SA DOUCEUR
. c La charité est en sa perfection « dit le bienheureux François f de Sales , lorsqu'elle est non seulement patiente , mais outre cela ç iQuç/àeL débonnaire » i la douceur étant comm^ la fleur de cette divine vertu , qui relève d'autant plus par son excellence i qu'd j a plus de difficulté k réprimer les saillies de la nature , qui se «auvre souveut du mautcau du i^èle pour se laisser aller plua lil^rMwit aux emportemens de ses passions*
M« Vincwt était d'un naturel bUieux et d'un esprit vif « et par can^équent fort sqjet )i la colère; néanmoins il a t^ement dompté cfde iwsioB aveo le secours de la grftce , par la pratique de la vertu contraire^ qui est la douceur* que tant s'en faut qu'elle lui fil cwunettra aucune £aute, que même il ne paraissait pres(pie pas qu'il eu ressentU les prenuères «atteintes, U e^t vrai que du ten^ qu'il était chez madame la générale des galères ( comme l^t^a^me l'a avoué ^ des personnes de confiance)» il se laissait
quelquefois un peu aller k son tempérament bilieux ,et mélfOlkCo- Uqua ; 4t quoi cette bonne dame était parfois en peine , pensant qu'ils quelque mécontentement en sa nuison : mais QQvmà il vit depuis que Dieu l'appelait k vivre en communauté , et que dans oet état il aurait aÇ[aire k toutes sortes de personnes de différentes cffqplexiotts : « ie^n'adreasai^ dit-il, à Dieu^ et le priai iostam* c^ U^nt de me changer cette humeur sèche et rebutante ^ et de me i;4((aner un es|Kit40ttx et henîn : et par la grâce de JNotre-Sei- € gncfur, avec un peu d'attention que j'ai faite k réprimer .les
c bouillons de la nature , j'ai un peu ijuitté mon humeur noire. • Or, quoique M. Vincent ne parlât jamais de soi que lorsqu'il le jugeait nécessaire , ou grandement utile pour l'édification de ceux avec lesquels il s'entretenait , son humilité néanmoins était telle , que souvent il en faisait après excuse , craignant d'avoir scandalisé en quelque façon ceux auxquels il avait ainsi parlé.
C'est donc de cette façon que M. Vincent s'est changé , et qu'il a travaillé , avec le secours de la gr&ce divine , pour acquérir cette vertu de douceur qu'il reconnaissait et confessait n'avoir point par nature , mais l'avoir o btenue de Dieu par la prière et par l'exercice : c Aussi , disait-il un jour, parlant Îl sa communauté , l'on voit c quelquefois des personnes qui semblent être douées d'une grande c douceur, laque'Je pourtant n'est bien souvent qu'un effet de c leur naturel modéré ; mais ils n'ont pas la douceur chrétienne ,
< dont le propre exercice est de réprimer et étouffer les saillies du c vice contraire. On n'est pas chaste pour ne point ressentir de € mouvemens déshonnétes, mais bien lorsqu'on les sentant on c leur résiste. Nous avons céans un exemple de la vraie douceur,
< je le dis , parce que la personne n'est pas présente , et que vous
< pouvez tous vous apercevoir de son naturel sec et aride , c'est
< monsieur N. , et vous pouvez bien juger s'il y à deux personnes
< au monde rudes et rébarbatives comme lui et moi ; et cependant c on voit cet homme se vaincre jusque là qu'on peut dire vralc ment qu'il n'est plus ce qu'il était : et qui a fait cela ? c'est la t vertu de douceur, à laquelle il travaille , pendant que moi , mic sérable , je demeure sec connue une ronce. Je vous prie , Mes-
< sieurs , de ne point arrêter vos yeux sur les mauvais exemples c que je vous donne, mais plutôt je vous exhorte, pour me servir
< des termes du saint Apôtre , de marcher dignement et avec toute « douceur et débonnaireté en l'état auquel vous avez été appelés c de Dieu. »
Mais ce n'est pas assez d'avoir acquis une vertu , 0 la faut conserver et cultiver ; et pour cela, il est nécessaire de s'y bien exercer, d'en faire souvent des actes, et de la mettre soigneusement en pratique. C'est ce que ce fidèle serviteur de Dieu a fait, comme il l'a enseigné aux siens , auxquels il ne disait rien qu'il n'eût mis le premier en exécution. Voici un petit abrégé de quelques avis qu'il leur donnait sur ce sujet , et qu'il pratiquait encore mieux lui-même : ^ *
et» 361 ««e
< En premier lien , il disait que ponr n'être point surpris des oc^ casions dans lesquelles on pourrait manquer contre la douceur \ il fallait les prévoir, et se représenter les sujets qui pouvaient vraisemblablement exciter k la colère, et former en son esprit par avance les actes de douceur qu'on se propose de pratiquer en toutes occasions.
t Secondement, qu'il fallait détester le vice de la colère en tant qu'il déplaît k Dieu , sans pour cela se fâcher , ou s'aigrir contre soi-même de s'y voir sujet , d'autant qu'il faut haïr ce vice et aimer la vertu contraire , non parce que celui-lk nous déplaît et que celle-ci nous agrée , mais uniquement pour l'amour de Dieu, auquel cette vertu plaît et ce vice déplaît : et si nous faisons ainsi , la douleur que nous concevrons des fautes commises contre cette vertu sera douce et tranquille, c Troisièmement , que lorsqu'on se sentait ému de colère il était expédient de cesser d'agir , et même de parler, et surtout de se déterminer, jusqu'à ce que les émotions de cette passion fussent accoisées , parce que , disait-il , les actions faites dans cette agitation , n'étant pas pleinement dirigées par la raison , qui est troublée et obscurcie par la passion , quoique d 'ailleurs elles semblent bonnes , ne peuvent pourtant jamais être parfaites.
