , disait-il , que l'infirmité du corps ne ff passât jusque dans l'âme, et ne la rendit tiède et inunortifiée. > Enfin , il avait un soin si cordial pour contribuer ce qu'il pouvait , non seulement au soulagement et k la guérison des malades , mais aussi k la conservation de ceux qui étaient en santé , qu'ayant appris qu'un missionnaire qui travaillait en Champagne k l'assistance des pauvres priait qu'on lui envoyât entre autres choses une calotte , et ne s'en étant pour lors trouvé aucune dans la maison, ce charitable père 6ta la sienne de dessus sa tète , et dit au Frère qui lui avait fait ce rapport de la lui envoyer ; et comme on lui représenta qu'on pourrait en aller acheter quelqu'une k la ville pour lui envoyer une autre fois : < Non , mon Frère, répliqua-t-il, c il ne faut pas le faire attendre , car il peut en être pressé, c Envoyez-lui , je vous prie , présentement la nôtre avec le reste c de ce qu'il demande. >
Et non content de témoigner , en toutes les manières qu'il pouvait, son amour et sa cordialité envers les siens , pour leur en donner encore des marques plus expresses, iU'étendait jusqu'aux personnes qui leur appartenaient; et quand il apprenait que quelque affliction était arrivée aux parens des prêtres ou des Frères de sa compagnie , il voulait que les autres y compatissent , et s'intéressassent pour leur soulagement et pour leur consolation ; et luimême , étant le premier touché du sentiment de leurs peines , tft-
ebait d'y r6ab6<U«r en la meilieiire mamère cpi'y peuvttl. « Nôw c (NTMrws Dieu , disait-^l k eaux de sa commttiiaiilé , pour la f ac mille d'un tel^ qui a fait une telle perte ; dknib devra» preDdie < part aux sentiment que noire Frère en peot aToir, el bous ren- € drece devoir les uns aux autres. » Quelquefois selon les beaeins il ajoutait : c Je prie les prêtres qui n'ont point d'obligaiioii panîc culière d'offrir la Messe pour tous ceux de eette fsimUe affilée; « et moi tout le premier , j'offre k Dieu de bon ccsur peureux la c sainte Messe que je m'en vais célébrer , et je prie nos Frères de c communier à cette même intention, t Mais outre le secours des prières qu'il faisait pour les parens de ceux de sa craipagnîe , il leur donnait encore tous les soulafemeas q»'il pouvait lon^u'ils étaient réduits à quelque nécessité.
SECTION vn.
SA CQARITÉ KNYERS SES ENMEIUS»
Cest ici que la charité dirétirane triomphe de tous les sentimens de la nature, et que la grâce de Jési^Cbrist érige un Ir^ phée aux maximes de son saint Évangile j en abolissant et délrw* sant celles do monde ; c'est en&n la plus assurée marque de l'ade^ tion divine et le propre caractère des véritables miane à^ ce Pèfl^ céleste , qui fait luire son soleil sur les mauvais aussi bien que Mf les bons , et qui envoie ses rosées et ses pluies aussi bien sw Isa terres des pécheurs que sur celles des justes.
M. Vincent s'étant toujours acquitté si dignemeiiC el s» saintement de tous les autres devoirs de la charité , n'a pas voulu dMusquer ï celui-ci ; mais il s'y est porté avee une afieetien d'autant plus grande, que Notre-Seigneur Jésos-Chrisl Ta phiaexpreMi^ ment recommandé dans son Évangile.
