‹ Vie de S. Vingent de PaulChapitre 30 sur 65 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

soif HUHIL1TÉ.

C'est iwe vérité pronopcéç par la boocb^ do Fila de Bien , que çi^vi qui s'élève ser^ buipUié , et ^u contraire que cd^i qui a'hu^ ipilie aéra ei^aUé ; la conduite de la divine Providence noua en fait voir toua les jours des preuves, et noua oblige par conséqnept de reconnaître c« qu'a dit un gravnd doctenr de l'Église , qu'il n'y a rien qui nous rende si agréables anx yeux de Dlien> ni si recommandahles envers les bomniea, que lorsqu'étant vraiment grande par le mérite d'une vie sainte et vertueuse , nous nous rendons petits par les sentimens d'une sincère humilité' ^

Cela s'est yérifié en la personne de M. Vincent, lequd a été

ei^Ué par les grande^ cboses qne Vim a (ai^es en l^i ^ ei par Ini, d'autant qn'il s'e^t bumilié; et pins il s'est profondément «^asé , Pieu a pris sein de l'élever davantage i et de répandue plu9 abondamment s^ lnénédicUona aur Iw ^ sur tontes ses aaiut^s entreprises.

U est vrai que l'on peut dire de ce aaiQt bnmme % f^près sa mort , ee qne plusieurs qui l'ont le plus approché et observé ont dit de Iqi

« Hi^l ait qa^nvi itt «mhwiMiiib^ mf»!^, %9t Om f^. f|e|il» fBiva«4 ^^

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darant sa vie , qu'il n'a jamais été bien connu au monde tel qu'il était en effet, quelque estime qu'on ait eue de lui : car bien qu'il ait toujours passé pour un homme fort humble , l'opinion commune toutefois n'a jamais regardé son humilité comme la disposition principale qui a attiré sur lui toutes les grâces et bénédictions dont il a été comblé et comme le fondement et la racine de toutes les grandes œuvres qu'il a faites. Ceux qui en ont jugé plus favorablement ont estimé que c'était son zèle qui le portait k les entreprendre , et que sa prudence les lui faisait conduire hfiureusement à chef : mais quoique ces deux vertus fussent excellentes en lui , et qu'elles aient beaucoup contribué aux grands biens qu'il a opérés , il faut néanmoins avouer que c'est sa profonde humilité qui a attifé sur lui cette plénitude de lumières et de grâces par la vertu desquelles tout a prospéré entre ses mains et sous sa conduite. Mais pour parler encore mieux , nous pouvons dire que son zèle le portait k s'humilier sans cesse , et que sa prudence consistait k suivre simplement les maximes et les exemples du Fils de Dieu , et k s'abandonner aveuglément aux conduites de son divin Esprit : se tenant toujours dans celte humble disposition de cœur , de se réputer incapable d'aucun bien et dénué de toute vertu et de toute force ; et dans ce sentiment il répétait sans cesse intérieurement cette leçon d'humilité qu'il avait apprise de son divin Maître , disant en son cœur : c Je ne suis pas un homme , mais un pauvre « ver qui rampe sur la terre , et qui ne sait où il va , mais qui c cherche seulement k se cacher en vous , ô mon Dieu , qui êtes c tout mon désir. Je suis un pauvre aveugle qui ne saurait avanc cer un pas dans le bien , si vous ne me tendez la main de votre c miséricorde pour me conduire. >

Yoilk quels étaient les senlimens de Vincent de Paul , lequel, k l'exemple du saint apôtre son patron , ne se trouvait point dans une meilleure disposition de correspondre et de coopérer aux desseins de Dieu , sinon lorsqu'étant abattu par terre dans les profonds abaissemens de son humilité , et fermant les yeux k toutes les considérations humaines, il s'abandonnait aux volontés de son divin Maître , lui disant en son cœur , comme ce grand apôtre : < Seic gneur , que voulez-vous que je fasse? > Dans cette dépendance il n'entreprenait jamais rien par soi-même ; et il a fallu que la divine Providence Tait engagé aux œuvres qu'il a faites , ou par l'autorité de ceux qu'il regardait comme ses supérieurs , ou par les conseils

