MALADES
Nous ne répéterons point ici ce qui a été dit au premier livre touchant l'origine de la compagnie des Filles de la Charité destinées au service des pauvres malades , et Toccasion dont INea voulut se servir pour la faire naiire , et comment M. Vincent , sans avoir contribué k cet établissement sinon une fidèle correspondance aux desseins de Dieu , lorsqu'ils lui furent manifestés » se trouva, presque sans y penser, l'auteur de cette charitable entreprise et le père spirituel de ces vertueuses filles.
Nous rapporterons seulement en ce chapitre quelques choses dignes de remarque dont il n'a point été parlé au premier livre ^ touchant cette dévote communauté, laquelle a été érigée en compagnie ou congrégation et société particulière par l'autorilé de feu M. l'archevêque de Paris , dont les lettres d'érection portent les termes suivans :
< Et d'autant que Dieu a béni le travail que notre très aimé f Vincent de Paul a pris pour faire réussir ce pieux dessein , nous < lui avons confié et commis par ces présentes, confions et comt mettons la conduite et direction de la susdfte société et commut nauté , sa vie durant ; et après lui , k ses successeurs les supé- € rieurs généraux de ladite Congrégation de la Ifission ; etc. » Ensuite , il plut an roi donner des let^es-psientes pour autoriser
et confirmer cet établissemeot , qui furent vérifiées et enregistrées au Parlement.
H. Vincent se voyant chargé de cette conduite par un ordre si exprès de la divine Providence , crut qu'il devait employer ses pensées et ses soins pour perfectionner Tonvrage que Dieu lui avait fait la grâce de commencer. Pour cet effet , avant toutes choses il proposa à ces vertueuses filles pour maxime fondamentale de se considérer comme destinées par la volonté de Dieu pour servir Notre-Seigneur Jésus-Christ corporellement et spiri* taellement en la personne des pauvres malades , tant hommes que femmes et enfans, soit honteux ou nécessiteux ; et, pour se rendre dignes servantes d'un tel Seigneur dans un emploi si saint, de travailler soigneusement à leur propre perfection ; faisant tous leurs exercices en esprit d'humilité , simplicité , charité , et en union de ceux que Notre-Seigneur Jésus-Christ a faits sur la terre , et pour la même fiUi qui exclut toute vanité ou respect humain, et tout amour-propre et satisfaction de la nature.
Il leur a aussi fort particulièrement recommandé quelques autres vertus qu'il a jugées les plus nécessaires à leur état , comme Tobéissance à leurs supérieurs et à messieurs les curés ; l'indifférence aux lieux , aux emplois et aux personnes ; la pauvreté , pour s'affectionner k vivre pauvrement comme servantes des pauvres ; et la patience , pour souffrir de bon cœur et pour Tamour de Dieu les incommodités , contradictions , moqueries , calomnies et autres mortifications qui leur arrivent , même pour avoir bien fait ; se remettant en esprit que tout cela n'est qu'une partie de la croix que Notre-Seigneur veut qu'elles portent après lui sur la terre , pour mériter de vivre un jour avec lui dans le ciel.
Il n'est pas nécessaire d'entrer plus avant dans le détail de leur règlement, qui n'est que pour elles, et qui les porte à la pratique de l'oraison mentale, à la fréquentation des sacremens , aux retraites annuelles , aux conférences spirituelles entre elles, à l'union et charité mutuelle , k l'uniformité de vie , d'habits et d'actions , et k une modestie toute singulière.
Outre ce règlement qui est commun pour toutes , H. Vincent leur en a laissé d'autres qui regardent chaque emploi et chaque office particulier; leur marquant ce qu'elles ont à faire en tous les lieux où elles se trouvent , dans les villes et dans les villages , tant k l'égard des dames et autres personnes qui les emploient , qu'à II. 3
regard ded pâUTres qu'elles serrent, et qu'elles kistraisent ; et ees réglemens particuliers sont au nombre de six , tous difflSrens : le premier pour les sœurs qui assfetent les malades des paroisses ; le deuxième pour celles qui tiemieni les écoles ; le troisième pour celles qui ottt soin des enfans trouT^ ; le quatrième pour celles qui aident les dames k servir les pauvres de rH6iel**Dieu de Paris ; le cinquième pour lés sœurs qui sont à Thôpital des galériens; le sixième pour celles qui servent les malades dans les autres hôpitaux du royaume : et ces réglemens leur marquent particuHèrement les occasions dangereuses qu'elles mit k éviter , les précauti<ms dont il leur faut user, les vues différentes qu'elles doivent avoir , enfin tout ce qu'elles ont h faire ou h dire , jusqu'aux moindres dr^ constances , pour bien nourrir, panser, médicamenter, nettoyer, édifier, consokr et admonester les pauvres , petits et gtunds , sains et malades.
On pouvait bien dire que les réglemens qui sortaient des mains de M. Vincent étaient comme en leur perfection , parée qu'il ne se h&tait jamais de les donner : il voulait que Dieu seul en fttt l'auteur , et que l'esprit humain n'y eût autre part que cdle de la pratique : aussi ceux-là ont été dressés sur une longue expérience , et par concert avec mademoiseHe Le Gras , très éclairée , et toujours appliquée au service de toutes sortes de pauvres.
Ces réglemens font que ces filles s'acquittent de leurs petits de* voirsavec bénédiction, et au contentement d'un chacun : cequiftôt qu'on les demande de toutes parts. Plusieurs villes du royaume en veulent avoir , même des principales , sans parier de quantité de seigneurs et de dames qui désirent les établir en leun terres : et on espère de leur en fournir k mesure que cette petite compagnie se multipliera, comme elle fait, Dieu merci. CTest une belle occasion aux filles et aux veuves qui veulent se retirer du monde, pour assurer leur salut par des œuvres de charité ; et surtout k celles qui voudraient être religieuses , et qui n'ont pas une dot suffisante; car elles peuvent entrer dans cette compagnie sans aucune dot. On ne leur demande que ce qui est nécessaire pour leur premier habit, et principalement une bonne disposition de corps et d*esprit pour répondre k la grftce d'une si sainte vocation , qui est plus grande que les personnes peu charitables ne peuvent comprendre, et que M. Vincent a exprimé en ce peu de paroles :
« Une fille de la Charité, dit-il, a besoin ite plus de vertu que les
« religieiisès lis plas aiitiàres. Il n'y a pokit de religion de fiiles c qoi ait tant d'âo^^ois qu'elles M om, : car le» filles de la Charité. < ont presqaétods les emplois des reli^eaes^ ayant premièremeat. c h travallter ï leur propie perfeetiM , oonaoae lea religieuses Çart méHtes, ei autres semUabhb ; deMièmeroent au 3o|n des mala-, « des,Mmméle^reIifieQfiesdelU6Ml4>ieadePariset«wte^lu)^^^ « tri!ères) troisièmement à rinstraetkm d^s pauvriss filles^ comme « les l)iei^ei|. t
Voici ce que portent cpielqMs articles des rè^^es particulières, que M. VitieeM a données anx soeurs qui servent les pauvres n^-. lades dans les paroisses : c Elles eonsidéreront qu*j9ncore qu'elles, ne soient pas dans une rdigion ^ œt élat n'étant pas conveo^^e aux emplois de leur vocation, néanmoins , parce fo'eUes sopt, beaucoup plus exposées que tes religieiisea eloUrées et. grillées , n'ayantpoer menasière qne left maisons des malades; pour qel)D)e,, quelque pauvre chambre, et bien sMveet de louage;- pour <À^-, pelle, rdgllseperefissialei peur oloiire, les rues delà viUefpopr, cléfure, robéissance ; pour griUe, lactainti de Dieu; e^ pour, voile , la sainte modestie. Peur toutes ces eensidéifttifOtts, ^e^ doivent avoir autant ou plus de vertu qm si elles étaient ]wro^ fessas dans un ordre religieux* C'est pourquoi eUes tifber^td^ se comporter en tous ces Ueux-»là du moios ave^ autapt de retenue, de recoHeetion et d'édMcalionque ton%k»,immJ^^^ gienses dans leurs monastères, fit pqur obtenir de* D»eu ^^te grâce , elles doivent s'éiuiUer il l'acquisition de tenles lee v^Rlua qui leur sont recommandées par leul»^rè|^asv ^l pssrtifeidièrement d^une profonde hun^é , d'une parftitè etiéiisauee et(4'fui grand détâchetnent des créainresi et snrtdut eiiefe iMOMot ide toutes les précautions pcesiMes pour eonaerver parfaitetneat la chasteté du coips et du oosur. .
ff nies penseront souvent % la te principale ipoupidqueUe IJtîeu a voulu qu'elles fussent envoyées en la paroisse 4)tr eites.se ti^u-i Tent , ()uiest de servir les pauviw maltides ^ non seuleiimit corporeltement en le«rr administrant )a noumtute et les uiédîea-. mens , tuais encore ^(dritueliement , en proeuiant iqu'ito DM^i-! ^cnt de bonne heure les saoremens. fin sone qqe lous^ (ntm qui tendront \ h mort partent de ee monde en bon état , eft qMe ceux qui guériront fessent une bonne résohitina de hsfD. vivra h Tavenir. Et pour mieux teur proeurw ce sesonns $spjvKH^l »
elles y contribueront autant que leur petit pouvoir et le peu de temps qu'elles ont pour cela leur permettront , et selon que la qualité et condition des malades le requerront. Or le secours qu'elles tâcheront de leur donner sera particulièrement de les consoler , encourager et instruire des choses nécessaires à salut; leur faisant faire des actes de foi , d'espérance et de charité en-^ vers Dieu et envers le prochain , et de contrition ; les exhortant de pardonner k leurs ennemis , et de demander pardon k ceux qu'ils ont oflTensés ; de se résigner au bon plaisir de Dieu, soit pour souffrir, soit pour guérir , soit pour mourir , s<»t pour vivre , et autres semblables actes , non tous à la fois , mais un peu chaque jour , et le plus succinctement qu'il leur sera possible , de peur de les ennuyer.
