‹ Vie de S. Vingent de PaulChapitre 33 sur 65 · II · texte numérisé non relu

II

Mais ee n'était pas assez ^ M. Vincent de pratiquer Tobéissance envers ceux qui lui étaient supérieurs , il retendait encore envers toutes sortes de personnes , et portait les siens à faire le semblable : c Notre obéissance, leur disait-il, ne doit pas se borner seulement c b ceux qui ont droit de nous commander , mais elle doit passer € plus avant ; car nous nous garderons bien de manquer k Tobéisc sanee qui est d'obligation, si, comme saint Pierre le recommande, c nous nous soumMons k toute créature humaine pour l'amour c de Dieu. Faisons-le donc, et considérons tous les autres comme ff nos supérieurs, et pour cela mettons-nous au-dessous d'eux, et « plus bas même que les plus petits , et les prévenons par défé^ c rence , par condescendance , et par toutes sortes de services, c 0 que ce serait une belle chose , s'il plaisait k Dieu nous bien c établir dans cette pratique ! »

Il exhortait les siens k la pratique de celte condescendance mutuelle , qui est une espèce d'obéissance , par la comparaison des membres d'un corps, qui s'accommodent et condescendent les uns aux autres pour leur bien et conservation commune , en sorte que ce que l'un fait , l'autre l'approuve et y coopère autant qu'il peut, t Ainsi , disait-il , dans une communauté il faut que tous ff ceux qui la composent et qui en sont comme les membres uswt ff de condescendance les uns envers les autres; et dans cette dispoff sition, les savans doivent condescendre k l'infirmité des ignorans, ff aux choses où il n'y a point d'erreur et de péché ; les prudens

< et les sages doivent condescendre aux humbles et aux simples : c MU alta sapientes, sed humilibus consentientes. Et par

< cette même condescendance nous devons non seulement ap-

< prouver les sentimens des autres dans les choses bonnes et in- • différentes, mais même les préférer aux nêtres , croyant que les ff autres ont des lumières et qualités naturelles ou surnaturelles ff plus grandes et plus excellentes que nous : mais il faut se dour ff ner bien de garde d'user de condescendance dans les choses i mauvaises, parce que ce ne serait pas une vertu, mais un grand ff défaut, qui proviendrait ou du libertinage d'esprit^ ou bien c de quelqiie lâcheté et pusillanimité, t

Il pratiquait en elTet ce qu'il disait , car on a remarqué qu'il se rendait fort condescendant aux volontés d'un chacun dans les choses indifférentes , et même k ceux qui avaient quelque faiblesse d'esprit ; tenant pour maxime qu'il était plus expédient de s-ac-

commoder à la volonté des antres que dé nihm ses prepiesMitimens : et U en était venu jusque Jk, conune témoigne un vertueux ecclésiastique qui l'a connu et observé pendant plnsieun années, que de condescendre aux désirs de toutes sortes de personnes > et suivre les avis des moindres dans les choses indiffâuites : ce n'est pas qn'U ne sAt eonnaiira les affaires beaucoup mieuz qu'un autre, sa longue expérience en toutes choses, jointe aux lumières qu'il recevait de Dieu , lui donnant moyen de pénétrer et de discerner en toutes sortes de reneoirtreB ce qui était le phis expédient de faire; ntais il en usait ainsi pour ne p»s perdre le mérite de la soumission et de l'obâssanee lorsqu'il se présoitait occasion de la pratiquer.

Il exerçait encore celte même vertu es cédant volontiers aux qMDÎoas des anties » lorsqu'il le ponvak faine sans pré}adi«e de la vérité et de la charité ; et on n'a jaaaais remarqué qu'il ait contredit ou contesté , bien que souvent on traiat avec lui des questions difficileB, et sur lesquelles fl y avait matière de dkpute; mais il déférait aux avis des autres, ou bien il se taisait après avoir ham> bleneot allégué ses raisons. U est bien vrai que lorsqu'à yallait de l'intérêt du serviceou de b glotre de Dieu, fl était ferme et inéhranlahU jusqu'il un tel point , qu'on l'a vu persister des années entières ik refuser certaines choses qu'on hn demandait, parce qu'il ne jugeait pas les poavwr aeeorder selon Dieu ; et sa grand» maxime sur ce sujet était eeUe^: « Tant de eoaéesoendance que « voas voHdreSt pourvu que INeu n'y soit point oftmsé. . Mais quand l'intérêt de la gloire de Dieu ^ ou de la eharité du prochahi, ou debprudence chrétienne» l'ohUgeaitîireftiserquelquecbose, il le faisait de si bonne grftce , et aveetant de douceur etd^hnrai-

lité , qu'un de ses refus était mieux reçn que n'oM été quelquefois la faveur ou le hieatùi. qu'en eAt obtenu d'un antre.