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et pennasioiis des penoimes dont il respectait la vertu , ou enfin par la nécessité des occasions qui lui faisaient connaître la volonté de Dieu , laquelle il faisait toujours profession de suivre , et qu'il ne voulait jamais prévenir. C'est pourquoi lorsqu'il parlait de la plus grande de ses œuvres, qui est rétablissement de sa Congrégation , il disait toujours hautement c que c'était Dieu seul qui

< avait appelé en sa compagnie ceux qui y avaient été reçus , et c qu'il n'avait jamais ouvert la bouché pour en attirer aucun ; que c lui-même ne s'était pas fait missionnaire par son choix , mais c qu'il y avait été engagé , sans presque le connaître , par la cont duite de la volonté de Dieu ; que c'était Dieu seul qui était l'auc teur de tout ce qui se faisait de bien dans la Mission , de toutes

< les fonctions et pratiques des missionnaires, et généralement de c toutes les bonnes œuvres dans lesquelles ils sont employés : toutes € ces choses ayant élé commencées sans qu'il y pensât, et sans c qu'il sût ce que Dieu prétendait faire. »

Or , pour déclarer plus en particulier quelle a été l'humilité de ce grand serviteur de Dieu , quoique cela soit fort difficile , puisqu'il s'est toujours étudié de tenir cette vertu cachée, non seulement aux autres, mais encore à lui*mëme, nous nous efforcerons néanmoins d'en tracer ici quelque léger crayon , dont nous em^ pmnterons les traits , soit de ce que nous avons vu et connu en lui on entendu de sa propre bouche , soit de ce que nous en avons appris par les témoignages irréprochables des personnes de très grande piété.

Mous avons déjà dit qu'encore que Dieu ait voulu se servir de M. Vincent pour des choses très grandes , il se réputait néanmoins incapable des moindres , et même que, passant outre , il se croyait plus propre à détruire qu'à édifier : car se reconnaissant enfant d'Adam, il se défiait entièrement de lui-même, comme d'un homme pervers qui sentait en soi la pente commune pour le mal , et Timpuissance pour le bien , que tous les descendans de ce premier père ont hérité de sa désobéissance. C'était pour cela qu'il avait conçu un très grand mépris de soinaiême; qu'il fuyait l'honneur et la louange comme une peste ; qu'il ne se justifiait jamais lorsqu'il était repris , mais se mettait du c6té de celui qui le reprenait, se donnant le tort, quoiqu'il ne l'eût pas ; qu'il condamnait ses moindres imperfections avec plus de rigueur que d'autres n'auraient fait leurs plus gros péchés; et que, sans user d'aucune excuse^

»•* an ^

i Miik pMcr Mi pi» UR«rft iéfàute d'wtendMieBl M et né» Amrë poilr des Mtises : e'eit enfin pour cela qu'il it'oMît et m tottiftit s'iDgérar en qfuelque chose que ce fèt, et était même plM cODtent qw Dieu fît le bien par d'antres , que par Ininnême.

C'était dans ce même esprit qu'il s'étudiait k cacher , autant qu'il pouvait^ toutee les grâces particulières qu'il recevait de Dieu , n'en ayant découvert aucune que lorsqu'il ne la pouvait couvrir sans manquer h la charité du prochain ^ ou k quelque autre néces*nié qui l'y obligeait i et il avait pris une telle habitude de se eaeher lui-même , et tout ce qu'il faisait de bien , que ceux de sa Compagnie ne savaient qu'une partie de tant de saintes œu» vrae qu'il entireprenait ^ et de tant de charités qu'il «erçait spi^ rituellement et corporellemenl envers toutes sortes de personnes : et il n'y a point de doute (|Ue plusieurs des siens seront étonnés d'en lire un grand nombre en cet ouvrage -donl ils n'ont jamais eu aucune connaissance.