« Surtout elles se donneront k INeu , pour les disposer k faire une bonne confession générale de toute leur vie , particulièrement s'ils sont pour mourir de leur maladie ; leur représentant l'importance qu'il y a de la faire, et leur enseignant la manière de la bien faire; leur disant, entre autres choses, qu'ils ne rendront pas seulement compte des péchés commis depuis leur dernière confession , mais encore de tous les antres qu'ils ont jamais faits, tant confessés qu'oubliés : que s'ils ne sont pas en eut de faire cette confession de toute leur vie , elles les exciteront k concevoir du moins une contrition générale de tous leurs péchés , avec un ferme propos de voutoir plut6t mourir que de les plus commettre, moyennant la grftce de Dieu, c Si les mahdes reviennent en convalescence , et puis retombent une 00 plusieurs fois, elles auront soin de les exhorter à recevoir derechef les sacremens, même celui de TExtréme- Onction , et de leur procurer ce grand bien. Si elles se trouvent k leur dernier passage , elles les aideront k bien mourir, en leur faisant faire quelques uns des actes ci-dessus rapportés et priant Dieu pour eux.
c Et s'ils guérissent, elles redoubleront leurs eoins pour les exciter k profiter de leur maladie et de leur guérison, en leur représentant que Dieu les a faits malades du corps pour guérir leurs âmes , et qu'il leur a redonné la santé corporelle pour la biea employer k faire pénitence et k mener une bonne vie ; et partant qu'ils doivent faire de fortes césolotions d'accomplir tout cela, et renouveler celles qu'ils ont faites au fort de leur mal ;
c leur constant quelques petites pratiques selou leur portée,
< comme de prier Dieu à genoux soir et matin, se confesser et ff communier plusieurs fois Tannée , fuir les occasions du péché , « et semblables, le tout brièvement, simplement et humble- « ment.
« Et de peur que ces services spirituels qu'elles leur rendent ne « iHPéjudicîent aux corporels qu'elles leur doivent , ce qui arrivec rait si, pour s'amuser trop long4emps k parler h un malade, « elles faisaient souffrir les autres, faute de leur porter de bonne
< heure la nourriture ou les médicamens nécessaires, elles tftche-
< ront de Inen prendre en cela leurs mesures, réglant leur temps t et leurs exercices selon que le nombre et le besoin des malades
< sera grand ou petit. Et parce que leurs emplois du soir ne sont c pas ordinairement si pressans que ceux du matin, elles pour- « ront prenAre ce temps^lk pour les instruire ou exhorter en la
< manière qui a été marquée , particulièrement lorsqu'elles leur
< portent les remèdes.
c En servant les malades , elles ne doivent considérer que « Dieu , et partant ne prendre non plus garde aux louanges qu'ils
< leur donnent qu'aux injures qu'ils leur disent, û ce n'est pour « en faire un bon usage, rejetant intérieurement celles-Ui, en se € confondant dans leur néant, et agréant celles-ci pour honorer « les mérites ûdts au Fils de Dieu en la croix par ceux mêmes f qui en avaient reçu tant de faveurs et de grâces.
« Elles ne recevront aucun présent, tant petit soit^l, des pauc vres qu'elles assistent; se . gardant bien de penser qu'ils leur « soient obligés pour le service qu'elles leur rendent; vu qu'au c oûDiraire elles leur m doivent de reste , puisque pour une peff tite anmAne qu'elles font, non de leurs biens propres, mais
< seulement d'un peu de leurs soins, elles se font des amis dans
< le ciel, qui ont droit de les recevoir un jour dans les tabernacles t étemels; et même, dès cette vie, elles reçoivent, au sujet de • ces pauvres qu'elles assistent , plus d'honneur et de vrai conten- I teme&t qu'cdles n'ai eussent jamais osé espérer dans le monde, c dont dles ne doivent pas abuser, mais plutôt entrer en confu- I sion , dans la vue qu'elles en sont indignes, i
Voilà les principaux réglemens que M. Vincent a donnés k ces fertneoses filles, par lesquels on peut connaître dans quel esprit il lee élevait, et k qœl degré de perfection il les portait; et, k
1^ 38 ne
plus forte raison, de quel esprit il était rem^i lai^méme, et com- 'bien abondantes étaient les grâces et les lainières dont IMeu a^ait eomblé son ftme , et qu'il répandait airee tant de bénédiction sur les antres.
Il leur a encore donné en diverses rencontres plusieifs bons 'avis pour se bien comporter h l'égard de qoelquos p^raoïines particulières, par eiemple, envers meaaieifin lëe eeciéaiaatîqaesilûi palisses ott eMes smuent résidentes : c 11 la» recoionandait d'un "f t(Ai un grand respect envers au , et d*un autie de ne les viaie ter , ni leur parier qu'an eonfttSHtnMl , sans néeessité; de t n'àner jamais seules chez eux, ni les recevoir demèmeehez r elles dans leurs chà&diree; dans les maladm « bo les traiter ai ^r leur fournir de remèdes; ne se charger du blaidùssafe das 4" surplis V aubes et autre linge d'é|^, ni de la netteté et orno- « trient des églises et des autels, ni du soin et entiietien de la ''k lampe, et autres semblables occupiftiaiDs; lesqfueilea, quoique c saintes, ne sont pas conformes k leur iaatitat* paroe qu'elles c les détourneraient du service des paavsesk
< Et à l'égard des laïques et séonUMs^de» quelque condition "t qu^Bs àdient , il leur recommandait de ne lea pas- viaîternen plus t sans nécessité , ni perdre le temps etae ihmiliariaer trop ehez ^' eux ; de ne se charger, quand ils sent malades^ du trnteiaent de \* leurs personnes ni de leurs ettfans, serviteurs ou demealiques; c et enfin de ne s'occuper de leurs affaires, ménages, remèdes^ c etc. ; tout cela n'étant point de leur institut, qui les appUqpie au t Èertice des pauvres malades , et non pas des riehea. Et Û leur ï recommandait tontes ces choses comme {dos importaniea c qu'elles ne paraissaient d'abord , vu que ees occupalions étant
< ordinairement plus facile^ , plus agréables et plus honorables
< selon le monde , elles s'y adonneraient plus voWtierB aifan i'in» <' dlnation de la nature, et ainsi peu à peu elles s'éloigneraknl f' dé ce que Notre-Seigneur demande d'elles, et de la fin pour c laquelle leur petite compi^ie a été instiitttée. »
' Outre les paroisses dans lesquelles ees bMnes filles travailloni ptfûrie Service des pauvres malades , il y a enoèna cinq hôpittius dans Paris où elleâ sont employées pour le même èSét: 1^ eelui de THôtél-Dièu , où diès aident fes dames qui vont visiter les malades ; V celui des Enfans-Trouvés , eé leur chaorité trouve ira trè» grand e^ehilde, ne se passant aucune année sans qu'te ne leur
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apporte trais oo quatre ^nts de ces enfans qu'elles oeurnssent «t élèvent awe un soîn admîra|>le; S"" celui des criminels condanmés lux galères, où elles exercent les œuvres de miséricorde en un très haut degré , puisque c'est à l'égard des plus misérables au corps et en l'âme qu'on ne saurait presque s'imaginer; c'est pourquoi les soBurs qui y sont en^^loyées ont Jbesoin d'une grâce extraordinaire 4e Dieu; et M* Vincent leur a aussi prescrit des pratiques conformes k ce besoin; 4"" celui des Petitea^Maisons , où dles ont soin de la nourriture , entretien et netteté des pauvres aliénés d'esprit qui y sont w grand nombre i de l'un et de l'autre sexe, qu'eU» servent tant en santé qu'en maladie, et traitent avec grande douceur et cbarité, MM. les administrateurs de cet bôpital ont rendn témoignage qne ces bonnes 6Ues avaient retranché quantité de désordres qui allaient k l'oflTense de Dieu , à la ruine des biens de la maison , d k l'altération de ces pauvres insensés, en sorte q«'on a été très édifié et satisfait de leur conduite; 5"" wfin il y a rh6|»tal du Nom-de4ésus , où plusieurs tant hommes que femmes avancés en 4ge sont servis, accommodés et assistés en toutes fa^* «OAs par cas ebarit^Ues filles.