€ Quatrièmement, il ajoutait que pendant cette émotion il fallait faire effort sur soi-même pour empêcher qu'il n'en parût aucune marque sur le visage , qui est l'image de T&me , mais le retenir et réformer parla douceur chrétienne : ce qui n'est pointa disait-il, contre lasimplicité, parce qu'on le fait , non pour paraître autre qu'on n'est pas, mais par un désir sincère que la vertu de douceur, qui est en la partie supérieure de l'âme, s'écoule sur le visage , sur la langue et sur les actions extérieures , pour plaire à Dieu , et au prochain pour l'amour de Dieu. < Cinquièmement enfin , qu'il fallait surtout en ce temps-lk s'é* tudier k retenir sa langue; et malgré tous les bouillons de la colère, et toutes les saillies du zèle qu'on pense avoir , ne dire que des paroles douces et agréables-, pour gagner les hommes à Dieu. Il ne faut quelquefois, disait-il, qu'une parole douce pour convertir un endurci , et au contraire une parole rude est capable de désoler une âme , et de lui causer une amertume qui pourrait lui être très nuisible. A ce propos on lui a ouï dire en diverses
< reMontres ^'îl n'avftît osé (jue troia f(HP eu h yie de piroles c de rttde«se pour reprendre et corriger les autres , croyant $ avoir quoique raiaoo d'en u&er de la sorte , et qu'il 9'en itait touf jours depuis repenti, parce que cela lui avait fort mal réussi , ç et qu'an contraire il avait toujours obtenu par la douceur ce
c qu'il avait désiré. »
Il faisait néanmoins une grande différence entre la véritable vertu de douceur et oelle qui n'en a que Vapparenoe ; car la fausse douceur est moUe , làcbe t iadulgenie ; mais la véritable douceur n>st point opposée ^ la fermeté dans le bien » ï laquelle même elle est plutOt tom'onrs jointe , par cette conne^n qui se trouve entre les vraies vertus » et lt ce sujet il disait i qu'il n'y 1 avait point de personnes plus constantes et plus fermes dans le
bien que ceui^ qui sont doujt et débonnaires ; comme au con-
trsire ceux qui se laissent emporter k la colère et aui passions de l'appétit irascible , sont ordinairement fort inconstanS| parce qu'ils n'agissent que par boutades et par emportemens : ce sont comme des torrens , qui n'ont de la force et de l'impétuosité que dans leurs débordemens, lesquels tarissent aussitôt qu'ils sont écoulés : au lieu que les rivières, qui représentent les personnes débonnaires, vont sans bruit avec tranquilUtéi et ne tarissent jamais. » Aussi était-ce une de ses grandes maximes ,
qu'encore qu'il fallftt tenir ferma pour la Qn qu'on se propose dans les bonnes entreprises t il était néanmoins expédient d'user de douceur dans les moyens qu'on employait; alléguant k ce propos ce que dit le $age des conduites de la sa([esse de Pieu , I qui atteint fortement )» ses fins , et toutefois dispose suavement % tes moyens pour y parvenir ' . l\ rapportait k ce s^jjjet Tei^empie
% du bienbeureux François de Sales , évèque de Genève i qu'il di- « sait avoir été le plus dou:i^ et le plus débonnaire qu'il ait jamais « connu; et que la première fois (^% le vit , il avait reconnu en son ç abord t en la sérénité de son visaf^e* en sa manière de converser € (pi de parler , une image bien (^presse de la douceur de Noixe-
< Seigneur JésusrChrist qui lui avait gagné le eœurr» L'on peut direan9si avec vérité que M. Vincent a su bien profiter de l'exemple de ce bienbeureux prélat; car, ^ ao« imitation f on remarquait en lui on abord ouvert i une douoeur et amabilité nwNrveiUew»» et des
pwalei t»i]jiwnal%e^ toitt« aan^ <I« perMom^. ?»"
hm wlommr ç» ft^îet an sien^: i JHousavon^ » leur dit-)l,â'Mf tant flm besoin de Taffabilité , que aoua »ommea plna obli([^ f par Dotre yecatîpii de cpuveiwr aouveot ensemble ^ et avec le
• pBQcbaw ; et que cette co^yersatipo est plus difficile , soU ea- % tre nppa, e»i U«t que ooua sommes eu de divers pay» t ou de « complejjona et bomeon fort diflKrejttes ; «oit avec le prochain, « duquel il y a aouvent beaucoup k aupporter ; et c'est la vertit 4 d'affabilia^ qpi lève«ips difficnltés, etqui étant comme jî'&me d'mie ,n bonne cpnyeraation , la rend non seulement utile » maia a«s§i M agr^le ; elle fait que Ton ae comporte dan» la popveraatiop $ avec bieoaéaiice , «t avec condescendance les nna envers les < antre» : et eomme c'est la cbaiité qui noua unit ensemble ^ ainai « qne lea membras d'un m4me corps , c'est aussi raffabiUt4 qni 4 perfaçtiofiiHi cette wion. i
Mm il rpfwnwwndwf particnlièrement aux siens de pratiquer •ette vertoenvera les panvres gens de la eampaipae : $ Parce que an-
• trapept, diawjt^l, ;la se rebutant et n'osent approcher de noua,
• cjnayant qne nom sommes trop sévères, ou trop i^aada aeii iP»e«rs pomr eu« JKaJis qpiand on 1^ traite affablement etcorj dialamem, ils ^Boncoiyeptd'auUresaentimena pour nous, et sont 0 miepx dîsp^és k profiter du bien que nous leur voulona faire* f Ori comme |>îa« nous a destinés pour les servir, nous le devons â fajro en la mm^re qui lenr est la 'pkw profitable I et par consé- 0 quBi les traiter av»o grande affabilitét et prendre cet avertia-
0 sèment du Sags» cMime a'adraaaant kun chacun de nonaen partifi cnlier : Congrf^aiioni pauper^m affabilem te faciio; Bendeaf wim afl(able h rassmnbkie des paavres. i^
Or, quoique U. Vincent fât grandement affable en ses paroles , il n'ébût paa pourtant flatteur, mais au contraire il bUmait fort iseiH>lh qm ae aervaient dea po^olea d'aflabilité pour a'inainner par un esprit de flatterie dans l'affection des autres : « Soyons a^ % têUiêy diaait^l aoEslena, mais jamais flbatenrs; car il n'y arien $ de ai vil ni de ai indigne d'nu cœur chrétien que la flatterie ; un « homme vraiment vertnenx n'a rien tant en horreur que ce vicOr f
Il tenait encore peur une autre maxime de cette vertu 9 do ne Mntester jamais contre personne, non paa même contre lea vir fiîeux, quand on était obligé de les reprendre; maia il V4>nlait qu'on
en siivU toiûoHi» de paroles dpiKea et nielles , selon 4V# la prnr