Dans cet esprit d'ebéissance et de eondesceMhnce.fl éerivH un jour sur le sujet de quelque diftsaké armée dans une m^aîo», k celui qni en était le directeur , de aaiviephit6tl^visd*to autre quA W sien propre, l'exhortant d'aeqoissccr toajoun velontier» anx ayis d'antrû : sur quoi il kn attégna saint Vwcent Ferrier qui met cette pratique comme un moyen de perfeetioB et de saini tetéu

Ce fut dans ce même esprit de eendeseendanoe qu'a eonseotft d« Uiiter d'une feme qu'en offrit à h communauté de Saint-La-

zare , mais sous une pension viagère si grosse , qn'il ne jogeait pas devoir accepter cette offre, ni s'y engager; et en effet il y résista deux ans durant : cenx néanmoins à qui cette ferme appartenait , ayant un grand désir d'être assurés pour toute leur vie de cette grosse pension , firent en sorte qu'ils gagnèrent l'esprit de feu M. le prieur de Saint-Lazare, pour lequel M. Vincent avait une condescendance merveilleuse; et ce bon prieur, pensant bien faire, le pria et pressa tellement , que , par pure condescendance k sa volonté, il souscrivit au contrat, de l'avis néanmoins de son conseil, qui l'assura qu'il le pouvait faire sans aucun risque; et s'étant obligé à cette pension, il la paya fidèlement k ces personnes jusqu'à leur mort; après laquelle on intenta procès, et l'on fit perdre cette ferme aux prêtres de la Mission , et presque tout l'argent qu'ils avaient avancé , sans que M. Vincent voulût se servir des moyens qu'on lui fournissait pour se pourvoir contre l'arrêt , de peur de manquer tant soit peu k la soumission qu'il estimait devoir rendre ]i ses juges ; aimant mieux perdre la ferme et l'argent que le mérite de l'obéissance.

Il fit encore paraître une autre fois son exactitude et son zèle pour cette même vertu, dans une occasion en laquelle il semblait pouvoir facilement s'en dispenser. Ayant reçu commandement de la reine-mère de faire la mission à Fontainebleau , il y envoya des prêtres de sa communauté , lesquels contre leur attente y trouvèrent un religieux qui y prêchait en ce même temps. Ils ne laissèrent pas pour cela de commencer la mission , pour obéir k Sa Majesté ; cessant néanmoins leurs exercices aux heures que ce bon religieux devait prêcher , afin que le peuple eût toute liberté de se trouver à ses sermons : mais les habitans de ce lieu ayant ouï les instructions familières de la Mission , et y prenant plus de goût qu'aux prédications de ce bon Père, cela fut cause qu'il n'avait qu'un fort petit nombre d'auditeurs à ses prédications , l'église au contraire se trouvant toute remplie de peuple lorsque les missionnaires faisaient les prédications et les instructions du catéchisme ; de quoi ce prédicateur eut quelque jalousie , en sorte qu'il ne put s'empêcher d'en témoigner sa peine. Cela mit les prêtres de la Mission en doute de ce qu'ils devaient faire , considérant d'un côté la maxime de M. Vincent , qui était de condescendre et de céder en telles occasions; et craignant aussi, d'un autre, de manquer aux ordres que la reine avait donnés de faire la misuon : c'est pour-

quoi ils en écrivirent à M. Vincent pour savoir ce qu'ils devaient faire : mais lui , voyant qu'il s'agissait d'un point d'obéissance , il le jugea d'une telle conséquence , qu'il envoya en diligence un homme exprès vers Sa Majesté , qui était pour lors allée par dévotion à Notre-Dame de Chartres , avec une lettre par laquelle il lui exposait la rencontre du prédicateur stationnaire , et l'usage des prêtres de la Mission en tel cas , qui était de se retirer ; suppliant très humblement Sa Majesté d'agréer qu'il les rappelât : ce que la reine lui ayant accordé , il envoya les missionnaires travailler en d'autres lieux , pour ne pas interrompre ce bon religieux et pour lui condescendre.

Or conmie M. Vincent était exact k la pratique de l'obéissance , il exigeait aussi une semblable exactitude de la part des siens , et ne pouvait supporter en eux le moindre défaut contre cette vertu; ear il voulait qu'elle fût en vigueur dans toute sa compagnie , Gonmie une des plus importantes pour son bien ; et quand quel^ qu'un y manquait, il savait fort bien l'en relever. Voici ce qu'il fit un jour sur ce sujet à l'égard d'un des plus anciens et des plu^ réguliers de ses prêtres, auquel il avait recommandé un soir de re-' poser le lendemain , parce qu'il l'avait fait veiller fort tard , et croyait qu'il avait besoin de ce soulagement. Ce bon missionnaire néanmoins, qui était fort exact à faire tous les jours son oraison k l'heure ordinaire de la communauté , se leva pour se trouver avec les autres k cet exercice , ne s'étant point persuadé que la recommandation qui lui avait été faite par M. Vincent le dût engager si é(h)itemait qu'il ne lui fût pas permis de se lever k son ordinaire : mais M. Vincent, qui faisait grand cas de l'obéissance , lui en fit la correction dans l'église en présence de tons les autres , au sortir de l'oraison ; le faisant tenir fort long-temps k genoux , quoiqu'il fût des plus anciens , et même celui qui tenait sa place dans la maison en son absence , et que M. Vincent eût avoué que c'était la première faute contre l'obéissance en laquelle il le* surprenait : louant k la vérité son zèle et son exactitude d'un côté, mais blâmant de l'autre sa ferveur inconsidérée en ce qu'il avait fait. 11 dit ensuite de très belles choses de la vertu d'obéissance , et rapporta , outre l'exemple de Saûl et de Jona- ' thas , quelque point remarquable de l'histoire de France qui venait fort k propos, pour faire mieux voir aux siens l'importance de cette vertu.

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