Outre ces cinq hôpitaux qui les occupent dans la seule viUe de Paiîa, et toutes les paroisses où dles sont employées, tant en la même ville qu'en phisieurs lieux de France, il y a encore beaucoup d'autres hôpitaux où elles rendent service aux pauvres , comme Angers, Chartres, Chàteaudun, Hennebon, Saint-Far* gean, Ussel, Caliors, Gex, etc., et môme jusqu'en Pologne, en la ville de Varsovie, en tous lesquels lieux elles rendent service aux pannes avec grande bénédiction- Nous rapporterons ici sur ce sujfli une lettre que M. Vincent écrivit à mademoiselle Le Gras lorsqn'il fnt question d'envoyer trois de ses filles travailler en Poitau:
« Je prie Notre-Ssignenr, dit4i , qu'il domie sa sainte bénédiction k nos très chères Sœurs, et qu'il leur fasse pari de l'esprit qa'il a drané aux saintes dames qui l'accompagnaient et qui coopéraient avec lui k l'assistance des pauvres malades et h Tinstmetion des enfems. 0 bon DienI quel bonheur à ces bonnes flHes d'sHer continner au lien où elles sont envoyées la charité qve Notre^Seignear a exercée sur la terre I Ohl que le ciel se réjouira de voir cela ! et que les louanges qu'elles en auront en l'autre vie serant adaûrtliB ! mais «oc qaeUe sainte confiance
paraîtront-elles au jour du jugement, après tant de saintes œuvres de charité qu'elles auront exercées ! Certainement il me semble que les couronnes et les empires de la terre ne sont que de la boue , en comparaison du mérite et de la gloire dont il y a sujet d'espérer qu'elles seront un jour couronnées, c II ne reste sinon qu'elles se comportent dans l'esprit de la sainte Vierge en leur voyage et en leurs emplois; qu'elles la voient souvent des yeux et de l'esprit , et qu'elles fassent toutes choses ainsi qu'elles se représenteront dans la pensée que pourrait faire cette très sainte Dame. Qu'elles considèrent surtout sa charité et son humilité. Qu'elles soient bien humbles h l'égard de Dieu , cordiales entre elles , bienfaisantes à tous , et k édification en tous lieux. Qu'elles fassent leurs exercices de piété tous les matins ou avant que les coches partent , ou sur les chemins; qu'elles disent leur chapelet et portent avec elles quelque petit livre de piété pour le lire ; qu'elles contribuent aux entretiens qui se feront de Dieu et nullement k ceux du monde , et moins encore k ceux qui seraient trop libres ; enfin , qu'elles soient des rochers contre les familiarités que les hommes voudraient pren^ dre avec elles.
« Étant arrivées au terme de leur voyage , elles iront d'abord saluer le Très-Saint-Sacrement , verront M. le curé , recevront ses ordres, et tâcheront de les accomplir k l'égard des malades et des enfans qui iront k l'école. Elles feront ce qu'elles pourront pour profiter aux ftmes pendant qu'elles traiteront les corps des pauvres malades ; elles obéiront aux officières de la Charité, et les animeront k s'afifectionner k la pratique du règlement ; elles se confesseront tous les huit jours, etc. Et continuant de la sorte , il se trouvera devant Dieu qu'elles auront mené une vie fort sainte , et que, n'étant que de pauvres filles sur la terre , elles deviendront de grandes reines dans le ciel. C'est ce que je demande k Dieu , etc. »
Or comme dans tous ces hôpitaux il y a souvent un grand sombre de malades k servir , et qu'elles sont ordinairement en petit nombre en chaque hôpital , cela est cause qu'elles se trouvent assez souvent fort surchargées. C'est ce qu'une des sœurs qui avait été envoyée en un hôpital représenta un jour par lettre kM. Vincent, en ces termes :
« Monsieur, nous sommes accablées de travul et nous y sac-
< comberons si nous ne sommes secourues : je suis contrainte de
< vous tracer ce peu de lignes la nuit en veillant nos malades ,
< n'ayant aucun relâche le jour; et en vous écrivant, il faut que f j'eihorte deux moribonds. Je vais tantôt à l'un , lui dire : Mon
< ami, élevez votre cœur k Dieu, demandez-lui miséricorde; cela « fait , je reviens écrire une ou deux lignes , et puis je cours à
< l'antre lui crier : Jésus Maria ! mon Dieu, j'espère en vous; et « puis je retourne encore à ma lettre ; et ainsi je vais et viens , et c je vous écris k diverses reprises , et ayant l'esprit tout divisé.
< C'est pour vous supplier très humblement de nous envoyer en- « core une Sœur, etc. >
M. Vincent lisant cette lettre, admira l'esprit de cette fille dans ce trait de 8<m éloquœce naturelle, qui était très puissant pour exprimer son besoin , et pour le persuader d'y apporter remède et lui envoyer du secours.
Mais ce qui met le comble à la charité de ces bonnes fiUes est le grand travafl qu'^es ont entrepris par obéissance , et avec une sincère affection , non seulement dans tous les lieux dont nous avons parié, mais jusque dans les hôpitaux des armées, où le zèle de leur charitable supérieur les a envoyées , avec les précautions nécessaires pour y prendre le soin des soldats blessés et des autres malades, comme à l'hôpital de Réthel pendant le dernier siège, et depuis à Calais durant le siège de Dunkerque , où il y en eut deux qui consumèrent saintement leur vie dans cet office de charité.
M. Vincent recommandant un jour aux prières de sa communauté ces bonnes filles, dit les paroles suivantes, que nous avons cru devoir insérer en ce lieu :
« Je reconunande, dit-il, à vos prières les Filles de la Charité c que nous avons envoyées à Calais pour assister les pauvres solc dats blessés; de quatre qu'elles étaient, il y en a deux décédées, € qui étaient des plus fortes et robustes de leur compagnie ; ceff pendant les voilk qui ont succombé sous le faix. Imaginez-vous, « Messieurs , ce que c'est que quatre pauvres filles à Tentour de € dnq ou six cents soldats blessés et malades. Voyez un peu la « conduite et la bonté de Dieu de s'être suscité en ce temps une c compagnie de la sorte : pourquoi faire? pour assister les pau- « vres corporellement et même spirituellement, en leur disant € quelque» bonnes paroles qui les portent k penser k leur sahit;
»•* 4t iâ parUcuUèremânt aux monbonds, {Mur 1^ aidar ïiàm monw; leur faisant faire des acte» de contrition et de eonfianoeen Dieu. En vérité , Messieurs , cela est touchant : ne vous senible4-ii pas que c'est une action de grand mérite devant Dîen que des Aliea s'en aillent avec tant de conrage et de résolution parmi des soldats, les soulager m kms besoins , et eontribner k les aau« ver ; qu'elles aillent s'e3(poser k de ai grands travaux , et même k de fâcheuses maladies , et enfin k la mort, pour ces gêna qui se sont exposés aux p^la de la guerre pour le bien de l'État? < Nous voyons donc combien cea pauvres filles sont pleines de zèle de sa gloire et de l'assistance du proehatn. La rane nous a fait l'honneur de noua écrire pour noua mander d'en envoyer d'autres k Calais « afin d'assister cea pauvres soldats. El voilk que quatre s'en vont partir aujourd'hui pour cela. Une d'entre elles , âgée d'environ 50 ans , me vint tianver vendredi dernier k l'Hdtel-Dieu, où j'étais , pour me dire qu'elle avait appris que deux de ses sœurs étaient mortes k Calais, et qn'eUe venait s'offrir k moi pour y être envoyée k leur idnea , ai je le trouvais bon. Je lui dis : lia Sceur , j'y penserai : etiûer elle vint ici pour savoir la réponse que j'avais k lui faire. Voyez, Mes* sieurs et mes Frères , le courage de ces filles k s'effirir àa la sorte, et s'offrir d'aller exposer leur vie, eomma des victimes, pour l'amour de Jésus^Christ et le bien du prodiain : ceh n'est* il pas admirable ? Pour moi, je ne sais que dire k cela , sinon que ces filles seront mes juges au jour du jugement. Oui, ^ea seront nos juges , si nous ne sommes di4K>8éB comme elles k exposer nos vies pour Dieu, etc. Conune notre Congrégation a quelque relation k leur compagnie , et que Noire^Seigneur s'est voulu senir dé celle de la Missicm pour donner oommencément k celle de ces pauvres filles, nous avons anssi obligation de remercier Dieu de toutes les grâces qu'il leur a faites, et de le prier qu'il leur continue par sa bonté infinie les mêmes bénédio tions k l'avenir.