et» 364 «19 deûce et la charité le requéraient. Par ce même principe il défendait aux siens d'entrer en des altercations ou aigreurs quand il était question de conférer avec les hérétiques, parce qu'on les gagne bien plutôt par une douce et amiable remontrance ; et luimême , en ayant un jour converti trois en un voyage qu'il fit k Beauvais, déclara .depuis que la douceur qu'il avait exercée envers eux avait plus contribué k leur conversion que tout le reste de leur conférence : « Quand on dispute , disait-il , contre quelqu'un , la contestation dont l'on use en son endroit lui fait bien voir qu'on veut emporter le dessus ; c'est pourquoi il se prépare à la résistance, plutôt qu'à la reconnaissance de la vérité r de sorte que par ce débat , au lieu de faire quelque ouverture \ son esprit , on ferme ordinairement la porte de son cœur ; comme au contraire la douceur et l'affabilité la lui ouvre. Nous avons sur cela un bel exemple en la personne du bienheureux François de Sales, lequel, quoiqu'il fût très savant dans les controverses, convertissait néanmoins les hérétiques plutôt par sa douceur que par sa doctrine. A ce sujet , Mgr. le cardinal du Perron disait qu'il se faisait fort k la vérité de convaincre les hérétiques , mais qu'il n'appartenait qu'k Mgr. Vévéque de Genève de les convertir. Souvenez-vous bien , Messieurs, ajoutait M. Vincent, des paroles de saint Paul à ce grand missionnaire saint Timothée : Servum Domini non oportet litigare; qu'il ne fallait point qu'un serviteur de Jésus-Christ usât de contestations ou de disputes : et je puis bien vous dire que je n'ai jamais vu ni su qu'aucun hérétique ait été converti par la force de la dispute , ni par la subtilité des argumens , mais bien par la douceur ; tant il est vrai que cette vertu a de force pour gagner les hommes k Dieu. » Mais la douceur de M. Vincent excellait surtout dans les cor^ rections et répréhensions qu'il était obligé de faire , dans lesqudles il agissait avec une telle modération et douceur d'esprit , et pariait d'une manière si suave, et néanmoins si efficace, que les cœurs les plus durs en étaient amollis , et ne pouvaient résister k la force de sa douceur. Nous en produirons seulement ici un exemple , qui fera voir quelle était non seulement la douceur , mais aussi la prudence de ce sage et charitable supérieur quand il était question de reprendre ou corriger quelqu'un des siens. Il fut un Jour averti qn'nn prêtre de sa Ck>ngTégation ne s'appliquait pas assex
au trayaS des misaions, quoiqu'il le pAt biai faire ; et que lorsqu'il y travaillait ^ il traitait le peuple dans ses prédications avec un peu de rudesse : sur quoi il lui écrivit une lettre pour l'exhorter à se rendre plus assidu aux missions, et plus doux envers les pau-^ vres gens des champs : ce qu'il fit d'une manière aussi suave que prudente et énergique ; lui faisant cet avertissement , sans témoigner aucune mésestime de sa personne, ni lui faire connaître l'avis qu'on lui avait donné de son défaut:
c Je vous écris , lui dit-il , pour vous demander de vos nouvelles, et vous en donner des nôtres. Comment vous portezvous après tant de travaux? Combien de missions avez-vous faites ? Trouvez- vous le peuple disposé à faire un bon usage de vos exercices, et en tirer le fruit et le profit qui est k désirer ? Je serai consolé d'apprendre ces choses dans le détail. J'ai de bonnes relations des autres maisons de la compagnie, dans toutes lesquelles on travaille avec fruit et satisfaction , igAce à Dieu. Il n'y a pas jusques à M. N. qui ne soit en campagne depuis neuf mois, travaillant aux missions presque sans cesse; c'est une chose merveilleuse de voir les forces que Dieu lui donne , et les biens qu'il fait , qui sont extraordinaires , comme je l'apprends de tous côtés : MM. les grands-vicaires me l'ont mandé, et d'autres me l'ont dit ou écrit, et même des religieux voisins des lieux où il travaille. On attribue cet heureux succès au soin qu'il prend de gagner les pauvres gens par douceur et par bonté ; ce qui m'a fait résoudre de recommander plus que jamais k la compagnie de s'adonner de plus en plus k la pratique de ces vertus^ Si Dieu a donné quelque bénédiction a nos premières missions , on a remarqué que c'était pour avoir agi amiablement, humblement et sincèrement envers toutes sortes de personnes ; et s'il a plu à Dieu de se servir du plus misérable pour la conversion de quelques hérétiques , ils ont avoué euxmêmes que c'était par la patience et par la cordialité qu'il avait eues peureux. Les forçais même avec lesquels j'ai demeuré né se gagnent paà autrement ; et lorsqu'il m'est arrivé de leur parler sèchement , j'ai tout gâté ; et au contraire lorsque je les ai loués' de leur résignation , que je les ai plaints en leurs souffrances , que je leur ai dit qu'ils étaient heureux de faire leur purgatoire en ce monde , que j'ai baisé leurs chataes , compati à leurs douc leurs, et témoigné afflictiop pour leurs disgrâces, c'est al^rs
ijtt'ih itt W éeotité ^ qulls om drané glolne li Vlêu , et qtt*its 8é sont mis en état de saint. Je rons prie , Monsienr, de m'aider k rendre gr&ces ^ Dien de cela, et à Ini demander qu'il ait agréin ble de mettre tons les missionnaires dans cet usage de traiter doucement, humblement et charitablement le prochain, en public et en particulier, et même les pécheurs et les endnrcis ^ sans jamais user d'invectives, de reproches on de paroles rudes contre personne. Je ne doute pas , Monsieur, que vous ne t&elnet de votre côté d'éviter cette mauvaise façon de servir les âmes, qui au lieu de les attirer les aigrit et les en éloigne. Notre-Seigneur Jésus*Ghrist est la suavité éternelle des hommes et des anges , et c'est par cette même vertu que nous devons faire en sorte d'aller h lui en y conduisant les autres. »
SECTION I
cONYinuàTiON DU Min «untt*.
Cette grande douceur dont H. Vincent usait dans les corrections et répréhensions provenait de ce qu'il était fortement persuadé d'une maxime qu*il avait apprise du grand saint Grégoire , c'est Si savoir, que les fautes du prochain nous devaient plutôt exciter à la pitié qu'^ la colère , et que la véritable justice portait plutôt % la compassion qu'il Vindignation envers les pécheurs'. Sur quoi ce saint homme disait souvent , « qu'il ne fallait pas s'étonner de voir faire des manquemens aux autres, parce que, comme le propre des ronces et des chardons était de porter des piquans, ainsi dans l'état de la nature corrompue le propre de l'homme était de faillir, puisqu'il ^tait conçu et naissait dans le péché , et que le juste même, selon le sentiment de Salomon , tombait sept fois ^ c'est-k-dire, plusieurs fois le jour. Il ajoutait que l'esprit de l'homme avait ses sortes d^intempéries et de maladies comme le corps 4 et qu'au lieu de s*en troubler et de s*en décourager ^ il devait, en reconnaissant sa condition misérable, s'en humi- Uer, pour dire k Dieu , coninie David après son. péché : Bonum mihi quia humiliasti me ^ ut discam justificatîones tuas!