Mail nea Content de se eaeheir^ et les grands biens qu'il faisait, il tâchait ètt toutes sortes de rencontres de â'abaisBer , et de s'avilir et rendre méprisable v autant qb'il pouvait ^ devant lei autteêi pour hoMrer et imiter les eboiaseabens et avilissemtns du FtH lie Dieu , lequd étant la splendeur de la gloire de son Pbre ^ et la A** g*e de sa subsUnee s a bien voulu se rendre ropprébM ttH hommes et l'atijection dli pm^plt. Pour eela il pariait voIttttddM dés choses qui pouvaient lé faire mépriser s et fuyait avec hefMtf tout ce qui pouvait directement ou indirectement tendre â Wé honneur et k sa louange^ Quand il vînt k Paria s H ne dit ptHot qu'il s'appeliil de Paul 4 craignant que oe nom he donnât ftnjét 4è pienser qu'il fût de quelque famille considérable ( mais tl se fit ap« peter seulealent M* Yineent ^ de énn faom do baptême 1 eomttte qui dirait M» Pierre^ ou M. Jacques; et qu»iqtt1l At lioeneté eh Àéologie « il M oe disait pourtant qu'un pauvre éeolief de (^^ trième : étroû a remerqné que par ses paroles et par sëè aetibni il lâchait teneurs dan& toutes leé obcarionsde se rendre méprisable, et de passer pour un hoUmie de néant : et lorsqu'il lui arrivait qurique s^iel de confusion ^ il l'embrassmi très volmitielts , et en témoignait autant de joie tomme s'ii eAt trouvé qdelquè gMîed trésor»

Il qualitiait «a Congrégation de pelâto s et très petite , et tMûit oomi»agni«i o( n'epoînt vonM que tMt ftt eu ittim «MéWiR

préolier M nid« ikniBisrioM énM lus gratod» rilim^ ntii teiiM^ ment dabs les villages ^ et toat au plds daBB les petites villes, poef évangéliser et instruire les pauvres gens des champs , et cela dans la vue que cet emploi est ordinairement le plus méprisé. U tou^ lait que dans toutes les rencontres sa compagnie fût regardée comme la moindre et la demi^ de toutes les autres : et ayant une fois été obligé d'envoyer quelques uns de la maison de Saînt^Lat* zare pour assister b une assemblée générale de ville , entre autres choses qu'il recommanda à l'un des principaux prêtres de Si communauté qu'il y envoya avec un compagnon ^ ce fut qu*â eût à prendre la dernière place de tous ceux du clergé, commt il fit.

Il ne pouvait souflHr qu'on dit aucune chose ï la lottange de se Congrégation , qu'il appelait toujours pauvre et chétive compagnie^ disant qu'il ne demandait à Dieu , sinon qu'il eût agréable de M donner la vertu d'humilité : et parlant un jour sur co sujet aut siens : c N'est-ce pas une chose étrange^ leur dit-il, que Toncon^ft bien que les particuliers d'une compagnie , comme Pierre , Jean et Jacques s doivent fuir l'honneur , el aimer le mépris : mais là compagaie s dit^on s et la communauté doit acquérir et conseN vorde l'estime et de l'honneur dans le monde? Car^ je vous prie^ comment se pottrr»4-il faire que Pierre , Jean et Jacques puis^ •ent vraiment et siaoèrement aimi»r et chercher le mépris ^ M que néanmoins la compagnie qui n'est composée que de Piemi) Jean et Jacques ^ et autres particuliers > doive aimer et rechers éher l'honneur? Il Aiut certainement reconnaître et confesser que ces deui choses sont incompatibles ; et partant s tous Itl Blissionnair^s doivent être conlebs , non seulement quand ite M trouveront dans quelque occasion d'abjection ou de mépris poof leur particulier , mais aussi quand on méprisera leur compagnie : car pour lors ce sera une marque qu'ils seront véritablement humbles. »