Nous avons dit ailleurs que ce grand serviteur de Dieu s'était toujours comporté avec tant de respect et de sounissîeA emftnê lis grands , de condescendance et de charité envera les petite » el de justice et déférence envers toutes sortes de pereoimee t qv'eft n^a peut^'étre jamais vu w h^owe plus emfl^^ fM M b^as csMMa
pttMiqwi t M pflHT €OQié<pient ph» eiposë à b eéttêwe^ anïre* procliM et à la erioninie , et qui en ait poartant moin» rencontré qM lui. 11 B'ea a pas été néaaniHBft exempt , la difine Provideneè le permettani aÂnaî pour lai donner oceasion de se conformer plm parfaHenent, en ce point aussi bien qu'en tous lea autres, à sob dÎYÎn Maître , qui a souffert tant d'outrages et de mauvais tnût^ mena, et qui n'a pas voulu que ce sien serviteur fût eidu dn nomhre de ces Uenlieureux qui souffrent pour la justice*
Il y a deux sujets principaux qui lui ont pu susciter des advei» aairea et des ennemis : le premier a été l'emploi qu'il a eu à la cour toucliant la distribotioB des bénéicea; car, d'un cAté, ilnc pouvait en aucune façon consentir k ce qu'Ai voyait n'être f9B a^ Ion la justice r et d'aîUeurs il ne loi était pas porâible de satislaiit au désir d'un très grand nombre de demandeurs ^ s'en trouvaM quelquefoîi jusqu'à douze ou qomze qui leehârehaîeit ave^ ardeur im même bénéiee. De sorte que ceux qui ne po Vf aient obttnit ce qpi'ils demandaient se plaignaient pour la f^part hautemelll de Iw en tous Ueux, et lui imposaient souvent des dieaee ttèi fausses ; de quoi il bémseait Dieu , et ne kôteait pa» peut eehl dn lea saluer dans lea reneoalves et de leur témoigneff respect et dëeif de les servir; et quaftd l'ooeasion s'en pr^aentaît^ il le laismiMii eore plus vokmtieis qu'auparavant*
Le second sujet (pii Un a suscité des aéversaivee a été lacbuffi de supérieur d'une compagnie » laquelle étant obtigée d'avoir çiekqne bien pour vivre» il était aussi tenu de v^Uer a la coneerv» tien de ce bien consacré afu service do Dieu « en étant eonufne le dépositaire « et non le propriétaire ^ et particuliàremenl des dr^ seig^ufiaux delà maison de Saint-Lazareet de ses antre» intéréti^ lesqfiels il a d4 en conscience défendre et maintenir < ainsi qpa'sii bénéficier ceux de son bénéHee. Il a donc été contraint en cette (palité de résister quelqueftH» au entreprieea ou prétMtione i#> justes des hommes , après avoir vainement tenté les voies d'accdolf modement ^ et ces différends ont servi de prétexte aux partîea ad«* verses de médire de lui et de le mépriser , et à lui de roatièrepoiHr faire en leur faveur la même prière que ât. IHotre-Seigneur et croix pour ses ennesus.
Nous alloua maintenant rapporter cfoelques exemplea de le mUf nière d(Ait ce bon serviteur de Dieu s'est coo^j^^té enveraeent (jfn Vfmi maltraité, ou qui qnx fait quelque t«ft à sa compagm^;
tin seignenir de grande condition n'ayant pu obtenir un bëné^ flce k cause de la fermeté que M. Vincent avait fait paraître dans le conseil , ne jugeant pas en conscience que la personne qu'il prO'* posait en fût capable , et ayant ramené tous les avis au sien ; quel* ques jours après, comme M. Vincent entraitdansle Louvre, cesei-» gneur le traita des dernières injures devant tout le monde , sans que jamais il s'en plaignit h personne : la reine toutefois l'ayant su par d'autres, fit commandement à celui qui l'avait ainsi maltraité de se retirer. Mais M. Vincent ne le put jamais souffrir, de sorte qu'il ne voulut plus agir que ce seigneur ne fût rappelé ; ce que la reine accorda enfin à ses instantes prières. Voilk un trait de charité envers un enuemi , lequel k peine il aurait pu se résoudre de faire pour le meilleur de ses amis. En voici un autre où la charité et l'humilité se rencontrent également.