\j IMn t»irtMtcHiHitiKHii M«l^ Mà4^dl0MUMM. Wn^K
« i\ m'est bon qù6 votis m'ayé^ hmnilié , aflii qtié j'àpprettttè Vos i Jttôtiflcatioin : qa^il fallait st supporter &oi«>f!ièiné dans sei ftd^ c blesses et imperfections , et nésnmoins tratailler à s*efi releter. »
Cette eonnaissatice doûc qa'il avait de la misère commcme deê Iiommes le faisait agir avec compâissioii et douceor envers les pé^ chenrs , et même couvrir leurs défauts avec tine pradence et tme charité merveilleuse. Il disait que, c s'il était défenda de juger mad t d'autrui , il était encore moins Hcite d'en parler, étant le propre de i la charité , comme dit le saint Apôtre , de couvrir la multitude « des péchés ; et sur ce sujet il alléguait cette parole du Sage \ t Audisti verbum advenus proximum tuumy Commoriatuf f in te. Avez-vous entendu quel()ue discours contre votns pro^ c chain? étouife2-le et le faites mourir en vous. > Il louait aus4 souvent cette vertu en la personne de madame hi générale des ga^ 1ères I laquelle , par une tendresse et ptireté de conscience , ne pa^ lait jamais , et ne pouvait souffirîr qu'en sa présence on s'entretint des défauts d'autnd.
Quelques uns étant sortis de la compagnie de la Mission par tentation ou autrem^t , il y en avait d'autres qui s'en étonnaient ; et même en murmuraient n'en sachant pas la cause ; parce qiîe M « Tincent tenait eette maxime , de ne fsire jamais aucime plainte de cent qui sortaient , et de ne rien ifire des causea de leur sorfiei Mais au contraire, quand roccasions'en pré&entait et qu'il le pou^ valt avec vérité, it parlait k leur avantage; et méais daM les occaiSofts fl leur rendait toutes sOrtea de bona ofSceft^ qurn^n'il eonnCkt bien la mauvaise disposition de quelques tn» k son égard t et i^osîeurs de ceui qui ont persévéré dans la compagnie ^ tant des premiers qui ont commencé VIuMitut que des autres qui bodc venus depuis, ont avoué qu'après Bleu Hs avaient obligation de leur persévérance k ta douceur et au support charitable 4e H« Tincent k leur égard.
Or, quoiquH corrigekt les défauts du prodiain ^ans les flatte^ c^était néanmoins toxqours en les excusant let diminuant aaïaiit qu*il pouvait ; et il y procédait avec un tel témoignage xl'estiflie et d'afTection ponr ceux qui avaient faiHi , que tant s*en Csnt que sa correction leur caus&t aucun abattement d*esprit , qu'an contmira elle relevait leur courage, augmentait leur confiance en DiM, ec temr donnait ordinairement une grande édification , voyant q«e par une clialHé merveffleuae 9 s'hunuHiait le premier. »
Noos insérerons ici fort k propos sur ce sujet les extrûts de quelques lettres qui feront connaître encore mieux quels étaient ses sentimens touchant la douceur qu'il fallait mêler dans la correction , et le grand soin qu'il prenait d'établir un support mutuel parmi ceux de sa Congrégation.
t Je loue Dieu , dit-il , écrivant au supérieur d'une de ses maisons , de ce que vous êtes allé vous-même expédier les choses que M. N/vous avait refusé de faire; vous avez bien fait d'en user ainsi , plutôt que de le presser ; car il y a des personnes bonnes et vertueuses qui craignent Dieu , et ne voudraient pas l'offenser , lesquelles ne laissent pas de tombée en de certaines faiblesses ; et quand il s'en présente de telles , il les faut supporter , et non pas se raidir contre. Puisque Dieu donnebénédiction k ce sien serviteur dans le Tribunal, je pense que vous ferez bien de le laisser agir selon son esprit , et de donner quelque chose en cette occasion k ses petites volontés, puisque , grâce à Dieu , il n'en a point de mauvaises. Pour ce qui est de l'autre prêtre dont vous me parlez , la parole qui lui est échappée est peut-être une saillie de la nature plutôt qu'une indisposition de l'esprit. Les plus sages disent quelquefois des choses, étant préoccupés de quelque passion , de quoi néanmoins ils se repentent bientôt après. Il y en a d'autres qui témoignent quelquefois leurs aversions et leurs sentimens , tant k l'égard des personnes que des emplois, et qui pourtant ne laissent pas de bien faire. Tanty a , Monsieur, avec quelques personnes que nous soyons, il y a toujours k soufiDrir , mais aussi k mériter. J'espère que celui-lk dont je viens de vous parler se pourra gagner, pourvu qu'on le supporte charitablement, qu'on l'avertisse avec douceur et prudence , et qu'on prie Dieu pour lui, comme je fais pour votre famille , etc. » Écrivant sur un smblable sujet k un autre supérieur : t Le prêtre, lui dit-il , dont vous me parlez , est un homme de bien ; il se porte k la vertu , et il était en bonne réputation dans le monde avant qu'il fût reçu dans la compagnie. Que si maintenant qu'il est parmi nous il a l'esprit inquiet , s'il s'embarrasse de quelque soin temporel et de l'affection des parens , et si enfin il fait quelque peine k ceux qui sont avec lui , il le faut supporter avec douceur; s'il n'avait ces défauts, il en aurait d'autres ; et si vous n'aviez rien k souffrir, votre charité n'aurait pas c beaucoup d'exercice , ni votre conduite assez de rapport k celle
c de Notre-Seignenr, qui a bien youla avoir des disciples gros^ c siers et sujets à divers manqaemens , ponr avoir occasion , en c pratiquant la douceur et le support , de nous montrer par son c exemple comme doivent agir ceux qui sont en charge. Je vous c prie , Monsieur, de vous régler sur ce saint Modèle , qui vous € apprendra non seulement k supporter vos confrères , mais aussi c la manière de les aider k se défaire de leurs imperfections. Il ne c faut pas négliger le mal par une tolérance trop lâche , mais il € faut aussi tâcher d'y remédier avec douceur. >
Il écrivit encore sur le même sujet a un troisième , qui travaillait avec un autre prêtre de la compagnie dans un diocèse éloigné. Yoici en quels termes : c J'espère de la bonté de Notre-Seigoeur i qu'il donnera sa bénédiction k vos emplois , si la cordialité et le c support est entre vous deux ; et je' vous prie, au nom de Dieu , c Monsieur , que ce soit Ik votre grand exercice. Et parce que € vous êtes le plus ancien et le supérieur, supportez tout avec c douceur de celui qui est avec vous ; je dis , tout , en sorte que f vous , déposant en vous-même la supériorité , vous vous ajustiez c k lui dans un esprit de charité. C'est Ik le moyen par lequel Notret Seigneur a gagné et perfectionné ses apôtres , et celui aussi par c lequel seul vous viendrez k bout de ce bon prêtre. Selon cela ,
< donnez un peu d'espace k son humeur, ne lui contredisez jamais c k l'heure même que vous croyez en avoir sujet , mais avertissezc le quelque temps après , humblement et cordialement ; et surtout « comportez- vous dételle façon, qu'il ne paraisse aucune division « entre vous et lui ; car vous êtes Ik , comme sur un théâtre , c exposés k la vue de toutes sortes de personnes , dans l'esprit desc quelles un seul acte d'aigreur qu'on verrait en vous serait cat pable de tout giter. J'espère que vous ferez usage de ces avis
< que je vous donne , et que Dieu se servira d'un million d'actes c de vertus que vous pratiquerez , comme de base et de fondement c du bien qu'il veut faire par vous. »
Enfin il ne recomman^it rien tant, par ses lettres et de vive voix , aux supérieurs et aux particuliers de ses maisons , que la douceur et le support réciproque comme une source de paix , et un lien de perfection qui unit les cœurs. Quand les supérieurs de quelques unes des maisons de sa compagnie demandaient d'être déchargés de quelque infirme qui ne pouvait plus travailler , il leur représentait qu'étant devenu infirme en leur maison , il était juste n. .24
endroit h support ^ Il «Parité ; q^ift s'ils liémandaieni le changement de quelqu'un h tense de ^s dérants, il leur disait <}u'i) le Fallait supporter^ qu'il n'y aveit persôuue <}Ui n'eu eût , et que celui qu'on euYerrtit eu M plaee en aurait peuUèlre de plus grands.