f Vous ne sauriez croire combien Dieu bénit partout ces bonnes filles , et en combien de lieux elles sont denrées. Un évéque en demande pour trois hôpitaux , un autre pour deux ; un troisième en demande aussi , dont on me parla encore il n'y a que trois jours , et <m me pressa de lui en envoyer. Mais quoi ? il n'y a pas moyen , nous n'en avons pas assM. Je demandée l'antre
« jour h un evé de cette vHIe, qui eu t dans 0a ptmsse» coBh € meirt dl68 faisaient} Je D'oseraîa vous fapporter le bien qu'il « m'en a dit. Il en va ainsi des autres , qui plus , qui moins. Ce 9 n'est pas qn'diee n'aient des défaota ; bêlas ! qui eat^ce qui n'en « a pomt? mais eUes ne laissent paa d'exercer la miséricorde, qui € eat cette belle irertn de laquelle il est dit que le propre de Dieo
< cet la mîaéricorde. Nous autres , nous l'exerçons anasi , et nous c la de vœis exereer tonte notre Tie ; miséricorde corporelle , misé- « ricorde spirituelle , miséricorde aux champs dans les misaionSv « en aeconmnt aux besoins de notre prochain; miséricorde }t la « maiaeii j à l'égard des exercitans qui sont en retraite cbex noua, « et k regard des pautres , et en tant d'autres occasions que Keu « noos présente. Enfin nous devons toiv^urs être gens de miséri-
< corde , si nous voulons faire en tout et partout la volonté de « Dieu, ete* t
Nous ne devons paa omettre iei une chose digne de remarque, qmeat que, comme les premières missions que II. Vincent a faites dans les paroisses des villages ont donné occasion 2i la naissance d'one Gongrégatîott de missionnaires t d^ même aussi les Confréries de la Charité qu'il a établies dans les paroisses ont produit nne compagnie deFillss de la Charité , sans aucun dessein prémédité, mais par nn ordre seeret de la divine Providence. De sorte qa'après Dieu , Tinstîtntion de ces deoi compagnies» leur accroisr sèment, hvr uliliié, leum réglemens et leurs pratiques viennent dn aèk, de la pmdenee et de la piété de ce sage institutenr, qui les a vues édore de ses travaux , et qui lea a cultivées par sa douce conduite, sontsnnes et affisrmies sur des appuis et str des fonde* mens infaillibles, tels que sont ceux de rÉvMgile , et qui les a^en* lin consacrées toutes deux à l'amour de Dieu et du prochain 1 mais h n amonr aiSBCtif et de pnftique, qui embrasse toutes les csnvres de misérioetde, qiiritnelles et eerporelles. C'est à quoi il s'est hir même dédié et consumé ; c'est le chemin qu'il a frayé h Tunet à l'aune sexe , pour parvenir assurément h leur perfection. £t pour faire voir la sainte convenance que ces deux compagnies ont entre elles, el avec les cbrétiens de la primitive Église, je rapporterai ici ce que lui-même en a remarqué dans une lettre qu'il a écrite ï un prêtre de sa Congrégation , lequel hii avait fait cette objection : Pourquoi les missiennaiees , qui ont pour règle de ne se p^nf ehttter de la eondniie d'anenneft religieuses, ont néan*
Bh 44 «i6 moins la direction des Filles de la Charité? A qnoi il fit la réponse suivante , qui est considérable sur ce sujet. Elle est dn 7 fi^ ▼rier 1660.
c Je rends grâces à Dieu des sentimens qu'il vous a donnés sur ce que je vous ai écrit touchant les religieuses; j'en suis fort consolé , voyant que vous avez connu l'importance des raisons que la Congrégation a eues de s'éloigner de leur sorvice , pour ne mettre empêchement à celui que nous devons au pauvre peuple.
< El parce que vous désirez être éclairci du sujet qui nous a fait prendre le soin des Filles de la Charité , en demandant pourquoi la Congrégation , qui a pour maxime de ne s'oc* cuper h la direction des religieuses , se m&ie néanmoins de ces filles-lk?
c 1 ^ Je vous dirai , Monsieur , que nous ne blâmons pas l'assistance des religieuses : au contraire , nous louons ceux qui les servent , comme les épouses de Notre-Seigneur , qui ont renoncé au monde et k ses vanités pour s'unir à leur souverain bien : mais tout ce qui est loisible aux autres prêtres n'est pas expédient pour nous.
« 2* Que les Filles de la Charité ne sont pas religieuses , mais des filles qui vont et viennent comme des séculières. Ce sont des personnes de paroisses sous la conduite de MM. les curés où elles sont établies. Et si noos avons la diieetion de la maison où elles sont élevées , c'est parce que la conduite de Dieu , pour donner naissance à leur petite compagnie, s'est servie de la nôtre : et vous savez que des mêmes causes que Dieu emploie pour donner l'être aux choses, il s'en sert pour le leur conserver.
« 3^ Notre petite Congrégation s'est donnée à Dieu pour servir le pauvre peuple corporellement et spirituellement, et cda dès son commencement : en sorte qu'en même tenqps qu'elle a travaillé au salut des âmes par les missions , elle a établi un moyen de souhiger les malades par les Confréries de la Charité , et le Saint-Kége a approuvé cela par les bulles de notre institution.
c Or, comme la vertu de miséricorde a diverses opérations, elle a porté la Congrégation k plusieurs et différentes manières d'assister les pauvres. Témoin le service qu'elle rend aux forçats
des galères et aux esclaves de Barbarie. Témoin ce qu'elle a fait pour la Lorraine en sa grande désolation ; et depuis pour les frontières minées de Champagne et de Picardie , ot nous avons encore un des nôtres incessamment appliqué k la distribution des aumônes. Vous êtes yous-mème témoin , Monsieur , du secours qu'elle a apporté au peuple des envirMs de Paris , accablé de famine et de maladie, ensuite du séjour des armées. Vous avea eu YOtre part k ce grand travail , vous en avez pensé mourir , ainsi que beaucoup d'autres qui ont donné leur vie pour la conserver aux membres souffrans de Jésus-Christ , lequel en est maintenant leur récompense, et un jour il sera la vôtre. Les Dames de la Charité de Paris sont encore autant de témoins de la griice de notre vocation , pour contribuer avec dles à quantité de bonnes œuvres qu'elles font , et dedans et dehors la Tille.
c Cda posé, les Filles de la Charité étant entrées dans Tordre de là Providence, comme un moyen que Dieunous donne de faire par leurs mains ce que nous ne pouvons faire par les nôtres, en l'assistance corporelle des pauvres malades , et de leur dire par leur bouche quelque mot d'instruction et d'encouragement pour leur salut , nous avons aussi obligation de les aider k leur propre aTancemeitt en la vertu , pour se bien acquitter de leurs exercices charitables.
« Il y a donc cette différence entre elles et les religieuses , que la plupart des religieuses n'ont pour fin que leur propre perfection; au Heu que ces filles sont appliquées, comme nous, au salut et au soulagement du prodiain. Et si je dis avec nous , je ne dirai rien de contraire k l'Évangile, mais fort conforme k l'usage de la primitive Église ; car Notre-Seigneur prenait soin de quelques femmes qui le suivaient ; et nous voyons dans les Actes des Apôtres qu'elles administraient les vivres aux fidèles, et qu'elles avaient relation aux fonctions apostoliques. € Si l'on dit qu'il y a danger pour nous de converser avec ces filles , je réponds que nous avons pourvu k cela , autant qu'il se peut faire , en établissant cet ordre en la Congrégation , de ne les visiter jamais chez elles, dans les paroisses , sans néc^sité et sans permission expresse ùbl supérieur. Et elles-mêmes ont pour règle de faire leur clôture de leur chambre, et de n'y jamais laisser entrer les hommes*
cardie , et qnantilé d'autres lieux qui ont été les plus aiBigés de ce fléau , ainsi qu'il se verra dans le chapitre suivant.
Et toutes ces grandes entreprises et ces saintes œuvres se sont faites par ces verluenses dames, avec un ordre , une humilité, une discrétion, un zèle et une persévérance admirable, sous la sage conduite de M. Vincent, qui animait cette dévote compagnie de son esprit, et lui inspirait la même ferveur et charité dont il était rempli ; et pour le faire connaître comme dans un tableau raccourci , nous rapporterons seulement ici ce qui s'est passé en un entretien fait par ce sage et zélé directeur, en une assemblée générale et extraordinaire de ces dames tenue chez madame la duchesse d'Aiguillon qui en était la supérieure' : il fut secrètement recueilli en même temps qu'il le prononçait, par le missionnaire qui l'accompagnait. Le lecteur sera consolé d'y vcnr d'un cité la prudence et la piété de M. Vincent pour insinuer très k propos dans l'esprit de ces dames divers sentimens de vertu, et, d'un autre, la diversité et la multitude des biens qu'il a faits avec elles , dont la valeur est inestimable.