Au reste, son humilité était tellement sincère, qu'on la pouvait en quelque façon lire sur son front , sur ses yeux , et sur toute la posture de son corps, et reconnaître par son extérieur que ses humiliations et abaissemens venaient du fond de son cœur , oii cette vertu était si profondément gravée , qu'il croyait ne mériter pas l'usage d'aucunes créatures , non pas même de celles qui servent ï conserver la vie , et encore moins des autres qui peuvent

1^ oo4 *^si

être utiles ou nécessaires pour avancer la gloire de Dieu. C'est dans ce sentiment de son indignité que non sealement il ne de-^ mandait rien pour soi , mais qu'il était toujours prêt de se dépouiU 1er de tout ce qu'il avait en sa disposition : et l'on ne doit pas s'étonner de ce qu'on dit qu'il a refusé les plus grandes dignités ecclé- «astiques qu'on lui a présentées , puisqu'il s'estimait indigne des moindres choses.

Or, quoique son humilité fût telle que nous venons de dire, elle ne laissait pas d'être constante et généreuse lorsqu'il était question de soutenir les intérêts de Dieu ou de son Église : car c'était en ces occasions-là qu'il faisait bien paraître que l'humilité , comme a fort bien enseigné le docteur angélique , n'est point contraire k la magnanimité , mais plutôt que la magnanimité est perfectionnée par l'humilité , laquelle lui donne un fondement solide , faisant qu'elle s'appuie uniquement sur Dieu , et néanmoins la retient dans une juste médiocrité , empêchant qu'elle ne s'élève plus qu'il ne faut , et qu'elle ne donne aucun lieu k la vanité.

Parlant un jour sur ce sujet aux siens, il leur dit que l'humilité s'accordait fort bien avec la générosité et grandeur de courage ; pour preuve de quoi il leur rapporta l'exemple de saint Louis, qui était si humble que de servir lui-même les pauvres , et aller dans les hôpitaux rechercher ceux qui avaient les maux les plus infects el les plus horribles , pour les panser de ses propres mains : et cependant c'était un des plus généreux et des plus vaillans rois qui aient porté la couronne en France , comme il l'a bien fait voir par les signalées victoires qu'il remporta sur les Albigeois , et dans les deux voyages qu'il entreprit au Levant pour combattre contre les infidèles. D'oii il concluait qu'il fallait demander à Dieu la générosité fondée sur l'humilité.

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SECTION I

QUSLQUES AUTBIS ACTIONS PLUS PARTIGULIÈ&ES d'hUMILITA

PRÀTIQUiSS PAR M. VINGBNT.

C'est avec grande raison qu'un très vertueux ecclésiastique qui a ' connu fort particulièrement M. Vincent a dit , parlant de lui , qu'il ne s'est jamais trouvé aucun ambitieux sur la terre qui ait eu plus de passion de s'élever, de se faire estimer, et de parvenir au comble des honneurs , que cet humble serviteur de Dieu avait d'affection de s'abaisser, de se rendre abject et méprisable , et d'embrasser les dernières humiliations et confusions; car il est vrai qu'il semblait avoir fait son trésor de cette vertu , ménageant soigneusement toutes les occasions qui se présentaient pour la pratiquer, et prenant sujet de s'humilier en toutes sortes de rencontres.

Outre ce que nous en avons déjà dit en ce chapitre, nous en rapporterons encore dans cette section d'autres pratiques plus particulières.