Qaaud les ottdefu M autres des sieu) tnauquaieut h ÉUivre Ses erdrt^H cMittu il est arrivé quelquefois, taisant auiremeut qult Éé leur avait prescrit , mCme jusqu'à plusieurs fois « tl ne leur disait autre chose sinon c t Muusieur, ou mou Frère , peut-être que si c vuus aviez (ait eela en la manière que je vous avais prie , Dieu c j ftuMt duutttf et bénédietiou. » D'autres fois il n'en disait rien , voulant t)ue suii silence et sa patience Servit de correctit)n ; si ce n'^têil demi les ehuses de quelque couséquenee , k qubi il fût néceeseilre de p«urvoir^ <au en cas de désobéissance formelle , sll en remunquait qUelqu^uue>
liais «Urtum il su coui)M>Hait avee une douceur et un support m«r\'«ilieux envMi^ les lutirmes , ou du corps ou de l'esprit ; il n'en ftiftuit jamais aucune plainte , et ne témoignait point qu'il s'en irauv&t char^; mais se mettant en leur plat^ , par une charitable eundeacendance ^ il leur faisait les mêmes traiteméns quil eût voulu recevoir sll eût été dans les hiémes iuUrmités. Nous reUla^ ^uaraas seulement ici qu'autre ceux qu'où admettait k Tépreuve duM aa Goafrégaiim , Il s'en est trouvé de tout temps quelques ^ avaleni des Ineummudltés pour lesquelles , selon les appas ih m pouvaieiit être re^uk au eurpi^ de h compagnie ; maîa imiobatani e^a^ M. Vineeut ue laissait pas d'essayer de les raiieitrei» leur laisaut preudre des remèdes , leur donnant du repaa , et umpiuyant les uutfes moyeus qu'il jugeait propres pour cet aiiet. fit quoique plttsieura lui représentassent qu'il les fallait renvayer, lui^ kuuontruire^ disiiil qu'il fallait Attendre et lë)^ supporter : et M eflist « upfèa avutr quelquefuis bîeu âittendn , quelques Uns ont été guéris, et ont depuis reÉdU de lk>us servîtes k Dieu dau^ là aMttpagniet
Que s'y tBèrçait une si «MHtaM duiicetar euvers teux qui filetaient que dans la [mbatiM pour iirè incorporés à sa Congrégation 4 il eu usait eneure bien davantage k l'égard des autres qui y éttfeit d^ reçus ; car tant s'en faut qu'il en renvoy&t aucun pour quelque înfirraité que ce fM ^ que même il ne voulait pas permettre qu'aicUtt i'eo nMirtt da lui^éuie ftouk ee préteite ; considéritfil
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te» lnBHbéft cêttii« AHUlnt <te sujet» ipt tttinMil Im bétoédicUtas du ciel sur M éompAgnie. Voici ce ^u'il m écrivit ub joiUr à qé prêtre de sa GoUgbégatiDit qui, pour ti'avoir pas de «Itttév avait quelque pensée de a'età Iretirer : t Ne craigoec point ^ lui dit4t « « d'être en aucune ftiçon I charge à la compagnie k cause de ym t infirtnilés, ei croyet que tous ne le serez jamais pour ee siyet i t car par la grftee dé Dieu elle ne se trouve point chargée des in- % finnes ; au contraire , ee lui est une bénédiction d'en avoiri • Voilà les sentimens et la pratique de H. Vincent sur ce point ^ et t^èsi ainsi que sa eompagnie en use dans le mène esprit, ne renvoyant aucun de ses sujets peur infirmitéi
tl traitait encot« avec une douceur toute particulière les Frères de sa Congrégation qui étaient les pins grossiers et les moins utiles, ne voulant point les renvoyer pour leur rusticité ou peu d'uUlité I la maison ^ il tes faisait même parler dané les conférences et eoU loques spirituels dé la communauté, pour lettr ouvrir l'esprit { et quoiqne leurs discours Missent quelquefbis trop longs , ennuyemc i et horé du sujet, il les laisait pourtant tout dire ce qu'ils voulaient sans Jatnais les interrompre , et sans jamais leur témoigner qu'il É'appronvftt pas ce qu'ils avaient <Ut; si ce n'est qu'ils eussent avancé quelque chose fhusse ou erronée , qui eAt besoin de corfeetiOb ; car alors il les redressait pateraellemetit « et avec grande douceur , pour ne les emtri^ter ou décourager, interprétant en Men ee quHls avaient dit , ou les eicusant adroitement « leur faisant néanmoins assea Remarquer en quM ils s'étaient trompés^
La Itouceur de sa charité paeaait encore phis avant , et supportait lion seulement les défauts naturali du éorps ou de l'esprit» mais même ceux qui se commettaient contre les mœurs i car il s'en est txotlvé de teni|M m temps quelques uâs dans sa Gongrégttion , aussi Web qw dns les autres eomnranautés « qui i s'étani Mâchés daits le chemin de lu vertu , y faisiiéBt plus de mal que èi bieil par ieun murmures 4 nlédisances et autres déréglemens § qui étaient eomiua des autres de sa compagnie ; on s'étonnait que M. Vincent ne les mit point dehors , oh le pressait même de le fkire ; mais ce charitable et débbnhaire sApérfeur les supportait avec due douceur, une charité et une patience incroyable 9 pour leur donner loisir de se reconnaître » employant cependant Ions les moyens qu'il |ugeait prop^ pOur remédier h leurs indiapiaitions*