Après avoir invoqué le Saint-Esprit par l'antienne , Veni Sancie Spiritus, à genoux, et chacune des dames ayant pris sa séance , il leur parla en la manière qui suit :
€ Mesdames , le sujet de cette assemblée regarde trois fins : la € première est pour procéder k une nouvelle élection d'officières, € s'il est jugé à propos ; la seconde, pour donner connaissance à c la compagnie des œuvres que Dieu lui a fait la grâce d'entre* t prendre ; et la troisième , pour considérer les raisons que vous c avez. Mesdames, de vous donner à sa divine bonté, afm qu'il € lui plaise vous faire la grâce de soutenir et de continuer ces € œuvres commencées.
c Pour l'élection , on en parla vendredi dernier en l'assemblée c ordinaire , laquelle est composée des officières et de quelques f autres dames : les officières faisant instance qu'on en élise de t nouvelles , et les autres étant d'avis qu'on les prie de continuer < leurs charges jusqu'à Pâques ; et parce que vous. Mesdames, avez c voix délibérative sur ce sujet, nous les prendrons à la fin de ce c discours, pour savoir si les officières doivent continuer, ou si c vous procéderez k une nouvelle élection.
(f ) Ce fut U II Jnillel |«S7.
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Et praMiàraMm il ott k obienrer que ces dames ayant élé as^ semblées pour secourir les pauvres de rH6tel*Dieu , leur charité se s'est pas bornée à cette seule bomie OMifre ; mais par ime grâce toute singulière qu'dles ont reçue de Dieu , par l'entremise de leur sage directeur, elles ont entrepris, sons sa o<Midnile et par ses am, plusiears autres choses très importantes pour la gloire de Dieu ^ pour le serviee de son Église et pour le salut des âmes. Car, outra ce qu'elifis ont fait k l'UAtel-Dîeii pour te service des malades , et pour te bon ordre de la maison, elles ont enciH*e pris te soin de lu nourriture et du rédneation des pauvres enfans trouvés de la viUe et deu fiaubooiip de Paris^ qui étaient auparavant dansmi étrange abandon » et qui sont obligés à teur charité non seidement de la vie qu'dies leur ont sauvée , mais aussi de& autres assistaiices spîri» tueOes qui leur sont données, pour mener me vie chrétienne i et pour foire teur salut»
C'est par leur moyen que la maison des Piltes de là Providenee t été mstitnée pour y recevoir, testruire» occuper et mettre en as^ suraoce plusieurs honnêtes filles, qui sans ce heu de retraiie se^ raient en grand danger^ pour n'tvoir auàin ét^iBsemeot ^ lA oonditien ou refuge dans Paris.
IHeu s'est aussi voulu servir des mêmes dames peur poser comme tes premiem fondemens de lHôpital^énéral , ainsi qu'il a été dit dans le premter livre ; et cdui qui a été établi àSainte^Reine, oi l'on exeree tant d*œuvres de miséricoide , est ausn beaucoup redefubte à teur charité.
Eltes ont encore notablement contribué h Tentreprise et h Tentrecien de plusieum missions dans tes pays étrangers , comme sut lies Hébrides , )t M adagaec«r, etc. ; et leur eète u fttit ressMtir son ardeur jusque dans les régions les plus éloignées des Indes , oh eBes ont par leurs bienfait facilité l'envoi de plusieurs mfesionnmres; et outre cela eltes ooténcoi^ dépteyé leurs libéralités pour eontrflmer aux firais du voyuge que MM. tes évéques dH^Htepolis , de Bérîie et de M étellopolis ont entrepris, avec la bénédiction du Samt^Siége a^^ostolique , au Tunquin et k te Cbhie, pour aller en ces vantes ptxyvinces travsfiller h te conversion des infidèles et h raeeroKseiMnt du royaiuie de lésns^rist .
Enfin elles se sont employées avec une charité infàtigaUe , et avec des dépenses incroyables , à secourir et assister pendant tout le temps des guerres passées la Lorraine , la Champagne , la Pi-
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bre de curés dans leurs paroisses ruinées , lesquels auraient été contraints d'slmndonner leurs paroissiens , pour ne pouToir vivre avec eui , sans cette assistance ; et enfin pour racommoder un peu quelques églises qui étaient dans un si pitoyable état, qu'on ne le peut dire sans frémir d'horreur, c Les lieux où l'argent a été distribué sont les villes et les environs de Reims, Rethel, Laon, Saint-Quentin, Ham, Maries, Sedan , et Arras.
c Sans comprendre les habits, draps, couvertures, chem^es, aubes, chasubles, missels, ciboires, etc., qui monteraient à des sommes considérables , si cela était supputé, c Certes , Mesdames , on ne peut penser qu'avec admiration au ^and nombre de ces vétemens, pour des hommes , des femmes et des enfans, et aussi pour des prêtres; non plus qu'aux diveis ornemens pour les églises dépouillées , et réduites k une telle pauvreté , qu'il se peut dire que sans cette charité la célébration des saints mystères en était bannie , et que ces lieux sacrés n'auraient servi qu'k des usages profanes. Si vous aviez été chez les dames chargées des bardes , vous auriez vu leurs maisons être comme des magasins et des boutiques de gros marchands.
c Béni soit Dieu , Mesdames , qui vous a fait la gr&ce de couvrir Notre-Seigneur en ses pauvres membres , dont la plupart n'avaient que des haillons, et plusieurs enfans étaient nos coomie la main. La nudité des filles et des femmes était même si grande, qu'un homme qui avait tant soit peu de pudeur n'osait les regarder , et tous étaient pour mourir de froid dans la rigueur des hivers. 0 combien vous êtes obligées à Dîen de vous avoir donné l'inspiration et le moyen de pourvoir k ces grands besoins I Mais à combien de malades n'avez-vous pas sauvé la vie? Car ils étaient abandonnés de tout le monde, couchés sur la terre , exposés aux injures de l'air, et réduits à la dernière extrémité par les gens de guerre et par la cherté des blés. A la vérité ii ; a quelques années que leur misère était plus grande qu'elle n'est à cette heure , et alors on envoyait jusqu'à seize mille livres par mois. On s'animait k donner , à la vue du danger où étaient les pauvres de périr s'ils n'étaient promptement. secourus, et on s'échauffait les uns les autres en charité pour les assister ; mais depuis un an ou deux ,
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le temps étant un peu meilleur , les autndiies ont beaucoup diminué. Il ; a néanmoins encore près de quatre-iringts églises en ruine ; et les pduYres gens soùi obligés d'aller chercher une Messe bien loin. Voyez oà nous en sommes ! On a commencé à y Caire travailler , par la provide&ee que Dieu a sur la compa^ gnie.
c Or, Mesdames ^ie récit de ces choses ne vous attendrit-il pas le cœur? n'étes-vous pas touchées de reconnaissance envers la bonté de Dieu sur vous et sur ces pauvres affligés ? Sa Providence s'est adressée à quelques dames de Paris , pour assister deux provinces désolées ; cela ne vous paralt-il pas singulier et nouveau ? L'histoire ne dit point que chose semblable s(Ht arri- , vée aux dames d'Espagne , d'Italie , ou de quelque autre pays ; cela était réservé à vous autres, Mesdames^ qui êtes ici , et i quelques autres qui sont devant Dieu , oè elles ont trouvé une ample récompense d'une si parfaite charité. Il en est mort huit de votre compagnie depuis un an. Et k propos de ces dames défuntes, 6 Sauveur! qui leur aurait dit, la dernière fors qu'elleâ s'a8sead>lèrent , que Dieu les appellerait avant la prochaine assendlilée; qudles réflexions n'auraient-'eVeis pas faites sur là brièveté de cette vie et sur l'importaBcè de la bien passer? Combien auraient-elles estimé la pratique des bonnes œuvres 7 Et gueUes résolutions n'auraienfrOlles pas prises pour s'adonne^ plus que jamais à l'amour de Dieu et du prochain , -avec plus de ferveur et plus d'efhts? Donnons-nous k Dieu pour entrer dans ces sentimens. Elles jouissent mainteaant de la gloire , comme fl y a sujet d'espérer ; elles éprouvent combien il est bon de servir Dîeu et d'as^ter les pauvres ; et au Jugement elles entendront ces agréables paroles du Fils de Dieu : Venez, les bien-aimées dé mon Père , posséder le royaume qui vous a été préparé ; parce qu'ayant eu faim , vous m'avez donné à manger ; ayant été nu j vous m'avez habillé ; étant malade , vous m'avez visité et secauru , etc. Belle pratique , Mesdames , de vous offrir h Dieu , et moi avec vous, pour nous rendre dignes, tandis que nous en avoua Voccasiott , d'être un jour de ce bienheureux nombre , et nous proposer le bien que nous voudrions faire , si nous étions persuadés que ce sera peut-être ici la dernière assemblée où nous nous trouverons. En voilh huit en un an. Otez-en autant pour chacun des wnées passées, vous trouverez le nombre dfe
la compagnie beaucoup diminué. Il allait du commencement à deux et à trois cents, et présentement il est réduit à cent cinquante. Je recommande à vos prières ces chères défuntes. < Venons aux enfans trouvés , dont votre compagnie a pris le soin ; il se voit , par le compte de madame de Bragelonne , qui en est la trésorière , que la recette pour la dernière année monte à 16,248 livres, et la dépense k 17,221 livres. € Et après avoir lu le nombre des enfans , tant de ceux qui sont encore aux nourrices des champs et de la ville , que des petits qui sont sevrés, et des grands qui sont en métier et en service , ou qui restent k l'hôpital , il s'en est trouvé trois cent quatrevingt-quinze.
