‹ Vie de S. Vingent de PaulChapitre 32 sur 65 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

tOS OTÉMiâMt.

Noi4s ne saurions mieux eommeueer ce chapitre de robéisaance de H. Vincent ^u'en rapportant les sentiment qu'il avait de cette vertu , lesi^iels il a déclarés en plusieurs rencontres > mais particulièrement dans les avis salutaires qu'il a donnés sur ce sujet k. ses chères filles les religieuses du premier monastère de la Viskatign de cette ville de Paris,

« Elles ont témoigné que ce grand serviteur de Dieu y qui a été leur premier pèçe qpôrituel, entre toutes les vertus^ leur recommandait souvent celle de l'obéissance ^ et de l'exactitude k la régularité » JQsqjues aux moindres observances ; qu'il avait une affection toute particulière pour bien établir ces vertus d'obéissance et d'ex4^titude dans leur communauté , et leur disait que ces deux vertus-là étaient celles qui^ étant pratiquées avec persé¥érattce^ (aisaîenl la religion; que pour s'y exciter, il était utile d'en conférer familièrement ensemble» et de s'entretenir sut lepr excellence et leur beauté; qu'il était nécessaire de s'y afi. iectionner , dans la vue du plaisir que Dieu prend dans les &mes reli^euses qui s'y rendent fidèles , et parce ^e celui qui est leur divin Époux aimait telleo^at ces vertus , que le moindre retardement k l'obéissance lui était désagréable ; qu'une àmq vr^ôment reUgieuse ayant voué cette vertu en face de l'Église ^ d«îi ^ leodre soignfuise d'accomplir çf q^'f^Ues^prowSi e( quq

si on se relâche en une petite chose , on se rel&chera biaitAt en nne plus grande ; que tout le bien de la créature consistait en Taccomplissement de la volonté de Dieu , et que cette volonté se trouvait particulièrement en la fidèle pratique de l'obéissance, et en Texacte observance des règles de l'institut ; qu'on ne pouvait rendre un service plus véritable k Dieu qu'en pratiquant l'obéissance , par laquelle il accomplit ses desseins sur nous ; que sa pure gloire s'y trouve avec l'anéantissement de Vamourpropre et de tous ses intérêts, qui est ce k quoi nous devons principalement prétendre , et que cette pratique mettait Tàme dans. la vraie et parfaite liberté des enfans de Dieu, ff II recommandait fort de renoncer k son propre jugement , et de le mortifier, pour le soumettre k celui des supérieurs, et disait que l'obéissance ne consistait pas seulement k faire présentement ce qu'on nous ordonne , mais k se tenir dans nne entière disposition de faire tout ce qu'on nous pourrait commander en toutes sortes d'occasions : qu'U fallait regarder ses supérieurs comme tenant la place de Jésus-Christ sur la terre , et leur rendre en cette considération un très grand respect : que de murmurer contre eux était une espèce d'apostasie intérieure : car comme l'apostasie extérieure se commet en quittant l'habit et la religion et se désunissant de son corps , aussi l'apostasie intérieure se fait quand on se désunit des supérieurs, leur contredisant en son esprit , et s'attachanirk des sentimens'" particuliers et contraires aux leurs ; ce qui est le plus grand de tous les maux qui arrivent dans les communautés , et que l'âme religieuse évitait ce malheur quand elle se tenait dans une sainte indifférence, et se laissait conduire k ses supérieurs, c n disait encore, sur ce sujet de l'obéissance, qu'il fallait, pour fondement de la vraie soumission qu'on doit avoir dans une communauté , considérer attentivement les choses suivantes : c 1 . La qualité des supérieurs , qui tiennent sur la terre la place de Jésus-Christ k notre égard.

c 2. La peine qu'ils ont , et la sollicitude qu'ils prennent pour nous conduire k la perfection ; passant quelquefois les nuits en« tières en veilles, et ayant souvent le cœur plein d'angoisses^ pendant que les inférieurs jouissent k leur aise delà paix et de la tranquillité que leur apporte le soin et le travail de ceux qui les conduisent ; dont la peine est d'autant plus grande qu'ils ont

plus de sujet d'appréhender le compte qu'ils sont obligés d'en rendre k Dieu.

c S. La récompense promise aux âmes vraiment obéissantes , même dès cette vie ; car outre les grâces que mérite cette vertu. Dieu se platt k faire la volonté de ceux qui pour Tamour de lui soumettent leur volonté k leurs supérieurs, c 4. La punition que doivent appréhender ceux qui ne veulent pas obéir, dont Dieu a fait voir un exemple bien terrible dans le châtiment que sa justice a exercé sur Goré , Dathan et Abiron j pour avoir méprisé Moïse leur supérieur , et pour avoir par ce mépris offensé grièvement Dieu, qui a dit, parlant aux supérieurs que sa providence a établis dans son Église : Celui qui vous écoute m'éeoute , et celui qui vous méprise me méprise.