Le sapérienr d'oïkd des maisons de sa compagnie se trontant bien d'avoir été déchargé de quelques personnes Iftches et d'une humeur difficile , écrivit à M. Vincent qu'il serait à propos de purger la compagnie de telles gens. Voici la réponse qu'il lui fit, qui est très remarquable , sur le sujet que nous traitons : f Je suis de t votre avis , lui dit-il , touchant le personnage dont vous m'écric vez. Je ne crois pas qu'il revienne de l'état où il est ; au conc traire , je crains qu'il ne fasse beaucoup de peine k cette mai- « son ici où nous l'avons fait venir; et non seulement je le crains, c mais je commence k l'expérimenter , et je vous avoue que lui c et deux autres nous ont donné beaucoup d'exercice : l'un est c dehors , après l'avoir supporté autant qu'il nous a été possible, c et il serait expédient que les autres en fussent bien loin , ce sef rait faire justice à la compagnie que de retrancher ces membres € gangrena , et la prudence même semble le requérir ; mais parce € qu'il faut donner Ueù k toutes les vertus , nous exerçons main- € tenant le support , la douceur , la longanimité et la charité , « dans le désir de leur amendement : nous appliquons des re- € mèdes au mal , employant les menaces , les prières , les avertîs-
< semens , et tout cela sans espérance d'autre bien que de celui c qu'il plaira k Dieu y opérer par sa grâce. Notre-Seigneur ne
< rejeta pas saint Pierre pour l'avoir renié trois fois , ni même « Judas, quoiqu'il prévit bien qu'il mourrait en son péché : € ainsi j'estime que sa divine bonté aura bien agréable que la € compagnie étende sa charité sur ces discoles, pour ne rien c omettre ni épargner qui les puisse gagner à Dieu : ce n'est c pas qu'enfin il n'en faille venir au retranchement, s'ils ne t se changent. »
Quelques ftmes timorées et embarrassées de scrupules, qui rendaient leur conduite très pénible et en quelque façon insupportable, ont aussi exercé souvent la charité de M. Vincent, et lui ont bien fourni de quoi pratiquer la douceur et le support ; et parmi les siens mêmes il s'en est trouvé qui durant plusieurs années , pour des scrupules fondés sur des sujets de néant , étaient incessamment k lui donner de la peine par leurs importunités continuelles , dont pourtant il ne se plaignait point et ne les rebutait nullement , mais les supportait et même s'étudiait à les accueillir gracieusement, pour ne leur donner aucun siqet de découragement ou de tristesse ; et en quelque con^>agnie qu'il fût , il se le-
vait aussitAt qu'S les voyait venir , et leur allait parler dans qndque coin da lieu où il se trouvait : et quoiqu'ils retournassent vers lui plusieurs fois pour le même sujet , s'en étant trouvé quelques uns qui sont venus l'interrompre trois et quatre fois en une heure , il les recevait toujours avec la même sérénité de visage , les écoutait avec une égale patience, et leur répondait avec la même douceur. Yoici le témoignage qu'un de ces esprits malades a rendu sur ce sujet. < M. Vincent, dit-il, a toujours eu un très grand support pour moi , et m'a traité avec grande douceur pendant mes peines d'esprit. J'allais l'interrompre continuellement , même lorsqu'il se disposait k célébrer la Messe ou à réciter son office ; et quand j'avais eu sa réponse , je sortais , et puis je retournais encore au même temps pour lui parler , et ainsi consécutivement plusieurs fois de suite : ce qui a duré long-temps , sans que j'aie remarqué qu'il m'ait dit aucune parole rude; au contraire , il me répondait toujours avec grande douceur , sans me rebuter, ce qu'il eût pu faire justement, vu la continuation de mes importunités : et même après m'avoir dit ce que j'avais à faire , voyant que je tombais en de nouveaux doutes, il a pris la peine de m'écrire de sa propre main ce qu'il m'avait dit , pour me le mieux faire retenir , et même, pour cet effet , il me priait de le lire tout haut en sa présence. Et enfin k quelque heure que je Tallasse trouver , quoique ce fût souvent fort tard et fort avant dans la nuit , ou même d'autres fois lorsqu'il était engagé en des compagnies pour des affaires, il me recevait toujours avec une égale bonté , m'écoutait et me répondait avec une douceur et une charité que je ne puis expliquer, t Un autre a encore déclaré qu'il avait bien souvent exercé la patience et la charité de M. Vincent , l'obligeant de répéter plusieurs fois ce qu'il lui avait dit : ce que néanmoins ce charitable supérieur faisait bien volontiers, sans lui en témoigner aucune peine, répétant plusieurs fois et autant qu'il le désirait la même chose qu'il lui avait dite, et la lui expliquant plus distinctement, et même avec plus de plaisir la dernière fois que la première. Une fois entre les autres qu'il était occupé en quelque affaire avec des personnes considérables , il appela un frère pour lui dire quelque chose; mais ce frère ne la concevant pas bien, la lui fit répéter plus de quatre fois sans que M. Vincent lui en témoignât le moindre signe d'impatience , faisant cette repétition la cinquième fois avec
1^ S7A ^ la iptai* doneaur «t tranquillité d'eaprit «lie fai prasaièra» Wmiir gBani aveo «b viaage fiant y prendi^ plutôt plaiair qu^ raa«eQtiv aneoM peiae.