€ On a remarqué que le nombre de ceux qu'on expose chaque année est quasi toujours égal , et qu'il s'en trouve environ autant que de jours en l'an. Voyez , s'il vous plaît , quel ordre dans ce désordre, et quel grand bien vous faites, Mesdames, de prendre soin de ces petites créatures abandonnées de leurs propres mères , et de les faire élever, instruire , et mettre en état de gagner leur vie, et de se sauver. Avant que de vous en charger, vous en avez été pressées, deux ans durant, par MM. les chanoines de Notre-Dame. Gonune l'entreprise était grande , vous y vouliez penser, et enfin vous y avez donné les mains , croyant que Dieu l'aurait très agréable, ainsi qu'il l'a fait voir depuis. Jusque là , nul n'avait ouï dire , depuis cinquante ans , qu'un seul enfant trouvé eût vécu ; tous périssaient d'une façon ou d'autre. C'était à vous, Mesdames, que Dieu avait réservé la grâce d'en faire vivre quantité , et de les faire bien vivre. En apprenant k parler, ils apprennent k prier Dieu , et peu à peu on les occupe , selon l'usage et la capacité d'un chacun ; on veille sur eux pour les bien régler en leurs petites façons , et corriger de bonne heure en eux leurs mauvaises inclmations. Ils sont heureux d'être tombés en vos mains , et seraient misérables en celles de leurs parens , qui pour l'ordinaire sont gens pauvres on vicieux. Il n'y a qu'k voir leur emploi de la journée, pour bien connaître les fruits de cette bonne œuvre , qui est de telle importance que vous avez tous les sujets du monde. Mesdames, de remercier Dieu de vous l'avoir confiée.
€ Reste k vous dire quelques motifs qui obligent la compagnie de renouveler sa dévotion pour ces diverses œuvres de charité
qne la miséricorde de Dieu a conduites au point que nous venons d'entendre, et dont les fruits ne se verront parfaitement que dans le ciel; qui vous obligent, disrje , vous toutes qui vous rencontrez ici, enrôlées en cette sainte milice, de continuer et augmenter votre première ferveur, et celles qui ne sont pas encore de la compagnie , à contribuer ce qu'elles pourront pour soutemr et accroître ces œuvres-là , qui ont tant de rapport à celles qne Notre-Seigneur a faites et recommandé» en faveur des pauvres.
< Le premier motif est que votre compagnie est un ouvrage de Dievi , et non pas un ouvrage des bommes. Je Tai dit autrefois , les hommes n'y sauraient atteindre ; Dieu donc s'en est mêlé : tonte bonne action vient de Dieu , il est l'auteur de toutes les samles œuvres ; il les faut toutes rapporter au Dieu des vertus et au Père des miséricordes. Car à qui doit-on référer la lumière des étoiles, qu'au soleil, qui en est l'origine? Et k qui faut-il ré^ férer le dessein de la compagnie , qu'au Père des miséricordes et au Dieu de toute consolation , qui vous a choisies comme personnes de consolation et de miséricorde? Jamais Dieu n'appelle personne k un emploi , qu'il ne voie en elle les qualités propres pour s'en acquitter, ou qu'il n'ait dessein de les lui donner. C'est donc lui qui , par sa grâce , vous a appelées et unies ensemble ; il a fallu que son mouvement vous ait portées à ces trois sortes de biens ; ce n'est pas votre propre volonté qui vous les a fait embrasser, mais la bonté qu'il a mise en vous. Cela mérite bien que nous suscitions l'esprit de charité entre nous en toutes ces manières. Quoi ! c'est Dieu qui m'a fait l'honneur de m'appeler, il faut donc que j'écoute sa voix ; c'est Dieu qui m'a destinée à ces exercices charitables, il faut donc que je m'y apphque. Il n'a pas voulu , Mesdames , que vos yeux aient vu leur Sauveur, comme ceux de saint Siméon ; mais il veut que vous entendiez sa voix pour aller où il vous appelle, sinon aveuglémait, comme saint Pani , du moins avec joie et tendresse : car de l'entendre et de s'y pas répondre, ce serait vous rendre indignes de la grâce de votre vocation. J'ai vu naître l'œuvre , j'ai vu que Dieu l'a bâùe, je l'ai vu commencer par une simple collation que Ton poA2it aux malades, et maintenant j'en vois les suites, et des soîCes si avantageuses à sa gloire et au bien des pauvres. Ah ! il faal donc que je m'y porte. Quelle dureté de cœur, s'il y en avait
quelqu'une qui négligeât de coutribaer à ta manutention de si grands biens que ceux-là!
c Le second motif est la crainte que vous devez avoir que ces œuvres-lk ne viennent à fondre et à s'anéantir en vos mains. Ce serait sans doute un gi*and malheur. Mesdames, et d'autant plus grand , que la grâce que Dieu vous a faite de vous y employer^ est plus rare et extraordinaire. Il y a huit cents ans , ou environ^ que les femmes n'ont point eu d'emploi public dans l'Eglise ; il y en avait auparavant qu'on appelait diaconesses , qui avaient soin de faire ranger les femmes dans les églises , et de les insb'uire des cérémonies qui étaient pour lors en usage. Mais vers le temps de Gharlemagne, par une conduite secrète de la divine Providence , cet usage cessa, et votre sexe fut privé de tout emploi , sans que depuis il en ait eu aucun ; et voilà que cette même Providence s'adresse aujourd'hui h quelques unes d'entre vous , pour suppléer k ce qui manquait aux pauvres malades de THôtel-Dieu. Elles répondent à son dessein, et bientôt après, d'autres s'étant associées aux premières , Dieu les établit les mères des enf ans abandonnés, les directrices de leujr hôpital, et les dispensatrices des aumônes de Paris pour les provinces , et principalement pour les désolées. Ces bonnes âmes ont répondu k tout cela avec ardeur et fermeté , par la grâce de Dieu. Ah ! Mesdames , si tous ces biens venaient k fondre en vos mains , ce serait un sujet de grande douleur. Oh! quelle désolation, quelle honte! Mais que pourrait-on penser d'un tel désarroi? et d'où pourrait-il provenir? quelle en serait la cause? Que chacune de vous se demande dès k présent : Est-ce moi qui contiibue k faire déchoir cette sainte œuvre? qu'y a*'t-il en moi qui me nmde indigne de la soutenir? suis-je cause que Dieu ferme sa main k ses grâces? Sans doute. Mesdames, que si nous nous exanÙBOOs bien , news craindrons de n'avoir pas fait tout ce que nous avons 1» pour le progrès de cette œuvre; et si vous en considérez bien rknportsnoe , vous la chérirez comme la prunelle de vos yem et eomme rinstniment de votre salut ; et vous intéressant, selon DisK, k son avancement et perfection, vous y porterez les dames de votre connaissance; autrement on vous appliquera le reproche que rÉvangile fait k un homme qui a commencé nn édifiée, et qui ne l'a pas achevé. Yods avez établi les fendemens d'nae oBuvre, el puis vous l'avez laissée Ik. Cela, sans doute ,
est pressant, surtout si vous ajoutez que votre édifice est uu ornement k rÉglise, et un asile pour les misérables. Si donc par votre faute il vient k dépérir, vous ôterez au public un siyet de grande édification , et aux pauvres un grand soulagement. < Le Frère qu'on a employé pour la distribution de vos charités me disait : Monsieur, voilk les blés qu'on a envoyés aux frontières , qui ont donné la vie k un grand nombre de pauvres familles; elles n'en avaient pas un grain pour semer, personne ne voulait leur en prêter; les terres demeuraient en friche , et ces contrées-Ik s'en allaient désertes par la mort et par la retr^ des habitans. On a employé jusqu'à vingt-deux mille livres en ^u an, en semences, pour les occuper l'été et les nourrir 1%ver. Voyez, Mesdames , par les biens que vous avez faits, combien serait grandie malheur, s'ils venaient k manquer? ( Le troisième motif que vous avez pour continuer ces saintes œuvres, c'est l'honneur que Notxe-Seigneur en retire* Comment cela ? Parce que c'est l'honorer que d'entrer en ses sentimens, de les estimer, de faire ce qu'il a fait , et d'exécuter ce qu'il a ordonné. Or, ses sentimens les plus grands ont été le soin des pauvres, pour les guérir, les consoler, 1^ secourir et les recommander : c'était là son affection. Et lui-même a voulu naître pauvre , recevoir en sa compagnie des pauvres , servir les pauvres, se mettre à la place des pauvres , jusqu'à dire que le bien et le mal que nous ferons aux pauvres, il le tiendra fait à sa personne divine. Quel plus tendre amour pouvait-il témoigner pour les pauvres? et quel amour, je vous prie , pouvons-nous avoir pour lui , si nous n'aimons ce qu'il a aimé ? Tanty a, Mesdames, c'est l'aimer de la bonne sorte que d'aimer les pauvres ; c'est le bien servir que de les bien servir, ^ c'est l'honorear comme il faut que de l'imiter. €ela étant, oh! que nous avons sujet de nous, animer à la continuation de ces bonnes œuvres , et de dire dès à présent dans le fond de nos cœurs : Oui , je me donne à Dieu pour avoir soin des pauvres , et pour maintenir les exercices de la charité à leur égard ; je les assisterai , aimerai , recommanderai; et à l'exemple de Notre-Seigneur, j'aimerai ceux qui les consolent , et porterai respect à ceux qui les visitent et qui les soulagent. Or, si ce débonnaire Sauveur se tient honoré de cette imitation , combien plus devons-nous tenir à grand honneur de nous rendre en cela semblables à lui ? Me vous semble-
t-il pas , Mesdames , que voilii un motif très puissant pour renouveler en vous votre première ferveur? Pour moi, je pense que nous devons nous offrir aujourd'hui k sa divine Majesté, aûn qu'elle ait agréable de nous animer de sa charité , en sorte que Ton puisse dire désormais de vous toutes que c'est la charité de Jésus-Christ qui vous presse.