f 5. L'exemple de l'obéissance que Jésus-Christ est venu donner aux hommes , ayant mieux aimé mourir que de manquer k obéir : et certes ce serait une dureté de cœur bien grande de voir un Dieu obéissant jusqu'à la mort pour notre salut , et nous, ehétifs et misérables créatures , refuser de nous assujettir pour l'amour de lui.

t II ajoutait que , pour pratiquer parfaitement cette vertu , il fallait obéir :

€ 1. Volontairement, faisant ployer notre volonté sous la volonté des -supérieurs ;

f S. Simplement, pour l'amour de Dieu , et sans jamais permettre k notre entendement de rechercher ou examiner pourquoi nos supérieurs ordonnent telle ou telle chose ; c 3. Promptement, sans user d'aucun retardement, quand il est question d'exécuter ce qui est commandé ; c 4. Humblement , sans prétendre ni désirer de tirer aucune louange ou estime de l'obéissance qu'on rend ;

< 5. Courageusement, ne désistant pas, et ne s'arrétant pour les difficulté , mais les surmontant avec force et générosité ; c 6. Gaiement , exécutant ce qui est commandé avec agrément, et sans témoigner aucune répugnance;

< 7. Avec persévérance, k l'imitation de Jésus-Christ, qui s'est rendu obéissant jusques k la mort, i

Or ilne faut pas considérer ce que M. Vincent disait ou enseignait comme des leçons d'un maître ou des exhortations d'un prédica-

Mir f ^ lie faH|)ife fM^Mfott e* ^!il tÉbeigae afex «0^ comme de pures expressions des sentimens les plus Âcères de sod ooewr , ei comflie de véritables iéoHHgiuiges de ce ifu'il pratiquait JhB*4ftéme touchant cetie vertu ,, laquelle il persuadait aux autres alissi bien par ses eiempks que par toes piaroies.

Et premièrement , la ffiruade vertt de If. Viucunl était de ae tenir coi^inielleuMnt dans uue Mtîè» et afaadue éépeadauce de Steu , ^ de se bouUMUre fidèleanent et par&tleuMOt îi iam, ou qu'tl voyait lui être agréable; deaorte queTou peut vétitaUement dire ^ue Dieu a trouvé en lui un houime isefam «m cœur , qui était touiours prêt et disposé àfaine touAies aes volouléa ^ coBM»e noas avons TU anplemeht ^ns les cèa^^itres pvéoédeus..

Dans cette aaiale disposition ^ lorsqu'il vîut de Aana à Kris , une des premières choses qu'il y fit fut de prendre un diractear apMtuel, afin fu'ti aui\iaut ses avis et (XHttoili, îi fia obéir k I)ie«^ et répondre à «es desseins. Ce iMrecteur iut ée R. i^« éa Sétfulle^ qui de|mis a été bardiual de kaaiuleËg^; elparfataounîssiau qull rendait è sa c^uduile , il aceepu ^pielqne teaps après ia cure de Clidiy , «t Mira ensuite dans la maisa* deCbwdy, pour être aumônier de monsieur le général desf^lèi«s«l4atnadaiaeaa ftiMie, tA ftfébofïteiir dfe messieurs ses eÉfian; et enfin Madame désirant le prendre pour son confesseur «t ^oar iOtetaaur de adii itoa , tl n'y vMikit pêim. csuMliir iqaè par obéissance ; et il fallut que cette vertueuse dame eètirtcs^rs à ôMnieur de fiéraHe ptfur le iui ardonuier. €Vm aînai qoé^ ua voulait rien lam 1^ seî-4uéBM , tt se tenait lailjaftrs aoM^

Mais non contenid'i^éir àl>i6u , il s'est «eneopenssùietli^ anivait la i^aruie du aaîilt iq^re*, 4 teute «réalMre bnaaine fefft I^mour de Dieu, principatoûieBt^Ufi puissances apiriCttettos^ tevpotniles, nnssi bien dsis 4es -eboses Ikebeuses et ^uaMtenales ^'en celles qui étaient faciles etbanerabtes^

H nbéisaail surtout k J)I. fi. P. te Pape , «âJeuMit nt «nâ niplique,; ^ear k eonaidéMUt^amuM ie vieuire 4eMsus-<Gbriat «t lu aonvwainpasienr dènonfigliaa^&Iiui était aouttis de tom feoi jugement et de toute son affeotâan.