Retournant un jour de la ville k Saint*Lazare , il rencontra dans le faubourg Saint-Denis une personne , laquelle, sur ce qu'il avait l'honneur d'approcher la reine et les premiers ministres d'État , lui reprocha publiquement qu'il était la cause des misères du temps, et des subsides et impôts dont le peuple était chargé. Ce saint prêtre, qui avait coutume, par sentiment d'humilité , d'imputer k ses péchés les afflictions publiques , voulant profiter de cette contumélie , descend de cheval , se met k genoux dans la me , avoue qu'il est un misérable pécheur , et demande pardon k Dieu et k cet homme du sujet qu'il pouvait lui avoir donné de lui faire cet avertissement. Cet homme fut si confus et si repentant de sa témérité, Toyant ce vénérable prêtre humilié de la sorte , qu'il le vint trouver le lendemain k Saint-Lazare pour lui en demander pardon ; et M. Vincent l'ayant accueilli comme un bon ami , lui persuada de demeurer six ou sept jours en cette maison , prenant cette occasion pour lui faire faire une retraite spirituelle et une bonne confession générale , faisant ainsi triompher la charité après l'humilité.
Il était ennemi des rancunes , et tellement amateur de l'union chrétienne , que non seulement il ne gardait nulle aigreur pour personne , mais il ne pouvait souffrir que personne eût quelque chose sur le cœur contre lui , quoique sans sujet , qu'il ne fit son possible pour la lui ôter charitablement. C'est pourquoi s'étant aperçu qu'une personne de qualité qui lui avait toujours témoigné de l'affection était dans quelque refroidissement ^ sans qn^l en
sût la cause ; après avoir remarqué cela plusieurs fois , il s'en alla le trouver, exprès, et d'un visage riant lui dit : t Monsieur, je suis c assez misérable pour vous avoir donné quelque mécontentement « sans en avoir eu aucun dessein ; mais ne sachant pas en quoi , je c viens vous supplier de me le dire , afin que s'il y a de ma faute , c. je tâche de la réparer. > Ce seigneur, bien édifié de cette franchise, lui découvrit sa peine, lui disant : ■ Il est vrai, monsieur Vincent , c que votre conduite m'a un peu déplu en telle occasion. > M. Vincent le voyant préoccupé de fausses persuasions, fit par sa charité ce que le soleil fait par sa lumière , car il dissipa à même temps les ombres de son esprit, et adoucit l'amertume de son cœur; en sorte que dès cette heure ce seigneur l'aima plus que jamais.
Une autre fois comme il s'habillaât en la chapelle du collège des Bons-Enfans^pour dire la sainte Messe, lise souvint qu'un religieux de Paris lui avait témoigné avoir quelque aversion contre lui ; ans-* sitAt il se déshabilla , quittant les omemens , et s'en alla le trouver, lui demandant pardon du sujet de déplaisir qu'il pouvait lui avoir donné , l'assurant qu'il estimait et honorait parfaitement sa personne et son ordre : ce qu'ayant fait , il s'en retourna célébrer la sainte Messe.
Un jour, ayant su qu'un certain supérieur d'une communauté religieuse , considérable dans Paris , avait témoigné quelque mécontentement de son procédé en quelque affaire , il s'en alla aussitôt le trouver, se jeta à ses pieds , et lui demanda pardon , comme s'il l'eût offensé ; dont n'ayant toutefois reçu que du mépris et des paroles fort aigres , sans le pouvoir adoucir, il fut contraint de se retirer de la sorte , bien joyeux d'avoir souffert ce rebut pour l'amour de son bon Maître. Au bout de quelque temps , comme on eut besoin d'emprunter des omemens pour la chapelle du collège des Bons-Enfans, quelqu'un demanda à H. Vincent si Ton irait vers ce supérieur pour lui en demander : c Oui , dit M. Vin-
< cent, allez le prier de ma part qu'il vous les prête, t Ceux qui l'entendirent parler de la sorte en furent fort étonnés ; néanmoins ce message ayant été fait à ce supérieur, il répondit avec admiration : c Quoi ! M. Vincent ne se souvient pas de ce que c je lui ai dit? Est-ce là le ressentiment qu'il en a? Ah ! Messieurs , € ajouta-t-il , il y a quelque chose de Dieu ici : c'est maintenant c que je reconnais que M. Vincent est conduit de l'esprit de
< Dieu. » Et en même temps , après avoir donné ces omemens ,