SECTION IL
FAI^WM H^IIABQUABtES D£ M. YINGCKT TOUCHANT I4A DOÇCBUR QU'oN
^o\T paATiQu«a sNTma us, pmchaih-
^Ues QQt 4té recueillies d'un discours que ce saiot honunç fit U9 jour aw siens sur le sujet de celte vertu. < la dquçeur et l'humilité, leur dit-il, sont detix sœurs germaine^ qui s'accordent fort bien ensemble. Nous avons pour règle d9 les étudier soigneusement en Jésus-Christ ^ qui nous 4it ; Apprenea de moi que je suis doux et humble de cœur. C'est danc uite leçon du Fils de Dieu, Apprenez de moi. 0 mon Sauveur , quelle parole ! mais quel bonheur d'être yos écoliers, «t d'aprendre cette leçon si courte et $i excellente , qit'eÛe nous r^vd tels que vous êtes ? N'aurç?;- voua pas la ptoc) autorité sur nous qu'oAt eue autrefois les philosophes svir len<« sectateurs, lesquels s'attachaiept si étroitement à leurs awtenoes , que c'était assea de dire : Le m^Ure l'a dit , pour ne d'en départir jamais?
€ Si donc les philosophes par leurs raisonnemens ft'acqqéraieiit tant de créance sur leurs disciples daps Içs cbpses l^uQiaîpes, eombien plus, mes Frères, la Sagesse éternelle n^ériiH-^Ue 4'^trecrueetsuivie dans les choses divines ! Qi^e lui répondrionsnous it ce moment , s'il nous demandait compte de tontça les leçons qu'il noya a faites? Que lui dirons-nous ^la mort, quand il nous reprochera de les avoir si mal ipprises ? Apprçne? de moi, dit-il, d'être doux. Si c'était un saint Paul on un saint Pierre , qui par lui-même nous exhortât ï apprendre de lui la douceur, noua pourrions nous en excuser; mais c'est un Pien fait homme , qui est vçinn nous montrer comme il faut qne noua soyons faits pour être agréables à son Père : c'est le Maître fies maîtres qni ««w eweipe 4'être dçç^, p^np^z-i^çys
f par^ mm ^igneur^ )^ xQtfe gr«a46 doiuMw « mm wm n < prions p«r Ç^tte méxne dQuççar qni aq fieut rîw refuser. € h^ douceur a plusieurs acte» qui «e réduUeoi ^ uoia prâcK paux : et le preoiictr do cc^ actes a deux (^I6ae&, dml l'up est de réprimer le mouvement de U colère i les saillies de cfi {m qm monte au visaga > qui troubla V^e , qui fait qu'oR n'wt plw oe qa ou ét^it I et qu'uu \mgid serein change d^ couleoip % et devient noirâtre , ou tQUt euQammé. Quc^ (ait la daucieur ? Eilei arféM œ ch^^g;6meat ; elle empêche celui qui la possède de us Uîsser aller ^ cea mauvais effets, il ne laisae pourtant paa do Mntîr le mouvom^t dç la pasaiq^] maia il tieut ferme « afti^ ««'oUo ne l'emporte. U lui pourra priver quelque ternissurei an ^aga, mais il sç remot bientôt. Au re^te il no faut paa a'^wMr de pous yoir combattus ; les mouyewena de la nature pnévieanent ceu:( de la grâce, mais c«ux-ci 1^ surmonte^t^ Il m (wi pas uoa^ donner des attaquea* mais demander grâce pwirles ^n* cre^ ^taut a$suréaqu'eqçoro que nous ^entioua (m^m i^volte eu nons co^irairç a la doi^ceur , elle a cette propri^t^do r^iiineiv. Ydil^ doue le premier ofliicç du premier acte , qui eat bMu k merveilles , et si beau qu'il empêche la laideur du ^m d^ ae montrer : c'est uu certain ressort dans i^s ^prits «t dawk les âmes^ qui non seulemevt tempère Vardaur de la oolèr* % mais qui eu étouffe les moindres s^timeust € L'autre oflRce de ce premier î^ta de la dou^oui wwial» en çç qu'étant parfois expédiât qu'on témoigne d« 1« colèie , qu'on reprenne, qu'on châtie « U fait «éanm^us qu^ les âmes
qni ont cette vertu dç douceur pe font pas lea ohosea pa^ «m»
nortement de la nature, maia parcç qu'elles pensent qu'il les faut faire ; comme le Fils de Dieu qui appela saint Fwrc> $^tan , qui disaitaux Juifs: AVes, hypocrites! nonunafois, m»isplu«aura, ce mot étant répété dix on dou?e fois dana UU ^e^l Chapitre ) et en d'autres rencontres il cbasaa les vendeurs du tem«pie% renvarsa les tabiçs , et (il d'autrçs «gues d'un homme courroucée Étaiwtt ce des emporiemens de colère? Non, il avait cett« dwweur
au suprême degré. Eu noua* cette vertu fait qu'on «M «Witre
de sa passion; mais en Notre-Setgueur, qui n'avait que des propas?
s\Qns , elle lui faisait nonsculem.ent avancer ou retardai les aot^ de la colère ^ selon qu'il était expédient, Si dquo il SO mwUrait sévère en certaines 9çça#n&> W ^tt^ ^IVÏ ^^^ ^^ IWft»' *'^
B<* 376 hS tait pour corriger les personnes à qni fl parlait, pour donner la chasse au péché , et ôter les scandales ; c'était poar édifier les âmes , et pour nous donner instmcUon. 0 qa'nn snpériear qni agirait de la sorte ferait un grand fruit ! Ses corrections seraient bien reçues, parce qu'elles seraient faites par raison, et non par humeur. Quand il reprendrait avec vigueur , ce ne serait jamais par emportement , mais toujours pour le hien de la personne ayertie. Comme Notre-Seigneur doit être notre modèle en quelque condition que nous soyons, ceux qui conduisent doivent regarder comme il a gouverné, et se régler sur lui. Or il gouvernait par amour; et si quelquefois il promettait la récompense, d'autres fois aussi il proposait le châtiment : il faut faire de même, mais toujours par le principe de Tamour. On est pour lors en l'état où le prophète désirait que Dieu fût quand il lui disait: Domine , ne in furore tuo arguas me : il semblait à ce pauvre roi que Dieu fût en colère contre lui , et pour cela il le prie de ne le châtier pas en sa fureur. Tous les hommes en sont logés Ik , nul ne vent être corrigé par colère. C'est une faveur accordée à peu de personnes de n'en point sentir les premières émotions , comme j'ai dit ; mais l'homme doux en revient ausâtôt , il maîtrise la colère et la vengeance , en sorte que rien n'en procède qui ne soit appliqué par l'amour. Yoilk donc le premier acte de la douceur , qui est de réprimer les mouvemens contraires dès qu'on les ressent , soit en arrêtant tout-à-fait la colère , soit en l'employant si bien dans la nécessité, qu'elle ne soit nullement séparée de la douceur. C'est pourquoi , Messieurs , maintenant que nous en parlons, proposons-nous, toutes les fois qu'il nous viendra quelque occasion de nous ficher , d'arrêter tout court cet appétit, pour nous récolliger et nous élever k Dieu, lui disant : Seigneur qui me voyez assailli de cette tentation , délivrez-moi du mal qu'elle me suggère.