^ fiât ^ le usai toaUf d'uMmlnce fu'â ancqita ia ehàrge de supérieur général de sa CougréfutieÉiii 4a pape U&hain Vlil te M iay«it înq»eaée ^ ht méine Mfe inar iu^^^ ywwwa I TOKww uia nt naasian»

6^ kit ^

n "poV^ ItiMK lès tuiftkttmâires sotmiis \ Ba tondnite \ rendre comme lai une pâirl^e obéissance an Saint-Siège , les ûietlant (iàm la ][)irattque de celte règle qu'il leur a laissée par écrit en ces tèi^é^ : * Ntyns ûbêirons exactement îi tons nos stijpérienrs , et 2l -» tlMicfnà ël'ceux, les regardant en Notre-Seîgnear , et Notrie-Seî- % 'gnettr'èn «\it; princrpalememt h N. S. î^. le Pape , auquel nouls k obéifons ïivec tout le respert , la fidélité et la sincérité pos- ^ sitilte. *

Nous avons Faîl VOîraîlleurs la plénitude d"estîme et de vénération •qne M. Vinîrenl a eue pour MS. les évèques : et maintenant nous éîts^s ifn mol de h "parTfatte ^otmiission quH a toujours eue pour k\\\ j é, dePdbcîssâWtîe efiiièîetjti'fl a votrfn que ceux de sa Congre- '^fi'ofn letir irciiflisseift , en 'ce qui tronccrne Tes fonctions de leur fteH^. Car quoique teSafet-Siégfe ait jtrgé nécessaire d'ordouner, isfi a^ottVattrt^a Congrégation de la Mission , qtfe le ^përieur gfrnêi'À pfft le soin H h érrectton dels sujets qfn la eompiosent , la'* pouf llnterittii' , •c'esl-^-'fflre p(Wr la conduite àe leurs âméS ek lècrt" uVafncéraeHt en la pratique des vertus conformes ^ icur vofeutioii^ ^ ï»* rektérietfr , qm teganfe ÏViibservaiice ides règles éelà'QM^é^oli/lei brâli^es 4iOtties!^ues , radministration ia téttipifrdi y m f& ^position ides perscHâres potDr les %etix <et pont tek W^Mk : %Kvi ^ù^anl lâtfefmlnres j'tin même corps , fls ptri^ent p* ée moyM «0t6€frvttr dàttrs la Aveii^riré ie& fiiocèse» 0)1 ils tk m^^Dtft te^UièÉife^^ et la ittémë Y^d(rite qfi^ Dfeft ^âiin^ifëè k leur instituteur ; outre ^"A M frftls ^e^péftèùt -que ie supérieur ^êlOt^, ^i %«»e ffMimiimLtK^ l>iûs pâ^tVaofKère ée^ talens ^t tles ttifvp toiti^Aft Hte ^ses râféftKffs^ ^Mib ^ Mvoyer en ^aque mais a3k^f ou les wpapfpetofv 0t \^ afp^quer aux emplois de l'%»stittA ^ iUï «tfaU^es choses ^ €«racAiefft J6 bon orArè de la GongrégafticAfi . NfiiâïitioilftN (qnMtiftikindih^ •fëtictieM-qui rêigardétit r^issisntMfè 411 «pr^tbtfln^ àl. Vltfcem a'désirë t;t ^>H)rd*n-é que te Saitft-Siégfe Wil l^éteëfit sdIAnib sa OongrégatiM ^ IRM . 4to évêqnei^ , que \e&^ iufiR^i(Wni(it<ès li'mi ^dsstet 4^1i« atiArilàe 'de leiît: lâstîf frt , téOes ^ue ^m ^lesiihissicnfe', tel» i»:eMfe^4è IVirrdij^litiMi , les cdnfâtMcé^ des ecclésiastiques , les retraites spirituelles , et la condlfHe 46B ^èmifisrires^ qcre «dus l'autorité et »ec rugvékMntette pemiiséon :desx)rdhiaires. Oest ce qu'il a toujours observa hii^métue , et Ml iobMrver «uKsiëns-, % la sotisbction de MM. 4es «évéques 'dons fss ^ioeèfies ^tonpiats 41)5 oôttravâriDé "m tt«viiHMt «0aèoi<e -«fv^dt

même soumission et obéissance , de laquelle ils sont lAesk résolus de ne se départir jamais , avec la grâce de Dieu.