11 était bien éloigné de faire parade des dons et des talens qu'il avait reçus de Dieu, puisqu'au contraire il s'étudiait, autant qu'il lui était possible, comme il a déjkété dit, deles cacher; et lorsqu'il était obligé de les faire paraître pour les employer au service de Dieu et du prochain , il ne produisait que les moindres. Voici sa maxime sur ce sujet , qui est d'autant plus digne d'être estimée qu'elle est plus rare parmi les hommes ; et quoique nous l'ayons déjà rapportée ailleurs, nous ne laisserons pas de la répéter ici parce qu'elle mérite d'être connue , et plus encore d'être suivie et pratiquée d'un chacun :

c Si je fais une action publique, disait-il, et que je la puisse pousser « bien avant, je ne le ferai pas; mais j'en retrancherai telle et telle t chose qui pourrait lui donner quelque 1 ustre, et à moi quelque réc putation. De deux pensées qui me viennent en l 'esprit pour parler « sur quelque sujet , quand la charité ne m'obligera point de faire c autrement , je produirai la moindre au dehors , afin de m'humic lier, et retiendrai la plus belle pour la sacrifier à Dieu dans le u. 2S

c secret de mon cœnr. Car Noire-Scigneur ne se met et ne se platt c qae dans l'humiliié de cœur, et dans la simplicité des paroles et c des actions, i

Quand il était obligé de p^rl^r des q^uvres que Dieu avait faites par lui, ou des bénédictions qu*il avait versées sur sa conduite, il le faisait toujours au nom de sa Congrégation , et non pas au sien ; disant que c Dieu tétait servi de la compagnie pour telle ou telle f chose ; que son infinie bonté avait fait ou eontié ii la compafçnie c telle ou telle grâce. > Et ordinairement dans les choses qu'il se proposait de faire pour quelque bonne fin , il parlait en pluriel , disant, par exemple: e Nous tâcherons de remédier h un tel i>csoin, c ou de procurer un tel bien ; nous vous enverrons un tel sec cours. » Parlant de la sorte par esprit d'humilité, comme ne voulant agir par soi-même, ni dire, par exemple: c Je remédierai, c je procurerai , j'enverrai ; > ou user de semblables termes dont se servent ordinairement ceux qui ont quelque pouvoir et autorité. Il disait bien : < Je vous prie , je vous remercie , je vous demande parf don, je suis cause que ces choses ne vont pas comme elles def vraient , ou qu'un tel désordre est arrivé ; > parce que ces sortes d'espressions sont en quelque façon humiliantes, et qu'il voulait toujours réserver pour lui tout ce qui pouvait porter quelque abaissement ou quelque abjection.

Outre cela il avait une adresse merveilleuse pour attribuer aux autres le bien qu'il faisait , et détourner la louange qu'on loi voulait donner pour la porter sur quelque autre ; et comme s'il n*y eût eu aucune part , il renvoyait toujours toute l'estime et tout l'honneur du bien qu'il avait fait , à Dien et au prochain. Que s'il y avait de l'excès en lui , c'était de s'étendre trop dans les louanges des autres, et dans le mépris de soi-même : car en eifet, lorsqu'il parlait de soi , c'était en des termes si humilians , qu'on avait qudquefois peine à les entendre.

Répondant k une personne de grande piété qui s'était recommandée k ses prières : c Je vous offrirai & Dieu , lui dit-il , puisque voiis

< me l'ordonnez ; mais j'ai besoin du secours des bonnes âmes , « plus qu'aucune personne du monde , pour les grandes misères c qui aceableut la mienne , et qui me font regarder l'opinion qu'on

< ft de moi , comme un châtiment de mon hypocrisie , laquelle me I fêki passer pour autre que je ne suis. >

tin 1res digne prélat voyant M. Vincent ^ humilia en toutes

«houes t M i^t »*enipéeher do lai dire qu'il éuil m parfait chré' «îw : 9ur quoi cet humble serviteur de Dieu s'écria t t 0 lion* I seigwarl que ditasrvous? moi ub parfait cbréiieu I On me doit f plutôt tenir pour un damné , et pour le plus grand péebeiir de I i'uoivers. »