c Yoilk assez de motifs pour les ftmes qui aiment le bon Dieu. Il me semble que vous me dites aussi : Monsieur, nous sonmies toutes persuadées qu'il est important de continuer les biens commencés , qu'il n'y a que la fin qui couronne l'œuvre , et que non seulement il faut servir Dieu et soulager les pauvres, mais de plus qu'il faut tâcher de le bien faire. Une reste qu'à nousvn donner les moyens , puisque , gr&ce h Dieu , nous sommes résolues et disposées de les employer pour faire subsister les œuvres et continuer nos assemblées.
c Le premier moyen donc que je vous présente, Mesdames, est d'avoir une affection intérieure et continuelle de travailler ii votre avancement spirituel , et de vivre dans toute la perfection qui vous sera possible ; d'avoir toujours la lampe allumée au dedans de vous ; je veux dire un désir cordial , ardent et persévérant de plaire h Dieu et de lui obéir; en un mot , de vivre en vraies servantes de Dieu. Celles qui sont dans ces dispositions attirent assurément les grâces de Dieu, et Notre-Seigneur même en leurs cœurs et en leurs actions. Vivant de la sorte , vous obtiendrez la persévérance dans les bonnes œuvres , parce que le Seigneur des miséricordes habitera en vous. Et d'autant que les maximes du monde ne s'accordent pas k cela, et que rien ne nous prive tant de l'esprit de Dieu que de vivre mondainement dans le siècle , et que plus on est dans le faste, plus on se rend indigne de posséder Jésus-Christ, les Dames de la Charité se doivent éloigner de cet esprit du monde , comme d'un air infecté ; il faut qu'elles se déclarent du parti de Dieu et de la charité. Je dis entièrement ; car qui voudrait adhérer taàt soit peu au parti contraire , ce serait gâter tout , parce que Dieu ne peut souffrir un cœur partagé , il le veut tout, oui il le veut tout. J'ai consolation de parler k des âmes qui sont toutes k lui, éloignées de tout ce qui peut les rendre désagréables k ses yeux. Autrefois, entre celles qui se présentaient pour entrer en la compagnie , on faisait le choit de celles qui ne fréquentaient pas le
jea, ni la comédie, ni d'autres passe-temps dangereux, et qui ne faisaient pas les vaines en voulant faire les dévotes. Il faut donc avoir celte foi , que Dieu ne verse ses grâces qu'en celles qui se séparent du grand monde , qui s'approchent de Dieu , et qui se récoUigent pour s'unir k lui par souhaits , par prières et par de saintes occupations , en sorte que tout le monde sache qu'elles font profession de servir Dieu.
< 0 Seigneur ! y aura-t*il beaucoup de monde sauvé ? Il y a deux portes pour aller en l'autre vie , Tune étroite et l'autre large : il y en a peu qui passent par la première, et beaucoup par la seconde. Les saints entendent par la porte large la liberté des mondains qui, se donnant carrière, suivent leurs appétits déréglés : et , pour ceux-là , ils n'ont autre part que la colère et la malédiction de Dieu , conformément k ce que dit saint Paul : Si vous vivez selon la chair, vous mourrez. 0 Sauveur, quelle menace ! Nous avons sujet de craindre que nous ne soyons de ce grand nombre qui va k perdition. Oui , si nous ne marchons par le chemin étroit.
ff Les dames qui se donneront k Dieu pour vivre en vraies chrétiennes , en l'observance des commandemens de Dieu , et s'acquitteront des règles de la justice ; les mariées , en l'obéissance des maris; les veuves, en vivant comme veuves; les mères, en prenant soin de leurs enfans ; les maltresses, de leurs serviteurs et servantes ; et qui enfin ajouteront k ces devoirs ce que le bienheureux évéque de Genève leur conseille , k savoir, d'entrer dans les compagnies et confréries qui font profession particulière de vertu, et qui, recommandant quelque exercice extérieur de piété et de miséricorde , portent aussi k la mortification des passions et k Tamour de Dieu : ces dames-lk marcheront par la bonne voie qui conduit en la vie. Entrez donc en cette compagnie ou confrérie , Mesdames , vous qui n'y êtes pas encore enrôlées , puisqu'elle fait son capital de n'avoir de cœur que pour Dieu , ni de volonté que pour l'aimer, ni de temps que pour le servir. Si on a de la complaisance pour le mari , c'est pour Dieu; du soin pour les enfans, c'est pour Dieu; de l'application pour les affaires, c'est pour Dieu : c'est ainsi qu'on passe par la porte étroite du salut , et qu'on se sauve.
< Notre-Seigneur avait affaire k trois sortes de gens , aux Apôtres, aux disciples et an peuple. Celui-ci le suivait quelque
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temps; msd& après avoir goûté ses paroles de vie, il se retirait ; ce qui obligea Notre-Seignear de dire k ses disciples : Et vous, ne voulez-vous pas aussi m'abandonner? Il y a des personnes , Mesdames, qui , voyant que plusieurs d'entre vous suivent constamment Notre-Seigneur, par ce chemin étroit de Texercice de Tamour de Dieu et du prochain, voudraient bien faire de même; cela leur parait beau; le trouvant néanmoins difficile , elles ne demeurent pas. Entre ceux qui furent fermes k suivre Notre^Seigneur, il se trouva des femmes aussi bien que des hommes qui le suivirent jusqu'à la croix; elles n'étaient pas apôtres, mais elles composaient un moyen état , dont Voifice fut depuis d'administrer aux Apôtres leurs vivres , et de contribuer à leur saint ministère. Il est à souhaiter que les Dames de la Charité regardent ces dévotes femmes comme leurs modèles. Il n'y a condition au monde qui approche tant de cet état que la vôtre : elles allaient d'un côté et d'autre pour subvenir aux besoins, non seulement des ouvriers de l'Evangile, mais des fidèles nécessiteux. Voilk votre office , Mesdames ; voilk votre partage. Bénissez Dieu de vous avoir appelées k ce bienheureux état, et vivez comme ces saintes femmes. Ayez tendresse et dévotion pour la bienheureuse Jeanne de Cusa et pour les autres dont il est parlé en saint Luc ; ce faisant, vous passerez par la porte étroite qui mène k la vie ; et , au dire de saint Thomas , vous serez toutes sauvées, parce que, dit-il, personne ne se peut perdre dans l'exercice de la charité* Enfermons-nous donc dans l'enceinte de cette vertu ; tenonsHious aux pieds de Notre- Seigneur et prio»s4e qu'il répande lumière , mouvement et chaleur en votre esprit de plus en plus, pour continuer jusqu'à la fin ce que vous avez commencé; car, de ne pas faire demain de méfiie qu'aujourd'hui , ce serait reculer. En la vie spirituelle il faut toiûours avancer, et on avance quand on ne délaisse pas les bonnes pratiques. Plaise à Dieu de vous conserver dans les vôtres et de vous faire vivre comme les vraies mères qui n'abaudonnent jamais leurs enfans. Or, vous êtes les mères des pauvres , obligées de vous comporter comme Notre-Seigneur qiû en est le père, qui s*est fait semblable à eux , et qui est venu l>our les instruire , les soulager et nous les recomusMuider. Faites de même, et fréquentez les lieux saints, comme sent les hôpitaux ; el les personues vertueuses , telles que soni c^les de votre
conqogpie: ce sera une marque de votre prédestioaticm ; ce sera un moyeu pour i/ous avancer k la vertu , un bon moyen pour y eu attirer d'autres » et le moyen des moyens pour conserver et faire fleurir la compagnie, à la gloire de Dieu et k rédification du public.