« Le second acte de la douceur est d'avoir une grande affabilité , cordialité et sérénité de visage envers les personnes qui nous abordent , en sorte qu'on leur soit k consolation. De Ik vient que quelques uns avec une façon riante et agréable contentent tout le monde ; Dieu les ayant prévenus de cette grâce , par laquelle ils semblent vous offrir leur cœur , et vous demander le vôtre ; au lieu que d'autres se présentent avec une mine resserrée , triste et désagréable , ce qui est contre la douceur. Selon cela , un
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vrai missionnaire fera bien de se composer affablement , et de s'étudier k un abord si cordial et amiable , que par ces signes de sa bonté il donne consolation et confiance k tous ceux qui l'approchent. Vous voyez que cette douce insinuation gagne les cœurs et les attire , selon cette parole de Notre-Seigneur , Que les débonnaires posséderont la terre ; et au contraire on a fait cette remarque des personnes de condition qui sont dans l'emploi , que quand elles sont trop graves et froides , un chacun les craint et les fuit.
c Et comme nous devons être employés auprès des pauvres gens des champs, de messieurs les ordinans, des exercitans, et de toutes sortes de personnes , il n'est pas possible que nous produisions de bons fruits si nous sommes comme des terres sèches , qui ne portent que des chardons ; il faut quelque attrait, et un extérieur qui plaise , pour ne rebuter personne, c Je fus consolé , il y a trois ou quatre jours , de la joie qui me parut en quelqu'un qui sortait de céans, où il avait remarqué, disait-il, un abord dout , une ouverture de cœur, et une certaine simplicité charmante (ce sont ses termes), qui l'avaient grandement touché.
c Isaïe dit de Notre-Seigneur : Bti^^um et mel comedet, ut sciât reprobare malum, et eligere bonum. Il mangera du beurre et du miel , afin qu'il sache réprouver le mal , et choisir le bien. Ce discernement des choses n'est donné, je pense, qu'aux âmes qui ont la douceur ; car comme la colère est une passion qui trouble la raison , il faut que ce soit la vertu contraire qui donne le discernement et la lumière k la même raison, c Le troisième acte de la douceur est , quand on a reçu un déplaisir de quelqu'un , de n'y point arrêter son esprit , de n'en rien témoigner, ou bien de dire en l'excusant : Il n'y pensait pas, il l'a fait par précipitation , un premier mouvement Ta emporté ; enfin, détourner sa pensée de l'offense prétendue. Quand une personne dit des choses lâcheuses k ces esprits doux pour les aigrir , ils n'ouvrent pas la bouche pour lui répondre , et ne font pas semblant de l'entendre.
c On raconte d'un chancelier de France que , sortant un jour du conseil , un homme qui avait perdu son procès lui dit qu'il était un méchant juge pour lui avoir ôté son bien, et ruiné sa famille par Tarrét qui avait été donné, l'appelant au jugement de Dieu «
9^ STO ^e et le iMMMaiil de sm eUitmeot ; et que dait» vfi» V^ reAcoqtre oe seigneur s'en aUa sans dire mot et aaes regarder ni d'un c6té ni d'autre. Si ce fut par la douceur cbréUenue , ou pair quelque autre principe qu'il supporta cette indignité , je i^'en rapporte ; mais quoi qu'il en sQit t nous devons entrer dans une grande confusion de nous emporter quelquefois ponr des vétilles , considérant que le prenner cbef de U justice du royaume soufTre le reproehe bonteux que lui fait puliUqueinent un plaideur, sans lui en témoigner aucun ressentiment; chose c^tc^s adntir^^Ie dans le rang qu'il tenait , où U ne m^uqu^^it pas de raisons bninaioes , non plus q«e de wojens (»cile^ pour pnn\r npe telle témérité,
f Mais ¥Otro ex^nple « 6 mon ^auyeur ! Q'»urM-4l 9^ plu^ à^ pouvoir sur noua 9 vous ^errons-nona pr^itiquer une douceur iqcoroparable OAvers les plus crinûnels ^ sans nous efforcer de devenir donx 7 et quand seroASrnous touchés d?s «txem|ile% et des aem(mces que bous trouyous en votre école? c La douceur ne nous fait paa seulement excuser les affronts et les traitemens injustes que nous receyons : elle veut même qu'on traite doucement ceux qui nous les fent^ par desparçles amiables; et s'ils venaient ^ nous outrager jusqu'à nou» donner up soufQet, qu'on le souffre pour Dieu ; et c'est cette vertu qui fait cet effet-là* Ouii un serviteur de Dieu qui la possède bien , quand on use de main*mi^ ^Uî ^ui i il effre à Dieu cç rude traitement et demeure en paixi
c Si le H^ils de Qieu était ai débonnaire en sa CQUversatton , combien plus a-t-il fait éclater sa douceur en &% ipt^iw.! C'a été jusqu'à un tel poiut , que de ne proférer aucune f^role fàoheuse contre ç^ déicides qu^ le couvraient d'injures et do crachats, çt qui se riaient de sea douleurs, Mon ami, dU-il à Judas, qui le Uyrait à ?es cjauemia. U va môme au devant de ce traître avec cette douce parole, mon ami. H traita tout le reste du même air; Qui çbercl^z-vQmP \e\js dit-il, me i^o?c/. Méditons tout cela , Messieurs , nous trouverons des actes, prodigieux de douceur, qui surpassent i'enteudcmeut humaju. 0 Jésus, mon Dieu! quel exemple pour nou§, qui avous entrepris de voua imiter l Quelle leçou pwr ceux <l"i ne \euleol rien squffrir ; ou s'ils aQufÇrent ^ qui a'inquièieut et s'aigrissent !
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de doMMff ^ inr tafiallft Qoa aeataMat JAw noqa fert 1« fHM de réprimor lea nouvenens de la colère , de qout eomportei graeîeosement eavera le lurochtia • et de rendre biea iiour ma) ) mw encore de aonflrir paiaiblenent les afflietiona, lea bleatoree, les tonrmena et la mort même q«e lee komnaa nona pourraient cauaer. Faîtoa-noiis la grâce» mon Sameur, de imfiter dea pemea que yooa avei endoréea avec tant d'amour et de doneenr } pinaienra en ont profité par votre konté , et pent-ètre que je ania aenl ieî qni n'ai paa enoore commened ï 4tre tont eoaemble et dou et a^nffirant. i
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