Il accepta, environ Tan 1623, long-temps avant l'érection de sa Congrégation, la direction des religieuses de la Visitation de Sainte- Marie de la ville de Paris, tant pour obéir au bienheureux François de Sales , leur fondateur et instituteur , qui l'en pria , qu'à Monseigneur de Paris , qui le lui ordonna ; en quoi il a bien fait voir sa fidélité à l'obéissance : car, ayant été chargé de soins et de travaux extraordinaires depuis l'établissement de sa compagnie et ses divers engagemens dans les grandes affaires de piété ; et le nombre de ces bonnes religieuses, qui remplissaient trois monastèresdans Paris, et un dehors , s'étant fort accru , et demand ant par conséquent beaucoup de temps et d'application , il tâcha plusieurs fois de se décharger de leur conduite , et la quitta entièrement une fois ; de sorte que, quelque instance qu'on lui fît par lettres , et par l'entremise de personnes de grande condition , il ne put jamais se résoudre k la reprendre, et n'y acquiesça enfin que pour obéir k monseigneur l'archevêque de Paris , qui l'y engagea derechef. Néanmoins, pour donner moyen k ceux de sa compagnie de s'employer entièrement aux fonctions qui leur sont propres, il jugea qu'il était nécessaire de les éloigner de la conduite et fréquentation des religieuses , et k cet effet il leur a laissé pour règle de s'abstenir entièrement de les diriger , ayant reconnu par sa propre expérience combien cet emploi était incompatible avec leurs fonctions , et peu convenable k leur état.

Il voulait outre cela que tous les siens rendissent obéissance aux curés lorsqu'ils faisaient mission dans leurs paroisses , et leur recommandait expressément de n'y rien faire et, comme il disait, ne pas même remuer une paille , qu'avec leur agrémmt. Sur quoi écrivant k une personne de dehors , il lui dit entre autres choses : c Mous avons pour maxime de travailler au service du public , c sous le bon plaisir de MM. les curés , et de n'aller jamais t contre leurs sentimens ; et k l'entrée et sortie de chaque mi»c sion, nous prenons leur bénédiction en esprit de dépenc dance. >

C'est ce qu'il pratiquait lui-même avec une merveilleuse humilité : et quoiqu'il fût envoyé avec les siens par les évêques , avec plein pouvoir pour travailler dans les paroisses de leurs diocèses, il ne voulait toutefois rien faire qu'avec le consentement , et sous

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le bon plaisir des curés : ce qu'il observait inviolablement , aussi bien dans le plus petit village, comme dans les autres lieux plus considérables. C'est ce qu'il a toujours fait pratiquer aux siens , et c'est aussi ce qu'ils continuent de faire.

Quant à l'obéissance qui est due aux rois et aux princes souverains , il déclara un jour aux siens les sentimens qu'il en avait ; et après leur avoir représenté de quelle façon les premiers chrétiens se soumettaient aux empereurs, et révéraient leur puissance temporelle , il ajouta les paroles suivantes : c Nous devons , mes Frères , k leur exemple , rendre toujours une fidèle et simple obéissance aux rois, sans jamais nous plaindre d'eux, ni murmurer pour quelque sujet que ce puisse être : et quand bien il serait question de perdre nos biens et nos vies, donnonsles dans cet esprit d'obéissance, plutôt que de contrevenir à leurs volontés , quand la volonté de Dieu ne s'y oppose pas : car les rois nous représentent sur la terre la puissance souvé* raine de Dieu. »

Et pour faire voir quelle était l'exactitude de M. Vincent k obéir au roi , même dans les choses les plus petites , nous en rapporterons ici un exemple , qui est d'autant plus considérable , que le sujet en est moins important, et qu'il se trouve peu de personnes qui voulussent s'assujettir jusqu'à un tel point. Un^Frère de la maison de Saint-Lazare ayant trouvé dans l'enclos de cette maison des œufs de perdrix , il les prit et les fit couver à une poule ; et les perdreaux étant éclos et devenus plus grands , il les porta dans une cage k M. Vincent , pensant lui donner quelque sujet de divertissement : mais lui , faisant quelque réflexion sur les ordonnances du roi qui défendaient la chasse , dit à ce bon Frère sanslui déclarer son intention : c Allons voir si ces petits oiseaux savent bien marcher. » Étant sorti de la chambre, et ayant traversé avec ce Frère la basse-cour , il entra dans le clos où sont les terres de labour , et Ik il fit ouvrir la cage , et mit en liberté ces petits perdreaux , prenant plaisir de les voir courir pour se sauver ; mais ayant remarqué que le Frère était un peu mortifié d'avoir perdu toute sa peme , il lui dit : c Sachez , mon Frère , que nous devons c obéir au roi , lequel ayant défendu la chasse , n'entend pas qu'on c prenne les œufs non plus que le gibier ; et que nous ne saurions c désobéir au prince en ces choses temporelles, sans déplaire k c Dieu.»

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