Queiq^'w 90U¥ellemeiii entré en U Congrégation de la Miasioii, pariant un jour dans une cooférenea en présence de M. Vineent , dit qu'il avait une graude conrusion de profiter si peu des boe» exemples qu'il lui donnait , et des merveilles qu'il voyait en Iqi : II, Vincent laissa passer ees paroles, pour ne Tioterrompre ; msle après la conférenee il lui fit cet avertissement en public ; t Mobi» < sîeur , nous avons cette pratique parmi nous de ne louer jamais i yersome en sa présence. l\ est vrai que je suie une merveille » i mais une merveille de malice I plusméebantque le démon, lequel f ii'a pastpnt mérité d'être en enfer que moi : ce que je ne die pas c par exagération , mais selon les véritables seniimens que j'en ai. >

Vo peiMPQSge fort attaché au Jansénisme l'ayant une fois entretenu de ses erreurs pour les lui penuader, et n'ayant pu en venir ^ bout , se mit k lui faire des reproches , et, tout ému de colère ^ \m diit qu'il était un vrai ignorant , et qu'il s'étonnait comme sa CaugrégatiM le pouvait souffrir pour supérieur générai. A quoi U, Vineent répendit en s'bumiliant qu'il s'en étonnait encore plue qw lui , $ jjNfce, ditrU , que je suis encore plus ignorant que voue f isepensejs. »

Ayant un jour omsolé et fortifié un étudiant de sa Congrégation qui était t*nté de désespoir , et ayant répondu à quelque difflcullé qui hii venait souvent en l'esprit contre l'espérance , qu'il l'exhortait d'avoir en Dieu , il ajouta ; < Si le diable vous remet en f l'esprit celte mauvaise p^sée , servez<-vons de celle réponse que n je vous viens de faire , et dites h ce raalheureuK tentateur que f e'a été Vincent , un ignorant , un quatrième , qui vous a dit cela. »

Un prêtre de la Cimgrégation ayant écrit à H. Vincent que le supérieur qu'il avait envoyé en la maisoii où il demepreit n'était pas assez civilisé pour ce lieu-l^, M. Vincent lui faisant réponse, après avoir dit beaucoup de bien de ce supérieur , qui était un homme vertueux , ajoute ces mots : « Et moi , comment suisse c fait? et comment est-ce qu'on m'a souflisrt jusqu'à cette heure f dans l'emploi que j'ai , qui suis le plus roslique , le plus ri* « dieule et le plus sot de tous les hoî— lao parmi les gens do

< condition , avec lesquels je ne saurais dire six paroles de suite € qu'il ne paraisse que je n'ai point d'esprit ni de jugement ; mais t qui pis est, que je n'ai aucune vertu qui approche de la personne

f dont est question? >

C'était sa coutume en toutes rencontres, et devant toutes sortes de personnes , même de la plus haute qualité , surtout quand on témoignait quelque estime de lui , et qu'on lui voulait rendre quelque honneur , de dire et publier qu'il n'était que le fils d'un paysan , et qu'il avait gardé les troupeaux : ce qu'il prenait aussi plaisir de déclarer aux pauvres, afin qu'ils le considérassent comme ayant été de leur condition. Sur ce sujet, il arriva un jour qu'un homme de village étant venuk Saint-Lazare demander M. Vincent, et le portier lui ayant dit qu'il était empêché pour lors avec quelques seigneurs; ce bonhomme répliqua : < Ce n'est donc plus M. Vinf cent , parce que lui-même m'a dit qu'il n'était que le fils d'un

c simple paysan comme moi ? >

Accompagnant un jour un ecclésiastique k la porte de Saint-Lazare , une pauvre femme se mit à crier , lui disant : c Monseigneur , f donnez*moi l'aumône. > Â quoi M. Vincent lui répondit : < 0 ma ff pauvre femme! vous me connaissez bien mal, car je ne suis qu'un f porcher, et le fils d'un pauvre villageois. > Une autre l'ayant encore rencontré à la porte , comme il conduisait quelques personnes de condition , et pour le convier de lui donner l'aumône plus volontiers , lui ayant dit qu'elle avait été servante de madame sa mère , il lui répondit aussitôt devant tous ceux qui étaient présais : c Ma bonne femme , vous me prenez pour un autre ; ma c mère n'a jamais eu de servante, ayant elle-même servi , et étant t la femme , et moi le fils d'un paysan. >