< Un autre moyen pour la eoofiervation de votre con^A^iiQ est de modérer ses exercices, car, selon le proverbe , qui trop embrasse mal éireind. Il est arrivé k d'autres compegmes ou confréries, aplu^eurs communautés, et même k des relit gions entières, que, pour s'être chargées aiHielk de leurs for* ces^ elles ont succombé sous le faix. La vertu se trouve entre deux vices opposés, qui sont le défaut et l'excès; par exem-i pie, qui voudrait, sous prétexte de cbaritô, se charger de (ou« les besoins d'autrui , ne laisser rien passer du bien qu'on verrait à faire , telle personne tomberait dans un vice; comme celle qui ne voudrait exercer aucune vertu , ni Jamais taire les fonctions de la charité , tomberait dans un autre. Les théologieus estiw ment que c'est un mal aussi dangereux d'excéder en la pratique des vertus comme d'y manquer ; et le diable, pour l'ordinaire « tente les personnes fort cbaritablee d'excéder en leuia bonnes œuvres, sachant que tdt ou tard elles succomberont* N'avez* vous jamais vu des hommes qui , étant tr<^ chargés ou trop près» ses d'aller, tombent sous leurs charges? Il pourrait arriver qne la compagnie succomberait aussi sous la sienne, si elle en pre« nait trop. On reconnaît d^à cela dans l'emploi des qnatorre da» mes de la compagnie, lesquelles vont deux par jour k TU^U Dieu , pour y visiter et consoler les pauvres malades; elles y font de grands biens , pendant que d'autres portent de petits rafraW chîflseoiens tous les jours k de pauvres malades ; elles se éyu sent pour aller consoler et instruire les pauvres femmes et filles mahides dans les lits où elles sont couchées : et on a déjk beaucoup de peine à soutenir cette entreprise et k y supporter les difficultés; et cet établissement fait qu'on trouve peu de per» sonnes qui s'y veuillent appliquer. L'assistance des frontières et des provinces ruinées est fort grande. C'est une chose presque sans exemple que des dames s'assemblent pour assister des provinces réduites k l'extrême nécessité, en y eur voyant de grandes sommes d'argent, et de quoi nourrir et vêtir infinité de pauvres de toute condition , de tout âge et de
e^ eo -«e
toat sexe. On ne lit point qu'il y ait jamais eu de telles per* sonnes associées qui, d'oflSce, comme vous, Mesdames, aient fait quelque chose de semblable. Il est donc à craindre qu'en se surchargeant encore de nouvelles œuvres on laisse dépérir les plus utiles , fi qu'enfin toutes ne viennent k se perdre : c'est ce qu'une personne me disait dernièrement. Dieu est tout-puissant, mais nous sommes faibles. Nous constituons la vertu où elle n'est pas, elle ne se peut trouver dans le trop. Le Fils de Dieu n'a fait que peu ; les Apôtres ont fait davantage. Saint Pierre convertit cinq mille personnes. en une prédication , et Notre-Seigneur a prêché plusieurs fois sans en convertir peut-être aucune ; il a même dit que ceux qui croiraient en lui feraient plus qu'il n'avait fait. Il a voulu être plus humble en entreprenant moins. Un estomac chargé ne digèfe pas bien. Un porte-faix a coutume de soulever son fardeau avant que de le mettre sur ses épaules, et, s'il excède ses forces, il ne s'en charge pas. Nous devons prier Dieu qu'il lui plaise lui-même faire notre charge ; car, en ce cas , si les forces nous manquent , il nous aidera k la porter : qu'il fasse la grâce à la compagnie d'être fort retenue, pour ne rien embrasser qui ne vienne de lui. Combien de temps a-t-elle passé avant que de prendre le soin des enfans trouva? Combien de sollicitations a-t-elle souflertes pour cela? Combien de prières , de pèlerinages et de communions a-t-eile faits pour s'y résoudre? Vous le savez. Mesdames, et vous savez aussi qu'il est toujours bon d'en user de même dans les nouvelles propositions, pour ne s'engager en aucune par un zèle indiscret. Quand vous verrez que vous portez bien les affaires que Dieu vous a commises, courage , bénissez-en sa bonté infinie et donnez-vous k elle pour continuer ; mais ne présumez pas de pouvoir faire davantage.
f Voilk la collation et l'instruction des pauvres de THôtel-Dieu, la nourriture et r?ducation des enfans trouvés , le soin de pourvoir aux nécessités spirituelles et corporelles des criminels condamnés aux galères, l'assistance des frontières et provinces ruinées, la contribution aux missions d'Orient, du Septentrion et du Midi. Ce sont Ik, Mesdames, les emplois de votre compagnie. Quoi ! des dames faire tout cela? Oui , voilk ce que , depuis vingt ans. Dieu vous a fait la grkce d'entreprendre et de soutenir. Ne faisons donc rien désormais davantage sans le
< bien considérer; mais faisons bien cela , et le faisons de mieux c en mieax ; car c'est ce que Dieu demande de nous.
< Un troisième moyen pour le maintien de la compagnie, c'est
< de contribuer k la remplir d'autres dames de piété et de vertu : « car si Ton ne suscite d*autres personnes pour y entrer, elle de- « m'eurera court, et, diminuant de nombre, die sera trop faible
< pour porter plus loin ces fardeaux si pesans. On a pour cela cic devant proposé, que les daines qui mourraient disposeraient quel-
< que temps auparavant une fille, une sœur , ou une amie pour
< entrer en la compagnie ; mais peut-être qu'on ne s'en souvient
< pas. 0 qu'un bon moyen , Mesdames , serait que chacune de
< vous demeurât persuadée des grands biens qui arrivent en ce € monde et en l'autre aux âmes qui exercent les œuvres de misé- ■€ ricorde , spirituelles et corporelles , en tant de manières comme c vous les exercez ! Gela vous porte sans doute de plus en plusk en ^ disposer d'autres pour se joindre à vous en ce saint exercice de € la charité , par la considération de ces biens-là. Cette persuasion
< vous échauffera premièrement entre vous autres comme des char- « bons ardens unis ensemble, et puis vous en échaufferez d'autres
< par vos paroles et par vos exemples.
< Souffrez, Mesdames, que je vous demande votre sentiment; » et se tournant vers madame de Nemours, il lui dit : c Madame , vous c est-il venu en l'esprit quelque bon moyen ? i Et l'ayant laissée parler, il demanda ensuite le même à d'autres. La plupart répon-
• dirent qu'il se fallait servir des moyens déjà proposés; et d'autres
.ajoutèrent :
i ^ Qu'il fallait porter celles qui meurent h faire des legs pieux pour secourir les pauvres dont la compagnie prend le soin. Ce que H. Vincent releva , disant : • C'est un moyen considérable de c suggérer cette pensée aux personnes accommodées, en les visitant
< en leurs maladies. > 2^ De se rendre bien exactes aux jours et aux exercices marqués : c C'est un grand conseil , ajouta-t-il , pour c attirer les autres à quelque bien, que celui de l'exactitude; comme
< c'est aussi un grand moyen de donner attrait, que la sainte vie. > 3^ Que quelque dame de la compagnie devait concourir de sa part, autant qu'elle pourrait , à la dépense et au travail de la même compagnie.
Pour conclusion M. lacent dit : c Or sus. Mesdames , béni soit
< Dieu ; reste à savoir si vous trouvez bon que les officières conti-
« ntient \ fftire Imir charge; bîtoqs n'êtes pas de cet avis, on pas- € sera aax voix. • Après^'illes ent prisesrune après Vanti^, elles ^ûonchirent tovrtes nmnîoiMMil qu*on ne procéderait point pour cette fois k noutelle élection, fit M. Vmcent finit TaseenaMée avec tes paroles :
I ViriA qni e^ bien , Mesdames; vandons grâces ^ Dien de cette assemblée. Priotts4e qu'il ait agréable Toblation noirrelle que nous Ini aHons tmtk genevK, en nont donnant k sa di- ?ine Majesté de tont notre ccrar , ponr veeevoir de sa bonté in- Anie l'esprit de charité, ei qn'eHe ooas fasse la grlce de ré^ pondfe dans cet esprit wm desseins qn'elle a sur chacnn de nous en particnlier , etsor ta oompagnieen général; et de sa&^ citer parfont cet esprit 4'»*de«r ponr h charité de lésns-Ghrist , afin de mériter qu'il le vépsnde aliondafmnient en nous , et <{ue nous en ayant faît proddre les effets en ce monde, H nous rendeagréiMes k Dien, sonPère,étemenemeaten Tautre. Ainsi soit4. 9
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