Un jeune homme , parent d'un prêtre de sa compagnie , faisant par respect difficulté de s'asseoir auprès de lui et de se couvrir , il lui dit : < Pourquoi, Monsieur, faites-vous tant de difficulté et f de cérémonie k l'endroit d'un pauvre porcher et du fils d'un c pauvre paysan tel que je suis! > De quoi le jeune homme fut fort

surpris.

Ayant rendu visite k un homme de condition , lequel par honneur voulait le reconduire k la porte , il fit ce qu'il put pour l'en détourner , et entre autres choses lui dit : c Savez-vous bien , c Monsieur , que je ne suis que le fils d'un pauvre villageois , et c que pendant ma jeunesse j'ai gardé les troupeaux dans les

et* 389 ^ c champs? > A quoi ceseignenr, qui était homme d'esprit , répondit qu'un des grands rois du monde, qui était David, avait aussi été tiré de la conduite des troupeaux qu'il gardait; et M. Vincent parut comme tout confus et tout abattu de cette ré* ponse.

Dans les assemblées de piété où il se trouvait , son humilité le portait toujours k déférer aux sentimens des autres, et à les préférer aux siens, quoique meilleurs; et un jour, dans l'assemblée des Dames de la Charité de Paris , où il présidait, comme on délibérait sur quelques affaires assez importantes pour l'assistance des pauvres , l'une des dames de la compagnie s'étant aperçue que If. Vincent, selon son humilité ordinaire, suivait plutôt les sentimens de celles qui opinaient que les siens propres , elle en eut de la peine , et ne put s'empêcher de lui reprocher doucement qu'il ne tenait pas assez ferme pour faire valoir ses avis , bim qu'ils fussent les meilleurs : ù quoi il fit cette réponse digne de son humilité : c A Dieu ne plaise. Madame, que mes chétives pensées c prévalent sur ceUes des autres : je suis bien aise que le bon c Dieu fasse ses affaires sans moi , qui ne suis qu'un misérable. »

L'affection qu'il avait pour cette vertu d'humilité , et les trésors de grftces qu'il trouvait dans sa pratique , le portaient ù faire part à sa compagnie de tous ces abaissemens qu'il recherchait : c'est pourquoi il en parlait ordinairement avec des termes hnmilians. Dans cet esprit, répondant un jour à un prêtre qui demandait d'être reçu dans sa compagnie , laquelle il lui témoignait préférer à toutes les autres , reconnaissant que c'était le meilleur chemin pour aller au ciel : c C'est la bonté que vous avez pour nous , lui c dit*il , qui vous fait penser de la sorte ; mais il est vrai que les c autres communautés sont toutes saintes, et que nous sommes

< des misérables , et plus misérables que les misérables. »

Il dit k un autre , qui demandait la même chose : c Quoi , Hon-

< sieur, vous voulez être missionnaire? Et comment avez*vou8

< jeté les yeux sur notre petite compagnie? car nous ne sommes

< que de pauvres gens. > Celui-ci a depuis avoué qu'il fut grandement édifié de cette humilité de M. Vincent, lequel rabassait ainsi l'estime de sa compagnie devant ceux même qui la recherchaient et qui en demandaient l'entrée.

Mais non content de parler de la sorte, il a toujours tâché par ses exemples d'insinuer cet esprit d'humilité dans sa compagnie ,

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